Paysages urbains, paysages ruraux en Pays de Retz

mardi 27 juillet 2010, par Marcel Gautier


Encore profondément enraciné dans ses traditions populaires, le Pays de Retz des villes et des campagnes de la frange littorale est cependant tourné désormais, en priorité, vers l’horizon océanique.


Monuments mégalithiques Stations préhistoriques

Notre région fut peuplée très tôt et les monuments mégalithiques, de même que les stations préhistoriques ne sont pas rares sur la côte.

Au nombre des premiers, citons d’abord les plus connus et notamment les tumili des Mousseaux à Pornic, improprement appelés "pierres druidiques" ; ils sont bien antérieurs aux Gaulois puisqu’ils datent du Néolithique. Il s’agit, pour le tumulus accessible au public, d’une double allée couverte transeptée, c’est-à- dire dont les deux couloirs donnent accès latéralement à des chambres plus courtes qui s’ouvrent sur eux en formant croisillon. Le tout recouvert par une butte de terre. Ce tumulus fut restauré à partir de 1975 pour faire cesser son délabrement. Mais il en est un autre, à une cinquantaine de mètres vers l’est, sur la droite du chemin goudronné qui revient vers Pornic ; il est dans une propriété, coiffé par l’ancien moulin des Mousseaux et il comporte trois galeries dont une transeptée ; on ne peut que les deviner des pièces de terre voisines. Plus loin vers le sud-est, en longeant la côte au sud de la ria, on pourra découvrir les restes du dolmen de la Joselière, également transepté, enfoui sous les broussailles et écroulé ; puis le dolmen transepté du Perder (écrit "Pré d’Air" sur la carte au 1/25 000), à la Fontaine aux Bretons. Enfin, on peut apercevoir aussi le dolmen de Montval, à l’intérieur de l’enceinte d’un camp de vacances de l’Electricité de France ; il n’est toutefois pas en place et fut modifié après avoir été transporté là depuis son emplacement primitif situé à quelque distance dans l’intérieur des terres. Il en fut de même du menhir christianisé qui se dresse, depuis 1950, dans une propriété privée en bordure de la route d’Arthon, sur la lisière orientale de l’agglomération de La Bernerie, à l’ouest du moulin Buriot. Les amateurs de mégalithes en trouveront bien d’autres dans la contrée et nous les évoquerons en proposant quelques itinéraires d’excursions. Le menhir le plus méridional de la frange littorale de la Baie, dit de "la Pierre Folle", se dresse dans le marais, au sud de Saint-Cyr en Retz et au sud-ouest de Fresnay. En pleine baie, sur le plateau de la Vendette, un dolmen submergé témoigne d’une élévation du niveau de la mer depuis son érection. Les stations préhistoriques sont nombreuses au sommet des falaises et tout particulièrement dans le pédoncule trapu qui s’achève à l’ouest par la Pointe St- Gildas. Mais il en est ailleurs et nous avons déjà parlé de celles des Moutiers.

On trouve aussi, sur les falaises, des augets d’argile cuite qui sont des témoins de la très grande ancienneté de l’exploitation de sel. Les vestiges gallo-romains et les restes de l’aqueduc d’Arthon complètent le trésor de trouvailles qu’enrichissent constamment les érudits et les chercheurs locaux. Activité dont les résultats échappent à la plupart des visiteurs de l’été.

Le passé monumental

Le passé monumental, à partir du Moyen-Age, retient davantage l’attention d’un certain nombre d’entre eux. Commençons par l’île et remontons la route qui mène à son chef-lieu du sud vers le nord. Barbâtre, comme la plupart des agglomérations noirmoutrines, a crû tout en longueur, par une sorte de mimétisme à l’image du pédoncule de l’île. A l’abri des dunes boisées de pins, sous la tutelle débonnaire de ses moulins tout blancs qui, désormais oisifs, restent plantés face au large en sentinelles inutiles. Longtemps en butte au péril des sables, le bourg contemple les polders conquis par Auguste Jacobsen, à la Nouvelle Brille en 1829, à la Tresson de 1833 à 1834. Ce fut autrefois la résidence préférée des notables de l’île qui désiraient éviter le voisinage du château. Bourgeoise et paysanne tout à la fois, elle se vêt de vieux rose et de blanc, piquant sur cette parure des genêts d’Espagne éclatants. On a parfois voulu voir, dans la fraction de la population de Barbâtre qui porte des cheveux blonds, la marque d’une lointaine ascendance issue d’une garnison de mercenaires d’Europe centrale - où il n’y a pas que des blonds - qui auraient occupé le sud de l’île à la remorque des Romains. Il y a tellement d’explications similaires de particularités ethnologiques qu’une étude méthodique a révélé fausses qu’on nous permettra, pour l’heure, de rester sceptiques à cet égard. En gagnant vers le nord, on traverse La Guérinière, un long bourg qui regarde vers le sud, au fond d’une anse qu’il a fallu défendre par les digues et des épis. La mer s’y retire plus loin, découvrant les basses rocheuses dites de la Loire. L île s’étrangle ici entre des plateaux rocheux sous-marins : les Roches de la Loire à l’ouest, la Vendette et la Préoire dans la Baie.

Le sol constamment émergé n’a pas un kilomètre de largeur à la hauteur du bourg. Au péril des tempêtes de noroît, qui poussèrent l’eau jusque dans les maisons au cours de la nuit du 27 octobre 1882, s’ajoutait naguère le péril des sables. De la pointe de la Loire à la pointe de Devin, il a fallu dresser des palissades, semer des plantes fixatrices, planter enfin des pins. Il avait aussi fallu, en 1810, reconstruire plus loin le hameau des Eloux, près de l’Epine, étouffé peu à peu sous la dune en marche. Le petit port du Bonhomme, à l’abri de sa digue, des moulins à vent qui ne tournent plus témoignent pourtant de l’attachement des hommes à ce coin de terre menacé, des tâches qu’il offrait et qu’il offre encore à leur labeur opiniâtre. Du Bonhomme, à mer haute, le bourg de Noirmoutier et le Bois de La Chaize semblent surgir d’une lagune, sous le grand soleil qui écrase la cuvette centrale de l’île et les marais salants remplis d’eau. Traversons ceux- ci en faisant route vers l’Epine et Noirmoutier après avoir abandonné la voie directe.

L’Epine

l’Épine serre ses petites maisons basses autour de ce logis de Mont-Plaisir qui fut, au début du siècle dernier, le siège de la loge maçonnique des "Coeurs réunis de la philanthropie". Au-delà du village de la Bosse, enfoui dans les figuiers, les mûriers, les tamaris et les ormeaux, le marais commence, troué d’œillets ou d’aires où l’on récolte encore le sel. Le damier des salines s’est cependant rétréci depuis plus de cent ans, cédant la place aux pâtures et aux champs. Pays plat, en creux même, qui vient pousser vers l’ouest un nez camus à la pointe de Devin et qui, vers l’est, a voulu prendre du ventre en repoussant les eaux de la Baie. La pointe de Devin, corsetée de digues, baleinée d’épis, se raidit contre les audaces de l’Océan. C’est encore un Jacobsen qui, le premier, la défendit, de 1805 à 1809. Dans le marais, on pourra voir les petits moulins des paludiers. Ce sont les seuls, au nombre d’une dizaine, qui tournent aujourd’hui puisque ceux des anciens meuniers ont cessé de le faire ; et pourtant, on les ignore car ils sont bas et peu visibles ; en outre, on démonte toute leur partie supérieure mobile pour la mettre à l’abri après la récolte du sel ; ne reste en place que le chevalement qui lui sert de support. Mais ils sont là, au complet, en été. Leur rôle est, dans cette contrée relativement septentrionale, de permettre une production du sel qui puisse arriver sur le marché en même temps que celle des salines provençales. Ceci, en pompant l’eau des œillets pour naier la récolte. Ils actionnent donc des pompes. Les pales de leurs ailes sont en tôle ou en zinc et une girouette également en tôle, fichée à l’extrémité d’un manche, les oriente selon la direction du vent. On déclenche ou on arrête le mouvement des ailes en les bloquant par une chaîne fixée au châssis. Ces petits moulins ne doivent rien à des modèles étrangers : ils sont d’origine locale, ont été imaginés par deux Noirmoutrins Pénisson- Corbrejaud, fils de meunier et son cousin Boucard-Brechet et ils sont apparus en 1925.

Noirmoutier

Noimourtier s’allonge en amande, partie sur la terre ferme et partie sur des lais de mer. Ses vieilles maisons s’ouvrent sur la Grande Rue par de belles portes cintrées du XVIl° siècle et la station moderne s’est juxtaposée au bourg en s’étalant vers le nord. L’histoire de la petite cité se lit presque tout entière sur les plaques de ses rues et dans ses fières bâtisses, restées debout pour apporter leur témoignage. Rue du Réclusage, qui est seule à garder le souvenir d’une chapelle du Vll° siècle et d’un prieuré. Rue de St-Filbert qui perpétue la mémoire de l’ermite fondateur du moutier d’Herus. Carrefour du Puits de Lorraine, orné de la maison dite de Tinguy (XVI° siècle) et que marquait jadis un puits frappé des armes de Lorraine. Grand’Rue où s’élèvent le "Manoir", la "maison de la Tourelle" et d’autres encore du XVIl° siècle. Rue de la Maduère où d’Elbée fut arrêté. Rue du Grand Four, rue du Vieil Hôpital, place d’Armes plantée d’ormeaux, étalée entre le port et le donjon, où d’Elbée fut fusillé en janvier 1794. Rue Piet, qui porte le nom de l’historien de Noirmoutier.

L’église St-Philbert (ou Filbert) est un édifice composite, bâti sur l’emplacement de la chapelle claustrale d’une abbaye bénédictine incendiée par les Normands en 846 ; profondément remaniée en 1757, elle garde avec une abside romane du XIl° siècle, une aile du XVI° et des éléments du XVIl° : retables et partie gauche du vaisseau. Le clocher roman fut dressé dans la seconde moitié du XIX° siècle, à la place d’une flèche élancée détruite par la foudre en janvier 1843. Sous le chœur, une crypte s’enfonce, d’âge imprécis, mais qui reste néanmoins la partie la plus ancienne de l’édifice ; une plaque de marbre, encastrée dans le mur, recouvrait autrefois le cœur de François III de la Trémoille, premier marquis de Noirmoutier, mort en février 1608. Il avait épousé Charlotte de Beaune-Semblancay, cette belle Madame de Sauves qui avait été l’une des amazones de l’Escadron volant, séduisant service "de renseignement" imaginé par Catherine de Médicis. Du château fort, quelques murailles ont résisté aux attaques hollandaises du XVIl° siècle. Le donjon, surtout, est un des traits caractéristiques de la physionomie monumentale de Noirmoutier. Cube de pierres, édifié au Xl° siècle, aux murs presque aveugles, aux angles flanqués de tourelles, il remplit au cours des âges des offices fort différents. Citadelle, prison, musée, il fut tout cela tour à tour. Il abrite maintenant les collections recueillies par les Amis de Noirmoutier. Toute l’histoire de l’île ne tient cependant pas dans ce mémorial de pierres. Noirmoutier appartint aux Sully, aux La Trémoille, aux ducs de Bourgogne dont l’un, prince de Condé, la vendit à Louis XV en 1767. Marie de la Trémoille, cette princesse des Ursins qui devait être un moment la vraie maitresse de l’Espagne sous Philippe V, fit ériger en duché le marquisat de l’île. Commandant à la fois l’estuaire de la Loire et l’entrée de la Baie, Noirmoutier fit maintes fois tête à l’ennemi venu par mer : Normands du IX° siècle, Anglais de la Guerre ae Cent ans et des guerres du XVIl° et du XVIll° siècles, Espagnols du XVI°, corsaires huguenots de La Rochelle, Hollandais du XVIl° siècle. Elle changea plusieurs fois de mains pendant la Grande Révolution. En remontant vers le nord de l’île, on arrive au Vieil. Il y a là, à quelque 500 mètres de la côte, les restes de thermes édifiés par les Romains et les fouilles ont permis de découvrir une statuette de Diane et des monnaies en or de Claude et d’Agrippine. Plus loin, en allant vers l’Herbaudière, c’est le hameau de la Madeleine où s’élevait jadis une léproserie. Puis on atteint l’abbaye de la Blanche, au-delà de la Conche aux Normands (plage de la Linière) au nom significatif et qui fut un temps le port des moines. L’abbaye de la Blanche fut fondée en janvier 1200 par des Cisterciens, établis jusque là dans l’îlot du Pilier, à 5km au large de l’Herbaudrère. Rebâtie au XlV° et au XVIl° siècles, vendue comme bien national, transformée en fabrique de "soude" à partir du goémon, partiellement détruite sous la Révolution, la Blanche conserve malgré tout quelques reliques de son passé : rampe et lambris du XVIll° siècle, voûtes ruineuses, communs du XlVe° abbatiale et porte aux Lions du XVII° siècle. De ces vestiges d’un éclat terni, la Porte Dorée du XV° siècle est sans doute le plus beau ; mais le temps l’a beaucoup mutilée, rongée, désagrégée.

Toute cette partie nord de Noirmoutier garde le souvenir de la présence des moines : le nom même de l’Île, issu du monastère bénédictin des Pères Noirs ; le monastère cistercien des Pères Blancs, au Pilier d’abord, pendant 28 ans, puis à La Blanche ; c’est le Bois de la Chaize, "Sylva casae Dei". Ce sont la léproserie de la Magdeleine, le Fief l’Abbé, les rochers des Pères et, au large, la balise et le roc de Pierre Moine. Toute une toponymie rappelle ainsi les activités monastiques. Peutêtre y eut-il un de ces lieux où s’implanta, tenace, un culte primitif qui longtemps résista. Noirmoutier put être une de ces terres de l’Extrême Occident sur lesquelles pesait l’angoisse de l’inconnu, face au grand large resté longtemps mystérieux. Maintes preuves en subsistent encore ; maintes autres ont disparu dont on conserve pourtant la mémoire. Auprès de Luzeronde, les roches du Lutin, le bain de la Sirène, la Grande Marselle, les rochers du Corbeau, l’anse de la Corbière (de corvus, corbeau, comme le pont de la corbe), la pointe de Devin où la superstition se donnait libre cours, la plage des Dames, mieux vaudrait dire des Fées, en sont les premiers témoignages. Il y eut plus. Une double rangée de monuments mégalithiques s’ordonnait de l’Herbaudière au bourg jusqu’au point où s’éleva une église St-Michel. Saint Michel qui terrassa le Dragon, qui règne sur les lieux-hauts où se célébraient des rites solaires en des temps qui n’appartiennent point à l’Histoire ; saint Michel qui triompha, sur le mont qui porte son nom dans un golfe de la Manche, d’un dieu barbare qu’on venait honorer là de tout notre Occident pré-chrétien.

Le Chiron de la Fée, la Pierre de la Payenne, tels étaient parmi d’autres, les noms de ces mégalithes noirmoutrins. Au Pilier, jeunes gens et jeunes filles venaient jadis danser et festoyer lors des fêtes de l’Ascension et de la Pentecôte, perpétuant un rite plusieurs fois millénaire en rapport avec le cycle des saisons. Tout cela appartient au passé, comme ces caravanes de charrettes, de piétons et de troupeaux qui empruntaient le Gois pour se rendre aux grandes foires du marais, comme ces barques qui amenaient les Noirmoutrins à la foire aux oignons de Pornic et qui repartaient avec un chargement de bois de chauffage, l’île en étant dépourvue.

On a parfois appelé Noirmoutier "l’île de Beauté" comme la Corse avec laquelle elle fait pourtant un saisissant contraste. On a dit qu’elle éclate au soleil comme une gemme. On a vanté ses charmes opposés, la "paresse", la "bienveillance", la "langueur sauvage", la "mollesse et la douceur", le "mystère farouche" de ses plages aux tempéraments si divers. Toute cette littérature prouve surtout que l’île n’est pas banale et que ses admirateurs, dont le nombre est grand, peuvent parfois être enthousiastes.

Sur le littoral continental, le patrimoine architectural reste modeste. L’essentiel en est constitué par le château de Pornic et l’ensemble Prigny - Les Moutiers.

Le château de Pornic

Ce château assurait la protection de l’échouage primitif qui se situait dans la petite ria adventice maintenant par le Jardin de Retz après avoir été remblayée naturellement sur une grande épaisseur par du bri flandrien, puis des alluvions récentes. Il est cité dans un texte du Xl° siècle et ses premières murailles peuvent dater du Xll°. Ce fut une des possessions de Gilles de Retz (ou de Rais), le Barbe Bleue de la légende. Au XIX° siècle, Viollet le Duc en restaura la partie habitée qui datait du XV° siècle. Le château changea de maîtres au cours des temps : il appartint jadis aux barons de Retz et devint finalement la propriété des familles de Mun et de Voguë. Mais ce n’est pas là le seul témoin du passé que puisse révéler une promenade au long des rues de Pornic, même si les autres sont moins visibles à l’oeil non averti, même si certains traits de l’ancien visage de la cité ne se conservent plus que dans quelques noms de rues, dans quelques estampes ou dans la mémoire des historiens locaux. Bien peu de gens savent aujourd’hui que le pilori se dressait autrefois sur la place du Marchix ; bien peu sauraient conter l’histoire du curé Galipaud dont un des cinq escaliers montant du port vers la haute ville et construit en 1783, conserve le nom, curé qui fut un des premiers, peut-être le premier, de ceux qui jurèrent fidélité en 1790 "à la Nation, à la Loi et au Roi" ; il devint "réfractaire" en 1791 et chercha refuge dans les allées couvertes des Mousseaux alors perdues dans les broussailles et dans les landes, avant de se cacher dans une tour du château, puis de s’embarquer pour l’Espagne. Que reste t-il de l’histoire agitée de la période révolutionnaire, de l’entrée dans la ville des "Moutons Noirs" de Charette en mars 1793, du flux et du reflux, plusieurs fois répété, des troupes républicaines et des bandes vendéennes qui s’affrontèrent furieusement sur la place du Marchix les 23 et 26 mars 1793 ? Et la croix des Huguenots, qui se dissimule dans l’enceinte du château, rappelle seule ici les succès éphémères de la Réforme. Qui sait, en errant dans la cité, qu’elle était en 1600 cernée de remparts dont témoigne la rue de la Douve et qu’elle possédait alors deux faubourgs, celui de Tartifume à l’est, par où pénétrèrent les Vendéens de Charette, celui du Bourg aux Moines, au nord ? Que la première halle fut construite en 1609 et le calvaire érigé sur sa butte en 1680 ? Que la création de l’hôpital, en 1721, se fit sur l’emplacement du manoir de Montplaisir, au nom peu prédestiné à ce destin ? Que l’ardoise et la tuile n’ont remplacé le chaume qu’après la Révolution, lorsque la ville releva ses ruines ? Et pourtant, on s’attache plus encore à son séjour de vacances lorsqu’on découvre son histoire en se promenant.

En partant des quais ou de la rue de la Marine, prolongée par celle des Sables qui suit un ancien bras remblayé de la Haute Perche, on atteint la haute-ville par des escaliers ou par la rue du Maréchal Foch qui s’appela la rue de Nantes après avoir été jadis la "rue des Loups", nom qui faisait surgir l’image d’un Pays de Retz en partie voué à la lande et aux bois. Deux carrefours se succèdent au long de cette percée ouverte entre deux coudes. Le premier sur la place du Marchix, conduit vers l’église érigée en 1865 dont l’intérêt artistique est limité à une statue de pierre de la Vierge à L’Enfant, de l’école bourguignonne du XVI° siècle et à une remarquable Pieta de granit des environs du Xlll° siècle. Ce carrefour s’ouvre aussi sur la rue Tartifume, "Tard y fume" si l’on en croit certains toponymistes, c’est-à- dire un site d’auberges disparues ; il donne aussi accès à la rue de la Douve et à la rue de Verdun, artère maîtresse qui commande les routes de Préfailles et La Plaine, de Tharon et St-Brevin, de Paimbœuf par St- Père en Retz. On y voit, près de l’angle de la rue Michelet qui traverse un grand parking, la maison de la Touche du XVI° siècle. Renan, Pasteur y séjournèrent et Michelet écrivit là une partie de son livre La Mer publié en 1860. L’autre carrefour s’étire de l’église à la mairie et ne voit déboucher que des rues étroites, menant vers le château, les halles qui font songer à celles de petites villes bretonnes, à celles de Bain, à celles même du Faouet avec moins d’allure et de noblesse pourtant. On gagne de là les vieilles rues qui ne sont parfois que des venelles comme celles de la Potée, qui ouvrent à l’improviste des échappées sur la mer comme celle de la Mairie faisant suite à celle de la Grande Aire, ou qui, comme celle du Bourg aux Moines, conservent le souvenir d’un petit établissement monastique dont il ne reste plus rien d’autre ; bariolée comme une rue hollandaise, pleine d’ombre et de lumière comme une rue du Midi, elle glisse au flanc d’un vallon en culbutant ses toits en gradins fantaisistes entre la rue des Gâts, qui menait vers des terres de "gâtines", des terres "gâtes" de faible valeur agricole et la ruelle de la Dette, héritière d’un très vieux chemin qui venait de St-Père en Retz vers l’échouage primitif de Pornic. On a mis ici dehors les escaliers dallés de schistes, à la manière des habitations paysannes. Signalons que Lénine résida un temps rue Mon-Désir à Gourmalon et que la venue sur place d’une délégation soviétique, en 1974, a montré que tout le monde n’avait pas oublié ce séjour.

La campagne presse la ville de partout, mais la cité la refoule depuis les années 1950. Les lotissements font disparaître les vignes et les prés. Toutefois, qui s’écarte des surfaces bâties peut retrouver des traces des "grands chemins" d’autrefois qui menaient vers La Plaine, St-Michel, St-Père en Retz surtout. Chemins morts aujourd’hui, creusés de fondrières, pleins à ras-bord d’une végétation conquérante, ou chemins moribonds qui n’assurent plus désormais qu’une fonction de desserte des champs. L’un deux conduit vers la Monsardière (ou Mossardière) entre la route de Paimbœuf et celle de St-Brevin ; la Monsardière est ce qui reste, entre de belles futaies dont on regrette parfois l’exiguïté, d’une aimable "Folie" du XVIll° siècle d’une architecture assez bien conservée. En s’y rendant, on a laissé vers l’ouest le manoir du Cendier, malheureusement peu visible de qui l’ignore, où Charette logea lors de la prise de Pornic par les "Moutons Noirs" en mars 1793. Sur la route de Paimbœuf, ou près de la gare, on pourra retrouver les vestiges d’anciens fours à chaux du XIX° siècle où l’on cuisait le calcaire éocène dont leurs besoins firent disparàitre les gisements de terre ferme.

Un esprit curieux se demandera peut-être d’où vient ce nom de Pornic à la consonance faussement bretonne. Il y a, dans les Côtes du Nord, un Binic (de "Benn Ic", comme Benodet au sud de Quimper, "tête de l’Ic" ou "de l’Odet") sur un petit fleuve côtier appelé l’Ic ; il y a aussi un Pordic et un Lantic. Rien de tel ici ; et St Nic, dont une commune finistérienne garde le nom, n’est jamais venu jusque sur les rives de la Haute-Perche. Au reste, si les Bretons de Nominoë envahirent la région ligérienne jusqu’à Angers et franchirent la Loire comme en témoignerait le nom de Paimbœuf (Penbo), ils n’y restèrent pas longtemps. Pays celtique, certes et bien avant l’arrivée, aux V°- Vl° siècles, des Bretons d’outre-Manche en Armorique occidentale ; mais comme toute la Gaule, qu’il s’agisse des territoires des Arvernes, des Eduens, des Séquanes, des Carnutes, des Andegaves, des Pictones, des Venètes, des Namnètes ou de bien d’autres dont héritèrent les provinces ou les "pays" français. L’Aquitaine borda la rive gauche du fleuve de la mer à l’amont d’Ancenis jusqu’au Vlll° siècle ; et le Pays de Retz, à l’ouest du lac de Grandlieu, faisait partie, au temps de Charlemagne, des "Marches de Bretagne" dont Roland fut le "préfet". Tout le sud, comme tout le sud-ouest de la Bretagne, de même que les zones limitrophes de l’Anjou et du Poitou, restèrent, jusqu’à la fin de l’Ancien Régime, pays bâtard de "marches séparantes" partagé entre des autorités diverses, bretonnes, angevines ou poitevines. L’isle de Bouin fut bretonne, puis poitevine. Souvent d’ailleurs, les frontières féodales furent flottantes. Inutile donc, de chercher une explication du nom de Pornic dans le breton "porz" suivi d’un nom d’homme latin, Nitors ; mieux vaudrait alors parler d’un Portus Nitorius entièrement latin. Inutile, à plus forte raison, d’y voir une fondation de Burdik, neveu du roi Gradlon dont le nom s’attache à la légende finistérienne de la ville d’Ys : que serait-il venu faire là sans laisser d’autre trace de son passage qu’un nom de lieu très différent de son propre nom ? Au reste, la première graphie du toponyme, datée de 1130, était Pornit, dans laquelle on a voulu voir un "Port Nid" d’après la forme de la vieille ville. Tout cela relève de la fantaisie et mieux vaut avouer que l’étymologie du mot Pornic reste énigmatique.

La chapelle de Prigny

A une dizaine de kilomètres au sud-est de Pornic, à gauche de la route qui s’en va vers Bourgneuf et non loin du château des Breffes, propriété de la famille Gallimard où Camus écrivit La Peste, la chapelle de Prigny (Xl°- Xlll° siècles) doit retenir l’attention. Elle s’élève sur une butte qui porta un puissant château médiéval dont il ne reste rien, dominant un port comblé dès le X° siècle par l’extension du marais. Des vestiges de fossés d’enceinte s’aperçoivent encore à plus de cent mètres en bordure de la route d’Arthon, sur la gauche de celle-ci. Prigny fut en effet un bourg fortifié qui posséda très tôt des forges dont un hameau proche garde le nom. Ce fut une étape du pèlerinage de Compostelle et de vieilles voies, dont des chemins actuels conservent plus ou moins bien le tracé, menaient vers la Loire, l’abbaye de Buzay, les petits ports de la Haute Perche ou le pont Béranger qui voyait converger des voies anciennes partiellement disparues. La chapelle est d’extérieur massif, mais son intérieur est à la fois rustique et somptueux ; il renferme notamment des rètables, une statue de saint Guénolé, abbé de Landevennec dans le Finistère, une autre, en bois, de la Vierge à L’Enfant de la fin du XlV° siècle, un grand retable de 1752.

Les Moutiers

De là, il faut gagner Les Moutiers tout proches, au nom significatif pour compléter la visite de cet ensemble architectural. L’église est le vestige d’un couvent de moines au XlII° siècle, à la nef voûtée de bois, au chœur de style baroque du XVIll° siècle et au beau retable de 1674. Elle conserve également un tableau de 1631. Suspendu à la voûte, un trois-mâts votif rappelle la vocation maritime ancienne des Moutiers. Dans l’ancien cimetière attenant à l’église, se dresse une lanterne des morts, haute de sept mètres, rebâtie au XIX° siècle. C’est, après celle de Fontevraud, l’abbaye en Anjou, un peu plus élevée en latitude, la plus septentrionale de ces "lanternes" dont des spécimens moins rares se rencontrent dans le Poitou. On y allumait jadis une lumière pendant les veillées funèbres, sorte de veilleuse de nuit où reposaient, en terre bénite, les trépassés. Ce type d’édifice est inconnu au nord de la Loire.

Autour du Marais

Rares sont alors les témoins du passé qui s’imposent aux regards du passant. Nous avons évoqué ceux de Bourgneuf, les traces laissées par le couvent des Cordeliers de St-François du XlV° siècle, les pavages d’anciens galets de délestage. Ajoutons les restes de l’hospice du XVIll° siècle, de vieilles maisons dans lesquelles vécurent autrefois des pêcheurs et des cordiers, les ruines, en plein champ, du mur d’enceinte de l’abbaye franciscaine, une vieille demeure en forme de tour carrée, coiffée d’un curieux toit d’ardoises, qui passe pour avoir été un pavillon de chasse de Gilles de Retz ; mais l’édifice paraît beaucoup moins ancien que sa légende. Quant à l’église, elle date du XIX° siècle et elle fut transformée depuis 1970. Elle abrite cependant quelques richesses : deux gargouilles en granit du XIX° siècle, un christ du début du XVI°, une bannière fleur de lysée de 1791, des meubles de sacristie provenant de l’ancien couvent St-François, quelques statues ou tableaux du XVIll° et du XIX° siècle, dont une copie d’un Murillo offerte par Napoléon III

Machecoul

C’est une localité proche (10 à 12km) de la forêt qui porte son nom et qui, morcelée comme celle de Princé, garde elle aussi ses attraits, pour retrouver des souvenirs lointains qui s’exprimèrent dans une architecture imposante. Il s’agit des ruines du château dans l’enceinte duquel on n’est qu’exceptionnellement admis en raison des risques d’éboulements. Ce fut, du Xll° au XV° siècle, l’une des forteresses des marches de Bretagne. Gilles de Retz y vécut et fit là sa reddition en 1440. Louis XI s’empara de la forteresse en 1472 et des massacres eurent lieu dans ses fossés en 1793. Mais Machecoul conserve d’autres reliques du passé : le Moulin à Poivre qui pourrait être un très vieux phare au bois, mais ce n’est là qu’hypothèse ; une belle croix hosannière monolithique haute de 4 mètres ; des sarcophages du Vll° siècle, un colombier et quelques vestiges d’une ancienne abbaye bénédictine créée au Xl° siècle ; les restes d’une motte féodale du X° siècle, dite l’oppidum de Ste Croix. On peut y voir aussi, en pleine ville, le manoir de la Verrerie, ancienne propriété de gentilshommes-verriers florentins qui s’étaient établis à Machecoul à la fin du XVI° siècle, la chapelle des Calvairiennes du XVIll° siècle, la mairie qui fut un tribunal construit en 1760. L’église date du XIX° siècle, mais sa sacristie renferme un haut relief en bois dont les personnages portent des costumes du XlV° siècle.

Beauvoir

L’église St Filibert, de style roman poitevin, offre un plus grand intérêt archéologique. C’est une des plus anciennes de la région avec celle du IX° siècle, de St Philbert de Grandlieu. Toutes deux perpétuent la mémoire de saint Filbert dont les reliques furent transportées loin dans l’intérieur des terres par les moines de Noirmoutier lors des incursions normandes. Elle est un des restes de l’ancien prieuré de Beauvoir et son chevet date de la fin du Xll° siècle. Son gros beffroi carré est plus récent (XlV° - XV° siècles) et le bas côté droit ne fut édifié qu’en 1840. A retenir surtout au cours de la visite, un tabernacle de 1649 et un grand Christ crucifié qui fut criblé de balles par les Bleus au cours de la Révolution.

Dans le marais

On notera surtout l’église du XlV° siècle de Bois de Céné et ses retables du XVIl° ; les remarquables ruines de l’abbaye bénédictine de l’lle Chauvet, édifiée au début du Xll° siècle et remaniée au XlV° et au XVIl° siècles. Elle fut détruite par les protestants en 1588, reconstruite puis démolie à partir de 1791. Mais ce qu’il en reste mérite un détour. On pourra également se rendre à la ferme de Quinquenavent où subsistent les vestiges d’un prieuré de la fin du Xl° siècle, établissement qui relevait de l’abbaye de Nieul, aujourd’hui dans les Deux- Sèvres. Et l’on pourra dès lors s’étonner que, malgré le nombre relativement important des fondations monastiques dans le marais et sur ses bordures, le rôle de l’église médiévale dans la conquête des terres basses, si notable dans le marais poitevin paraisse ici bien réduit. Nous avons pourtant rencontré les témoins d’anciens monastères depuis les Moutiers jusqu’à Machecoul en passant par Bourgneuf et ceux de prieurés en plusieurs lieux. Une étude historique pourrait seule expliquer cette différence d’ampleur de l’influence monastique dans la mise en valeur du sol entre les marais du nord et du sud de la Vendée. Disons qu’elle reste à faire.

A l’intérieur du marais, l’église de Bouin mérite aussi qu’on s’y arrête. Son chevet plat appartint à un temple du XIV° siècle ; la base de la flèche du clocher a le même âge et sa terrasse à mâchicoulis fut édifiée à la fin du XVI° siècle. A l’intérieur, on pourra voir une Vierge à L’Enfant et un retable du XVII° siècle ; on retiendra surtout la sacristie du début du XVI°. Près de l’église, la mairie qui occupe un ancien tribunal et sa prison ; un peu plus loin, le "Pavillon", vieille maison du XVI° siècle ; derrière l’église, le "Grand Logis" du XVI°, ancienne demeure du Sénéchal de Poitou et, dans la Grande Rue, le "Grand Pavillon", ancien hôtel du Sénéchal de Bretagne : deux témoins des fluctuations administratives de cette contrée de "marche". Il est d’autres vieilles bâtisses à Bouin : l’hospice de 1747, le logis du "Bois Tenet" place de la Croix Blanche et rue du Pas Marteau, la plus vieille maison de Bouin, avec son encorbellement du XV° siècle, mais qui fut maladroitement transformée. Tout ceci rappelle le passé de "l’île au péril de la mer", l’activité de ses ports du sel, les efforts déployés par ses habitants pour protéger leur domaine, le havre qui vit en 1654 s’embarquer pour Belle-Ile et gagner de là l’Espagne, puis l’Italie, Paul de Gondi, cardinal de Retz, évadé du château de Nantes où il avait été interné après la Fronde.

Dans tout le marais, dans les cafés, dans les maisons des bourgs et dans les fermes, on fait encore, pendant les veillées d’hiver, des parties de "luettes" ou d’aluette, un jeu de cartes d’origine vraisemblablement espagnole et qui lui est aussi un témoin des anciennes relations nautiques de la baie. Jeu de cartes aux figures inhabituelles, qui évoquent les anciennes possessions ibériques de l’Amérique indienne : le Borgne, la Vache, les massues, les épées, les vases et les assiettes. Il réclame force clins d’œil (le Borgne), des moues (la Vache), tout un langage ésotérique et muet, par signes destinés au partenaire qu’il faut éviter de laisser surprendre par les deux autres joueurs. On le pratique toutefois ailleurs dans bien des coins de Vendée, dans bien des ports jusqu’à Boulogne, dans les Mauges angevines où il disparaît et sur les rives de la Loire où des mariniers l’introduisirent probablement. Des rivages de la mer et des rives du fleuve, il put se répandre dans l’intérieur des terres proches.

Encore profondément enraciné dans ses traditions populaires, le Pays de Retz des villes et des campagnes de la frange littorale est cependant tourné désormais, en priorité, vers l’horizon océanique. Une économie progressiste, fondée sur l’ostréiculture et la mytiliculture, avec quelques expériences ponctuelles, récentes, d’aquaculture témoignent aujourd’hui du second souffle de l’ancienne Baye de Bretagne devenue, pour le touriste, la baie de Bourgneuf et sa Côte de Jade. C’est une page nouvelle qui relève de l’actualité géographique.

1 Message

  • Quelques précisions sur le dolmen du Pré d’Air : (en patois, nous prononcions "Peurdair"). Il ne se trouve pas sur le territoire de la Fontaine aux Bretons, mais sur le territoire du village de la Fléchouserie (je suis né là, et mes grands-parents et arrières grands-parents cultivaient les terres autour). Il a été "démonté" à la hâte fin 2002 ou début 2003 ? Je ne m’étendrai pas sur les raisons qui ont motivé une telle décision ?
    Celui de Monval (et non Montval), est actuellement dans le domaine Calypso (ex CCAS). Une rumeur prétend qu’il a été déplacé et modifié. Mais où sont les écrits qui peuvent attester de cela ?
    Quant au menhir christiannisé situé le long de la route La Bernerie - Arthon, près du moulin Burlot (et non Buriot), il n’est pas là depuis 1950. A l’origine, ce mégalithe était celui de la Boutinardière (je possède de vieilles cartes postales le représentant à cet endroit). Il a été déplacé en 1940 par des cultivateurs de La Rogère, (un de mes oncles a participé à cette "opération"), afin de l’implanter en bordure du carrefour du Poteau à la Bernerie. Hélas à la fin des années 1950, avec l’implantation de l’échangeur routier, il a fallu le déplacer une seconde fois, pour l’ancrer à l’emplacement que nous connaissons aujourd’hui. Sa christiannisation date de 1959.

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