Pourquoi s’interroger sur l’identité historique du Pays de Retz ?

jeudi 24 mars 2011, par Dominique Pierrelée

Le pays de Retz est un pays de marches, plus surement encore un pays de marges. Jusqu’à la fin du XVIII° siècle, ses limites méridionales suivent un tracé évasif dans le treillis des confins provinciaux avec ce que cette réalité confère de mollesse et de flou au fonctionnement des institutions frontalières. Mais la Loire, l’océan et les contours au sud-Loire de la cité nantaise s’apparentent aussi à des lignes de démarcation.


L’identité du Pays de Retz. La nécessité d’une nouvelle fondation.

Ces marges mettent en relief les caractéristiques du pays ou bien, au pire, les définissent pas défaut. Ainsi, les gens de Savenay définissaient le pays de Retz comme l’ « outre-Loire ». C’était assez pour expliquer qu’au pays de Retz rien n’était pareil… On pourrait penser que le pays de Retz, telle une île ou une presqu’île, définit assez clairement par ses contours (contenant) les spécificités propres à son identité (contenu). On le vérifie certes quand on décrit le fonctionnement des institutions bretonnes dans les subdélégations de Retz, sous l’Ancien Régime. Certains auteurs évoquent aussi une « civilisation retzienne » à partir d’un terroir et d’une aire de mode à caractère ethnographique. A l’inverse, l’existence de ces différentes marges semble enlever de la consistance à la notion d’identité paysanne comme si les populations devaient toujours arbitrer entre ville et campagne, entre Loire et Grand Lieu, entre marais et bocage, entre marin et paysan. L’existence de ces marges, de ces frontières, encouragent il est vrai à la fois les réflexes de défense et les propensions à l’accueil. Les marges favorisent le passage et le métissage, deux facteurs d’évolution de l’image d’un pays. En 1793, la césure qui s’opère entre le littoral républicain et les campagnes royalistes démontre l’une de ces grandes incertitudes identitaires. La question resurgit aujourd’hui à l’occasion de l’élaboration du schéma de cohérence territorial du pays de Retz qui ne prend en compte qu’une grosse moitié, seulement, du pays de Retz historique. Ce pays est-il donc sécable à volonté lorsque l’on sait qu’il constituait une véritable entité géopolitique avant même 851, date de son intégration dans la Bretagne ? La viguerie de Retz, située dans la partie nord du pagus d’Herbauge, présentait à peu de chose près les mêmes limites qu’aujourd’hui, reliant au sud Saint-Etienne-de-Mer-Morte à la rivière de la Maine, proche du vignoble. Un peu plus tard, Harscouet de Rais s’arroge le titre de senior provinciae Radesii pagi (seigneur de la province du pays de Rais).

A vrai dire depuis quand parle-t-on du Pays de Retz pour donner une identité à ce territoire aux paysages si divers. Ce Pays de Retz, avec un « P » majuscule, il convient de l’entendre comme une institution avec ses mentalités, ses organismes de représentation, ses dignitaires, ses spécificités économiques et sociales. S’il a été fort bien identifié, me semble-t-il, durant le XIX° siècle et le XX° siècle, en partie grâce à de grandes figures de l’aristocratie terrienne, force est de constater que la définition de ce Pays de Retz est aujourd’hui remise en question. Il ne resterait alors de cette ancienne consistance sociale qu’un calque d’arrière-plan qui définirait un autre pays de Retz, avec un « p » minuscule, expression comme l’observe Julien Gracq d’une confluence où l’histoire et la géographie se mêlent d’une manière exceptionnellement étroite. C’est au cœur de ce pays de Retz qu’on peut encore observer ce qui fait le socle d’une véritable communauté d’habitants. La notion de Pays de Retz en tant que territoire organisé est de fait apparue assez tardivement sur ce socle car son évolution a été contrariée par une autre notion à caractère juridique, portant sur la baronnie ou le duché de Retz. Aussi l’appellation de « Paydret » pour désigner l’habitant du lieu s’avère bien postérieure aux Guerres de Vendée. Elle apparaît à ce titre très artificielle.

Pour tenter de répondre à ce questionnement identitaire, cette revue N° 28 ouvre une nouvelle rubrique consacrée aux marques d’identité historique de notre pays. Car il nous faut relever le défi de refonder l’identité historique de notre pays afin d’éclairer la pertinence des projets d’aujourd’hui. Commençons par conséquent par la désignation de ce « terroueir de Rays », comme on le disait durant la Guerre de Cent Ans. Venons-en ensuite aux limites géographiques puis aux témoignages de notre identité.

Dominique Pierrelée

Edito paru dans la revue des historiens du pays de Retz n° 28 – juillet 2009

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