Olivier Grenouilleau reçoit le Prix 2011 de la Loire-Atlantique

mardi 24 mai 2011, par La Rédaction


A l’auditorium du Conseil général, Dominique Pierrelée a présenté le lauréat du Prix de la Loire-Atlantique dans la catégorie "Document" Histoire pour l’ouvrage Dictionnaire des esclavages, paru chez Larousse en mars 2010.


Olivier Grenouilleau, historien nantais, est aujourd’hui Inspecteur général de l’Education Nationale. Il est surtout spécialiste de l’histoire de l’esclavage et c’est à ce titre que les Editions Larousse lui ont demandé de diriger le livre qui reçoit cette année le Prix de la Loire-Atlantique. Nous vous livrons la copie du mot de réception que Dominique Pierrelée a présenté à l’Académie, lors de la séance du 19 mai.

Le jury de l’Académie littéraire de Bretagne et des Pays de la Loire a décidé de décerner le prix 2011 de la Loire-Atlantique, dans la catégorie « Documents », à Monsieur Olivier Grenouilleau, pour l’ouvrage collectif auquel il a largement contribué et dont il a assuré la direction : Dictionnaire des esclavages, paru aux éditions Larousse (collection A présent) en mars 2010. Dictionnaire des esclavages, et non dictionnaire de l’esclavage. Le seul fait de voir la question ainsi posée, dès le titre, nous laisse supposer d’emblée une ampleur des problématiques invoquées, tant dans la définition de ce qu’est l’esclavage que dans l’extrême variété de ses manifestations à la fois dans l’espace et dans le temps. Ce dictionnaire présente bien en effet un panorama complet des esclavages à partir d’une définition finement analysée par Olivier Pétré-Grenouilleau dans son introduction :

  • l’esclave est toujours un Autre, exclu d’une dimension fondamentale dans la vie du groupe de ses maîtres
  • l’esclave est possédé par son maître, ne s’appartenant plus lui-même
  • l’esclave, même s’il reste un être humain, peut être parfois ravalé au rang d’une chose ou d’un animal
  • l’esclave est enfin utile et profitable à son maître.

Le phénomène de l’esclavage n’a pas touché que les sociétés dites organisées depuis l’Égypte ou la Grèce antique. On l’observe aussi dans les sociétés dites « sans État », chez ceux que l’on qualifiait au XVIII° de « bons sauvages », censés vivre à l’état de nature n’ayant pas été corrompus par les vices de la civilisation. Il apparaît clair que l’esclavage précède l’apparition de l’État, son histoire n’ayant cessé de subir des permanences et des mutations. Vous précisez justement qu’il serait illusoire de l’imaginer d’une manière linéaire et de considérer que les progrès de l’humanité devraient forcément conduire à y mettre un terme ! Si bien que vous abordez les formes contemporaines de l’esclavage. Citons le travail des enfants employés à la fabrique des tapis en Inde ou au Pakistan, citons encore les conditions extrêmes du recours à certaines mains d’œuvre dans les plantations ou les mines, citons enfin les servitudes domestiques et clandestines bien réelles à nos portes, en Europe. Même si l’esclavage n’est autorisé dans aucun pays au monde, on voit bien qu’il existe encore des être humains possédés et non libres.

Ce large panorama est de fait présent dans l’essence même de l’ouvrage puisqu’il s’agit d’une œuvre collective faisant appel à de nombreuses disciplines : histoire bien sûr, mais aussi, anthropologie, sociologie, archéologie, droit et civilisations… De surcroît, vous avez fait appel à des collaborateurs venant d’universités anglo-saxonnes, hispaniques, du Maghreb ou du Canada, venant appuyer une équipe solide d’historiens français regroupé autour de vous. 51 auteurs au total que vous représentez aujourd’hui puisque, au-delà de l’ouvrage lui-même, c’est toute votre équipe qui est reconnue à travers ce prix.

Nous sommes heureux de distinguer le Dictionnaire des esclavages à d’autres titres. Nous avons été bien sûr sensibles au fait que l’histoire des esclavages vient télescoper celle de la cité nantaise qui projette, vous le savez, un Mémorial dédié à l’abolition de l’esclavage. L’histoire nous interpelle ici en effet, réfléchie qu’elle est par la Déclaration des droits de l’Homme et par la loi reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité. Vous présenter une analyse très instructive des phénomènes mémoriels qui apparaissent à partir des « faits froids de l’analyse historienne ». Vous reprécisez cette distinction entre Mémoire et histoire, puisque la mémoire, si elle est sélective, se doit alors d’être pertinente avant d’être fidèle à l’historicité.

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Olivier Grenouilleau

Et si l’on parle de Nantes, c’est aussi pour préciser que vous êtes Nantais vous-même, féru de l’histoire de cette ville et spécialiste de l’histoire du commerce internationale. Après avoir obtenu l’agrégation dans cette discipline, vous avez soutenu votre thèse de doctorat à l’Université de Rennes 2 sur le thème du milieu négrier nantais du milieu du XVIII° siècle à 1914. Votre carrière s’est ensuite développée dans la sphère universitaire, maître de conférence, professeur d’université puis professeur à l’Institut d’études politiques de Paris, jusqu’en 2009. Vous êtes aujourd’hui Inspecteur général de l’Education nationale.

Votre travail de recherche s’est porté respectivement sur l’histoire du négoce maritime nantais, français et européen, puis plus largement sur l’histoire globale de la traite ou du commerce des êtres vivants, pour aborder aujourd’hui l’histoire des capitalismes et des rapports entre économie, éthique et politique. Vous êtes auteur de nombreuses publications, une quinzaine d’ouvrages, une trentaine de collaborations à des ouvrages collectifs… Inutile de préciser que vous participez à de nombreuses revues, conférences et colloques. Et l’importance que revêt pour vous cette volonté de traiter d’une histoire globale, d’une histoire-monde comme vous le soulignez, se traduit concrètement par votre participation active à des organisations ou des séminaires internationaux. A titre d’exemple, je voudrais mettre en relief votre nomination à l’Academia europaea, cette association non-gouvernementale européenne qui fonctionne à la manière de notre académie. Elle assure la promotion de l’éducation et de la recherche et regroupe plus de 2 000 personnalités. Cette institution tente de mettre en place une véritable Académie des sciences européennes et je sais que vous y participez activement.

Dans ce contexte géographique local, ce Prix est pour moi l’occasion de mentionner la venue de Victor Schœlcher à plusieurs reprises à Pornic, où il était reçu dans les années 1880 chez son ami Louis Herbette, conseiller d’Etat et directeur de l’administration pénitentiaire. Nous avons des comptes-rendus précis de ses séjours où les débats philosophiques et politiques ne manquaient pas de saveur. Victor Schœlcher aima Pornic, son délicieux climat et la douceur de la vie de famille chez son ami républicain.. Il y coula des jours heureux. Il y travailla à conforter les résultats acquis par une vie de luttes pour l’insertion des plus faibles dans la République. A ses yeux, nul ne devait être exclu des bienfaits de la démocratie et du progrès. L’ancien esclave, le criminel voulant refaire sa vie, la femme abandonnée, l’enfant maltraité faisait l’objet de sa sollicitude (Cf Revue des Historiens n° 28-2009 de Patrice Pipaud).

Le dictionnaire présente bien sûr celui qui présida la commission d’abolition de l’esclavage en 1848, celui dont les cendres reposent au Panthéon depuis 1949.

Merci Monsieur Grenouilleau de nous avoir offert ce monument de culture et sans doute d’ouverture à une éthique de ceux (c’est-à-dire nous) qui habitent les pays développés.

Dominique Pierrelée

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