Les petites écoles de Saint-Jean-de-Boiseau

mercredi 28 juillet 2010, par Jean-Luc Ricordeau


Une notable de l’endroit, Jeanne Bretagne, fonde la première école en 1715 à Saint-Jean-de-Bouguenais. Cette école est réservée aux filles. Elle sera fermée par la Révolution et vendue avec les biens du Clergé.


Avant 1715, St Jean de Bouguenais ne possédait pas d’école. Dans cette paroisse de 2000 âmes, c’est le prieur ou ses vicaires qui assuraient tant bien que mal, l’enseignement aux enfants les plus aptes à suivre une vocation religieuse.

Les guerres de religion amenèrent la royauté à prendre certaines résolutions. En décembre 1698, le roi décide donc : « Pour prévenir un retour de l’hérésie, il faut que l’on ouvre des écoles chrétiennes dans tous les bourgs qui en sont privés ». Il annonce d’autre part qu’il autorisera les paroisses à s’imposer extraordinairement afin de payer maîtres et maîtresses. Aux premiers, il accorde 150 livres par an de salaire, aux secondes 100 livres.

Saint-Jean-de-Bouguenais

A St-Jean-de-Bouguenais, le général de paroisse n’a pas de gros moyens financiers. Par contre, certains notables disposent de biens importants. Régulièrement l’évêque relance les hauts personnages des paroisses afin de les inciter à faire une œuvre de charité au profit de l’ouverture d’une école. En contrepartie, le clergé s’offre à dire des messes pour le repos de l’âme des futurs fondateurs. C’est ainsi que la première école de St Jean de Bouguenais devait voir le jour. Dans son château de la Hibaudière, Jeanne Bretagne arrivait sur la fin de sa vie. Très pieuse, elle était fort estimée pour les nombreux dons qu’elle avait déjà faits dans la paroisse. N’avait-elle pas offert une grosse cloche à l’église dont elle fut la marraine en 1699. Le clergé local fit encore appel à sa générosité pour satisfaire le désir du roi.

Cette dame devint donc la fondatrice des petites écoles de St Jean de Bouguenais, à l’imitation des seigneurs de Bougon ce qui lui permettait d’attacher son nom et celui de sa famille à une fondation qui répandrait l’instruction gratuite parmi les plus humbles de la localité.

Rendez-vous fut donc pris auprès d’un notaire de Nantes, Maître Peloteau, notaire royal et apostolique, pour la signature de l’acte de fondation, le 7 juin 1715, dans l’après-midi. Jeanne Bretagne avait alors 63 ans.

Dans cette œuvre de charité, la fondatrice indique qu’elle fait cette action « Pour la gloire de Dieu et attirer la miséricorde sur elle et sur ses successeurs, qu’elle a par ces présentes fondé et fonde à perpétuité une place de maîtresse de petites écoles charitables qui sera tenue et exercée dans le bourg de St Jean de Bouguenais, paroisse et duché de Nantes pour l’instruction des enfants de la paroisse du dit Bouguenais conformément aux ordres de Monseigneur l’évêque de Nantes ou messieurs les grands vicaires ».

Le salaire de la maîtresse fut fixé à 100 livres tournois par ans. Cette somme étant obtenue par le produit de diverses rentes foncières dont Jeanne Bretagne établit la liste suivante. « Sur un pré appelé le pré des Masses sur la paroisse du Pellerin, un canton de terres appelé les Higonières, 7 livres, 10 sols de rentes foncières à percevoir sur une maison que tient le sieur Richardeau au village de la Briandière, 6 livres de rentes foncières dû sur la pièce des Rivetières, 50 sols à prendre sur un canton de vigne appelé les Higonières que possède le laboureur Jean Joyeau, auquel s’ajoute un jardin situé au village du Landas plus la lande et un pré appelé le pré Mirore, le tout sauf le pré des Masses, situé dans la paroisse de St Jean de Bouguenais ». De plus, la Dame de la Hibaudière laisse quitte à perpétuité à chacune des maîtresses des petites écoles de St Jean, un logement situé dans le bourg, appelé la « maison de St François » ou maison du cadran. Pourquoi la maison du cadran ? Peut-être possédait-elle un cadran solaire sur sa face située au midi qui correspondait à l’entrée côté rue. Cette maison nous est décrite de la façon suivante : elle possède deux pièces, une en bas plus une chambre au dessus. Derrière la maison il y a un jardin avec ses dépendances mais il n’y a pas de grenier. La surface totale est de 50 toises carrées, la toise valant 1,95 m, l’ensemble couvrait donc à peine 100 ml. Cette future petite école était bornée à l’orient à un certain Brissault, à l’occident à la rue du quartron, au nord à Jean Josnet et au midi rue et issue. L’emplacement de ce premier foyer de la culture à St Jean de Bouguenais est occupé aujourd’hui par une jolie maison d’habitation appartenant à Mme Duranton, à l’angle de la rue du Cartron et la rue des frères Goheau, proche de l’église. La future maîtresse ainsi logée avait par contre à sa charge d’entretenir de toutes réparations le logement et le jardin. La première enseignante de ces petites écoles fut une demoiselle de Nantes, Marie Rivallan bien connue de la fondatrice pour sa probité et son mérite comme maîtresse d’école en cette ville. Aussi lui proposa-t-elle d’accepter le poste qu’elle venait de créer à St Jean. Comme l’indique le contrat, « celle-ci lui ayant témoigné son assentiment, elle l’a ce dit jour 7 juin 1715, nommée pour occuper la dite place et commencer le jour de la fête de St Jean Baptiste suivante ».

Fonctionnement de l’école

Cette petite école était réservée aux filles pauvres ou riches de la paroisse sauf quelques pensionnaires seulement. Les cours avaient lieu tous les jours à raison de quatre heures de temps, soit deux le matin et deux l’après-midi, sauf les dimanches et fêtes et un jour par semaine que l’enseignante pouvait se réserver à son gré. Les matières enseignées étaient « apprendre à lire en latin, en français, écrire, l’arithmétique et le catéchisme le mieux qu’il lui sera possible ».

La maîtresse avait en outre dans son contrat une autre obligation qui n’avait rien à voir avec l’enseignement. « Faire le chapelet publiquement toutes les fêtes et dimanches après vêpres dans l’église de la dite paroisse autant que le dit sieur prieur l’aura agréable ».

Dans le cas où elle avait à s’absenter pour des raisons diverses ou si elle n’appliquait pas à la lettre les termes du contrat, il était alors prévu que le prieur devrait pourvoir à son remplacement. Par contre, « en cas d’absence pour affaire qui pourront l’obliger à désemparer pendant quelques temps, maladie ou autre, elle sera tenue à se faire suppléer par une autre fille capable d’enseigner les dites écoles et qui sera préalablement agréée par le dit sieur prieur ». Comme il est indiqué dans ce texte, le responsable sur le plan local du bon fonctionnement de cette fondation était le prieur de St Jean de Bouguenais, Eustache Lebreton. Il avait le pouvoir « si elle ne fait pas l’affaire ou au cas où elle manquerait exactement toutes les suses dites conditions ou l’une d’icelle, il sera libre au dit prieur de la révoquer sans aucune formalité de justice. Il sera possible toutefois à la maîtresse de se pourvoir devant M. Lévêque ou Messieurs les grands vicaires en son absence, pour obtenir si fait, la permission de faire les dites écoles ».

La classe se composait d’une modeste salle. Les élèves s’asseyaient accroupies à même le sol pendant les leçons. L’évêque et ses grands vicaires suivaient de très près l’enseignement. Lors de la visite de l’archidiacre, le prieur devait remettre au délégué de l’évêché un brevet constatant l’état de la paroisse et un article spécial faisait mention des petites écoles, en indiquant dans quelle situation elles se trouvaient. Lorsque le manque d’intérêt envers l’école était trop grand, les enfants et les parents étaient admonestés du haut de la chaire. Cette coutume persistera jusqu’à la Révolution.

Vie et déboires

Marie Rivallan fut la seule institutrice a être désignée par la fondatrice, car le 12 décembre 1724 dans sa demeure de la Hibaudière, Jeanne Bretagne décéda. Dans son testament, elle accordait certains avantages que n’eurent pas ses successeurs. Elle recommanda à ses héritiers de lui servir 180 livres de rentes, de lui laisser la jouissance de la maison du cadran sa vie durant. Hélas, le fils de Dame de la Hibaudière, Maurice Nicolas Peillac de caractère violent, mécontent de ne pouvoir obtenir du roi le droit à la particule, ne respecta pas, du moins dans l’immédiat, le contenu du testament.

En effet, trois ans après le décès de la fondatrice en 1727, Marie Rivallan dut avoir recours à la justice pour le paiement des rentes que l’héritier lui devait. Bien des fondations de ce type disparurent à la mort de leur fondateur. St-Jean eut de la chance car ce ne fut pas son cas.

Tant que la première maîtresse occupa ce poste, les recteurs n’eurent pas trop de souci, mais à son départ (peut-être à sa mort ?), les choses n’allèrent plus aussi bien. La remplaçante devait satisfaire à un examen. Les candidats se présentaient devant l’évêque. Il fallait apporter une attestation de leur religion, bonne vie et moeurs, montrer comment ils savaient lire couramment, sans hésiter, le latin et le français, tant dans des livres imprimés que dans les écritures faites à la main. De plus, on ne devait point montrer de mauvais accents de prononciation. Une fois ces épreuves de capacité passées avec succès, une licence était remise qui permettait d’exercer la fonction de maître ou de maîtresse de petites écoles. Suivant le livre des constitutions diocésaines, il était interdit aux maîtres d’enseigner à des filles ayant plus de sept ans et pareille restriction était faite pour la maîtresse qui recevait des garçons dans leur école. Quand la nécessité forçait l’enseignant à tenir une école des deux sexes, il devait éviter de les réunir dans le même local, aux mêmes heures.

En 1749, c’est Jeanne Daumasse qui occupe le poste, le prieur est Nîcolon, mais son salaire ne lui est pas versé régulièrement. C’est le petit-fils de la fondatrice qui est l’héritier.

L’enseignante se plaint en plus que la rente de 7 110 sols, due chaque année par le fils Richardeau et Girard de la Briandière ne lui est plus payée. Malgré ces incidents, l’école continue d’exister et les maîtresses changent peu souvent.

En 1760, les choses vont mal, le mécontentement de la population est général et le prieur-recteur Jean-Pierre Delaunay doit adresser une demande de révocation de Jeanne Daumasse auprès de l’évêché, celle-ci étant atteinte de démence. Pour lui succéder, les grands vicaires envoient à St-Jean de Bouguenais, le 14 juin 1760, une demoiselle Jeanne-Marie Drondun, originaire de Blain, diocèse de Rennes, mais demeurant à Nantes, faubourg de Richebourg. Les premiers jours de son séjour dans la paroisse se déroulèrent normalement, pourtant les relations de l’institrice avec les habitants et le clergé allaient vite se détériorer.

En effet, le prieur va se plaindre à l’évêché de cette enseignante, en énumérant ses principaux griefs :

  • Ne pas donner l’instruction nécessaire aux élèves, même pas le catéchisme et les prières.
  • Ne pas tenir les écoles régulièrement pour y manquer des mois entiers, étant souvent absente pour être à différents endroits à la campagne.
  • Ne pas tenir compte des remarques des habitants qu’elle reçoit de façon injurieuse et qu’elle traite d’une façon hautaine et avec mépris, même le prieur-recteur, chargé de la bonne marche de l’école, n’est pas mieux reçu.

A la suite de ce rapport, dénonçant le contrat signé juin le 14 juin 1760, les grands vicaires lui enlevèrent la permission d’enseigner en vertu de l’édit de 1695. Malgré cette décision, la demoiselle Drondun décide de ne pas quitter l’école qui lui sert également de logement, elle attaque le clergé local devant l’évêché. Il s’ensuit un long courrier au cours de ce procès. Malgré les sommations qui lui furent faites, elle refusait toujours de remettre les clefs.

Pendant ce temps, l’école ne fonctionne plus, il faudra plusieurs mois avant que cette affaire n’ait une solution définitive dont voici la conclusion : « La demoiselle Drondun se voit donc en exercice non recevable dans sa demande volontaire, car déboutée d’icelle comme mal et nullement fondée et faisant droit dans la demande de reconduction du sieur prieur qu’il a donné par les présentes, le dit acte de présentation du 11 juin 1760, sera donné pour rectifier et regarder comme non avenu, en conséquence, la demoiselle Drondun est condamnée d’abandonner la jouissance des héritages de corps et biens, les logements et les sommes en dépendant de la dite fondation et charge au sieur prieur mesure de faire faire aux dites les réparations de cette affaire tant greffés que soumis aux dits biens le tout avec dépens ». Nous étions en octobre 1761 quand enfin l’école put rouvrir.

Entre 1770 et 1771, nous trouvons comme maîtresse d’école une demoiselle Anne Forget. Celle-ci a également recours à la justice pour demander le paiement des rentes Quant aux parents et aux élèves, ils ont l’impression que l’école est du temps de perdu. Ceci pour avouer qu’il y a peu d’élèves dans ces petites écoles, sinon des fils de notables.

Pour succéder à la demoiselle Forget, nous voyons arriver à St-Jean une autre demoiselle nommée Lamy. Le Denghein est alors responsable de la paroisse.

Sous la Révolution, Denghein se fait remarquer par son zèle envers la république. Lors de la prestation de serment, l’institutrice des petites écoles, Mlle Lamy, à l’exemple de son curé, fait de même le 12 juin et peut ainsi continuer à exercer ses fonctions. Par ce serment, l’enseignante conserve les avantages liés à la fondation, mais elle ne dépend C’est le conseil municipal qui est devenu le responsable de l’enseignante et de sa conduite.

Mais le 21 avril, la demoiselle Lamy adresse une lettre au procureur de la commune dans laquelle elle indique qu’elle se rétracte formellement de son « serment civique ».

Le lendemain, l’assemblée municipale se réunit à la maison commune de St-Jean-de-Boiseau. Cette réunion municipale est présidée par le nouveau maire Vincent Blanchard, en voici le compte-rendu :

« Vincent Blanchard assisté des sieurs Rene Mocquard, Jean Biraud, Pierre Biton, Julien Mocquard, Jean Chesneau et des officiers municipaux Pierre Blanchet, Luc Barreau, François Lemonnier, Julien Chauvelon, notables. Le procureur de la commune, présent, a remis sur le bureau la lettre de la demoiselle Lamy. En ayant donné lecture, le procureur de la commune a conclu que l’école de la dite Lamy serait fermée, qu’il serait signifié ordre de vider la maison nationale qu’elle occupe sous huitaine  ».

Et les édiles insistent : « Supplions messieurs les administrateurs du district de Paimboeuf de nous permettre de placer maître Chauveau à la place de la dite Lamy en lui accordant son bénéfice. C’est le désir et le voeu de tous les citoyens de notre commune qui disent qu’il est plus utile que les hommes soient plus instruits que les filles. Nous vous prions de nous répondre sous huitaine, vous obligerez messieurs, votre humble serviteur Blanchard, maire signé avec tous les citoyens précités ». Si pour le conseil, le cas de la maîtresse d’école parait simple à régler, la lettre de réponse émanant du district déçut beaucoup les conseillers et leur maire.

Extrait des registres du directoire de département du 6 août 1792, l’an 1 de la liberté.

« Séance présidée par François Toussaint Villers à laquelle assistaient, Charles Gabriel Joyau, Yves Aimé, Pierre Bruget, René Pierre, Jean-Louis Chiron, René Jean-Baptiste du Fresneau et Gabriel David. Présents, François Sébastien Lecourneux, procureur général syndic. « Vu la lettre de la demoiselle Lamy, maîtresse d’école à St-Jean-de-Boiseau, en date du 21 avril 1792, par laquelle elle rétracta le serment civique qu’elle avait antérieurement prêté, la délibération du conseil général de la commune de la dite paroisse du 22 du même mois, qui nomme le sieur Chauveau poor tenir la petite école au lieu et place de la dite Lamy.

Considérant que la demoiselle Lamy qui en était à devant pourvue s’en est rendue indigne par la rétractation de son serment civique, qu’il est instant de pourvoir à son remplacement, mais qu’on ne peut approuver la nomination du sieur Chauveau sans contrevenir à la fondation dont le vœu doit être respecté et suivi. Arrêté que les curés et fabriquants de la paroisse de St-Jean nomment à la place de la dite Lamy, une autre femme capable d’exercer l’école de la dite paroisse qui sera agréée par le conseil général de la commune et prêtera le serment civique devant lui et requis de toute personne dévouée à l’enseignement public.

Fait en directoire, à Nantes, le 6.8.1792.

La demoiselle Lamy devait être la dernière enseignante de la fondation, car notre curé Denghein devait avoir autre chose en tête, puisqu’en décembre 1792, il devenait juge de paix du canton du Pellerin et il abdiqua ensuite ses fonctions ecclésiastiques le 27 brumaire an Il.

La petite école, qui n’a plus d’enseignante, sert de corps de garde nationale pendant cette affreuse période. Elle sera vendue, très délabrée, comme bien confisqué pendant la Révolution.

En effet, une clause de la fondation de 1715 prévoyait : « S’il ne se trouvait des maîtresses capables ou qui ne voulussent venir ou exercer les dites petites écoles dans St-Jean de Bouguenais, intervalle ou défaut leurs jouissances éternellement de ses biens, léguerait terres labourables et pareillement de rentes foncières seront faites perçues et touchées par les sieurs prieurs recteurs et fabriqueurs en charge pour être par eux employés en entier au soulagement et assistance des pauvres de la paroisse de St-Jean de Bouguenais, tant malades que ceux ainsi qu’il sera jugé bon être par les sieurs prieurs et fabriqueurs ». La fondation fut assimilée à un bien du clergé et vendue avec ses rentes le ler thermidor an IV (19.7.1796) pour la somme de 3920 livres à l’ancien curé devenu juge de paix. Danghein devait se marier quelques mois plus tard, le 13 janvier 1797 avec la fille du meunier des anciens seigneurs de St-Jean, Thérèse Landais. Cette ancienne petite école servit sans doute de refuge amoureux avant d’abriter le ménage, car moins d’un moins après son mariage, Danghein voyait naitre son premier enfant, le 6 février 1797.

Ainsi se terminèrent les Petites Ecoles de St Jean de Boiseau.

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