Résumé des communications du colloque sur le cardinal de Retz

jeudi 18 octobre 2012, par La Rédaction


Les cinq auteurs : Jean Garapon, Myriam Tsymbidy, Thérèse Bost, Patrice Pipaud, Simone Bertière


Jean GARAPON

Jean Garapon, professeur émérite de Littérature française à l’université de Nantes, a travaillé sur les mémoires aristocratiques d’Ancien Régime, notamment les mémoires féminins (Mademoiselle de Montpensier, dite la Grande Mademoiselle, Marguerite de Valois), mais aussi sur les mémoires masculins (Retz, Saint-Simon). Il est secrétaire de la Société Saint-Simon.

Les Mémoires de Retz, roman d’aventures et bréviaire du grand politique

Œuvre improvisée, les Mémoires de Retz, comme toute grande œuvre, obéissent à une esthétique multiple, et ne ressemblent en réalité qu’à eux-mêmes. Nourri dans son enfance des Vies des Hommes illustres de Plutarque, Retz, le vaincu de la Fronde, entend fixer pour la postérité la vie du grand homme qu’il est convaincu d’avoir été. En plein règne de Louis XIV et sans remords aucun, il va par la plume retracer en secret, à vive allure, un destin d’exception, où l’enchantement de sa propre écriture transforme en triomphe une carrière surtout marquée par l’échec et la disgrâce, même si le personnage demeure (on l’oublie trop souvent) un prince de l’Église et un mondain de grande notoriété.

Œuvre d’histoire, rédigée par un grand homme convaincu d’avoir fait l’histoire, les Mémoires gardent donc les yeux sur le modèle de l’histoire humaniste. Entraîné cependant par la plume fougueuse qui est la sienne, Retz retrouve les rêves romanesques de sa jeunesse, et ne peut s’empêcher de laisser revivre le héros d’aventures sentimentales et politiques qu’il a été sous Richelieu, tout d’insolence, de non-conformisme envers l’ordre établi. L’esprit d’aventures ne le quitte pas lors de la Fronde. Prélat séditieux, Retz revit son expérience de frondeur, mais avec un recul dans le temps qui lui a permis de méditer sur son expérience politique, et qu’il va condenser en observations aiguës sur l’action politique en temps de troubles, en formules étincelantes sur le génie du grand homme. Œuvre d’histoire, très partiale, les Mémoires sont bien traversés simultanément de rêve romanesque, comme lestés d’une observation profondément originale de moraliste politique.

Myriam TSIMBIDY

Myriam Tsimbidy, professeur de littérature à Bordeaux III, est spécialiste des Mémoires du XVIIe siècle ainsi que de l’écriture épistolaire et polémique. Elle a publié notamment les Portraits épistolaires du cardinal de Retz, lettres inédites, nouvelles lectures, avec Christophe Blanquie, Éditions Classiques Garnier, 2011 ; Les Pamphlets du cardinal de Retz, Éditions du Sandre, 2009 ; Le cardinal de Retz polémiste, Publication Université de Saint-Étienne, Renaissance et Âge Classique, 2005.

Portraits du cardinal de Retz

Qui est le cardinal de Retz ? Le prélat n’est pas seulement cette figure de frondeur et de libertin, héritée des épisodes de la Fronde, il est encore bien autre chose. Pour saisir la complexité et la diversité de ce personnage qui ne cesse de nous interroger et de nous fasciner, nous avons composé, à partir de témoignages et de lettres inédites, une nouvelle galerie de portraits.

Thérèse BOST

Ingénieur de l’École Centrale de Paris, elle mène une carrière dans l’industrie et dans l’édition scientifique, touchant le domaine de la Thermique. Dans le cadre d’un diplôme de maîtrise d’histoire de l’art à Paris IV-Sorbonne, elle fait des recherches sur les vitraux Renaissance de l’église de Chaumont-en-Vexin. Puis au cours de ses séjours au Pays de Retz, elle étudie les ateliers de verriers nantais au XIXe siècle et en particulier le peintre-verrier Antoine Meuret. Après la découverte à Paris d’un mandement au Roy inédit décrivant le dessèchement des marais de l’abbaye de Buzay, elle s’intéresse particulièrement à cette abbaye de l’estuaire de Loire et à Jean François Paul Lefèvre de Caumartin, son abbé de 1675 à 1733.

Le cardinal à Commercy, les Caumartin à Chaalons

Louis François de Caumartin, maître des requêtes, « l’ami fidèle », est nommé de 1667 à 1672 intendant en Champagne. Il s’installe à Chaalons avec sa famille, à quelques lieues de Commercy, ce qui permettra de nombreuses entrevues avec le cardinal de Retz. Il est envoyé pour faire respecter le pouvoir monarchique dans la province et en particulier les deux directives récentes concernant, l’une les usurpations de titres de noblesse en 1668, et l’autre en 1669, la Jurisdiction des eauës et forests.

Les implications dans les affaires de la France de l’évêque de Chaalons et du cardinal de Retz font que ce n’est qu’en 1671 que ce dernier écrit qu’il tient enfin sur les fonts le jeune Caumartin né en 1668. Aux échanges épistolaires avec Rome concernant sa renonciation au titre de cardinal, s’ajoutent dans les années 1675 ses démarches, celles-ci couronnées de succès, pour résilier à son filleul son abbaye de Buzay.

Patrice PIPAUD

Il est membre du Conseil d’Administration de la Société des Historiens du Pays de Retz, auteur d’articles dans plusieurs revues d’histoire locale dont certains consacrés au cardinal de Retz : « Le cardinal de Retz à Machecoul », bulletin Machecoul-Histoire, 2005 ; « Le cardinal de Retz et les Brefs », bulletin Pornic-Histoire, 2005.

Il a collaboré au spectacle d’Éric Chartier « Des mitres et des lettres » consacré à Bossuet et au cardinal de Retz (été 2004). Sélection des textes, établissement d’un dossier : Pour un autre regard sur le cardinal de Retz.

« La Trappe est si fort sur le chemin de Buzay »

Le cardinal de Retz et l’abbé de Rancé

Le 10 mai 1684, dom Joseph Garreau, ancien prieur de l’abbaye de Buzai, fait profession en celle de la Trappe. Homme hautain et opiniâtre, il a déplu en Pays de Retz et rejoint avec l’aval du père de l’abbé de Caumartin l’abbaye réformée par l’abbé de Rancé. Touchés par le Jansénisme, les moines de Buzai et leur prieur ne sont cependant pas tentés par l’Étroite Observance de la règle cistercienne que Rancé a dû défendre 20 ans plus tôt devant le chapitre de Cîteaux et à Rome devant le pape Alexandre VII.

Dans ses démarches, l’impétueux abbé est conseillé par le cardinal de Retz dont il a épousé la cause lors de la Fronde ecclésiastique. Après l’échec des réformateurs, des compromis favorables à Rancé et à la Trappe doivent beaucoup au cardinal de Retz, alors véritable maître de la diplomatie française pour les affaires de l’Église. Les lettres que Rancé adresse à Retz et celles où il l’évoque montrent l’attachement que porte à un homme marqué par la révolution des temps et l’inconstance de la fortune, un fidèle habité par l’obsession du salut.

Simone BERTIÈRE

Agrégée de Lettres classiques, Maître de conférence (honoraire) de Littérature comparée à l’université de Bordeaux III, ex-chargée de conférence à l’ENS de jeunes filles (Paris). Passée à l’Histoire en devenant écrivain. Auteur, notamment, d’une série de six volumes consacrée aux Reines de France, dont Marie-Antoinette l’insoumise, et de biographies historiques : La vie du cardinal de Retz, Mazarin le maître du jeu et Condé le héros fourvoyé.

Le cardinal de Retz et le prince de Condé : histoire d’une déception

Deux thèmes retiendront l’attention :

  • Les deux hommes dans l’histoire, évocation de leurs relations, amicales ou orageuses, pendant la Fronde.
  • Le personnage de Condé dans les Mémoires : un héros inaccompli.

La vie du Cardinal de Retz

Mécontent de la place qui lui était promise dans une société dont il ne contestait pourtant pas les fondements – la monarchie et l’église -, Paul de Gondi défia tous les obstacles rencontrés sur sa route : sa famille, Richelieu, et surtout Mazarin, à qui l’opposa un combat sans merci. Il fut l’âme et le grand vaincu de la Fronde. Le chapeau de cardinal, conquis de haute lutte, ne suffit pas à lui épargner, après neuf ans de résistance, une mise à l’écart définitive.

Son dernier défi, contre lui-même, il l’a gagné : il a exorcisé l’échec dans d’irrévérencieux Mémoires à l’humour décapant. Il voulait être un grand homme : il fut un grand écrivain.

Centré sur la Fronde, son récit, si brillant qu’il soit, reste très incomplet et partial. Il n’interdit pas, au contraire, une enquête sur ses zones d’ombre : d’un côté les années de formation, de l’autre la longue traversée du désert, suivi d’une difficile réconciliation avec le monde et avec lui-même.

Celui qu’on a dépeint trop souvent comme un trublion sans scrupules laisse apparaître, si on le replace dans son époque et dans son milieu, parmi ses pairs, une personnalité plus complexe, plus nuancée, plus riche.

Passionnante comme un roman, la vie mouvementée de ce prélat anticonformiste ouvre sur l’histoire du XVIIe siècle des perspectives stimulantes. Elle offre aussi des leçons de politique applicable à tous les temps.

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