Quelques aspects du rôle des vezous pendant l’insurrection vendéenne au Pays de Retz

lundi 21 juin 2010, par Jean-Pierre Vallée


D’essence essentiellement populaire, l’insurrection vendéenne de 1793-1796 se devait d’entraîner dans son sillage tous les corps de métiers. Les musiciens de village étaient au tout premier rang des insurgés.


Au Pays de Retz les vezous trouvèrent tout naturellement leur place parmi les laboureurs à bœufs et à bras, les valets de ferme, bouviers et bergers, les forgerons, taillandiers, tisserands, charpentiers, maçons, sabotiers, potiers et autres travailleurs des campagnes.

Quels étaient donc ces Vezous ? Huet de Coetlizan dans ses recherches économiques et statistiques sur le Département de la Loire Inférieure, Annuaire de l’an XI, nous éclaire à leur sujet. " Le talent d’enfler ces rustiques pipeaux -les vèzes- appartient exclusivement à nos meuniers, qui ont seuls le temps de se livrer à cette étude ".

Oisifs, peut être, mais intrépides certainement puisque dans les débuts de l’insurrection triomphante on les signale aux tous premiers rangs des insurgés qu’ils entraînent à la bataille aux accents percutants de leurs instruments.

" Marchait-on à la rencontre d’un corps nombreux (d’insurgés) ? " relate le même Huet, attaché au parti républicain, " on était enveloppé ; le bruit du cor, des cornemuses annonçaient la présence de l’ennemi, qui se dérobait à la vue, et soudain on était assailli par des milliers de furieux, poussant d’effroyables cris, à la manière des sauvages ".

Lucas de la Championnière, Major de la célèbre division de Retz, la meilleure troupe de l’armée de Monsieur de Charette, raconte que le 10 juin 1793 au combat de Machecoul " l’on partit de Legé au son des Vezes et des chansons " et qu’ainsi tout le monde allât " gaiement juqu’au Grenil petit endroit distant d’un tiers de lieue de Machecoul ". La victoire des blancs sur les bleus fut totale et leur valut la possession du Pays de Retz pour pratiquement tout l’été.

Nul doute que plus tard, Charette et ses hommes qui tous aimaient la gaieté et la danse demandèrent aux mêmes vezous d’animer les soirées guillerettes de leur quartier général de Legé.

C’est en fait une certitude car Huet, toujours lui, signale que " la danse est l’amusement le plus ordinaire de Loire Inférieure, on danse à toutes les foires ; on danse dans toutes les fermes, après les vendanges ou à la fin des batteries ; on danse partout où quelque travail extraordinaire réunit des jeunes gens. Nos chorégraphes distinguent deux principales danses en usage parmi nous, les bretonnes et les rondes. La veze est l’instument que nous employons ".

Il est certain qu’à la fin du XVIII° siècle comme au début du XIXème on jouait beaucoup de la vèze dans le sud du Pays de Retz puisqu’une vieille habitante de Machecoul m’a toujours affirmé que les personnes nées dans les années 1850-1860 employaient fréquemment une ancienne expression où il était question de "veuze". Preuve s’il en est que cet instument avait été utilisé assez longtemps pour avoir pu laisser des traces trangibles dans la mémoire collective des habitants des anciennes marches communes de Bretagne et Poitou, véritable sanctuaire du Roi de la Vendée. " C’est ben le diable à jouer de la veuze " disaient ces vieilles personnes pour désigner des actes tout à fait contraires au plus élémentaire bon sens. Avec une telle affirmation on peut aussi penser que les vezous étaient gens à ne pas se formaliser et à tout oser. En tous les cas c’était bien là le comportement risqué d’un vezou vendéen de la région de Frossay.

A la fin de la tourmente révolutionnaire alors que cette partie occidentale du Pays de Retz avait été particulièrement éprouvée - près de la moitié de la population des paroisses de Frossay, Vue, Chauvé, Rouans avait disparu - et que la contrée était étroitement surveillée par la garnison de Paimbœuf et les colonnes mobiles du Général Grigny ; notre homme, le soir venu, annonçait, posté à l’orée d’un bois ou à l’entrée d’une grange perdue dans la campagne, la présence d’un des rares prêtres réfractaires encore en vie.

Le bruit qu’il faisait avec son instrument pour annoncer " la bonne Messe " attira les foudres du citoyen Lemercier commissaire du Directoire exécutif du canton de Frossay.

Le 17 Frimaire An VII ce fonctionnaire zélé fait le rapport suivant : _ " Des rassemblements nocturnes ont lieu dans la commune de Frossay, des domestiques s’absentent la nuit avec des armes. On entend retentir la cornemuse à différentes heures de la nuit ce qui annonce la présence des prêtres réfractaires. Il serait prudent de mettre à Vue une garnison de 30 à 40 hommes. Cette commune est voisine de la Forêt de Princé où des scélérats peuvent facilement se cacher. La garnison par des battues fréquentes les empêcherait d’y chercher un azile. La grande route d’ailleurs passant par Vue la police des passeports sera beaucoup mieux exécutée. Il sera également à propos de mettre à Frossay un cantonnement de 30 à 40 hommes. L’esprit de cette commune à toujours été et est encore des plus mauvais et parmi ses habitants il en est une grande quantité qui recommencerait la guerre civile avec plaisir.
On pourrait ajouter à ces mesures la réorganisation de la Garde Nationale de St Père en Retz. Les habitants de cette commune sont dans les meilleurs principes, ils pourraient faire des battues de temps à autre dans la commune de Chauvé où se réfugie dit-on une quantité de prêtres réfractaires, émigrés et autres. Dans toutes ces battues et tournées, l’ordre devra être donné au commandant de la force armée de saisir toutes les armes à feu qu’il trouvera dans les maisons. Il serait bon même, si cela était possible que les gens connus pour avoir des armes dont le civisme serait suspect fussent contraints sous quelques peines de les remettre.
Nous vous invitons citoyens Administrateurs (du Département de la Loire Inférieure) à prendre en considération nos observations en vous concertant avec le général Grigny auquel nous avons écrit dans les mêmes termes "

Lemercier.

Notre vezou qui avait déclenché de tels vœux devait avoir " une bonne dose de courage ". C’était en quelque sorte une certaine revanche de la part d’un homme qui du fait de son art avait dû passer plus d’une fois pour un insouciant et un joyeux luron suppôt peut-être même de Satan puisqu’avec son instument il excitait les sens.

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