Prééminences et droits honorifiques au Port-Saint-Père

dimanche 9 mai 2010, par Jean-François Caraës


Trois siècles de conflit


La Cour « a maintenu et gardé, maintient et garde ledit Samuel de Lespinay en la possession et jouissance du banc qu’il a dans le chanceau de l’église du Port Saint Père du côté de l’Evangile et permis et permet auxdits Gazet et consorts faire mettre un banc au chanceau de ladite église de l’autre côté de même longueur, largeur et vis à vis celui du sieur de Lespinay au lieu du banc que ledit defunct Gazet avait fait mettre audit chanceau... »

Cet arrêt du Parlement de Bretagne, du 7 septembre 1654, sanctionnait une première procédure opposant les seigneurs de Briord et de La Tour, quant à l’attribution des droits honorifiques de la paroisse. En fait, le conflit allait durer près de trois siècles, pendant lesquels les propriétaires successifs des deux domaines allaient s’affronter.

Des prééminences et droits honorifiques

« Les prééminences sont des marques d’honneur qui se rendent dans les églises, et il y en a de deux sortes. Les unes sont personnelles qui regardent les gens de mérite ou leur famille, et qui ne passent pas leurs personnes ou leur sang. Les réelles sont celles qu’on rend aux personnes à cause de leurs terre ». R. de La Bigotière définit ainsi les deux grandes catégories de droits honorifiques, dont la seconde fut, sous l’ancien régime, l’objet de préoccupations quotidiennes. Les prééminences réelles se subdivisent en deux : « les grandes sont la Litre ou armoiries au-dedans ou au-dehors de l’église, la tombe (ou enfeu), le banc et les prières nominales ; les petites sont la préférence pour recevoir l’eau bénie, le baiser de paix, le pain béni, et pour aller en procession ».

Ces droits reviennent en premier lieu au seigneur de la paroisse, c’est à dire à celui qui a la justice immédiate sur les habitants et plus spécialement « sur le sol où l’église est bâtie ». « Les autres peuvent tout au plus se dire seigneurs en partie ». Et en étant encore plus limitatif, pour prétendre aux prérogatives dans l’église, le seigneur dominant ne doit-il avoir dans la même paroisse aucun vassal dans la même situation que lui, ou exerçant la Haute- justice sur le lieu.

Cette situation complexe ne pouvait qu’entraîner nombre de contestations. Une ordonnance du 15 août 1539 fixa une nouvelle règle : le fondateur a le droit primitif, mais non le droit exclusif, et les honneurs lui appartiennent de préférence à tout autre. On se pencha alors sur les définitions exactes de patron, de fondateur, de bienfaiteur, de prééminencier... Une hiérarchie des fondateurs de paroisse fut instituée : le premier était celui qui avait doté l’église, le second celui qui l’avait bâtie, le troisième celui qui en avait donné le fond.

Ainsi, et suivant le droit commun, « les patron et seigneur haut-justicier ont seuls le droit de prétendre aux droits honorifiques des Eglises ». Mais si un gentilhomme, ni patron, ni seigneur du sol de l’église avait possédé des prééminences depuis un temps immémorial, sa position le mettait « à l’abri de tout trouble », même sans titre, pourvu que cette prééminence soit assez ancienne pour être présumée antérieure à l’ordonnance de 1539. Il suffisait pour celà qu’il en subsiste des signes extérieurs et visibles, tels que l’existence d’armoiries à la clef de voûte ou à la principale vitre, la litre autour de l’édifice, le banc, l’enfeu.

Finalement, et quelles que soient les règles édictées et la jurisprudence s’y rattachant, il y eut toujours matière à ester en justice. Le juriste Loyseau déplorait de voir « journellement la noblesse s’entrebattre pour cette pomme de discorde que le diable a jetée parmi elle pour troubler les cérémonies religieuses ». Les fonds des tribunaux d’Ancien Régime regorgent de ces procédures, fort coûteuses, et qui représentent un « poste important des dépenses improductives faisant partie du train de vie du seigneur ». Bien que ces droits aient une valeur vénale, puisqu’ils figurent toujours en bonne place dans tous les aveux et contrats seigneuriaux, ils ne rapportent rien ; au contraire, les droits de banc et d’enfeux constituent une lourde charge financière.

Alors, comment expliquer cet acharnement à défendre des droits dont le seul bénéfice était de flatter la vanité de leurs détenteurs ? Peut-être par cette mentalité du passé érigeant l’honneur et la « passion du nom » en principes. Mais surtout par le formidable ascendant qu’ils conféraient à certains seigneurs sur leurs voisins et subordonnés (vassaux et paysans), et le désir de ceux-là d’accroître leurs domaines et la mouvance de leurs propres fiefs sur les autres.

Titres et armoiries au Port Saint Père

La paroisse du Port-Saint-Père ne pouvait échapper à cette règle générale. Deux compétiteurs s’y disputaient les prééminences de l’église paroissiale : le seigneur de La Tour, fief cité depuis 1158, avec droit de haute justice, et quelques droits particuliers tels que droit de four banal ou droit du passage de la rivière ; celui de Briord, terre citée depuis 1225, mais haute- justice depuis seulement 1437. Une enquête, établie au nom de la seigneurie de Loyaux pour la confection du Papier Terrier, en avril 1680 donne la description des armes et bancs situés en l’église. Dans le chœur se trouvaient trois bancs : « un du costé de l’Evangile que l’on a dit estre de la seigneurie de Briord, au dossier duquel, joignant à la muraille de l’église, sur l’accoudoir, sont les armes d’icelle ; et du costé de l’épitre est, joignant le ballustre, celluy de la Tour avecq ses armoiries. Et au dessous, du mesme costé, celluy de la Rivière, sans armes. Lesquels bancs sont clos, fermez, avec leurs accoudoirs ».

La présence de ses bancs, « contre toute règle » comme le souligne l’archidiacre Binet lors de la visite pastorale qu’il fit le 30 avril 1689, fut la source du conflit que nous évoquerons plus loin, et qui devait opposer Briord à La Tour : le premier prétendant au titre de patron et fondateur, le second revendiquant une place dans le chœur au titre de seigneur haut-justicier.

Le visiteur de 1680 poursuit ainsi sa description : « Et dans le lambris du céoelig ;ur, avons remarqué un écusson de Bretaigne. Comme aussi dans la nef du costé de l’épitre, au vitrail posé entre l’autel de Saint André et le lutrin qui est sittué au milieu de ladite église, avons remarqué trois écussons dont l’un, placé au hault dudit vitrail, est de Bretaigne aveq la couronne ducalle, et les deux autres, au-dessous, l’on ne nous a voullu dire qui les prétendait, dont l’un, du costé de l’hostel, porte : de gueulle en chef et trois roses ou noeus de ruban, et au-dessous de six tourteaux d’or ; et l’autre porte : d’azur à trois chevrons d’or ondé en sautoir, et quatre tourteaux de mesme ».

La présence de ces blasons doit nous renseigner sur le partage des prééminences : l’écu de Bretagne, placé dans le chœur et au sommet du vitrail sud, indique clairement que le Duc de Bretagne y est seigneur de la paroisse. En effet, si La Tour est réputée être la seigneurie la plus ancienne, elle relevait directement et prochement de la Couronne. N’oublions pas qu’elle fut confisquée par le Duc Jean IV en 1392 à Collard de La Salle, et donnée au capitaine de Nantes Gilles d’Elbiest.

Quant aux deux autres blasons, leur description n’est guère conforme aux règles héraldiques ; H. Quilgars avouait qu’ils ne pouvaient être identifiés avec ceux du Dictionnaire héraldique de Bretagne (de Potier de Courcy). Cependant, on peut affirmer qu’ils correspondent à ceux de familles ayant possédé dans la paroisse à l’époque d’érection dudit vitrail. Dans l’ancienne église telle qu’elle survécut à la tourmente révolutionnaire, E. Orieux mentionne deux fenêtres : l’une dans le chœur et du côté nord, tribolée, légèrement ogivale, très étroite à l’extérieur mais très évasée à l’intérieur, datant du commencement du Xlll° siècle ; l’autre du côté sud, ogivale avec des moulures prismatiques, remontant au XV° siècle. Le vitrail armorié peut être identifié à cette dernière fenêtre, du XV° siècle : c’est donc à cette époque qu’il faut rechercher les titulaires des mystérieux blasons. Celui de droite ne fait aucun doute, c’est celui des L’Épervier : « d’azur au sautoir engrêlé d’or, accompagné de quatre besants de même ». Arthur L’Épervier, grand-veneur de Bretagne et gendre de Pierre Landais, fut seigneur de Briord de 1486 à 1510.

Le second blason est beaucoup plus énigmatique et ne correspond vraiment à aucune famille de la paroisse, à l’époque que nous avons déterminée. Gilles d’Elbiest, seigneur de La tour en 1392, porte « d’argent à la barre de gueules chargées de trois coquilles d’or ». Jean de Saint Amadour, son successeur au début du XVI° siècle, « de gueules à trois têtes de dogues arrachées d’argent ». Pour les autres terres, nous avons François de La Lohérie, seigneur de La Rivière, « gironné d’argent et de gueules » ; François Goheau, seigneur du Pré-Nouveau, « de gueules à trois heaumes d’argent tarés de profil » ; François Hamon, vice-amiral de Bretagne, seigneur du Bouvet, « écartelé aux un et quatre de gueules à trois haches d’argent, aux deux et trois d’argent à trois huchets de sable ».

Ce dernier avait cependant un frère homonyme, François Hamon, évêque de Nantes de 1511 à 1532 et successeur de son oncle Robert Guibé dont il reprit les armes en les surchargeant aux siennes : « d’argent à trois jumelles de gueules accompagnées de six coquilles d’or, au chef d’or ». On a dans cette description plusieurs éléments proches de ceux du blason mystérieux : la couleur de gueules (rouge) que le visiteur a pu attribuer à l’ensemble de l’écu, si celui-ci était un peu défrecichi en 1680 ; six coquilles d’or, que l’on peut confondre avec des besants ; enfin un chef, d’or il est vrai et nu ; mais il est aussi vrai que ledit visiteur a vu trois chevrons au lieu d’un sautoir (pour les armes des L’Épervier), et qu’il n’a pas craint de coudre un chef de gueules sur un écu du même émail, ce qui, en héraldique, ne peut se faire. La similitude n’est pas évidente, bien que le blason des seigneurs du Bouvet eut pu figurer sur le vitrail, un certain nombre de maisons du bourg relevant de cette seigneurerie. Il semble d’autre part que la partie inférieure de la nef, plus récente que le chœur, ait été édifiée fin XV°-début XVI° siècle, sans doute avec l’appui et les finances des évêques Guibé et Hamon.

En tous cas, on ne peut se fier au mémoire rédigé à la fin du XVIll° siècle par Sébastien de Rosmadec, seigneur de la Tour réfutant les prétentions de Charette de Briord et qui cite les blasons ne figurant pas dans d’église.

« M. de Briord en impose encore lorsqu’il dit qu’on voit dans les vitraux de l’église les armes des anciens propriétaires de Briord, parce que cette terre était anciennement possédée suivant la tradition par Pierre Landay, trésorier du duc de Bretagne qui fut pendu à Nantes et qui portait pour armes un lion hissant

« Une fille de ce Pierre Landais porta la terre de Briord dans la famille de L’Epinai qui porte pour armes trois aubépains, et une dame de L’épinai, mère de M. de Briord, l’a transmise dans la famille de Charette qui porte pour armes un léopard hissant et trois cannettes, or on ne voit aucune de ces armes dans les vitraux de l’église ».

Le mémoire de Briord indiquait en outre que « les armes des seigneurs de Briord des XIII° et XlV° siècles se trouvent dans les vitrages de l’église du Port Saint Père ». Erreur là encore, Puisqu’à cette époque, Briord appartenait à la famille de Rezay, qui portait un losange, et n’était alors qu’une sirnple terre, érigée en haute justice seulement en 1437 et pour leur successeur Jean Labbé de La Rochefordière.

La querelle des bancs seigneuriaux

Ainsi, « aucun signe extérieur et visible » n’était suffisaniment probant pour attribuer le titre de patron et prééminencier à l’un ou à l’autre des compétiteurs. C’est pourquoi, quand ceux-ci décidèrent au XVIl° siècle d’encombrer le chœur de l’église de « grands bancs à queue et accoudouërs », l’orage éclata ; surtout que chacun prétendait avoir ce droit « privativement de tous autres ». On sortit les titres féodaux, on sollicita les témoignages, on commenta la Coutume, on invoqua la jurisprudence.

En 1614, Suzanne des Rouxières, alors dame de Briord, réclama le droit prohibitif de banc et d’enfeu dans l’église paroissiale ; à l’appui de sa requête, elle cita treize témoins, âgés de 45 à 75 ans, parmi lesquels noble homme Michel de Tresgues, de la paroisse Ste Croix de Nantes (68 ans), Maitre Julien Marion, notaire, de la juridiction de la Rivière (59 ans), Nicolas Pillet, « secrétin d’église du Port Saint Père » (54 ans), et plusieurs laboureurs. Une première sentence du Présidial fixa droit égal entre les deux seigneurs de Briord et de La Tour, l’un du côté de l’Evangile, l’autre du côté de l’Epître. Michel Gazet, seigneur de La Tour, fit appel, et une autre sentence semblable fut rendue le 15 novembre 1625 : puis une autre les 5 et 6 février 1632. Gazet était conseiller au Parlement de Rennes, c’était un fin juriste et sans doute aussi un grand chicaneur. Il fit appel du dernier jugement contre Samuel de L’Epinay, seigneur du Chaffault et Jacob de L’Epinay, seigneur du Pré-Nouveau, tous deux héritiers de Suzanne des Rouxières. Le Parlement rendit son arrêt le 7 septembre 1634, confirmant le partage des prééminences.

L’affaire ne devait pas en rester là, puisque dès 1635, un aveu du seigneur de Briord mentionne que « de temps immémorial », il possède les prééminences de l’église privativement à tous autres. Ces mêmes termes seront repris, notamment en 1752 et 1757, et jusqu’à la fin de l’Ancien régime. A ce droit de banc était lié le droit de sépulture : pour Briord, « droit d’enfeux au-devant d’iceluy banc et dans le sanctuaire de ladicte église au-devant de l’autel de saint Sébastien à costé du marchepied du maitre-autel aussi du costé de l’Evangile » pour la Tour, « droit de sépulture auprès dudit banc ».

Ainsi, bénéficiant du côté de l’Évangile, lé seigneur de Briord était considéré comme patron fondateur de l’église ; du côté de l’épitre se trouvaient les hauts justiciers : La Tour et La Rivière ; ce dernier, sans avoir esté en justice, se retrouvait avoir « droit de banc à queue et accoudouere fermé, au bout du chanceau ». Un quatrième "larron" se mêla à eux à la fin du XVIl° siècle, c’était le seigneur de La Brandaisière, Jean de La Roche Saint André qui, allié aux Charette et, partant, aux Sallo du Pré-Nouveau et L’Epinay de Briord, plaça lui aussi un banc du côté de l’Evangile. Sa femme Renée Charette fut inhumée auprès en 1724. Sans doute s’agissait-il d’une complaisance du seigneur de Briord envers son parent, lequel, bien que relevant de La Rivière, mais en s’inféodant à lui, cautionnait la politique expansionniste de Briord.

Car tel était le fond du débat : Briord entendait affirmer sa supériorité sur les autres fiefs de la paroisse. Châtellenie s’étendant sur six paroisses voisines, il lui fallait jouir d’un maximum de droits et mouvances féodales. A la fin du XVIll° siècle éclata un nouveau conflit, à savoir : qui devait détenir la troisième clé du coffre des archives de la paroisse ? Un arrêt de la Cour du 27 janvier 1785 l’attribua au procureur fiscal de Briord, René Souchu, ceci au lieu et place du substitut du procureur général de la Sénéchaussée. Car le véritable seigneur prééminencier de la paroisse n’était autre que le roi lui-même, et s’il ne possédait en propre que l’église et le presbytère dans le bourg et cinq ou six tenues dans la paroisse, il était cependant possesseur des domaines et arrières-fiefs de Briord, La Tour et La Rivière.

Briord ne faisait donc figure que de fief prédominant, prétendant en outre que le domaine de la Tour en relevait en partie, ainsi que la grande majorité des domaines et fiefs de La Rivière. Un procès était alors pendant au Présidial quant à cette mouvance.

Dans le même ordre d’idées, le seigneur de Briord tentait de s’arroger le droit de coutume des foires du Port Saint Père, lequel était partagé par tiers entre le roi, La Tour et La Rivière. Il tentait également d’usurper la mouvance du Pré- Nouveau, seigneurie relevant du Roi, et qui avait appartenu à Jean Hilarion Charette, frère de Charette de Briord. Ce dernier l’avait acquise pour son frère en 1757, et lui en avait fait rendre aveu en 1767. Ainsi, quand le chevalier de Briord vendit le Pré-Nouveau en 1778 à Alexis Joubert de La Primaudière, Joseph Charette en toucha les droits de lods et ventes, de même que le rachat échu par la mort dudit Joubert. Les receveurs du roi ne l’entendirent pas de cette façon, il y eût procès.

Procès également quant à la mouvance des métairies de la Gandonnerie et de la Palutière, relevant du Moulin-Henriet en Ste Pazanne : procès encore au sujet du rachat dû pour la métairie de Tartifume, possédée par le seigneur de La Tour, et qui relevait du duché de Retz : le seigneur de Briord avait en effet acquis du marquis de Brie-Serrant les droits du duché sur la paroisse du Port Saint Père en 1788.

Procès enfin avec les paysans du village de la Boulaye, au sujet des landes que le seigneur de Briord entendait s’approprier. La question fut même évoquée dans le cahier des doléances de la paroisse en 1789.

En fait, cette question des prééminences, futile en soit, ne fut que le reflet de la croissance de la châtellenie de Briord qui, simple terre en 1225, haute justice en 1437, devenait en cette fin du XVIll° siècle l’une des plus importantes seigneuries du Pays de Retz, en même temps qu’une exploitation agricole particulièrement bien gérée. Joseph Charette entendit marquer et consacrer cette extension en reconstruisant vers 1772 le vieux manoir féodal qui laissa place à l’élégant château que l’on connait, sans doute l’une des plus belles folies nantaises. Malheureusement, et quelquefois au mépris du droit, il devait froisser la susceptibilité des titulaires des vieux fiefs.

Plan de l’ancienne église au XVIII° siècle
(reconstitution)

Le XIX° siècle : permanence de la féodalité

La nuit du 4 août 1789, en abolissant les privilèges féodaux, devait mettre fin à ces querelles. Cependant, dans la décennie qui suivit, on constata une certaine survivance de la féodàlité. Le fief de Briord, bien national, fut depecé et vendu pièce à pièce : le domaine fut acquis le 30 avril 1798 par un sieur Etienne Charrier agissant pour l’architecte Jean Buron, et revendu le 24 avril 1800 à un négociant nantais, Jean-Anne Dubois-Viollette. Toutes ces opérations s’étaient faites « avec le consentement » de Louise du Cambout, fille de Joseph Charette de Briord, qui avait continué à percevoir les fermages de ses terres, alors même que Briord appartenait à la nation. En l’espace de quelques mois, Dubois-Viollette racheta patiemment tous les morceaux épars et reconstitua le domaine de Briord, qui comprit désormais le château, les étangs, le parc et les bois, cinq fermes et plusieurs borderies, soit 250 hectares 80.

Vendu en 1833 par Dubois-Viollette fils à Louis Pantin de La Guère, Briord revint ensuite à la fille de celui-ci, Mathilde, épouse de Michel-Adolphe, comte Pelet de Lautrec.

La seigneurie de La Tour ne connut pas tout-à-fait le même sort. Possédée depuis 1786 par Félix-Victor Locquet de Grandville, elle fut mise sous séquestre en 1793, après que son propriétaire eut laissé sa tête sur l’échaffaud le 19 juin, pour avoir participé au complot de La Rouërie. Il laissait deux enfants, Achille et Aristide, âgés respectivement de quatre et deux ans. Ils étaient mineurs, c’est la République qui géra leurs biens, en l’attente du règlement de la succession de leur grand-père, mort deux ans plus tôt, le ler octobre 1791. Car en fait, La Tour avait été achetée pour Félix Victor, par son père Charles-Jean Locquet de Granville, « seigneur du marquisat du Fougeray ». Ce dernier laissait en outre deux filles, Marie-Jeanne, mariée à Louis-François Carlet de La Rozière, émigré ; Angélique, épouse de Pierre du Matz, émigré duquel elle divorça en 1793 pour épouser un républicain, Nicolas Chapellier.

Le règlement de cette succession ne se fit pas sans mal : on alla même jusqu’à rechercher le principe de noblesse de la famille pour savoir s’il convenait d’appliquer les principes du partage noble. Finalement et après maintes contestations de la part des époux Chapellier, les mineurs Locquet de Grandville héritèrent du domaine de La Tour : ils avaient certes perdu leur père, mais ils conservaient leur patrimoine. L’aîné, Achille, épousa Elisabeth de Monti et s’installa au château de La Rivière que possédait sa belle-famille, laissant La Tour à son frère Aristide. Quand celui-ci décida de contruire une nouvelle demeure plus vaste et plus moderne et qui porterait son nom, Grandville, il vendit l’ancienne maison et ses 42 hectares à un négociant nantais, Jean-Anne Taffu. L’acte de vente, du 27 septembre 1820, contient la mention curieuse de droits quasi féodaux : « Une rente de 165 décalitres (onze septiers mesure nantaise) de seigle, un gâteau et deux chapons », le tout payable à Noël et à la Toussaint par le fermier du tènement et moulin de Saint Mars (datée du 24 avril 1779) ; une seconde rente de « 150 décalitres (ou un tonneau) de bled seigle et 150 décalitres (ou un tonneau) d’avoine mesure rase de Loyau et un franc vingt centimes monnaie argent », au 15 août, par les tenants du village de la Jutière (datée du 31 octobre 1748). Ces deux rentes furent confirmées par le Tribunal civil de Paimboeuf en 1803.

La Tour devint une simple "résidence secondaire". Ce fut désormais ailleurs qu’un nouveau "seigneur" apparut au Port St Père, au récent château de Grandville, construit entre 1820 et 1830 par les architectes Blon et Amouroux. Aristide Locquet de Grandville, d’abord officier, fut élu maire de la commune de 1818 à 1830 et de 1838 à 1848. Conseiller général de Loire Inférieure, député de 1848 à 1851, il marqua profondément la région, donna une nouvelle impulsion aux mines de Nort en 1828, fit édifier le pont de pierre du Port St Père et la levée de St Mars de Coutais ; il participa même à la défense de son ami Berryer, emprisonné à Nantes en 1832. A sa mort en 1853, le domaine de Grandville revint à l’une de ses filles, Elisabeth, épouse de Marie-Louis-Stéphane de Moulins, comte de Rochefort.

Le XV° siècle : la guerre des châteaux

Le calme qui régnait dans la commune depuis la Révolution allait bientôt être troublé par l’arrivée d’un nouveau venu : le 18 juin 1850 était célébré à Nantes, le mariage de Mathilde Pantin de La Guère, fille du propriétaire de Briord, avec Michel-Adolphe Pelet de Lautrec. Celui-ci, originaire de la Martinique, était alors lieutenant au 47e de Ligne et devait néanmoins établir sa résidence au Port St Père).

L’année 1853 fut marquée par trois évènements majeurs pour la suite des évènements ; le décès d’Aristide de Grandville le 21 mai, la bénédiction le 15 juin de la chapelle de Briord nouvellement restaurée, et surtout, depuis le début de l’année, le lancement par le curé Leray d’une souscription aux fins de reconstruire l’église paroissiale. Celle-ci, incendiée en 1793, reconstruite de 1812 à 1818, avait été agrandie en 1825 et 1834 par adjonction de deux chapelles latérales. L’ancien édifice étant devenu nettement trop petit pour une population en pleine expansion, un premier projet d’agrandissement fut déposé en 1847. L’adjonction à la commune d’une partie de St-Hilaire-de-Chaléons, le quartier de Chappes, fit déborder la coupe, ou du moins les fidèles de la nef. On se résolut à construire une nouvelle église. M. de Grandville fut le premier et principal souscripteur, mais dès le ler mars, il se retirait, sous prétexte que le plan primitivement adopté avait été changé. C’est sur cette question du plan que devait achopper l’opération.

Le projet fut repris en 1862 à l’instigation de M. Pelet de Lautrec qui, la même année, fit don à la paroisse des reliques de St Pierre et de St Paul, et d’un morceau notable de la Vraie Croix, « don particulier de N.S. Père le Pape au major de Lautrec ». Mme Pantin de La Guère souscrivit pour la charpente en chêne, au maximum de 12 000 F, et son gendre s’inscrivit personnellement pour 6 000 F. En outre, c’est lui qui devait conduire les travaux « à ses risques et périls ».

Ce revirement de situation ne plut guère au vicomte de Rochefort qui avait succédé à son beau-père A. de Grandville. On commença à intriguer, afin de reprendre la maîtrise de l’œuvre, c’est à dire la première place dans la commune. Briord comptait alors dix métairies ou borderies et trois moulins, soit 141 personnes en 1857. Grandville arrivait à égalité avec 140 âmes réparties dans un même nombre de métairies et un moulin. Mais à ce récent domaine, on pouvait ajouter celui de la Rivière, possédé par Camille de Grandville, et qui comptait 88 personnes dans sept métairies ou borderies. Comme Briord l’avait été au XVIll° siècle, Grandville était devenu le « le fief le plus important ». D’ailleurs, c’était dans ce château que séjournaient les prélats en visite dans la paroisse. M. Masson, ancien curé, s’y était retiré de 1850 a 1860, et le vicomte de Rochefort était trésorier de la fabrique. On fit en sorte que le climat se dégrade entre le curé Leray et le comte P. de Lautrec, tant et si bien que dès 1864, ce genre de lettre quittait Briord à destination du presbytère : « M.le curé, je ne sais si c’est votre droit de vous moquer du public... Vous avez dit à Mme de Lautrec que j’avais été votre bouttrain pour faire réussir vos projets d’église ; je vous envoie copie de la signification de ce mot... Ne tenant pas à être comparé à un cheval ou à un histrion, je vous prie, M. le curé, de vous rendre compte des mots que vous employez à mon égard... Si le scandale ne m’avait pas retenu, un de nous deux eût quitté la commune... Je ne vous cache pas que je saisis toutes les occasions honorables pour tâcher d’arriver à votre changement ».

Deux clans venaient de se former, qui allaient se livrer une lutte sans merci. Cependant, un projet avait été adopté, celui de l’architecte Dusouchay : il prévoyait la reconstruction de l’église en deux tranches, de façon à conserver l’ancienne églis pour l’exercice du culte en attendant que la nef de la nouvelle soit terminée. A ce moment seulement, le vieux sanctuaire serait mis à bas pour élever le transept et le chœur. Car les deux édifices ne se superposaient pas, ils se croisaient à angle presque droit ; les nécessités de la voirie avaient imposé ce plan, la route Nantes-Bourgneuf et Pornic ne devant pas connaître un nouvel alignement, particulièrement difforme.

Le 28 juin 1865, la première pierre était posée par Mgr de La Hailandière, évêque de Vincennes ; lors de la cérémonie, le prédicateur, M.Grasset, fut frappé de congestion cérébrale et dut être évacué dans un état alarmant. Deux ans plus tard, en février 1867, une partie du gros œuvre était achevée et prête à recevoir sa charpente ; mais Mme de La Guère était décédée avant d’avoir pu accomplir son obligation, et ses héritiers refusèrent de livrer le chêne nécessaire. La fabrique dût se procurer d’autre bois, et la nef put être bénie le 13 juin 1869 : la première tranche des travaux avait coûté 68 585 F.

Le curé Leray et le vicomte de Rochefort, toujours trésorier de la fabrique, poursuivirent les consorts Pantin de La Guère-Pelet de Lautrec, qui furent condamnés par le tribunal civil de Nantes le 7 mai 1868. Appel fut interjeté : l’arrêt de la Cour d’Appel de Rennes, du 28 juin 1869, confirmait le jugement de Nantes et condamnait le comte Pelet de Lautrec à livrer les bois de charpente nécessaires à la couverture de l’église. Celui-ci avait soutenu que la souscription était devenue caduque par le fait qu’il « se serait réservé le droit de l’annuler si le plan de ladite église ne lui convenait pas ». Cette réserve figurait en marge de la souscription. Mais il était manifeste, au vu de la pièce, qu’il y avait eu surcharge, postérieure à la première signature de Lautrec. La bonne foi de celui-ci fut cependant reconnue par la Cour qui estima que cette réserve avait en fait été omise au départ. C’était plutôt une maladresse, surtout que le comportement ultérieur du comte laissait apparaître que le plan de l’église lui importait peu : il avait déclaré le 4 décembre 1862, « maintenir sa souscription quel que fut le plan adopté » ; le 10 avril 1865, il offrait de « livrer les bois de charpente tout en refusant de prendre connaissance des plans de reconstruction ».

Le comte Pelet de Lautrec avait commis une erreur en se jetant dans ce type de bataille, qu’il allait perdre de toutes façons. En effet, si l’arrêt de Rennes fut cassé pour incompétence le 4 mars 1872, l’affaire fut renvoyée à Angers, pour finalement revenir devant le Conseil de Préfecture du département : le procès fut gagné le 14 août 1874 par la Fabrique du Port St Père ; les consorts Pelet de Lautrec et Pantin de La Guère furent condamnés à payer le solde de leur souscription (4 500 F), à rembourser le prix du bois mis en oeuvre dans la première partie de la charpente, et à fournir les bois nécessaires à la couverture de la partie de l’église non encore terminée. Mais Grandville avait décidé d’abattre Briord par tous les moyens, y compris la politique. Pelet de Lautrec s’était présenté aux élections municipales de 1871, auxquelles il arriva en tête avec 211 voix. Camille de Grandville, en 16ème position avec 152 voix, n’était pas même élu, comme son allié, Pierre Pichelin, propriétaire du Pré Mériet, arrivé en 21ème position avec 141 voix, Pelet de Lautrec, élu maire, fut bientôt victime de ce qui peut apparaître un coup monté. En 1872, il reçut de la Préfecture une enveloppe cachetée à l’adresse d’un de ses administrés, le sieur Patry, avec ordre de la lui remettre. Le pli sentait la machination. Sans méfiance, et se sentant outragé par cette injonction préfectorale, il brisa les cachets. Mal lui en prit, ce geste le fit suspendre pour deux mois à compter de janvier 1873.

Pelet de Lautrec en appela directement au ministre de l’intérieur, accusant le Préfet de Loire Inférieure de prendre les élus du Peuple pour de simples commissionnaires. Il y voyait bien cependant une manœuvre du vicomte de Rochefort, avec lequel il était en contestation, outre l’affaire de l’église, au sujet d’un chemin vicinal. De plus, il avait eu la maladresse, et sans doute la satisfaction, de faire couper et vendre au profit de la commune des arbres se trouvant au cimetière sur la concession de Grandville et que Rochefort estimait faire partie de ladite concession.

La réponse du ministre l’accusa à son tour de manque de déférence envers le préfet auquel il ordonnait qu’une sanction soit prise. En fait, et bien que d’extrême-droite, Pelet de Lautrec ne convenait guère au pouvoir "royaliste" en place ; les élections municipales de 1874 confirmèrent l’évolution politique du début de la IIIème République en plaçant un ultra à la mairie. Le sieur Ganachaud arrivait en tête avec 299 voix, suivi de Pierre Pichelin, 295 voix - qui sera élu maire - et en 5ème place, Camille de Grandville avec 290 voix. Etaient aussi élus, le vicomte de Rochefort, 13ème, avec 280 voix et Patry, avant-dernier, avec 268 voix. Pelet de Lautrec n’arrivait qu’en 17ème position avec seulement 161 voix. La plainte qu’il déposa pour irrégularité fut bien sûr rejetée, il était bel et bien battu.

La retraite du colonel, comte de Lautrec

La deuxième tranche de reconstruction de l’église s’échelonna de 1878 à 1880 ; il en coûta 69 300 F. Les travaux ne furent marqués par aucun incident, sinon la chute mortelle du charpentier Plessala en 1878. Le clocher ne fut édifié qu’en 1898-1899, grâce notamment au legs testamentaire qu’avait fait en 1871 Sophie de Martel, veuve d’Aristide de Grandville, et qui n’eut d’effet qu’à son décès en 1882. Grandville sut largement financer ce que Briord ne pouvait plus faire ; la contrepartie se voit encore aujourd’hui aux vitraux de l’église où flambent sous le soleil les armes des nouveaux seigneurs prééminenciers. Dans le transept nord fut placé un « grand banc à queue et accoudoirs », timbré du double écu des Locquet de Grandville et des Martel, sommé d’une couronne de marquis, qui fut très, très longtemps utilisé par les châtelains de Grandville. L’ancienne église était tombée sous la pioche des démolisseurs dès 1874, emportant avec elle le souvenir des luttes d’Ancien Régime, et ne nous laissant ni commentaire, ni croquis, ni cliché.

Qu’advint-il du comte Pelet de Lautrec ? Au lendemain de son échec, écoeuré par tout ce qu’il avait vécu dans la commune, il repartit d’où il était venu, aux Antilles, laissant à son épouse le soin de gérer ou de vendre ses propriétés du Port St Père. Le domaine de Briord, « assurément et sans conteste une des plus belles terres de la Loire Inférieure », fut vendu par adjudication, sur une mise à prix de 520 000 F, le 25 novembre 1885. Le nouveau propriétaire était un enfant de quinze ans, Jean-Baptiste Étienne, pour lequel avait agi son grand- père et tuteur, le célèbre fondeur, Jean-Simon Voruz. Celui-ci mourut au château le 27 octobre 1896, non sans y avoir fait quelques aménagements : couronnement de la tour postérieure, daté de 1887, lucarnes de zinc éclairant les combles, installation électrique autonome et système de chauffage.

Jean-Baptiste Etienne faisait partie de l’importante famille des raffineurs nantais et hérita des fonderies Voruz : il n’avait que faire de querelles d’influence, sa fortune y suffisait. Lieutenant de louveterie, il entretint à Briord l’une des plus belles meutes du département et y organisa de grandes chasses entre les deux guerres. Le vieux domaine connut alors une époque brillante qui lui rappela sans doute les fastes du XVIll° siècle.

Quant à Pelet de Lautrec, il connut une fin étrange. Lieutenant-colonel au 124ème Régiment territorial d’infanterie, il bénéficia d’une lettre de recommandation du général Jamont auprès du commandant Dudraille, directeur d’artillerie à La Martinique. Celui-ci voulut le nommer bibliothécaire à la Direction d’artillerie, mais le poste en ville ne lui plût pas. Une lettre du colonel Pelletier, commandant le 6ème Régiment d’infanterie de marine à Brest, et adressée à Jamont, nous apprend la suite : « 2 juin 1892. ( ... ) J’ai fait nommer il y a deux mois ce très honorable vieillard au poste de gardien de batterie qu’il désirait. Le hasard me fit rencontrer M. de Lautrec ; il est bien rare de constater dans la vie d’un homme tant d’infortune après avoir connu bonheur, richesses et honneurs, il est surtout rare de constater une aussi grande sérénité d’âme et d’esprit après tous ces orages de la vie. M. de Lautrec s’était remis au travail de la terre et s’il m’a demandé une petite situation, c’est dans la crainte de voir ses forces le trahir : lui qui a été chef d’Etat-major du roi de Naples et un des plus brillants attachés militaires de la Cour de Vienne, a maintenant les mains calleuses comme celles d’un laboureur ; il y aurait un volume à écrire sur cette vénérable personne, vivant avec neuf sous par jour, il avait recueilli trois vieillards nègres, et grâce à la vie de pasteur qu’il menait, il pouvait encore faire le bien ».

Le mot de la fin reviendra au soldat Lautrec, gardien de batterie au fort de l’Islet aux Ramiers, dont il fut le seul habitant :

Batterie Pointe du Bout mais demain
batterie de l’islet aux Ramiers

C’est vous dire, bien cher monsieur et ami vrai, que la lettre du général Jamont a porté fruit immédiatement.
Dites à votre cher et glorieux frère que je prie Dieu pour lui et que je ne l’oublierai jamais dans mes prières.
Demandez et prenez la dernière place, dit N.S.J C et elle ne vous sera pas enlevée.
C’est ce que j’ai fait. Heureux de finir mes jours en gardant les canons de cette France que j’aime tant et sur les malheureux de qui je pleure tous les jours. Je ne peux me faire à l’idée que le roi de Prusse se soit fait couronner empereur d’Allemagne dans le palais de Louis XIV. Pauvre France ! Malgré qu’elle possède la Liberté, L’égalité et la Fraternité ; bientôt : ou la Mort, pour les chrétiens, Eux ! cependant qui ont fait la vieille et glorieuse France !!! Je vous envoie la copie du Traité d’Honneur. Pour moi, moralement, chrétiennement, ma femme ne peut refuser l’acte que je demande. Si elle en juge autrement, ou mieux si elle s’entête dans ses idées étranges, que la sainte volonté de Dieu soit bénie.
Veuillez remettre la lettre ci-inclus à Marie Caille : Mme Biton. Prenez en connaissance et cachetez là. Et au besoin, entendez-vous avec Marie Caille pour la vente des petits immeubles de Port St Père : l’école Sainte Germaine, au bourg, et 3 maisons au village de la Boulaye. Je serai très bien au fort de l’Islet aux Ramiers. Ce fort étant dans un ilot, à l’entrée de la Baie de Fort de France, commande l’entrée de la rade ; il est armé mais on n’y met des troupes qu’en temps de guerre. Je suis au comble de bonheur. Je peux désormais mourir en paix, au milieu d’un appareil formidable de guerre. Que Dieu est bon pour son indigne serviteur.

A vous de tout cœur.
Lautrec
Gardien du Fort de l’islet aux Ramiers

Désormais je signerai Lautrec tout simplement. Redevenu simple soldat, je dois oublier le passé. Hier, j’ai touché pour la première fois ma ration de soldat : pain, viande, café, sucre, sel, vin. Ne me plaignez pas, je suis heureux et très heureux.

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