Les saulniers du pays de Retz, une vérité historique. Une mise au point du Président.

jeudi 24 septembre 2015, par Dominique Pierrelée


Saulnier de Retz et non paludier !

Publiée dans l’édition du Courrier du Pays de Retz du 18 septembre 2015.


Ayant lu avec intérêt le dossier sur le sel de la baie de Bourgneuf (édition du 4 septembre), je reviens ici sur l’article historique présentant « Bourgneuf, ancienne capitale européenne ». Il mérite sans doute quelques compléments pour être tout à fait en phase avec la réalité historique.

C’est faire la part belle au site de Bourgneuf que de dire qu’il s’agissait du port le plus important de l’Atlantique pour la production salicole. Certes, sa production était très forte à la fin du Moyen Âge mais les sites de Guérande, de Brouage, voire de Setúbal au Portugal l’ont concurrencé à toutes les époques. Il est vrai que la rade de Rais (port du Collet) offrait un bon accès aux navires de la Hanse et de l’Angleterre jusqu’à ce que la baie se ferme progressivement à partir du milieu du XVIe siècle, à la suite d’un mouvement de colmatage sédimentaire. Toutefois, malgré cette fermeture inexorable de la baie de Bourgneuf (on disait aussi baie de Bretagne), la production salicole significative ne s’éteignit véritablement qu’au début du XXe siècle. La fin du sel n’est due pour l’essentiel qu’à un phénomène morphologique.

Précisons par ailleurs que les salines de baie étaient considérées comme bretonnes, Anne de Bretagne parlant sans ambiguïté de ses sujets de la baie du sel. Par conséquent, la baie (de même que toute la Bretagne) n’était pas assujettie à la gabelle, ce qui provoqua d’importants mouvements de contrebande sur les marches du Poitou, province qui en était redevable.

Enfin, les salines de la baie ont de tout temps été exploitées par des « saulniers », et non pas par des « paludiers » qui sont, eux, spécifiques de la région de Guérande, et dont l’appellation est liée au mode de production du sel utilisant les œillets (ce qui viendra plus tard chez nous). Au sud de la Loire, comme à Brouage, à Ré ou au Portugal, on emploie le terme de « saulnier, saunier, salnerius, saulnerie », comme l’ont indiqué dans leurs travaux Émile Boutin ou Jean-Luc Sarrazin, médiéviste et professeur à l’université de Nantes.

Il est donc curieux d’adopter aujourd’hui l’appellation guérandaise de « paludier » alors que nous disposons d’une appellation bien locale, élégante de surcroît, à partir de laquelle sans nul doute les promoteurs des nouvelles salines d’aujourd’hui pourraient construire une communication pertinente en regard de l’histoire et de la géographie. Ceci dit, on doit rendre un hommage appuyé à ces nouveaux exploitants des salines de la baie qui, aujourd’hui, restaurent une belle image patrimoniale de notre pays.

Dominique Pierrelée, président de la Société des historiens du Pays de Retz

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Cliché de Jean Mounès (Musée du Pays de Retz)

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