Les lanternes des morts

lundi 26 juillet 2010, par Emile Boutin +


Apportées par les Croisés, elles se sont développées sur le territoire des Plantagenêts dans l’Ouest de la France ; elles étaient généralement édifiées sur une route de pélérinage à proximité d’un monastère ou d’un prieuré.


La lumière accompagne la mort

La flamme est la manifestation visible du feu et, par extension métaphysique, de l’esprit divin. C’est pourquoi elle est universelle et présente dans l’ensemble des religions. En Inde, elle est au centre de l’histoire de la déesse Shaki, du dieu Shiva et de Bouddha. Dans la religion chrétienne, l’Apocalypse de Saint-Jean nous montre « les sept flambeaux qui sont les sept esprits de Dieu ». Le jour de la Pentecôte, le Saint-Esprit est descendu sur les apôtres sous la forme de langues de feu. Inséparable de l’esprit, la flamme symbolise l’âme-anima.

C’est pourquoi la lumière accompagne toujours la mort. Les lampes des Catacombes, les cierges de la Chandeleur allumés au chevet du mort, les torches qui entourent le cercueil dans l’église concrétisent la foi dans l’immortalité. Cette coutume du feu se retrouve d’ailleurs dans l’antiquité grecque et romaine, chez les Juifs et les Mazdéens.

Saint Jérôme fait l’apologie du cierge et une flamme brûle toujours devant le tabernacle de nos sanctuaires. Comme en témoigne « Unam lampadem ardentem ante corpus domini, die ac nocte ».

Au chapitre 22 de la règle de saint Benoît, il est prescrit qu’une lumière éclairera le dortoir sans interruption jusqu’au matin, sans doute, était-ce une question de discipline. Pourtant Odilon, 5ème abbé de Cluny, officialisa, juste avant l’an mille, la coutume de la " Lampe des Morts ". Nous lui devons aussi la fête des Trépassés célébrée pour la première fois en 998.

Le terme de " Lanterne des Morts " est un néologisme qui date du XIX° siècle. Il fut la traduction de l’anglais " Lantern of the Dead ", de l’espagnol " Linterna de los muertos ", de l’allemand " Toten leuchte ".

La lampe du cimetière

Antérieurement, il n’était question que de Lampa Cymeteri ou lampe du cimetière. Certains auteurs du XIX° siècle ont avancé l’hypothèse que les lanternes des morts prirent la suite des tours anglaises et irlandaises qui étaient rondes et construites à proximité d’un monastère ou d’une église. Or ces tours étaient hautes de 30 à 35 mètres et surmontées d’une cloche pour donner l’alerte. Servant au guet, elles furent édifiées au IX° et X° siècle. Antérieures à nos lanternes des morts, elles n’ont rien à voir avec elles. Dans le cas contraire, l’expansion colombanienne nous aurait apporté les Lanternes. Au nord de la Loire, où les disciples de Colomban sont passés, il n’y en a aucune.

Seule celle de Parigné-l’Évêque auprès du Mans haute de 11,40 m pourrait ressembler à une tour anglaise, peut-être parce qu’elle se trouvait dans la zone politique des Plantagenêts, mais elle est du Xll° siècle et, de plus, sur une route de pèlerinage.

Quel est le territoire où l’on trouve des lanternes des morts ?

François Eygun a écrit : « Elles sont répandues dans tout l’ouest et d’ailleurs bien au-delà aux temps romans ». Bien au-delà effectivement, puisqu’en Autriche on en a compté plus d’un millier entre la Bohème et la Croatie. Mais nous allons réserver cette étude à la France, plus exactement au sud, entre Loire et Garonne, surtout en Poitou et Aquitaine, dont Poitiers et Limoges en sont le centre. Au nombre maximum de quatre-vingt selon Christian Bougoux, il n’en reste qu’une trentaine ce qui sera suffisant pour comprendre la raison et l’origine de ces monuments ainsi que leur sens religieux. Voyons maintenant ce qu’est une lanterne des morts.

La lanterne des Morts

Pierre le Vénérable, abbé de Cluny au XII° siècle, écrivait : « ce qui occupe le milieu du cimetière, c’est une construction en pierre. Elle comporte en son sommet une cavité pouvant contenir une lampe qui, en l’honneur des fidèles qui reposent là, éclaire toutes les nuits ce lieu consacré. Il y a aussi des degrés par lequel on monte sur un espace suffisant pour que deux ou trois hommes se tiennent debout ou assis ».

Cette description peut avoir quelques variantes d’un pays à l’autre. mais la lanterne, haute de 4 à 11 mètres est creuse avec souvent un escalier intérieur pour accéder à une tablette au sommet, sur laquelle on posait la lampe. Parfois l’ouverture du monument est si étroite que seul un enfant peut y pénétrer. A l’extérieur, orienté, un autel est accolé à l’édifice. Le lanterneau du sommet est percé de plusieurs petites fenêtres permettant de voir la lumière et la lampe. Enfin quelquefois une niche aménagée dans le mur extérieur abrite un saint, comme un exemple aux Moutiers, saint Joseph patron de la bonne mort.

Les tours sont généralement rondes à l’ouest du pays. D’autres sont carrées, comme celles d’Antigny (Vienne), Saint-Victurnien (Haute-Vienne), d’autres enfin sont polygonales comme à Felletin, La Souterraine et Saint-Agnant dans la Creuse, à Cognac-la-Forêt et Oradour-Saint-Genest dans la Vienne, Saint-Amand-Magnazeix en Haute-Vienne ; on en trouve également une à Saint-Pierre d’Oléron. Parfois des colonnes accolées ou simples décorent le monument. C’est le cas de Cellefrouin en Charente et du Fenioux en Charente-Maritime. Peut-être faut-il voir ici l’influence des minarets.

Lumen Christi

Les lanternes des morts ne sont apparues en France qu’au Xll° siècle à l’époque où Pierre le Vénérable, abbé de Cluny, nous en donnait une description (voir ci-dessus). Elles nous furent apportées à la suite des croisades, comme d’ailleurs les moulins turquois

Les croisés avaient reconstruit en Terre sainte des églises qui avaient été détruites par le calife Hakem en 1009. Ils rebâtirent l’église du Saint-Sépulcre en 1099. Un escalier en colimaçon permettait d’atteindre le sommet de l’édifice pour y entretenir une lampe géante qui brilla de 1100 à 1187. Cette lampe du Saint-Sépulcre qui rappelle la résurrection du Christ est à l’origine de nos lanternes des morts. Dans nos cimetières où existent ces monuments, la lumière témoigne de la " Lumen Christi " qu’on chante à Pâques et rappelle que cette lumière vient de l’Orient " Ex oriente lux ". Actuellement, seule la lanterne des morts des Moutiers est encore allumée à chaque décès dans la paroisse et les jours de la Toussaint et des Trépassés. Cette origine orientale est attestée par la chronologie, il y a concordance entre la durée du développement des lanternes en France et la durée des royaumes latins en terre sainte. La ville de Jérusalem fut en effet reprise par Saladin en 1187.

Certaines lanternes rappellent d’ailleurs, d’une façon ou de l’autre, le Saint-Sépulcre. Ainsi celle de Montmorillon (Vienne) construite en 1107, l’une des plus anciennes de France, était dédiée au Saint-Sépulcre. Ce fut le comte du Poitou Guillaume IX qui, à son retour de croisade, fonda « en l’honneur et sur le modèle du Saint-Sépulcre de notre Sauveur » une chapelle funéraire avec sa lanterne octogonale. A Saint-Genou (Indre) une chapelle du Saint-Sépulcre présente un fanal appelé "lanterne des moines". Enfin, une église de Parthenay (Deux-Sèvres) est dédiée au Sauveur du Saint-Sépulcre et possède aussi un lanterneau des morts, il en est de même à Fenioux.

Lors d’une autre croisade, celle contre les Albigeois, les cisterciens prêchèrent beaucoup et saint Bernard passa par Sarlat, (Dordogne). Les chroniques rapportent en effet que l’abbé de Clairvaux, envoyé en Guyenne pour y réfuter les hérésies, vient prêcher à Sarlat en août 1147. Après sa prédication dans le cimetière de l’abbaye, on vient lui présenter un grand nombre de pains à bénir, il les signa et ajouta : « quiconque en mangera sera guéri de quelle maladie qu’il soit détenu ».

En souvenir de ce miracle des pains, on aurait élevé, dans le cimetière, la tour Saint-Bernard, devenue plus tard " tour des morts ". Une autre lanterne, celle de Le Dalon (Dordogne) est également en rapport avec les cisterciens, dépendant de Pontigny. Ce sont les deux seules concernant Citeaux.

Avec Aliénor d’Aquitaine

Saint Bernard nous amène évidemment à parler d’Aliénor d’Aquitaine. Cette reine de France a sans doute, volontairement ou non, influencé la répartition des lanternes des morts. Née en 1122, Aliénor était l’héritière du dernier duc d’Aquitaine et du Poitou. En 1137, elle épousa Louis VII de France et lui apporta la Guyenne, la Saintonge, la Gascogne et le Poitou. A l’appel de saint Bernard, le roi prit la tête de la deuxième croisade, comprenant des Français et des Allemands. Prudent, Louis emmena sa femme avec lui. Elle devint vite amoureuse de son oncle Raymond, roi d’Antioche, et voulut rester avec lui. Elle prétextait qu’elle n’était pas régulièrement mariée au roi de France, compte tenu d’une consanguinité au 4° degré. Elle voulait divorcer. Louis arriva pourtant à la ramener en France. Mais il était troublé par ce problème canonique et aussi par la conduite de sa femme pendant la croisade. Sur Ies conseils des notables et aussi de saint Bernard, il répudia Aliénor. Celle-ci ne tarda pas à épouser Henri Plantagenêt, qui deviendra roi d’Angleterre en 1154. Par ce mariage, toute l’Aquitaine devenait anglaise comme l’Anjou. Après une vie agitée et pas toujours heureuse, Aliénor mourut à Fontevraud en 1204. Dans le cimetière de cette abbaye, à l’extérieur de l’enceinte, une chapelle Sainte-Catherine est surmontée d’un fanal. A Mouliherne (Maine et Loire) dans la paroisse de Saint-Germain, une colonne cylindrique creuse (lanterne) est haute de 4 mètres. Ce culte des morts se retrouve aussi à Saumur et à Montsoreau (M. et L.). Nous voyons ainsi que la zone où sont construites les lanternes des morts s’étend en Anjou et en Aquitaine, c’est-à-dire dans les territoires d’Aliénor. Ce n’est pas une preuve de l’influence de la turbulente dame de la deuxième croisade, mais ce peut être une présomption sérieuse. D’ailleurs Fontevraud eut un prieuré Saint-Jean, à Cubas en Dordogne où, dans un cimetière du XII° siècle, s’élève une petite lanterne mortuaire, en bordure d’une route romaine.

Sur les routes de pèlerinage

Il faut en effet signaler que la plupart de ces édifices se trouvent dans des cimetières du Haut Moyen-âge, où abondent les sarcophages mérovingiens. De plus il s’agit fréquemment de sites à proximité de chemins anciens et notamment de routes de pèlerinage, surtout celles de Saint-Jacques de Compostelle. En effet les pèlerins empruntaient souvent des routes secondaires pour rejoindre l’une des quatre grandes voies françaises de Santiago.

En tout premier lieu, évoquons Parthenay qui fut la patrie d’Aymeric Picaud, auteur du " guide du pèlerin " recommandé par une bulle d’Innocent Il. Cette ville possédait d’ailleurs une " Maison-Dieu " pour accueillir les Jacquets.

Aulnay (Charente-Maritime) près de Saint-Jean d’Angély, se trouve sur la route de Compostelle. Son église Saint-Pierre de la Tour possède sur sa façade des lanternes d’angles qui éclairaient le cimetière, ancienne nécropole gallo-romaine. D’autres lanternes des morts jalonnaient les chemins de Saint-Jacques, nous pouvons signaler La Châtre, Saint-Agnan de Versillat et la Souterraine, toutes les trois dans la Creuse et sur la route de pèlerinage venant de Vézelay. A Antigny (Vienne), dont l’église dépendant de Saint-Savin, nous sommes encore sur un cimetière mérovingien et sur la route romaine au sud de Poitiers. En Haute-Vienne, Saint-Léonard de Noblat est mentionné dans le guide des pèlerins de Saint-Jacques qui en fait grand éloge. A Saint-Victurnien, on honore un saint local, un ermite irlandais. Mais toujours la lanterne des morts est liée à la notion du pèlerinage. Enfin en Charente-Maritime, il faut citer Fenioux qui possède sans doute le plus belle des lanternes des morts (1130). Nous avons vu précédemment les rapports entre Fenioux et le Saint-Sépulcre. Cette lanterne à colonnes rappelle ce qu’écrivait Photius au IX° siècle « onze colonnes supportaient une toiture en forme de cheminée allongée entourant le tombeau du Christé ». A noter, la symbolique du chiffre 11 ...

Citons encore Aigurande dans l’Indre, située sur la route de Vézelay à Compostelle, et Montaigu-Combrailles dans le Puy de Dôme.

L’influence des templiers

Quelle fut l’influence des Templiers dans la construction des lanternes des morts ? Souvent responsables de la police des chemins, des pèlerinages et des marchés, ils étaient partout. Pourtant on ne les voit pas souvent apparaître dans les documents concernant ces constructions. Régine Pernoud a écrit : « Bien des chapelles ou des cimetières de plan central arrondi, comme la Tour des morts de Sarlat, ou carré comme la chapelle Sainte-Catherine de Fontevraud peuvent être attribués à l’ordre du Temple ». Certes là où le Saint-Sépulcre est honoré, les Templiers, puis les Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ont eu un rôle, mais nous ne trouvons leur présence que dans quelques cas, d’abord Culhat (P. de D.) où dès les Xll° siècle existait une commanderie du Temple qui en 1312 passa aux Hospitaliers de Saint-Jean. Puis Saint-Nexant (ou Naixant) en Dordogne, qui fut le siège d’une commanderie des Hospitaliers. Quant à Montmorillon, Régine Pernoud estime que sa tour octogonale ne doit rien aux Templiers.

Les Augustins et la lanterne des morts de Pornic

Il semble bien que les principaux bâtisseurs de lanternes des morts furent les chanoines augustins. Tel est le cas de la lanterne des morts de Pornic, jadis située dans le cimetière de Notre-Dame de Recouvrance, construite en granit sous l’influence des chanoines augustins de l’abbaye de Sainte-Marie. Pour ces religieux « la lumière de la lanterne des morts portait loin le souvenir des défunts et incitait les chrétiens à la prière ».

C’est aussi le cas à Cellefrouin en Charente où existait dès 1025 l’abbaye Saint-Pierre dont un des abbés fut patriarche de Jérusalem. Cette lanterne, l’une des plus belles de France, a sûrement servi de modèle à beaucoup d’autres. Peut-être fut-elle influencée par les minarets, car elle est à colonnes.

Mais, c’est en Haute-Vienne que nous trouvons le plus de lanternes dues aux Augustins. Commençons par Limoges qui en comptait cinq : Saint-Michel, Saint-Paul, Saint-Cessandre, Saint-Martial et celle en rapport avec les Augustins Saint-Gérald. A Coussac-Bonneval se trouvaient des Augustins de Langres. Enfin à Oradour-sur-Glane l’abbaye de Lesterps avait un prieuré augustin dédié à Saint-Martin. A Aureil le prieuré datait de 1070.

Dans la Vienne, les mêmes chanoines avaient un monastère à Montmorillon (déjà mentionné) et à Journet, un modeste prieuré du Xll° siècle. A Saint-Agnant de Versillat, dans la Creuse, la paroisse fut donnée aux Augustins de Bennevent. Même communauté à La Châtre dépendant de Saint-Germain d’Auxerre. Nous retrouvons ces chanoines près des lanternes de Pers dans les Deux-Sèvres (dépendant de Saint-Séverin) et à Cebazat dans le Puy-de-Dôme.

Vieux cimetières et prieurés

Quand on sait qu’au Moyen âge 52 000 établissements religieux quadrillaient la France, on comprend que la plupart des lanternes soient d’origine monastique. Viollet-Leduc écrivait au XIX° siècle : « Les lanternes des morts se trouvent à la porte des abbayes, auprès des maladreries et dans les cimetières ».

Naturellement les Bénédictins, étant les plus nombreux, sont présents dans la plupart des cas. Dans les localités ci-dessous des lanternes des morts existaient auprès de prieurés bénédictins :

  • Département de l’Allier : Estivareilles,
  • Département du Cantal : Mauriac (monastère Saint-Pierre) ; Le Falgoux (prieuré Saint-Germain),
  • Département de Charente : Angoulème, dès 1159 prieuré dépendant de Saint-Amand de Boixe,
  • Département de Charente-Maritime : Saint-Pierre-d’Oléron, prieuré dépendant du monastère de Moutierneuf,
  • Département de la Creuse : Felletin, prieuré du Xll° siècle dépendant de l’abbaye de Chambon, Sainte-Valérie ; La Souterraine, prieuré de 1017,
  • Département des Deux-Sèvres : Parthenay dépendant de la Chaise-Dieu,
  • Département de la Loire : Charlieu (1094), "l’église abbatiale la plus parée des filles de Cluny",
  • Département du Puy-de-Dôme : Montaigü-Combrailles dépendant de Cluny ; Montferrand (1120) dépendant de la Chaise-Dieu ; Valebeleix, abbaye Saint-Alyre,
  • Département de la Vienne : Antigny, prieuré dépendant de Saint-Savin ; Château-Larcher, prieuré dépendant de Saint-Cyprien de Poitiers.

La lanterne des morts des Moutiers

Deux lanternes des morts sont associées à des abbayes de femme : Fontevraud, dont nous avons parlé et les Moutiers en Loire-Atlantique, à proximité d’un prieuré de religieuses du Ronceray d’Angers.

Dans le " bourg des Moutiers " existait aussi un prieuré d’hommes dépendant du monastère Saint-Sauveur de Redon. Or ce monastère situé en Bretagne, ne fut jamais à l’origine d’une lanterne. En revanche il est plus vraisemblable qu’une abbaye royale angevine ait suivi l’exemple de Fontevraud. Nous pensons donc que la lanterne des morts des Moutiers, située dans le cimetière ancien, entre l’église Madame dépendant du Ronceray et l’église Saint-Pierre desservie par les Bénédictins de Redon, fut inspirée par les religieuses angevines.

La lanterne des morts des Moutiers présente bien les trois caractéristiques de ces monuments :

  • a) dans un cimetière ancien. En effet une nécropole mérovingienne, puis carolingienne, existait autour d’une chapelle édifiée par les moines de Noirmoutier au Vll° ou Vlll° siècle. Plusieurs vases mérovingiens ont été trouvés dans les sépultures mises à jour par des travaux de voirie
  • b) près d’un prieuré célèbre : celui du Ronceray
  • c) sur une route de pèlerinage. En effet la voie antique Le Migron (Frossay) - Prigny amenait les Jacquets de Bretagne aux Moutiers où ils étaient accueillis dans un petit prieuré Saint-Jacques. Les pèlerins repartaient soit par voie maritime : Le Collet-Vigo, soit par voie terrestre vers Saint-Jean d’Angely. D’ailleurs, dans les deux églises de Prigny et des Moutiers, les auréoles des statues des saints sont remplacées par des coquilles Saint-Jacques. Cette lanterne des Moutiers, haute de 7 mètres a un diamètre d’1,50 m. Dans sa partie supérieure, trois petites fenêtres permettent de voir briller la lampe. Une porte, au bas de la tour, donne accès à un escalier de 8 marches.

Arnold Van Gennep a écrit : « Les Lanternes des morts qui singularisent les cimetières limousins subsistent par endroit, mais sans que l’on s’en serve ». C’est une erreur, car, comme nous l’avons dit précédemment, aux Moutiers la lampe est allumée à chaque décès. Datant du Xl° siècle, la lanterne fut restaurée en 1610. C’est cette année-là qui, par erreur, fut prise parfois pour date de construction. Ainsi M. Léon Palustre, directeur de la Société française d’archéologie, dans une lettre du 9 décembre 1883, pense que notre lanterne est l’une des plus récentes qui existent. Or, dans l’ouest la guerre de Cent ans marque la fin de ces constructions. Mon point de vue est d’ailleurs partagé par plusieurs spécialistes des lanternes qui m’ont écrit : « monument très simple, sans excès d’architecture et de hauteur faible, ces éléments sont en faveur de l’ancienneté de cette tour ». En 1887, la vétusté, l’érosion, les tempêtes ayant détérioré l’édifice, il fut restauré une nouvelle fois aux frais de l’abbé Baconnais, enfant de la paroisse. Il fit venir des pierres de Saint-Savinien et eut le bon goût de refaire la tour identique à l’ancienne, selon un dessin à la plume antérieur.

Nous pensons pouvoir tirer quatre conclusions de cette étude non exhaustive :

  • a) d’abord les lanternes des morts rappellent la flamme du Saint-Sépulcre et nous ont été apportées par les croisés
  • b) leur zone d’implantation correspond sensiblement au territoire angevin des Plantagenêts augmenté des possessions d’Aliénor d’Aquitaine
  • c)elles sont toujours construites à proximité d’un monastère ou d’un prieuré et situées dans des cimetières antiques souvent mérovingiens
  • d) elles se trouvent sur les routes de pèlerinage, surtout celui de Compostelle.

Pour le chrétien ces monuments sont donc liés au mystère de la résurrection du Christ, Lumière qui vient de l’Orient.

Liste des lanternes des morts

  • Allier : Estivarelles
  • Cantal : Le Falgoux, Mauriac
  • Charente : Angoulême, Brigueuil, Cellefrouin, Pranzac
  • Charente-Maritime : Fenioux, Saint-Pierre-d’Oléron
  • Corrèze : Ayen
  • Creuse : Felletin, La Châtre, La Souterraine, Saint-Agnant-de-Versillange, Saint-Etienne-de-Fursac, Saint-Priou-Crozé, Saint-Goussaud
  • Deux-Sèvres : Menigoute, Parthenay, Pers
  • Dordogne : Atur, Cherveix-Cubas, Sarlat
  • Indre : Ciron, Saint-Genou
  • Loire : Charlieu
  • Loire-Atlantique : Les Moutiers-en-Retz
  • Loiret : Germigny-les-Prés
  • Maine-et-Loire : Fontevraud, Montsoreau, Mouliherne, Saumur
  • Puy-de-Dôme : Culhat, Montaigut-Combrailles, Valebeleix, Vic-le-Comte
  • Sarthe : Parigne-l’Evêque
  • Vienne : Antigny, Château-Larcher, Journet, Montmorillon, Moussac
  • Haute-Vienne : Cognac-la-Forêt, Coussac-Bonneval, Oradour-Saint-Genest, Oradour-sur-Glane, Rancon, Saint-Amand-Magnazeix, Saint-Léonard-de-Noblat, Saint-Victurnien, Vicq

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2 Messages de forum

  • 7 septembre 2015 21:10 Les lanternes des morts par sedullos

    Simple rectificatif : Cognac-la Forêt (anciennement Cognac-le-Froid) 87310 ; Coussac-Bonneval 87500 ; Oradour-Saint-Genest (et non pas Oradour sur Genest) 87210 ; Oradour-sur-Glane 87520 sont situés dans la Haute-Vienne et non pas dans la Vienne

    • 10 septembre 2015 17:07 Les lanternes des morts par Yves Airiau

      Merci, c’est corrigé pour cette version en ligne de l’article.

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