Sainte Anne de Vue entre Irlande et Provence

vendredi 30 juillet 2010, par Emile Boutin +


Le culte des saints bretons n’a pas franchi la Loire, à l’exception de quelques-uns honorés au Pays de Retz et qui se comptent sur les doigts d’une main. : saint Gildas ou Guédas, saint Goustan, saint Guénolé, saint Colomban et enfin, sainte Anne, Bretonne par la légende, mais devenue patronne de la Bretagne


Le culte des saints bretons n’a pas franchi la Loire, à l’exception de quelques-uns honorés au Pays de Retz et qui se comptent sur les doigts d’une main. Citons pour mémoire ; saint Gildas ou Guédas qui eut sa chapelle à la pointe de Chévêché au temps des moines philibertins ; saint Goustan envoyé par Félix, abbé de Rhuys, pour créer un prieuré breton à Beauvoir ; saint Guénolé, patron des sauniers, vénéré à Prigny comme en presqu’île guérandaise ; saint Colomban qui, après son naufrage à l’estuaire de la Loire traversa le Pays de Retz pour rejoindre l’Est. Et enfin, sainte Anne, Bretonne par la légende, mais devenue patronne de la Bretagne

Apocryphes et protevangile de Jacques

Anne, mère de la Vierge-Marie, est inconnue de la Bible qui a retenu seulement quatre femmes de ce nom : la mère de Samuel, l’épouse de Thobie, celle de Raguel et la prophétesse qui vit l’enfant Jésus au Temple. Ni l’ancien testament ni le nouveau ne mentionnent la mère de Marie. Il est vrai que les généalogies ne concernaient que les hommes. Pourtant Anne a forcément existé. Les apocryphes nous donnent des détails où il est impossible de discerner ce qui est vrai - tradition orale - de ce qui est légendaire.

On apprend ainsi - sous toute réserve - que, sous le règne d’Hérode, Anne et Joachim, son époux, habitaient tantôt Nazareth, tantôt une maison située à Jérusalem près de la piscine probatique. Le « protevangelium Jacobi » écrit tardivement vers 140, fait vivre les parents de la Vierge à Safourieh, à six lieues du Moint Carmel. La critique n’accorde aucune valeur à ce protévangile. D’ailleurs ni saint Jérôme, ni saint Augustin ne lui prêtaient crédit. Michel de Mauny estime que l’absence de documents n’implique pas que le personnage d’Anne soit un mythe : « Quand le christianisme commença à se propager, écrit-il, il se fit de manière orale, bien avant la composition des évangiles, et l’on ne peut rejeter comme invraisemblable que les apôtres ont fait connaître à leurs disciples des détails sur la famille du Christ, donc de sainte Anne. On pense en particulier à saint Jean avec qui la sainte Vierge vécut jusqu’à la fin de sa vie et qui apprendre bien des faits, retransmis ensuite par saint Jean lui-même. Cette tradition orale a pu se conserver jusqu’à la rédaction du Protévangile, d’autant mieux que la stérilité prolongée d’Anne et la naissance de Marie étaient des événements mémorables ».

Le culte d’Anne se répandit en Orient mais ne peut être antérieur à celui de la Vierge qui prit son essor après le concile d’Ephèse en 431. Le nom d’Anne apparaît à Byzance à la fin du V° siècle et au début du VI°. En 550, Justinien élève une église à Constantinople sous le patronage de sainte Anne. La tradition chrétienne ( et même islamique ) va contribuer à faire honorer la mère de Marie.

Anne aurait eté ensevelie d’abord à Bethléem, puis dans la chapelle sépulcrale de Notre-Dame de Josaphat ( dans la vallée de Josaphat ). Ses reliques auraient été remises ensuite à l’église d’Apta Julia, ainsi qu’en témoigne le très ancien martyrologe d’Apt qui mentionne cette translation.

La tradition provençale

Plusieurs historiens ont repris la tradition provençale qui affirme que le corps d’Anne fut transporté en Provence par les premiers apôtres de cette région : Lazare, Marie et Marthe, Marie-Jacobé, Marie-Salomé, Trophime et Maximin, fondateurs des églises de Marseille, Arles, Aix et Avignon. Ils confièrent les reliques à saint Auspice, premier évêque d’Apt ( Vaucluse ) pour les mettre en sécurité. Or, saint Auspice avant d’être martyrisé, cacha le corps dans le mur de la crypte et mura le tout. Grâce à cette précaution, les Alains, les Suèves et les Vandales qui ravagèrent la Provence, ne découvrirent pas la cachette. Les reliques furent trouvées à Pâques 792. Charlemagne vint à Apt pour consacrer la basilique.

« Le monarque assistait à l’office, écrit Mgr Dubreuil, archevêque d’Avignon, il était entouré du peuple et de ses chevaliers. Tout à coup, un jeune homme, aveugle et sourd-muet de naissance, fils du seigneur le baron Caseneuve de Simiane, et dont le souverain était I’Iiôte, entre dans l’église de l’air d’un homme inspiré et conduit par une main invisible. Il demande par gestes qu’on lève une dalle et qu’on creuse. Charlemagne veut qu’on obéisse. On lève la dalle, on fouille et voilà qu’on découvre la crypte et la châsse en cyprès ». Le coffre est recouvert d’un voile qui porte une inscription : « Hic est corpus Beatae Annae, matris Virginis Mariae ». Le jeune homme recouvra immédiatement l’usage de ses sens. Charlemagne fit consigner ces faits et adressa une lettre au pape Adrien 1er. Ce document se trouve encore conservé aux archives vaticanes.

L’authenticité de ces reliques fut affirmée par plusieurs bulles pontificales (Benoit XII en 1342, Clément VII en 1533). En 1584, le culte de sainte Anne fut officialisé par Grégoire XII qui fixa la fête au 26 juillet. Ce fut longtemps une fête d’obligation.

Or, le 26 juillet fut précisément le jour où Nicolazic eut la visite de la Dame de Lumière qui lui parla de Boceno.

Car le culte nous est venu de deux côtés : la Provence et la Bretagne. Cette provenance bretonne et irlandaise marqua le Pays de Retz et tient à une homonymie.

D’Ana mère des dieux d’Irlande à sainte Anne

Le bréviaire romain commentant le nom d’Anne, dit : « Anna cujus nomen gratiam sonal » ( Anne dont le nom signifie grâce ou don ). En effet, ce mot latin vient de l’hébreu Hanan qui se traduit par " grâce ". On retrouve cette même racine hébraïque dans Io-Hanan et Io-Hanes - Jean, le don de Dieu.

Or, ce nom d’Ana fut aussi celui de la grande déesse, la mère des dieux d’Irlande ( anecdota from Irish manuscripts ). Le vieux celtique Anam correspond à l’accusatif latin Paludem qui signifie marécage. Et Ana ( mot irlandais ) est l’équivalent du latin Anima ; c’est-à-dire âme, souffle ; en est dérivé le terme breton Anaon, le peuple d’Ana. Anaon signifie " trépassés " et le domaine des morts était un enfer de marais et d’eau.

On comprend très bien que les moines irlandais, puis saint Corentin de Quimper aient christianisé Ana, mère des dieux, en sainte Anne mère de la Vierge. L’époque mérovingienne a connu de très nombreuses substitutions de saints à des génies romains. Certains druides devenus prêtres ne sont pas étrangers à ces habitudes.

Les marécages furent des lieux de culte d’Ana. Sainte Anne est devenue la protectrice de ces zones en Armorique, et nous avons Sainte-Anne-la-Palud, Sainte-Anne-sur-Scorff, Sainte-Anne-sur-Vilaine, Sainte-Anne-de-Rohars, Sainte-Anne-d’Herbauges et, chez nous, Sainte-Anne de Vue dans les marais de l’Acheneau.

Tous ces centres de pèlerinage à sainte Anne sont caractérisés par la présence d’une source ou d’une fontaine - survivance des cultes païens, christianisés dès les premières siècles. Les eaux avaient trois propriétés : guérir les maladies, protéger gens et bêtes et donner des oracles. Ainsi à Sainte-Anne-la-Palud, les femmes se versaient de l’eau de la fontaine sacrée dans le cou et les manches pour avoir des enfants. De plus, en examinant la source, on savait si les marins reviendraient sains et saufs de leurs pêches lointaines. On jetait du pain dans l’eau. S’il suivait le courant tout allait bien. S’il tournait sur lui-même, les hommes étaient en grand danger. Il valait mieux ne pas regarder si le pain coulait, car c’était signe de mort. A Sainte-Anne-de-Fouesnant, les mères plongeaient leurs enfants ( encore juste avant la guerre de 14 ) dans la fontaine pour connaître leur sort.

A Sainte-Anne-de-Quénéven, près de Douarnenez, on trempait sa chemise dans la fontaine pour être protégé des rhumatismes.

A Pont-Aven, l’eau protégeait les chevaux de toutes les maladies.

La Chapelle de Boceno et les deux seins d’Ana

Je suppose que la plupart des lecteurs connaissent Sainte-Anne-d’Auray et ont visité son célèbre sanctuaire actuel, inauguré en 1872 et élevé au rang de cinquième basilique de France par Pie IX. Je ne parlerai donc pas du pèlerinage qui attire parfois plus de cent mille personnes ( comme en 1954 ) mais de son origine celtique.

Voici très brièvement les faits : à quatre kilomètres d’Auray, dans un hameau appelé depuis toujours Keranna, vivait en 1623 un paysan nommé Nicolazic. Il possède un champ dit Boceno Parc ar bocennou ( le champ des bosses ). Le toponyme fait allusion aux deux seins de la déesse Ana, déesse de fertilité que nous avons évoquée. Car il y a des bosses dans le champ de Nicolazic ; le terrain est aride avec du granit qui affleure sous les ajoncs. Il est pourtant arrosé par une source.

En août 1623, alors que le paysan se repose dans sa grange, une main tenant un flambeau lui apparaît. Un mois plus tard quittant, son champ à la nuit tombante, il est précédé par un cierge qui reste allumé malgré le vent.

Nicolazic est effrayé. Il pense à un intersigne lui annonçant sa mort prochaine. Il tombe malade. Le 25 juillet 1624, une " Dame de lumière "lui apparaît et lui dit en breton : « Je suis Anne, mère de Marie ... Dites à votre recteur que dans le champ de Boceno, il y a eu autrefois une chapelle dédiée à mon nom. C’était la première de tout le pays. Il y eut 924 ans et six mois qu’elle est ruinée ... Je désire qu’elle soit rebâtie au plus tôt et que vous en preniez soin, parce Dieu veut que j’y sois honorée ».

Pour Nicolazic, maintenant en paix, car il sait, la guerre commence avec le recteur, les capucins à qui il s’est confié et l’évêque.

Le 7 mars 1625, à 11 heures du soir, la dame demande à Nicolazic d’appeler ses voisins et de suivre le flambeau là où il les conduira : à Boceno, le cierge monte et descend. On creuse à l’endroit signalé et on trouve une statue en bois d’olivier, arbre inconnu en Bretagne. Le 1er juillet 1639, une chapelle était constrite et les pèlerinages commencèrent. Nicolazic mourut 6 ans plus tard.

Nous allons examiner ci-dessous les faits reconnus authentiques par l’autorité ecclésiastique, sous un double aspect : d’abord en ce qui concerne la statue déterrée à Boceno, puis l’existence d’une chapelle primitive antique, révélée par la " Dame de lumière ".

La statue étant en bois d’olivier ne fut donc pas sculptée sur place. Elle provient vraisemblablement d’un pays méditerranéen. Peut—être s’agit-il d’une déesse-mère, comme il en fut trouvé en de nombreux sites archéologiques. J. Markale a écrit : « La déesse-mère primitive, image idéalisée au temps du christianisme celtique, parce qu’on ne pouvait l’extirper de la mémoire populaire, et récupérée magistralement par la contre-réforme au XVII° siècle ... qu’elle était la statue découverte par Nicolazic ? Un fait est là : il y a permanence d’un culte tout au long de l’histoire des Celtes, le culte d’une déesse-mère ».

J’ai correspondu à ce sujet avec un vieil ami de notre société d’histoire, le père Marc de l’abbaye de Landévennec. Il en a discuté avec Jo Irien, le spécialiste des questions celtiques et il m’écrit : « Jo Irien interprète le lieu-dit " Ar Bocennou " comme les deux seins de la déesse-mère Anna. Il ajoute que ces explications ne semblent avoir offusqué personne. La statue serait dans ce cas une statue gauloise réinterprétée et christianisée ». Pendant la Révolution, cachée dans une famille qui fut dénoncée par des patriotes, la statue fut brûlée. On n’en sauva qu’un morceau de la tête qui est maintenant exposée, sous vitre, dans le socle de la statue de sainte Anne.

A ma connaissance, le bois n’a jamais été daté par les procédés scientifiques actuels. Toutefois d’après les indications fournies à Nicolazic, la chapelle dédiée à sainte Anne remonterait donc à la fin du VII° siècle ou au début du VIII°.

Et c’est ce qui nous intéresse pour le Pays de Retz.

Les Philibertins et sainte Anne

C’est en effet à cette même époque que le culte de sainte Anne apparaît chez nous, grâce aux moines de saint Philbert, qui peuvent être considérés comme les derniers moines celtiques. En effet, on estime que Noirmoutier fut avec l’île d’Yeu et Saint-Michel en l’Herm un monastère typiquement celtique. Jean-Luc Sarrazin écrit : « En 676-677, l’Aquitain Philibert, après avoir créé Jumièges, fonde le plus célèbre monastère dans l’île d’Hério ( Noirmoutier ). Le site choisi correspond exactement à la conception irlandaise du monastère érigé dans une île côtière accessible à marée base. Noirmoutier, c’est un peu Lindisfarme ». A l’époque de Philbert, les relations avec l’Irlande étaient fréquentes. Ansoald, l’évêque de Poitiers venait d’accueillir un groupe de religieux irlandais qu’il installa vers Mazerolles. Une grande activité commerciale, liée au sel, existait entre Noirmoutier et la Grande Bretagne. A l’époque de saint Colomban, des marchands irlandais se trouvaient à Nantes. Un moine irlandais Sidoens ( Sidonius ) nous est connu comme religieux de Noirmoutier. Sans doute y en eut-il d’autres. D’ailleurs, Philbert faisait venir de la Scotie ( l’Irlande ) des chaussures et des vêtements pour ses frères. Ermentaire, son biographe, écrit : « Un.jour, plein du don de prophétie, Philhert dit à ses.frères ; en vérité, remercions Dieu pour tout. Il va en effet nous arriver par mer, rapidemnent, des denrées très utiles ». Peu de temps après, un navire scot, plein de marchandises diverses accosta. (Ermentaire XXIX). Toutes ces denrées étaient payées avec du sel. C’est encore le sel qui permit de nombreuses relations entre Noirmoutier et la côte sud de l’Armorique.

Il semble bien que les Philibertins aient eu une aire de stockage du sel sur les bords de la Laïta près de Quimperlé. L’hagionymie de la Bretagne sud témoigne du passage des moines de Noirmoutier qui ont donné le nom de leur saint patron à plusieurs localités : Trégunc où l’on honore Philbert-Bihan, c’est-à-dire Philbert-enfant. Moëlan, Crozon, Saint-Evarzec, Plomelin, Saint-Philibert d’Auray. Dans une étude publiée par la Société d’histoire et d’archéologie de Bretagne, le père Marc écrit : « A Plonéour même ( Sud Finistère ), Landévennec avait un prieuré, celui de Lanvern dont l’église priorale était dédiée à saint Filibert,.fondateur de Noirmoutier. Le culte de saint Filibert se trouve d’ailleurs souvent lié, à celui de saint Guénolé ».

Les relations entre le monastère de l’île d’Her ( Her-Monster, Ner-Monster - Noirmoutier ) étant bien établies avec l’Irlande et la côte armoricaine dès le Vll° siècle et surtout le Vlll°, les Philibertins ne pouvaient ignorer le culte rendu à sainte Anne dans la primitive chapelle de Boceno. Les dates coïncident. Voilà qui explique une dévotion à la mère de la Vierge dans l’abbaye insulaire.

Devant les menaces des Normands, installés chaque été dans leur conche près de l’Herbaudière ( à la Linière ), les moines préparèrent leur repli à Déas ( Saint-Philbert-de-Grand-Lieu ) dans une ancienne villa gallo-romaine qu’un diacre nommé Magnobode avait donnée à l’évêque de Poitiers. Ce dernier, Ansoald, en fit cadeau à Philbert lorsqu’il l’envoya fonder un monastère dans l’île. En 819, les religieux entreprirent la construction d’une abbatiale à Déas. A partir de 836, ils quittent pour longtemps Noirmoutier et s’installent à proximité du lac de Grand-Lieu ( qui prit ce nom en l’honneur du tombeau de leur saint fondateur - Locus signifie tombeau ).

Anne d’Herbauges de Passay et de Vue

A cette époque, le lac débordait souvent et toute la région était marécageuse - ( Déas était semble-t-il, la déesse locale des lieux humides ). Les moines de Noirmoutier vont apporter dans leur nouvelle abbaye, les cultes qui leur sont chers, notamment celui de sainte Anne, qui devient sainte Anne d’Herbauges. Selon l’abbé Brunellière, l’origine en serait Ana d’Irlande. Il a écrit : « Sainte Anne est ici Sainte-Anne-d’Herbauges, sainte Anne du Poitou et non sainte Anne-de-Bretagne. Mais rapidement, les moines philibertins fïrent honorer l’aïeule du Christ ».

Les moines installés à Déas connaissaient parfaitement le lac et les cours d’eau de la région. D’ailleurs, n’ayant plus les avantages de la mer, la pêche en eau douce leur était une ressource alimentaire précieuse. A Passay, ils furent les instigateurs de la dévotion à sainte Anne.

De même à Vue. Par le Tenu et l’Acheneau, ils étaient venus évangéliser cette station gauloise puis romaine de Vidua. Cela peut se situer entre 836, date de l’arrivée du corps de saint Philibert à Déas (peut-être même auparavant) et 847 au plus tard, puisque l’abbatiale fut alors incendiée par les Normands. Les religieux étaient partis depuis quelque temps pour Cunauld. Vue est une île au milieu des marais que la Loire inonde fréquemment. Position clé pour surveiller la navigation entre la Loire et le lac, Vue fut fortifiée par les Gaulois qui entourèrent le castrum d’un fossé de 10 mètres de largeur et de 4 mètres de profondeur. Ils avaient construit en-deça un mur de plusieurs mètres d’épaisseur avec un parement externe fait de gros blocs de pierres maintenues par des poutres de chêne entrecroisées et clouées. Un autre parement interne de même composition était séparé du premier par un remplissage de terres « Vidua », le nom latin de Vue figure sur certaines monnaies mérovingiennes. Une chapelle Sainte-Anne fut construite à l’emplacement de l’église actuelle alors au milieu du champ de foire. Elle existait au moins au XII° siècle puisque, sur les cloches étaient mentionnées deux dates : 1129 et 1139.

Tout à côté, dans le cimetière, l’église paroissiale se dressait, dédiée à st Philbert. La chapelle sainte Anne, vétuste, fut reconstruite en 1644. « Elle avait 60 pieds de long, 18 pieds de large et deux petits bras de croix ... » ( le pied = 0,325 m ). Lors de la Révolution, l’église paroissiale Saint Philbert fut incendiée par les colonnes infernales. Au lieu de la restaurer, on utilisa la chapelle Sainte Anne mais la population tenanit à son église saint Philbert et le préfet dut prendre un arrêté : « Le culte paroissial est maintenu dans la cy-devant chapelle sainte-Anne, seule église paroissiale conservée de la commune de Veue. L’ancienne église sera détruite ». En 1808, on dut agrandir la « cy-devant chapelle » de deux bas côtés. De 1801 à 1855, ce fut l’église paroissiale.

Or, en 1850 elle menaçait ruines. Devant ce danger, l’architecte Crucy de Nantes, conseilla de la démolir et d’édifier une église neuve. Mgr Jaquemet, donna son accord et la nouvelle construction s’éleva sous le rectorat de l’abbé Guihéneuf. Pendant les travaux effectués à proximité, le culte continua d’être célébré dans la chapelle sainte-Anne. La dernière messe y fut chantée le 25 mai 1855. Puis ce fut la démolition.

La nouvelle construction prit aussi le nom de Sainte-Anne. Le curé, devant l’importance des pèlerinages, tenait à conserver ce patronage ; alors que l’église paroissiale d’avant la Révolution était dédiée à saint Philbert.

L’évêque prit donc les arrêtés suivants :
Article I : la nouvelle église de la paroisse de Vue sera placée sous le patronage et sous le vocable de sainte-Anne.
Article II : la fête de Sainte-Anne sera désormais la fête patronale de Vue ; elle sera célébrée sous le rite annuel, avec octave.
Article III : elle sera transférée au dimanche suivant, soit pour l’office privé, soit pour la sollenité, conformément à la rubrique des patrons.
Article IV : conformément à un ancien usage, cher à la piété des fidèles, et à raison de l’affluence des pèlerins, nous autorisons M. le Curé de Vue à faire chaque année, le 26 juillet, jour où tombe la fête, une procession.
Signé Alexandre, évêque de Nantes.

Les miracles de Vue

Nous avons vu que l’ancienne chapelle sainte-Anne avait été rebâtie en 1644, dans les temps de la mort de Nicolazic à Auray. Presque aussitôt se produisirent des miracles à Vue. Le 29 mai 1657, Jacques Burgaud de Challans, aveugle, y recouvrait la vue (ADLA G 612).

« Agé de 50 ans environ, à ce qu’il nous dit, mari de Renée Croizet, il avait perdu la vue par maladie qui lui était arrivée, il y a 6 ans, si bien qu’il le fallait conduire là où il voulait aller. Ayant recours à Dieu, il fait vœu de tenir en voyage la bienheureuse Sainte-Anne-de-Veue et s’y fait conduire par sa femme. Approchant de la chapelle de la dite sainte Anne aux environs de deux quarts de lieue, il demanda à sa femme et autres pèlerins si c’était la chapelle de ladite sainte Anne. Eux lui dirent : la voyez-vous bien ?. Oui dit-il et bien d’autres logis. Puis, se retournant du côté d’où il venait, il dit : je vois un moulin qui va sans tarder, ils se sont rendus à la chapelle, y ont entendu la messe, fait leurs prières et oraisons. Et là-dessus, il nous a dit qu’il s’en retournerait par la grâce de Dieu sans conduite. Ce fait a été certifié sincère et véritable en présence de Louis Ruffeneille, prêtre vicaire à Veue et du noatire maître Jean Huteau » . « Le dit Burgaud a dit ne savoir signer, a fait signer à sa place Missire Denis Baraud, prêtre chapelain de Veue, ce jour après-midi ». Suivent les signatures.

Deux ans plus tad, un autre mirace est mentionné :

« Le 30 juillet 1659, devant nous, notaire du duché de Retz, pairie de France, a comparu : Jeanne Raballand, veuve du défunt Pierre Grassineau et Jeanne Grassineau, leur fille, âgée de 26 ans, native de la paroisse de Beauvoir-sur-Mer ; laquelle ayant fait le voeu de se faire mener et conduire au bourg de la bienheureuse Sainte-Anne à Veue, diocèse de Nantes ; est arrivée à Veue à la chapelle le jour de jeudi dernier 28 juillet vers 11 h du matin et ayant fait leurs prières et dévotions devant l’image de la bienheureuse sainte Anne, étant dans une petite charrette conduite par François Grelaud, domicilié dans leur paroisse aussi. Ils nous ont dit : il y a huit ans ou environ, ladite fille Grassineau n’a aucunement marché jusqu’à aujourd’hui 30 dudit mois de juillet, environ midi. Et discret Missire Gilles Boissineust, prêtre recteur de Veue, Jean Forêt, Pierre Prin, Noël Bretebaud et nous notaire soussigné et plusieurs autres personnes ont aussi vu marcher et suivi la Grassineau depuis la demeure de Veue jusqu’à l’église paroissiale, faisant louange et rendant gràce à Notre Seigneur, à la bienheureuse sainte Anne et à tous les saints du paradis. De quoi le sieur recteur, nous a requi pour le présent acte qui lui sera octoyé dudit jour et an ». Suivent neuf signatures dont celle du notaire Jean Huteau.

Le bras de Sainte-Anne et le pardon de Vue

En ce XVII° siècle, époque des miracles que nous avons mentionnés, Vue ne possédait pas de reliques de sainte Anne. Mais déjà Louis XIII avait opéré la jonction des deux traditions, l’irlando-bretonne et le courant judéo-provençal. Pour cela, avec l’accord du pape, il envoya à Auray en 1639, un bras de sainte Anne. Beaucou plus tard, Vue reçut le 27 juillet 1846, un petit morceau d’os de la sainte provenant d’Apt « particulam ex ossibus sanctae annae », certifié par Mgr de Hercé, évêque de Nantes. Ce fut l’occasion d’une fête grandiose avec Te Deum.

Lorsque la nouvelle église du XIX° siècle fut construite, les pèlerinages de Vue attirèrent chaque année des milliers de personnes, venant de tout le Pays de Retz, à pied, à cheval, en charrette.

Nombreux étaient ceux qui arrivaient par bateaux et débarquaient à Buzay. De Couëron, Cordemais, Paimbœuf et Nantes, ils se pressaient dans les vapeurs de la Compagnie des Abeilles. Je trouve, par exemple, que le jeudi 26 juillet 1877, cette société met à la disposition des pèlerins « un nombre de bateaux suffisant pour les transporter tous. Départ de Nantes pour Buzay à 6 h du matin »". Il était aussi possible de se rendre à Vue par « la ligne des chemins de fer nantais : la station de la Feuillardais étant la plus proche de Vue. Départ de Nantes à 7 h 30, arrivée à 9 h à la Feuillardais. Et départ de la Feuillardais à 6 h 40 du soir ». La semaine religieuse de Nantes de 1877, nous précise « les messes seront célébrées, à l’autel de sainte Anne depuis 6 h jusqu’à l’heure de la grand-messe solennelle avec sermon d’un R.P. missionnaire. Les vêpres seront chantées à 2 h 1/4 et suivies de la procession à la.fontaine Sainte-Anne où le prédicateur se fera entendre à nouveau. Au retour de la procession à l’église, la cérémonie sera terminée par un salut solennel du T.S. Sacrement ». Parfois même, comme le 26 Juillet 1892, les messes se succédèrent à partir de 5 h du matin.

Eloi Guitteny nous raconte le pardon de Sainte-Anne-de-Vue en 1900 : « Les carrioles à cheval nous dépassaient sur la route de Vue, celles de vers chez nous avec deux rangées de pèlerins dos à dos, celles qui venaient de plus loin, du pays maraîchin, plus longues portant trois bancs, les voyageurs tous tournés vers l’avant.

L’âne saluait d’un petit "hi-han" allongeait le pas durant dix mètres, l’air de dire : je te suivrais bien si je voulais, et reprenait tranquillement son petit train de procession.

La cérémonie du matin, à l’église, emplissait de ferveur le cœur du petit enfant pieux que j’étais. L’après-midi, au chant du cantique " Sainte-Anne ô bonne mère ", nous suivions avec les pèlerins l’allée qui descend vers la fontaine miraculeuse. De chaque côté, deux haies épaisses de mendiants, d’infirmes, étalant leurs plaies purulentes, leurs moignons saignants, des gosses en guenilles qui se ruaient sur nous pour nous arracher une obole et qui, avec tout ce qu’ils pouvaient mettre de trémolo dans leurs voix, hurlaient leurs misères et leurs suppliques ayez pitié d’un pauvre malheureux ! N’oubliez pas une misérable mère de famille ! et beaucoup de prières aussi, dites en tendant l’escarcelle, car ce jour-là les mendiants devenaient très pieux : " Bonne mère sainte Anne " entonnait l’un. Notre Père qui êtes aux cieux, clamait l’autre, et j’en passe. Le tout se mêlant aux chants des fidèles en cherchant à les couvrir, à les étouffer, formait la plus horrible cacophonie qu’il m’ait été donné d’entendre.

Tous les nomades du coin, les " coquets " étaient là.

Nous les connaissions, mais ce jour-là, tel bon marcheur s’appuyait sur deux béquilles, tel voyant était devenu aveugle aux yeux bandés, telle mère de deux enfants en avait huit à ses trousses. Je me fourrais apeuré dans les jupons de ma mère et, arrivé à la fontaine, le bon gobelet d’eau fraîche guérissait ma frayeur. Comment oublier ce bruissement léger des feuilles de peupliers qui enveloppait de douceur et de fraîcheur la voix trop criarde que le prédicateur était obligé de forcer pour se faire entendre de toute cette foule où piaillaient de si nombreux petits enfants torturés par le soleil et par la soif ».

Comme les pardons bretons, la Sainte-Anne-de-Vue était à la fois une fête religieuse et une fête foraine où tournaient les chevaux de bois, où jongleurs, lutteurs, avaleurs de sabres, charmeurs de serpents, distrayaient les pèlerins devenus badauds. Le marchand de fouaces était très entouré. Les enfants qui avaient été sages à l’office étaient récompensés par des gâteries piquées de grains de sucre rouge. Chacun avait à coeur de rapporter une " bue ". C’était une petite cruche en terre avec un orifice pour boire et une anse. Souvent on la remplissait d’eau de la fontaine sainte. Tous les enfants du Pays de Retz ont chanté - et chantent encore - en sautant sur les genoux de leur papa.

Ahue, Ahue, mon petit tutu
Pour aller demain à Vue
Acheter des petits pots
Car les gros ils coûtent trop...
Au pas, au pas, au pas
Au trot, au trot, au trot
Au galop, au galop, au galop.

Il est curieux de constater le fait suivant. La semaine religieuse du diocèse de Nantes fondée en 1865 parle pour la première fois de la Sainte-Anne-de-Vue dans son numéro du 17 juillet 1875. Peut-être la population locale ne jouissait-elle pas d’une réputation religieuse excellente s’il faut en croire ce que disait Monseigneur Jaquemet lors du jubilé de 1851 : « Vue où l’esprit révolutionnaire qui, dans toutes les têtes appartenant à toute opinion politique, fermente avec les passions de tous les temps et où règne une ignorance stupide avec parfois une malice diabolique. Vue qui n’est point comptée au nombre des paroisses religieuses du diocèse ».

La " Mamm-Goz " à Nantes

Au cours du siècle dernier, nombreux furent les Bretons qui, pour raisons économiques vinrent s’établir à Nantes. Mais certains avaient peur de la grande ville. Ils arrêtaient à la gare d’avant Nantes, c’est-à-dire à Chantenay. Cette localité se peupla donc de paysans bretons attirés par l’industrie. Ils ne se trouvaient pas trop dépaysés, car ils retrouvaient sur la butte dominant le port leur " Mamm-Goz " en l’église sainte-Anne qui devint dorénavant leur paroisse. Et l’évêque dut en tenir compte. C’est pourquoi nous trouvons dans les semaines religieuses du diocèse des nominations de trois confesseurs en même temps, parlant le breton. Pendant les carêmes des sermons étaient prononcés en cette langue. Par exemple, dans le semaine religieuse de 1877 ( page 202 ) nous lisons : « le pasteur avait remarqué que la plupart des Bretons venant se fixer à Nantes ignoraient le français. Il fit donner pendant le carême des instructions en breton ».

Et le dimanche 25 février 1877 à 8 h du soir eut lieu une réunion dans l’église. Une foule considérable y assistait. Les cantiques furent chantés en breton. Dans l’ancien cimetière de Chantenay vous trouverez sur les plaques, beaucoup de noms du Finistère et du Morbihan.

En 1848, une neuvaine fut instituée à Chantenay en l’honneur de sainte Anne. En avril 1851, une statue de la patronne des Bretons, œuvre d’Amédée Ménard, fondue par la maison Voruz, fut solennellement dressée sur la butte, en haut de l’escalier de 125 marches. Elle domine la Loire. De 1848 à 1866, soixante milles bretons s’inscrivirent à la Confrérie de sainte-Anne de Nantes.

Et le 4 mai 1871, par décret de la sacrée congrégation des Rites, le pape éleva, dans le diocèse, la fête de Sainte-Anne au rang de "double de première classe".

L’importance du culte de l’aïeule du Christ à Nantes au XIX° siècle pourrait faire croire qu’elle y fut honorée tardivement. Il n’en est rien. Au Xlll° siècle, une chapellenie « Capellania bonae matris » était déjà desservie dans l’église disparue de Saint-Saturnin.

La cathédrale avait aussi une chapellenie Sainte-Anne, fondée en 1153 par Isaure, doyen de la Mée. Lorsqu’en 1832, le choléra se déclara dans la région, un nouvel autel fut érigé dans la cathédrale en l’honneur de la sainte.

Jusqu’en 1670, la fête de Sainte-Anne fut d’obligation dans le diocèse, comme Noël ou Pâques.

Si les Bretons célébraient leur " Mère-Vieille " sur la butte de Chantenay, les Nantais allaient nombreux en pèlerinage à Auray.

Voici un exemple pris dans la semaine religieuse de 1874 (page 505). Le 2 août 1874, départ à 3 h 30 pour arriver à 7 h 47 à Sainte-Anne d’Auray. Il y eut 700 pèlerins et parmi eux, les 4 enfants ayant vu la Vierge à Pontmain.

Au Pays de Retz, le principal lieu de culte de Sainte-Anne fut donc la paroisse de Vue. Mais les chapelles, publiques ou privées, où elle fut honorée sont une bonne dizaine... Parlons-en brièvement.

  • Paimbœuf., En 1784, le général de la paroisse Saint-Louis délibère sur le rétablissement de l’autel Sainte-Anne.
  • Pornic. Ne pouvant exercer leur ministère dans la chapelle Saint-André - appartenant aux moines de Saint-Serge d’Angers, prieuré de Chéméré - les religieux de Sainte-Marie fondent la chapelle Sainte-Anne à l’angle de la rue Tartifume. On y faisait même des sépultures ainsi qu’en témoignent les archives (Adla E 3954 ) : « Le 17 avril 1720, sépulture en la chapelle Sainte-Anne, du corps de Françoise Papin, morte à l’âge de 72 ans ». Notons aussi que Sainte-Anne de Rohars dépendait du prieuré de Pornic Sainte-Marie.
  • Tharon. Chapelle construite en 1908.
  • St-Mars-de-Coutais. Une chapellenie dont M. Boux était le présentateur.
  • Sainte-Pazanne. Chapelle Sainte-Anne au château d’Ardennes. Elle fut construite selon les plans de l’architecte Bougouin de Nantes en 1878 et coûta 16 000 F. La première messe y fut célébrée le 26 juillet 1879. Une autre chapelle sainte Anne de la Préauté était ouverte lors des Rogations.
  • Les Moutiers. Dès 1674, un autel existait en l’honneur de sainte Anne, dans l’église saint-Pierre des Moutiers. Lorsque les autels latéraux furent édifiés au début du XVIII° siècle, autels tourmentés avec draperies, l’un d’eux fut dédié à Sainte-Anne et l’autre à Saint-Jean-Baptiste.
    Contrairement au grand retable, ils ne sont pas classés. En 1857, le conseil municipal considérant qu’ils ne servaient à rien, voulut les démolir. Le curé s’y opposa et alerta évêché et préfecture. L’état, généreux, les fit restaurer.
  • Le Collet. Le 4 avril 1741, l’évêque de Nantes Mgr de Crissé, accepta de bénir la chapelle Sainte-Anne du Collet, sise près du château, compte tenu de l’éloignement de l’église paroissiale.
  • La Bernerie. Anne est honorée dans l’église paroissiale, mais aussi en bordure du port où elle a sa statue dans un square. Haut de 3 mètres, fabriqué par les ateliers Potet, le monument fut bénit le 4 août 1876. Très invoquée par les marins, lors de périls en mer, Sainte Anne était remerciée par ceux qu’elle avait sauvés. Ainsi en 1887, un thonier de Groix, trompé par la brume, vint se jeter sur les rochers devant La Bernerie. L’équipage fut sauvé à marée basse. Les matelots et leur capitaine déposèrent un ex-voto devant la statue, dans le parc.

Beaucoup d’autres paroisses du Pays de Retz ont également un autel dédié à la sainte : Saint-Jean de Boiseau, Chauvé.

Il est évident que les Bernardins de Buzay honoraient Anne, comme leurs voisins de Vue. D’ailleurs, on trouve également trace de son culte dans leur grange cistercienne de Villeneuve.

Enfin d’après l’étude des lieux-dits d’Eloi Guitteny, le nom de sainte Anne fut donné à des terres à Bouin, Fresnay, Pornic, Machecoul, Paulx, Préfailles, Bouguenais et Chéméré.

L’iconographie la plus répandue au Pays de Retz représente Anne, éducatrice de la Vierge.

Cette étude sur le culte de Sainte-Anne-de-Vue a essayé de montrer les origines lointaines de cette dévotion, à partir de deux courants bien distincts, le breton et le provençal - le breton ayant eu un rôle primordial grâce aux moines philibertins.

Ce pèlerinage - comme ceux d’Auray et d’ailleurs - fut pour le peuple chrétien du Pays de Retz une prière concrète. Nos ancêtres étaient souvent incapables de penser l’abstrait et même de le concevoir. Dans son ouvrage sur la spiritualité du Moyen Age occidental, André Vauchez a écrit : « le chrétien du Moyen Age vit avant tout son expérience religieuse au niveau des gestes et des rites qui le mettent en contact avec le monde surnaturel. Aussi son immense appétit du Divin cherche-t-il à s’assouvir dans des manifestations à forte charge émotionnelle dont le contenu théologique demeure souvent assez faible. Celui qui occupe le premier rang dans la piété des fidèles est sans aucun doute le pèlerinage ».

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