Les moines et le sel de la Baie

mardi 13 juillet 2010, par Emile Boutin +


Dès le Haut Moyen-Age des salines s’étiraient tout au long des côtes de l’Atlantique. La plupart appartenaient aux monastères qui ont su tirer profit de cet "or blanc".


D’après les Gesta Dagoberti I Regis Francorum, de nombreuses salines s’étiraient tout au long des côtes de l’Atlantique, dès l’époque mérovingienne : « Dans le Pagus du Poitou, beaucoup d’autres terres avec des salines sur la mer ; dont il serait trop long d’énumérer le nombre ».

Une grande partie de ces marais salants appartenait alors aux différents monastères établis dans l’ouest, à proximité de la mer. Ce fut le cas de l’abbaye d’Her (Noirmoutier) ou de celle de st-Michel en l’Herm. D’autres établissements religieux, bien que situés dans l’intérieur des terres, avaient été dotées de portions de littoral, aptes à produire du sel. Deux exemples viennent à l’esprit : Saint-Sauveur de Redon et, un peu plus tard, l’abbaye cistercienne de Buzay dont les « filles » comme Prières ou la Blanche de Noirmoutier, acquirent une grande prospérité avec « l’or blanc ».

On ignore si l’île d’Her possédait déjà des marais salants lorsque Philbert y fut envoyé par l’évêque de Poitiers, Ansoald. En revanche, le futur abbé fut doté de plusieurs propriétés gallo-romaines comme Déas ( St-Philbert de Grand-Lieu ), Taizé ( Tasago ), Paizé ( Pusiago ), Londoas, toutes situées à une bonne distance de l’océan. Une seule villa nous intéresse ici, celle d’Ampennum, ou Ampan, à proximité de Beauvoir-sur-Mer. Voici le texte de l’acte de donation faite par l’évêque : « Moi, Ansoald, évêque de la ville de Poitiers, comme il importe qu’un pasteur prenne soin des biens spirituels et temporel de ses brebis, je donne à mon frère Philbert que j’ai établi dans l’île d’her, père du monastère, une villa située à Ampan sur le bord de la mer, avec ses maisons, ses bâtiments, ses vignes, ses champs, ses habitants et ses serviteurs des deux sexes et avec des salines ».

Les moines noirs de l’île d’Her

Philbert, installé à Noirmoutier, comprit de suite la valeur du sel à cette époque. Il va en récolter beaucoup, faisant creuser dans l’île de nombreux marais salants. Il va aussi en faire le négoce, car ses religieux, fort nombreux, sont tout à la fois, maçons, charpentiers, laboureurs, sauniers et marins.

Les moines philibertins vendent leur produit sur toute la côte armoricaine. Nous trouvons trace de leur passage et de leur négoce à Trégunc, Auray, Mœllan, Crozon, St Evarzec, Plomelin et Pleyben. Il semble bien qu’ils aient eu des dépôts de sel sur les bords de la Laïtta, la rivière de Quimperlé.

L’abbaye de Noirmoutier entretenait des rapports commerciaux avec la scotoe et l’Irlande. Avec ce dernier pays, depuis St-Colomban, les relations étaient continues. D’ailleurs des marchands irlandais vivaient à Nantes et à Orléans. Philbert leur fournisait du sel, pour payer tout ce que la Scotie lui livrait, surtout des vêtements de laine et des chaussures de cuir pour les religieux. Ermentaire nous raconte : « Un jour, assis au milieu de ses frères, plein du don de prophétie, Philbert leur annonça : mes frères, remercions Dieu pour tout ; il va en effet nous arriver par mer des denrées très utiles. Quelques jours plus tard, un navire scot entra dans le port de l’île, chargé de marchandises diverses ». Bon négociant, l’abbé demandait à ses moines de toujours ajouter une mesure de sel supplémentaire, pour éviter toute contestation.

Pendant les VII° et surtout VIII° siècles, les philibertins furent les maîtres incontestables de la production et de la vente du sel. Ermentaire nous en donne une nouvelle preuve : « Une petite flotille bretonne ( Grande Bretagne ) est retenue par des vents contraires dans l’île de Noirmoutier. Ils y restent neuf jours ; les habitants de l’île leur fournissent comme à des étrangers de quoi manger et boire car ils n’avaient pas de nourriture sur leurs navires, n’ayant pas pris de provisions de grains et ne remportant avec eux qu’un chargement de sel ». Les navires du monastère, montés par des moines, étaient exempts de tonlieu, non seulement sur la Loire et ses affluents, mais aussi sur la Garonne et sur toutes les côtes de l’Armorique.

L’Austrasie sur les bords du Tenu

Filbert Principale abbaye du sel d’avant l’an mil, Noirmoutier ne fut pourtant pas la seule à s’intéresser à l’or blanc. Les marais salants s’étaient multipliés dans toute l’actuelle baie de Bourgneuf et dans le marais breton. Et la mer n’était plus la seule voie du sel. Un cours d’eau existait, le Tenu, reliant le golfe de Machecoul à la Loire. Un port s’était développé à l’endroit « où la rivière pouvait porter bateaux » : Poryus Vitraria qui, par la suite, deviendra St Même. Au VII° siècle, la Neustrie avait pour limite la Loire. Elle venait d’être réunie à l’Austrasie par Dagobert en 638 et formait le royaume franc. Le successeur de Dagobert, Sigebert, grand fondateur d’abbayes possédait des droits de tonlieu sur toutes les marchandises passant pat Portus Vitraria. Principalement sur les sels qui remontaient le Tenu pour rejoindre la Loire et ravitailler, en amont, les monastères prospères de Touraine et d’Orléanais.

Or, Sigebert avait favorisé la création, auprès de Cologne, de l’abbaye de Stavelot-Malmédy. Il donna à ce couvent les droits de tonlieu qu’il possédait sur le Tenu. Par diplôme de 651, les moines des Ardennes eurent le droit de s’installer sur les bords de la rivière et d’en contrôlet tout le trafic.

Pendant plus d’un siècle, les moines des Ardennes restent les seuls maîtres sur les bords du Tenu. Au VIII° siècle, d’autres religieux, attirés par le sel, viennent de l’abbaye de Micy, auprès d’Orléans s’établir, eux-aussi, à Portus Vitraria. En 828, ils sollicitent des lettres de confirmation de leurs droits pour ne pas être troublés dans la jouissance de leurs biens. Louis le Débonnaire, empereur d’Occident, troisième fils de Charlemagne, confirme alors aux moines de Micy les biens « qu’ils ont reçu de notre aïeul Pépin et de son fils, notre père Charles, par la mugnificence royale ». Ces moines de Micy construisent un prieuré au bord du Tenu et lui donnent le nom de leur fondateur Mesmin. Désormais le port s’appellera St-Même.

Ab aquilone pandetur malum

Mais déjà selon Ermentaire, « un fléau venu du nord se répandit sur tous les habitants de la terre ». Ce péril fut surtout présent dans la baie du sel car les Normands s’intéressèrent à nos marais. Ils firent des descentes dès le début du IX° siècle, à Noirmoutier, à Prigny et à Bouin. Et ils s’installèrent sur ces trois sites. A Noirmoutier à la Conche aux Normands, située à la Linière, près de l’Herbaudière, d’où ils pouvaient surveiller la sortie de l’estuaire de la Loire.

A Prigny, sur la butte fortifiée qui conserve d’ailleurs aux vieux cadastre le nom de « Dandebutte » ou butte aux Danois. Une ancre marine des Vikings est conservée dans la chapelle de Prigny. Enfin, à Bouin, où les annales d’Eginhard nous content en détail une de leurs expéditions : « Treize navires de pirates normands arrivèrent en Flandre pour piller, mais furent repoussés par ceux qui gardaient ces rivages. Toutefois, grâce à l’incurie des gardes, ils ne laissèrent pas que d’incendier quelques misérables cabanes et d’enlever quelques troupeaux. Mêmes tentatives furent faites à l’embouchure de la Seine, mais les surveillants de ce point leur tuèrent cinq hommes et force leur fut de se retirer sans résultat. Enfin, ils furent plus heureux sur la côte aquitaine et purent dépeupler entièrement un bourg nommé Bundium (vico quondam vocatur Bundium, ad integrum depopulato) ce qui leur permit de regagner leurpays avec un butin considérable ». Ils revinrent à plusieurs reprises et firent de Bouin une de leurs têtes de pont pour piller les salines.

Les Normands furent chassés du Pays de Retz en 938 par le duc de Bretagne Alain Barbe-Torte. On sait que les moines de Landévennec réfugiés dans le nord de la France à Montreuil-sur-Mer, aidèrent le duc à constituer une armée en Angleterre qui débarqua et battit les Normands. En reconnaissance Alain donna aux religieux toute la zone salicole de Batz-Le Croisic, soit environ 5 146 œillets. Cette largesse considérable était transmissible à chaque abbé. Une église fut édifiée en l’honneur de saint Guénolé qui devint le patron des paludiers. Par la suite, les sauniers de la baie de Bourgneuf firent de même. C’est pour cette raison que saint Guénolé, le Breton, est honoré dans la chapelle de Prigny. Quant aux religieux de St-Philbert de Noirmoutier, suite aux incursions des Vikings, ils prirent la résolution de quitter l’île et de se réfugier dans leur propriété de Déas, qui va devenir St-Philbert de Grand-Lieu. De là, après un périple par Cunault, Messay, StPourçain sur Sioule, ils vont s’installer définitivement à Tournus en Bourgogne.

L’abbaye de Conwoïon

Bien des communautés religieuses s’étaient exilées en Francie occidentale pour éviter les pillages des Normands. Urie fois ces derniers chassés de l’ouest, les moines voulurent revenir dans leurs anciens domaines. Mais des événements avaient modifié notre Pays de Retz. D’abord il était devenu breton en 851, après la victoire d’Erispoë sur Charles le Chauve. Comté nantais et Pays de Retz étaient alors passés sous le contrôle du duc de Bretagne. Celui-ci, pour affermir son pouvoir, s’appuya sur l’abbaye célèbre, fondée par saint Conwoïon, St-Sauveur de Redon. Dès lors les bénédictins de Redon vont pratiquement prendre en mains la direction de l’église du Pays de Retz.

Cette abbaye de Redon fut la plus gourmande en salines. Elle possédait des salorges sur les bords de la Vilaine jusqu’à Guipry et faisait le négoce du sel sur une vaste échelle. En 1385, 73 bateaux de Guérande chargent pour Redon 9l0 muids de sel. Tout n’était pas sans doute pour St-Sauveur. En 1431, nous trouvons 96 barges avec 1629 muids qui remontent sur Redon. Dans ce convoi, 12 embarcations contenant 240 muids en franchise, sont destinées à l’abbé de St-Sauveur. Par la Vilaine, l’abbaye approvisionnait la région de Rennes et une grande partie de la Haute-Bretagne. Avec l’appui ducal, Redon coiffa donc une bonne partie des prieurés du sel de la baie de Bretagne.

J’en citerai deux exemples. Tout d’abord, l’abbaye de la Chaume à Machecoul fut au début un prieuré fondé au milieu du onzième siècle sur des terres ayant appartenu aux moines de Noirmoutier. En 1100, le seigneur de Machecoul, un gallo-franc nommé Harscoide dont les Bretons ont changé le nom en Harscoet, transforme le prieuré de la Chaume en une abbaye qu’il met sous le contrôle de l’abbé de Redon. On peut apprécier le cadeau quand on sait comment les " agentes " des moines vont développer les marais salants autour de Machecoul, sur tous les terrains conquis sur la mer ou abandonnés lors de son recul.

Mon deuxième exemple concerne les Moutiers. Vers 1050, le curé de St-Pierre des Moutiers est un honune marié nommé Even. Il a trois fils : Hélion Tanneguy et Haton. Selon la coutume de l’époque, il possède en propre son église. Or, avec la récente réforme grégorienne, prêtres ou seigneurs ne peuvent plus être propriétaires de biens ecclésiastiques. L’évêque de Nantes, intraitable sur ce sujet, envisage donc de confier la paroisse des moutiers aux bénédictins de Redon. Even qui est veuf décide d’entrer, avec ses trois fils, commes moines à St-Sauveur. Voici l’extrait du Cartulaire de redon qui raporte les faits : « Or il arriva que Even et son fils Haton prirent l’habit de st Benoît dans le monastère de saint Sauveur de Redon et qu’il donna en parfaite et perpétuelle possession à cette église et aux religieux qui la desservaient sa propre personne et celle de ses fils Tanguy, Hélion et Haton. Ce dernier, bien que le plus jeune, avait pris l’habit le premier et leur avait donné l’exemple. Le même Even et ses fils donnèrent à notre église de saint Sauveur en possession perpétuelle, une église située sur le territoire de Prigny, érigée en l’honneur de l’apôtre Pierre avec le tiers des dîmes, leur propre maison située auprès du cimetière, le jardin qui en dépend, et en plus, cent aires de marais salants avec leurs bossis ».

Bien entendu, St Sauveur de Redon était une abbaye riche du sel,possédant de nombreux marais dans la presqu’île guérandaise. Signalons aussi qu’elle en exploitait dans la baie de Bretagne, puisque outre ceux que nous venons de voir, Rouaud, seigneur du Pellerin donna en 1064 aux moines de Redon la quatrième partie de l’île de Noirmoutier qui lui appartenait.

Marmoutier majus monasterium

L’abbaye de Marmoutier, située auprès de Tours (le majus monasterium fondé par saint Martin) était éloignée du pays du sel. Et pourtant, ce monastère qui possédait « un empire de prieurés en Bretagne » s’est bien enrichi avec l’or blanc. au Pays de Retz, cette abbaye n’avait que trois maisons, deux au bord de la Loire (Donges et Le Pellerin et une dans les marais, St-Martin de Machecoul. Nous ignorons le nombre de salines exploitées par ce petit établissement religieux. Nous savons seulement qu’en 1689, l’archidiacre mentionne deux hommées de marais à la Roche et dix hommées de salines à Ste Croix, paroisse machecoulaise. Enfin Marmoutier avait reçu de Frioul, seigneur de Donges « une exemption de toutes coutumes (impôts) et tonlieu sur le sel passant en Loire à destination de Marmoutier ».

Buzay et ses filles

Une abbaye du Pays de Retz sans doute la plus célèbre doit retenir notre attention. Il s’agit de Buzay, monastère fondé par Par Bernard de Clairvaux en 1135. sans doute la date tardive de cette création (par rapport aux bénédictins) aurait-elle pu gêner l’implantation de cette nouvelle maison au pays du sel. Il n’en fut rien. La duchesse de Bretagne sut faire bien doter la récente fondation. Buzay eut des salines à Prigny et aux Moutiers. Un acte signé « in veteri aula Prugniaci » ( dans la vieille cour de Prigny ) mentionne « un arrentement de deux marais situés, l’un aux pieds du château de Prigny, l’autre Prigny et les Moutier  ». Mais les principales salines de l’abbaye cistercienne de Buzay se trouvaient dans l’île de Bouin.

A la Coupelasse, une levée de terre isolait de la mer leur clos de « La Boce », où l’abbé de Buzay possédait sa résidence. Ce clos comprenait aussi un moulin à vent, une vigne et un colombier. Obligation était faite aux meuniers de « bien accueillir les moines à Bouin et de leur offrir foin, chandelle, bois et nourriture ».

Notons que dans une île aussi tourmentée par les vents que Bouin, fournir du bois n’était pas une mince affaire. Il fallait le faire venir par bateau, principalement de la forêt de Princé.

Malgré leurs marais salants à Bouin, les Bernardins ne développèrent jamais le négoce du sel. Ce ne fut qu’un appoint dans leurs énormes ressources agricoles. N’oublions pas qu’autour de Buzay près de deux milles hectares appartenaient aux moines. A Bouin, leurs possessions se limitaient à 168 hectares.

Bouin, l’île du sel par excellence, contribuait à faire vivre de nombreuses communautés religieuses. On peut en juger par la liste des propriétaires d’aires saunantes dans l’île en 1527 :

  • Marais francs de l’abbaye de Buzay : 1533 aires
  • Marais francs de l’abbaye de la Blanche : 1280
  • Marais roturiers de l’abbaye de la Blanche : 1437
  • Marais de la Cure de Bouin : 1075
  • Marais du Prieur de Prigny : 999
  • Abbaye de l’île Chauvet : 178
  • Abbaye de Pomic : 16
  • Chapitre de Notre-Dame de Nantes : 656
  • L’Hôpital de Machecoul : 40
  • Couvent des Cordeliers de Bourgneuf : 1300
  • A la Culgoiserie en Bouin, abbaye de la Blanche : 143
  • Ministrerie Sainte-Catherine de Beauvoir : 160

Quant aux très nombreuses chapellenies de la région, elles possédaient dans l’île de Bouin, un total de 8 891 aires saunantes. Voici la liste de ces fondations pieuses : St-Sébastien le Litigieux, St-Julien le Martyr, Ste-Anne et l’Assomption, Ste-Anne de Challans, St-Esprit de Bouin, St-Esprit du Loroux-Bottereau, Les Trois Maries, St-Sébastien, SteCatherine vierge et martyre, StMathurin, St-Jean le Mignot, chapellenie du Legat, St-Julien Grain d’Or, St-Jean des Bardets, St-Jacques le Grand, St-Jacques en la Trinité de Machecoul, St-Jacques et St-Philippe, St-Antoine, chapellenie du Quilly, chapellenie du Rochois, chapellenie de St-Hervé des Moutiers (Les Emauds) (448 aires), chapellenie des Touzeaux, St-René des Buords, St-Yves de Rennes, St-Yves de Frossay, chapellenie des Pimeubles, St-Michel de Frossay, St-Hermel, St-Gildas, Ste-Marguerite, chapellerie du Bignon, St-Christophe, Ste-Radegonde, St-Nicolas de l’Andardière, St-Eutrope de Noirmoutier.

La Blanche de Noirmoutier

L’abbaye de Buzay nous a amené à parler de Bouin. Une des filles de Buzay fut l’abbaye de la Blanche en Noirmoutier. Lorsque les moines de Saint Bernard dépassaient le nombre de soixante dans une communauté, ils devaient essaimer et créer un nouveau monastère. Buzay envoya donc quelques religieux, en 1172, fonder une nouvelle maison dans l’île du Pilier. Il était alors très pénible d’y vivre et trente-trois ans plus tard, les religieux, à la demande du sire de la Gamache, s’installèrent dans l’île même de Noirmoutier, à la Blanche, entre le Vieil et l’Herbaudière. Dès le XlII° siècle, Garsire de Rais leur donne des salines à Bouin. Puis à Noirmoutier, les moines blancs vont posséder 3 800 aires de marais. Sur le plan du sel, ils sont maintenant plus forts que les anciens Philibertins revenus dans l’île au Xl° siècle, et qui n’y ont plus qu’un petit prieuré dépendant du "priorat major" de St-Philbert de Grand-Lieu. Les moines noirs n’ont au Moyen Age que 3 400 aires saunantes.

Prières

Une autre fille de Buzay fut l’abbaye de Prières (en Billiers) située à l’embouchure de la Vilaine, Riche en oeillets Prières en posséda 622 à Batz, 1 280 à Ponùchet (en 1766) 200 à Billiers, soit un revenu de 7 000 livres. Très prospère, ce couvent ne put pourtant commercialiser tout son sel, car les moines faisaient concurrence aux paludiers et en 1430, le duc Jean V limita leurs ventes à 400 muids par an (un muid = 25 hectolitres).

Blanche Couronne

L’abbaye Blanche-Couronne située près de Savenay possédait dans l’île de Bouin le prieuré Saint-Julien « ayant 22 aires à la Béérie, 68 aires à la Prée, 44 aires aux Clouses, 28 aires à la Primaudière, 20 aires au grand-marais, 88 aires au Cloudisson, 32 aires au Pasty, 42 aires à la Culnauderie, 20 aires aux Sorgonnes, 42 aires à l’étier des champs salés, 11 aires au Poiroux et 30 aires aux Brochères ». Cette énumération nous prouve que les biens de Blanche-Couronne étaient répartis sur tout le territoire de Bouin.

Saint Gildas

Disons un mot seulement du monastère de Saint-Gildas de Rhuys en Bretagne. Ses bénédictins étaient riches en salines auprès de sarzeau et de Saint6molf, surtout dans le Mès. Il semble toutefois que ces religieux ne se soient guère intéressés au négoce du sel. Si l’on en croit Abélard qui fut leur abbé, ils étaient davanta ge préoccupés par la chasse « Les portes de l’abbaye n’étaient ornées que de pieds de biches, d’ours et de sangliers. Les moines n’avaient d’autre signal pour se réveiller que le son du cor de chasse et les aboiements des chiens ».

Fontevrault

La lointaine abbaye angevine de Fontevrault touchait aussi des revenus de marais salants et de poissons ainsi que « la moitié de seiches pêchées dans la seigneurie de La Garnache. Elle recevait des tourteaux des rochers de Bouin, des dorades et des moules de Beauvoir-sur-Mer ». Le 28 février 1648, l’abbesse Jeanne-Baptiste de Bourbon se fait fournir huit muids de sel prendre en franchise au grenier à sel de saumur. Un arrêt du 16 avril la décharge des droits de gabelle. « A tout cela s’ajoutaient des revenus sur les salines de la mer ».

L’abbesse de saint-Georges de Rennes percevait dès le onzième siècle des droits d’octroi sur tous les sels transportés de Nantes à Rennes.

Les religieuses bénédictines du Ronceray d’Angers, auront, dès le onzième siècle des revenus en sel, grâce à leur prieuré sainte-Marie du faubourg de prigny ( église madame des Moutiers ).

Cordeliers et jacobins

Enfin les moines mendiants qui font leur apparition en Bretagne au XIII° siècle, bien que les derniers venus, ne vont pas tarder à obtenir des dons de marais. Ainsi, les Cordeliers de Bourgneuf reçurent de Gérard de Machecoul et de sa femme Aliénor de Thouars, en 1303, un couvent à Bourgneuf et 1 300 aires de marais salants situés dans l’île de Bouin. En contrepartie, les Cordeliers devaient entretenir quinze pauvres et héberger «  les pauvres femmes en gésine ». Ils vendirent le sel, vécurent très confortablement et ne s’occupèrent pas des malheureux. Pour cette raison, leur couvent prit le nom de "couvent Sans Charité" et le nom est toujours resté à la rue qui longe leur ancien porche. C’est dans cette maison que Gilles de Rais commit l’un de ses nombreux crimes sur le jeune Bernard Le Camus venu de Brest à Bourgneuf pour apprendre le français.

Les Dominicains ou Jacobins de Nantes auront la saline Notre-Dame et les Dominicains de Guérande, le marais de Tréhignon en Mesquer.

Ceux de Beauvoir sur Mer, qui s’installèrent vers 1665 dans l’ancien couvent dit des "Cent frères" eurent des salines puisqu’on en trouve mention lors des ventes de biens d’église le 8 janvier 1790 ; à savoir : des terres et marais salants près du Moulin du Port e tle Marais Mauvet.Quant à la Ministrie des Minimes, dite de Sainte-Catherine, toujours à Beauvoir, la vente du sel permit à ses religieux de racheter des captifs de Barbarie. (160 aires) Enfin, je teminerai cette étude, non exhaustive, loin s’en faut, par l’abbaye de l’île Chauvet, près de Bois de Céné. Fondée en 1130, elle exploitait des salines sur les deux bords du Dain, dans les quartiers de la Claie. Et Quinquenavant, prieuré de la Madeleine, donnait à sa maison-mère, l’abbaye de Nieul sur Autize,une ouverture sur la baie du sel.

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