D’avril 1793 à février 1794, période pendant laquelle il exerça le commandement effectif de "l’Armée catholique" du Pays de Retz, Monsieur Ripault de la Cathelinière organisa cinq camps destinés à la fois à contrôler son territoire et à soutenir toute sa stratégie.


Pendant un an, ces camps installés en pays bocager incarnèrent face à la région côtière restée farouchement républicaine l’âme de la contre révolution, il n’est pour s’en convaincre que d’évoquer l’acharnement avec lequel les autorités gouvernementales les attaquèrent. Successivement fixés à Arthon, le château de Princé, Port St-Père, Rouans et la forêt de Princé, ils collent à l’histoire du soulèvement vendéen au Pays de Retz. Leur existence respective illustre à chaque fois une préoccupation différente de leurs occupants toujours liée à l’évolution des événements. Ils seront tour à tour un centre de recrutement, une base de guérilla, une place forte, un lieu de repos, et pour finir un refuge. Leur histoire est peu ou pas connue, nous allons essayer de la faire revivre.

Arthon, centre de recrutement

Un mois après le déclenchement spontané de leur mouvement les insurgés du District de Paimbœuf se trouvaient dans une situation peu brillante. Ils n’avaient plus de chefs militaires. Danguy, le seigneur de Vue, avait été arrêté et exécuté. Monsieur De Fiameng de St-Philbert de Grandlieu était mort à Pornic, le Marquis de La Roche Saint-André s’était volatilisé dans les marais de Bouin. La pagaille régnait partout. Des clans s’affrontaient. Les paroisses aux mains de leurs meneurs ne savaient pas toujours à quel saint se vouer. Tant bien que mal Guérin, le volailler de St-Hilaire de Chaléons, détenait du côté de Bourgneuf un début d’autorité.

Pour se faire obéir de ces hommes au tempérament frondeur, entêté et dur, certains devenaient même violents et dangereux lorsque l’alcool entrait en jeu, il fallait un chef à poigne.

En fait, seul le chevalier Ripault de La Cathelinière qui leur ressemblait pouvait rétablir la situation. Jusque là il n’avait joué qu’un rôle secondaire aussi bien lors de l’attaque manquée de Paimbœuf que dans les deux prises de Pornic. Chargé avec son père de conduire des prisonniers républicains de Bourgneuf à Machecoul il s’était fait remarquer par le comité royaliste de cette dernière ville. Cet organisme semble-t-il jugea qu’il était très capable de remettre de l’ordre dans la partie ouest de ce Pays de Retz où les insurgés tout en réclamant le rétablissement du roi et le retour de leurs bons prêtres voulaient également la liberté, l’égalité et point de souscription. Beau programme à la fois réactionnaire et libertaire.

On expédia donc Monsieur de la Cathelinière à Arthon dans le but d’organiser un camp destiné à protéger les paroisses insurgées des environs et en particulier celle de Chauvé considérée comme étant l’un des principaux foyers insurrectionnels et constamment menacée aussi bien par les gens de la côte que par ceux de Paimbœuf et de Saint Père en Retz.

C’est le 8 avril que M. de La Cathelinière arrive à Arthon. Aussitôt, il organise le camp. Chaque paroisse des environs lui envoie des commissaires et Guérin lui dépêche Laurent Ernaud son second avec une centaine d’hommes.

Sans perdre de temps, dans le but de prévenir toute attaque pouvant venir du nord il installe le 9 avril un avant-poste au Gué au Vé.

Afin d’empêcher toute liaison terrestre entre Nantes et son avant-port Paimbœuf il fit rompre le pont qui enjambait le ruisseau du Gué au Vé et au-dessus de celui-ci, côté Nantes, dressa un retranchement. Vers l’est, au-delà de Vue, la Chaussée Leray avait déjà été coupée par deux profondes tranchées.

Ce dispositif s’avéra très vite remarquablement efficace. Le 10 avril, deux colonnes républicaines, l’une venant de Paimbœuf avec deux pièces d’artillerie, l’autre composée d’éléments de la garde nationale de Nantes débarqués de cette ville à Buzay par des barges descendues au fil de la Loire, ne purent passer. Le combat avait duré sept heures. Ameutés par le bruit lancinant du tocsin qui sonnait sans cesse aux clochers de leurs églises, les hommes de toutes les paroisses des rives de l’Acheneau étaient accourus pratiquement en même temps que la compagnie du Bouinais François Pageot en poste à Port St-Père.

Craignant une contre-attaque beaucoup plus puissante, Cathelinière fit prudemment évacuer ses camps d’Arthon et du Gué au Vé pour se replier sur St-Hilaire de Chaléons. Mais, les républicains inquiets de la reprise du Pellerin par Lucas-Championnière n’osèrent bouger. C’est alors que des hommes de ce chef royaliste, qui commandait les cantons de Bouaye et du Pellerin, interceptèrent un courrier fluvial annonçant la désertion de Dumouriez. Comme une traînée de poudre la nouvelle court dans tout le district de Paimbœuf. Ce général dit-on fait marcher sur Paris une armée de 150 000 hommes pour opérer une contre-révolution. Ragaillardi, Cathelinière décide alors de reprendre ses positions. Le 13 avril, il est de retour à Arthon et fait réoccuper le Gué an Vé. Le poste royaliste qui surveille le passage du Pilon sur l’Acheneau est également dans sa mouvance puisque le lieutenant qui le commande, Jean Coriiilleati, lui envoie des prisonniers. Les paroisses de St-Viaud et de Frossay qui s’étaient soumises reprennent les armes. Du même coup toutes ces bonnes nouvelles lui amènent une foule de partisans.

Organisation du camp

L’armée "catholique" du Pays de Retz est alors rapidement constituée. Le 14 avril, les autorités du District de Paimbœuf se lamentent. " Jamais rassemblement n’a été si considérable, il y a près de 10 000 hommes à Arthon, la cavalerie devient tous les jours plus nombreuse, les brigands ont actuellement près de 100 chevaux ".

Vêtu d’une petite veste brune, armé d’un sabre, portant à son chapeau un panache blanc et noir, Louis-François, Charles Ripault de la Cathelinière qui n’a pas 25 ans et qui se fait appeler chevalier en est évidemment le commandant en chef. Il est entouré de plusieurs capitaines de paroisse. Ce sont :

  • Thomas, ancien procureur fiscal pour St-Hilaire de Chaléons.
  • Etienne Alleau, dit La Mansarde, parce qu’il est charpentier, pour Arthon.
  • Jean Ecomard, boulanger, et Farge pour Ste-Pazanne.
  • Bertrand Jalais dit La France, garde chasse du sieur Guillon de Princé, et Langevin, vendeur de balais, tous deux pour Chéméré.
  • Gogué et Réveillère pour Vue.
  • Sorin, boucher, pour Frossay.
  • Blanchard et Brissonneau pour Rouans.
  • Pierre Clergeaud, sabotier et Pierre Fougery, futur notaire, pour Chauvé.

D’un commun accord, dans le but d’augmenter les effectifs de leur armée, Cathelinière et ses capitaines répandirent le bruit qu’ils feraient dévaster totalement les paroisses qui ne fourniraient pas d’hommes à leur cause. C’était en quelque sorte rendre la monnaie de la pièce à leurs adversaires. Les bleus n’avaient-ils pas déjà donné l’exemple en la matière. Dans les tous premiers jours de l’insurrection les autorités républicaines avaient ainsi fait procéder à des expéditions punitives dans plusieurs communes insurgées et s’étaient employées à confisquer les biens des rebelles pour les obliger à se soumettre. Cathelinière prônait la même chose mais pour un but inverse. C’était là, ne l’oublions pas non plus, les méthodes guerrières du XVIll° siècle.

Une garde permanente est constituée et veille sur le camp ; l’officier qui la commande est Favereau d’Arthon. Il dirige environ huit groupes d’une dizaine d’hommes ayant chacun à leur tête un sergent. On connaît même le nom de l’un d’entre eux un certain Goupil.

Parmi les soldats on trouve des gens de tous âges, plusieurs comme Pierre Foray, Pierre Plumet et Mathurin Rondineau "du car du Bois Hamon" frôlent même la soixantaine.

Des courriers assurent régulièrement la liaison avec Bourgneuf et le comité central royaliste de Machecoul. Un réseau d’espionnage est créé. Ce sont des femmes de Frossay et de Chauvé qui l’assument. Ces paysannes courageuses vont vendre quotidiennement quelques denrées - beurre, oeufs, poulets - à Paimbœuf qui reste encore ville ouverte et dont la population, qui s’accroît chaque jour de réfugiés, est menacée par la famine. Une fois dans la place elles regardent, écoutent, espionnent et sitôt de retour rapportent tout ce qui se passe dans la cité.

Armement et approvisionnement L'emplacement des cinq camps En dehors des grands rassemblements les effectifs du camp oscillaient entre 1 700 et 2 000 hommes, parmi lesquels on comptait plusieurs dizaines de cavaliers. Les uns et les autres étaient mal armés, il n’y en avait même pas le quart à posséder des fusils... souvent très mauvais. Fusils de chasse échappés aux rafles républicaines, fusils " d’uniforme " volés à des gardes nationaux tués au combat mais quel que fût le type d’arme à feu les munitions manquaient. Le reste des soldats paysans n’avait pour armes que des faux redressées, des fourches, des brocs, des bâtons noueux, des broches à rôtir, des haches, des piques souvent de fabrication locale et quelques sabres. Certains arboraient la cocarde blanche, d’autres s’étaient décorés d’un sacré-coeur ou bien portaient autour du cou une croix afin que le Bon Dieu les garde. Tous étaient convaincus " qu’il fallait se battre pour la foi de Jésus-Christ ", mais beaucoup s’étaient également mis dans la tête qu’il fallait se venger des patauds, en tuant les plus dangereux et en pillant les autres. On ressent même chez plusieurs une véritable haine envers une certaine bourgeoisie voltairienne).

Afin de nourrir toutes ces bouches, on réquisitionna donc de préférence chez les patauds du Clion, des bœufs, des veaux, des grains et des légumes secs, du beurre également, mais aussi du vin. Les bêtes étaient tuées chez Brossaud, boucher d’Arthon, Thomas, boulanger à Frossay, fut enlevé pour faire le pain. Le grain était moulu par le meunier du Bois-Hamon, ce village juché sur les hauteurs non loin de la Sicaudais, et Jean Merlet de Chauvé faisait la cuisine. Les chefs mangeaient dans la maison du comité royaliste autour d’une table où, rien de plus démocratique, ils accueillaient quelques uns de leurs soldats.

Les exécutions de patauds

Lorsqu’une expédition était soudainement décidée, on tirait des coups de fusil en l’air, de demi-lieue en demi-lieue, ce qui permettait de rallier tous les combattants absents. râce à ces signaux, ils trouvaient rapidement le lieu où ils devaient se rendre. Les indécis étaient contraints de suivre la troupe ; s’ils refusaient, on les menaçait de prendre leur bétail, ou pire encore, de mettre le feu chez eux.

A vrai dire, les passions sont déchainées. La mort de Normand et de tous les autres exécutés sans jugement ; les affreux massacres de Pornic - 250 tués lors de la reprise de la ville par Abline, 12 fusillés le lendemain, beaucoup originaires de ce bas Pays de Retz - tous ces crimes ont engendré la haine. Plus rien ne peut l’arrêter d’autant plus qu’il n’y a plus de bons prêtres pour calmer les esprits. Ce n’est pas l’abbé Gogué, vicaire de Rouans, resté caché dans sa paroisse ou dans Princé, qui peut tempérer les humeurs. A cette époque il ne semble pas avoir été encore incorporé dans l’armée catholique du Pays de Retz en tant qu’aumônier. Il se contente de dire la messe dans les métairies isolées ; distribue des Sacrés-coeurs en étoffe, bénit les mariages mais aussi les armes et les munitions. Ce rôle équivoque lui vaudra par la suite de ne pas figurer sur la liste des martyrs de la foi.

Dès le 12 avril, la chasse aux patauds devient systématique, mais uniquement pour ceux qui osent encore habiter dans les paroisses insurgées. Cependant quelques hommes de St-Père en Retz et du Clion subiront le même sort. - Au fond c’est pour les insurgés une nécessité impérieuse que de faire disparaître leurs adversaires. Ces gens peuvent devenir extrêmement dangereux pour eux. Ce sont des traitres en puissance, des dénonciateurs, des indicateurs près des clubs républicains - les futurs comités de surveillance - enfin et surtout des guides redoutables à la solde des troupes gouvernementales. Alors, ceux qui parmi eux n’ont pas eu la sagesse d’aller se réfugier à Paimbœuf sont arrêtés. " Sors de ta maison, nous voirons qui seront tes maîtres " lance-t-on à Pierre Lehours de la Tendennerie en Chauvé avant de l’arrêter.

Les prisonniers étaient conduits au camp d’Arthon. Là, on les enfermait sans boire ni manger jusqu’au lendemain, puis, attachés deux à deux, on les expédiait à Machecoul où siégeait une parodie de tribunal présidé par le sinistre Souchu. Ceux considérés comme coupables étaient massacrés dans les douves de l’ancien château de Gilles de Retz, liés les uns aux autres en chapelets.

Au Gué au Vé comme à Arthon on suivit plus d’une fois ce mauvais exemple. Il y eut ainsi plusieurs exécutions sommaires dans l’un et l’autre des deux camps. M. de La Cathelinière avait tenu, pour statuer sur le sort des prisonniers, à constituer un tribunal qu’il présidait lui- même secondé par deux assesseurs le sergent Goupil et l’officier de garde Favereau. Les insurgés qui connaissaient les prévenus devaient attester s’ils étaient ou non patriotes. Les critères reconnus allaient en général de l’achat des biens nationaux à l’assistance à la messe des intrus ; à moins que l’inculpé ne soit tout simplement garde national ou membre d’une municipalité patriote. Ceux reconnus innocents devaient renforcer la troupe, les autres étaient exécutés tantôt dans les chaumes, tantôt à la croix de Chéméré. Des arpenteurs avaient même été désignés pour faire le partage de leurs biens.

C’est au moment où Cathelinière envisage d’installer un avant-poste aux Biais pour mieux surveiller StPère en Retz - où du reste il n’y a plus personne - qu’une armée de 2 à 3 000 hommes commandée par le général Beysser sort de Nantes et prend le jour même Port St-Père. Pour la première fois, et comme cela se reproduira désormais dans maintes occasions, Cathelinière afin de renforcer son armée envoie, dans la nuit du samedi au dimanche 21, des commandos recruter de force des hommes à la lisière de la zone insurgée.

Dans la matinée du dimanche, alors que l’abbé Gogué célèbre la messe à la Haute Faye de Rouans, Cathelinière tente de secourir Port St- Père. Mais arrivé à St-Hilaire ayant appris la prise de ce poste clef il ramena sa troupe au camp d’Arthon. Le lundi 22 après avoir convoqué le ban et l’arrière bande tous ses partisans, il décide d’aller secourir Machecoul en tentant de prendre l’armée de Beysser par derrière. Précédés d’éclaireurs ses 2 000 à 3 000 hommes, partis d’Arthon vers les huit heures du matin, s’arrêtèrent au moulin de Malabrit situé entre St-Hilaire et St-Cyr. C’est là que des courriers annoncèrent que Machecoul était tombée aux mains des ennemis. Cathelinière fit rentrer tout son monde à Arthon. Après un bref conseil dans la maison du sieur Favereau, il fut décidé de dissoudre le camp et de se replier dans la forêt de Princé. Le camp d’Arthon avait vécu.

Le camp du château de Princé : une véritable base de guérilla moderne

Dans les années 1960, le général Giap, grand stratège des troupes révolutionnaires vietnamiennes, conseillait à ses officiers d’étudier pour en tirer profit la façon dont combattaient les insurgés vendéens.

En ce qui concerne La Cathelinière, nul doute qu’il fût en mai 1793 l’un des premiers chefs vendéens à inventer pour son armée une organisation et une stratégie nouvelles.

L’art du camouflage

Au soir du lundi 22 avril, en quelques heures il change totalement de tactique. Sans le savoir il saute du 18° au 20° siècle ; les guérilleros modernes n’ont rien inventé de plus.

Avant donc de s’enfoncer dans la forêt de Princé il renvoie dans leurs foyers la quasi totalité de ses hommes en leur donnant pour consigne de rejoindre son état major à la première réquisition. Il ne garde avec lui qu’un noyau de 200 à 300 partisans, sorte de bataillon de choc très mobile et pratiquement insaisissable.

Plus de camp fixe vulnérable mais plusieurs petits postes perdus dans des endroits isolés toujours en bordure de bois. La métairie de Beauchêne (Arthon) où il s’installe dès qu’une alerte devient sérieuse. La métairie de Branche Courbe (Chéméré) où il place ses lieutenants La Mansarde et Sorin et où se trouve l’intendance de son armée à savoir la boulangerie et la boucherie. Le cœur de son dispositif est le château de Princé qui sert de lieu de réunion. Il installe des guetteurs, parfois des femmes, dans la vieille tour du château. C’est de là que partent les signaux en cas d’attaque.

Dans la forêt, il fait cacher les quelque 200 paires de bœufs réquisitionnés chez les patauds ou appartenant à ses soldats. Ceux-ci ont prudemment chargé dans des charettes leurs effets et biens les plus précieux. Ils les changent de quartier de temps en temps mais restent le plus souvent du côté de la Barre de Vue.

Livré à lui-même - le comité central royaliste de Machecoul n’existe plus coupé du quartier général de Charette qui se trouve trop loin à Legé, Cathelinière inaugure une stratégie véritablement révolutionnaire.

Action psychologique et guerilla

Tout d’abord de façon à bien avoir en main les paroisses avoisinantes, il fait savoir par ses capitaines qu’il n’ y a point d’arrangement à faire avec les administrateurs du District.

Puis, malgré sa position inconfortable, il fait intensifier la chasse aux rares patauds qui s’obstinent encore à rester chez eux. C’est à la tombée du jour qu’il dépêche de petits commandos de quelques dizaines d’hommes pour s’en saisir. Le 26 avril dans le pays de Buzay, le 28 dans le bourg de Vue.

Enfin il inaugure une guerre de mouvement et de harcèlement. Dès qu’un détachement républicain est signalé par des guetteurs à cheval qu’il a judicieusement fait placer en avant des chemins qui mènent à ses paroisses, ses 300 "durs" foncent puis se dérobent. Grâce à cette tactique,il développe chez ses adversaires une véritable psychose. On le voit partout.

Les 7, 8 et 9 mai, des détachements républicains sortis de Pornic ou de St-Père en Retz sont ainsi harcelés. Les officiers ou commissaires politiques qui en assument le commandement expriment leur déconvenue dans des rapports embarrassés. " Rendus au Pont de l’écluse - commentera le commissaire Boisselier - nos hommes se sont disposés à les attaquer. Ils (les blancs) ont fui, et au moindre mouvement que nos volontaires faisaient pour s’en revenir, ils revenaient mais toujours hors de la portée du fusil. Cependant nous leurs en avons tué 2 sur 20 à 30 coups de fuzils. Nous n’avons point eu de mal n’y même entendu les balles. (Nos volontaires) les ont poursuivy jusqu’au village de la Gautrais en Chauvay. S’il n’avait pas été 6 heures et demie du soir on les aurait poursuivi plus loin. Il y avait dans le nombre cinq cavaliers dont un sur un cheval blanc, que bien des gens disent être Cathelinière mais je crois au contraire que c’est La France et Cathelinière est sur un cheval rouge". " Ils nous ont été laissé approcher environ 2 à 300 pas et par un coup de fusil qu’ils ont tiré qui était leur signal ils ont pris la fuite devant nous - se lamente le commandant de la troupe sortie de St-Père en Retz. Il faut vous faire observer qu’ils avaient le haut et nous le bas, que nous avions des ageons et d’autres broussailles à traverser ce qui leur a donné le temps de prendre beaucoup d’avance. Nous avons couru après eux. Ils ont gagné les bois et nous n’avons pas jugé à propos de nous y exposer. Nous avons apporté une paire de leurs sabots qu’ils ont laissé pour mieux courir ".

Le 12 mai, Cathelinière avec 600 à 700 hommes tente de reprendre Port St-Père mais échoue. Il n’a pas, il est vrai, engagé toutes ses forces dans ce combat car il n’a pas exigé que ses paroisses fidèles lui envoient la totalité de "leurs quarts" de combattants.

La riposte

L’attaque manquée de Port St-Père poussa l’état-major républicain à réagir au plus vite. Les 14 et 15 mai, les généraux Canclaux et Beysser déclenchèrent de concert une opération d’envergure sur le camp de Princé en vue de l’anéantir.

Alors que l’ex-marquis de Canclaux, commandant en chef à Nantes se porte le matin du 14 sur Rouans avec 2 000 hommes et 2 canons, Beysser venant de Machecoul avec une partie de son armée et deux autres pièces d’artillerie cerne le sud de la forêt.

Le château de Princé est brûlé, une douzaine d’insurgés tués, 30 autres faits prisonniers dont Gogué, capitaine de la paroisse de Vue, qui fut aussitôt jugé militairement et fusillé sur place.

Mais si Beysser a pu s’emparer des effets de campement de l’armée de Monsieur de La Cathelinière, celui-ci et ses soldats se sont bel et bien évanouis.

Ainsi se termina le camp du château de Princé.

Le 23 mai, on signale encore Cathelinière et ses capitaines dans les communes de Chauvé, Rouans, Vue et Frossay mais à la fin du mois il est avec Charette à Legé où de concert avec lui il entraine ses hommes pour la reconquête de Machecoul et du Port St-Père.

Le camp de Port St-Père : la place forte royaliste

Le lundi 10 juin, Machecoul est repris. Dès le mardi 11, Cathelinière occupe le poste clef de Port St-Père dont la garnison républicaine épouvantée a fui en abandonnant trois canons.

Conscient de la valeur stratégique du lieu, il décida d’y rester pour en faire la place forte de tout le Pays de Retz occidental. " Nous eûmes alors un peu de repos " note Pierre Cormier dans ses mémoires.

Composition de la garnison

La fin du printemps et le début de l’été étant l’époque des récoltes, Cathelinière ne garda avec lui qu’une trentaine de cavaliers et environ 800 fantassins. Ce nombre tomba même à 400 au plus fort de la moisson. Par contre dès la fin juillet on dénombrait dans la place de 200 à 300 cavaliers.

Chaque paroisse était tenue d’envoyer au Port St-Père environ un quart de ses combattants. La garnison ainsi obtenue n’était cependant pas toujours composée des mêmes éléments. Ceux qui la formaient se relayaient alternativement par tiers tous les deux ou trois jours de façon à ce que chacun puisse vaquer à ses propres travaux.

Cathelinière qui commandait en chef portait maintenant le titre de " Capitaine général ". Assisté parfois de son père il était secondé par deux gentilshommes, Messieurs de La Salmonière du Pellerin et Lucas de la Championnière de Brains. Son territoire s’était ainsi étoffé vers le nord-est des cantons du Pellerin et de Bouaye. A l’ouest une bonne partie de St-Michel Chef Chef et la quasi totalité de St-Père en Retz - (mis à part le bourg et une zone située à l’ouest de la Jarriais) s’étaient ralliés à sa cause.

On remarquait tout particulièrement parmi ses capitaines de paroisses, Pierre Clergeau de Chauvé, souvent secondé par son frère, Coussais de Ste-Pazanne, le maire de Rouans Blanchard, Béziau de St- Hilaire, Sorin de Frossay, Guillou de St-Père en Retz, La France de Chéméré, Honoré Le Prince de St-Michel Chef Chef, Armand de Lepertière, de St-Viaud, Faugaret d’Arthon, Jean Guérin de St-Hilaire, Loirat de Rouans commandait les gens de Corsept.

L’état-major se réunissait en principe dans la maison du comité royaliste de Port St-Père. C’est de là que partaient les ordres. Des estafettes allaient régulièrement porter ou prendre des nouvelles soit au quartier général de Charette à Legé soit à Châtillon près du Conseil général royaliste. Un peu partout dans les alentours, des moulins transmettaient les signaux convenus et servaient de postes d’observation.

Défense du camp et artillerie

Une des toutes premières tâches de La Cathelinière fut de faire construire un retranchement au bord des marais de l’Acheneau dans l’alignement de petites maisons du bourg. Ce retranchement partait du jardin de la cour jusqu’au port de la Morinière. Commz il n’y avait pas de pont pour franchir la rivière, il espérait que cet obstacle supplémentaire empêcherait le passage des républicains venant de Nantes d’autant plus qu’il disposait maintenant de sept canons dont quatre de position tous judicieusement répartis aux quatre coins du bourg :

  • 1) Le plus important d’entre eux, une pièce de 18, était placé à la moitié du chemin qui menait de l’église à la cale où arrivait le bac. Il balayait tout le passage de la rivière (I’Acheneau).
  • 2) Un peu plus loin à l’est un canon de 12 reposant dans le jardin de la cour était pointé sur le grand chemin de Nantes.
  • 3) Près de lui on avait fixé, pointée dans la même direction, une pièce de 4 qui avait perdu son train avant.
  • 4) Disposée sur des pierres dans la grande porte du cimetière une petite pièce de 2 battait la rue de Briord.
  • 5) Caché derrière la maison du défunt Souchu, un canon de 6 défendait l’arrivée du grand chemin de Ste-Pazanne. A l’entrée sud du bourg on avait mis de chaque côté de l’auditoire 2 pièces de 4.
  • 6) L’une qui avait perdu son train de derrière prenait en enfilade le grand chemin de Ste Pazanne sur lequel on l’avait installé.
  • 7) L’autre postée sur celui de St Mars de Coutais et qui par contre possédait tout son train de campagne remplissait sur cette voie le même office. De l’avis général c’était de ce côté-là que se trouvait le point le plus faible du dispositif en cas d’attaque venant de Ste Pazanne.

Munitions et équipements de la troupe

Il n’y avait en effet que bien peu de poudre pour alimenter toute cette artillerie. Charette avait bien donné quelques gargousses et des sympathisants fait parvenir au prix de quels périls trois barils de la précieuse substance explosive. Au mieux chaque pièce n’avait dans son caisson que de quoi tirer 5 à 10 boulets sur les 20 dont elle disposait. Le manque de poudre et de munitions se faisait cruellement sentir.

Les fantassins n’étaient pas mieux lotis. Ceux qui possédaient un fusil - ils n’étaient qu’un tiers tout au plus dans ce cas- là - n’avaient dans leurs poches que 3 à 6 balles accompagnées d’un maigre cornet de poudre. Excellents chasseurs pour la plupart, ils avaient cependant l’immense avantage de faire mouche à chaque fois. Les autres étaient équipés tout comme aux premiers jours du soulèvement, d’armes improvisées. C’est-à-dire, de fourches à deux doigts, de brocs, de faux et surtout de redoutables piques montées au bout de bâtons. Ce dernier type d’armes fabriqué sur place par plusieurs forgerons occasionnait de terribles blessures. Les cavaliers n’avaient ni bottes ni éperons mais de gros asbots, quelques-uns possédaient des pistolets. C’est un dénommé Messant qui les commandait. Afin de se reconnaître, les soldats paysans portaient tous soit à la boutonnière un petit coeur surmonté d’une croix soit à leur chapeau une cocarde blanche remplacée parfois par un tour blanc et un crêpe noir en souvenir de la mort du Roi. On remarquait plus particulièrement dans l’effectif permanent de la garnison un nègre et un mulâtre. L’un était canonnier, l’autre tambour.

Casernes et intendance

Chaque paroisse avait sa ou ses " casernes ", on en dénombrait 29 au total dont trois réservées aux cavaliers, toutes disséminées dans les maisons du bourg. On y laissait à l’abri le drapeau de chaque compagnie. La caserne de Rouans se trouvait en face de l’auditoire dont la prison servait à enfermer les patauds ou les " culs bleus ". Une maison servait également d’hôpital pour les blessés et les malades, un bon chirurgien y était affecté.

La garnison du Port St-Père n’était pas soldée mais avait du vin et de la viande en abondance. On buvait dur et Cathelinière eut parfois fort à faire pour calmer certains excités. Il y eut même une fois, relate Lucas Championnière, un début de révolte vite appaisée lorsque " le capitaine général " voulut réprimander le chef de la cavalerie qu’il estimait être trop souvent en état d’ivresse.

Le pain par contre manquait souvent ; les femmes tour à tour en apportaient à leurs hommes avec, quand elles le pouvaient, d’autres provisions. La France s’occupait toujours de l’intendance et veillait à faire faire la soupe. Pierre Clergeaud, le maire royaliste de Chauvé qui était un excellent cavalier le secondait en tant que " commissaire du Roy pour les vivres ". Accompagnés tous deux de quelques hommes à cheval ils se spécialisèrent dans la recherche des subsistances.

Aux véritables razzias effectuées par la garnison républicaine de Paimbœuf sur Frossay et chez les royalistes de St- Père en Retz, Clergeaud et La France répondirent par des réquisitions dans toute la zone côtière. De préférence après le coucher du soleil, accompagnés de quelques cavaliers parmi lesquels ils avaient embrigadé des royalistes originaires de cette contrée ainsi que des garçons bouchers, ils écumèrent par les courtes et belles nuits d’été les métairies choisies d’avance. Il semble bien que les responsables de l’armée paydrette aient agi avec l’intention d’indemniser plus tard, une fois la monarchie rétablie, ceux qu’ils contraignaient à leur livrer vivres et bestiaux. Rétablissement des institutions d’Ancien Régime

Le camp de Port St-Père devint le lieu privilégié où l’on pouvait assister aux seules bonnes messes de tout le district de Paimbœuf. On y accourait en foule de tous les côtés. Les abbés Gogué (de Rouans) et Guillou (vicaire de Fresnay en Retz) y célébraient les offices et les vêpres du dimanche. Ils y donnaient de nombreux baptêmes et mariages. On venait depuis Corsept, paroisse pourtant à réputation républicaine, y recevoir les sacrements.

L’abbé Gogué qui faisait fonction d’aumônier de l’armée tout en assumant la charge de sa paroisse - il y enseignait toujours le catéchisme aux enfants - était gardé par des cavaliers, il en eut jusqu’à soixante autour de lui. Il publiait à ses messes l’annonce des futurs rassemblements, encourageait la lutte contre les patriotes mais conseillait de les fuir lorsqu’ils étaient plus puissants. Il exhortait surtout ses fidèles à ne jamais suivre les intrus et les apostats les engageant à ne se conformer qu’aux principes de la loi catholique, apostolique et romaine. D’après les républicains, il poussait même les assistants à suivre le roi Louis XVII et non ceux qui détruisaient les églises, ce qui, après tout, étant donné la situation, était tout à fait logique. Il aurait été, toujours suivant les dires de transfuges jusqu’à inviter ses paroissiens à payer les anciens impôts qu’ils fussent seigneuriaux ou royaux. En réalité, l’abbé Gogué devait tout simplement, comme il en était coutume jusqu’à la Révolution, lire à la fin de ses prônes les nouvelles lois du royaume, en l’occurrence les articles du règlement que le Conseil supérieur des armées royales venait de mettre sur pied à Châtillon. Cathelinière qui refusait d’être le subalterne de Charette reconnaissait, contrairement à celui-ci, l’autorité de cet organisme. C’est pourquoi il en faisait lire les arrêtés aux prônes des messes célébrées dans son camp fortifié.

Mieux, il fit répandre jusqu’au Clion les copies des proclamations faites à Châtillon. Proclamations qui restaient affichées un certain temps à la porte de l’église de Port St-Père.

Stratégie élabore à partir du camp

Parallèlement à cette tentative de remise en place du système d’Ancien Régime, Cathelinière développa à partir de Port St-Père toute une stratégie destinée à éliminer les réduits républicains de Paimbœuf et du Château d’Aux. Les principales actions qu’il adopta furent le recrutement forcé de nouveaux partisans et l’élimination des patauds. Le renforcement de sa cavalerie par le vol de montures. Le blocus alimentaire de Paimbœuf et la mise sur pied d’expéditions destinées à la fois à soutenir le moral de sa troupe tout en intimidant ses ennemis.

Le recrutement forcé

Le recrutement forcé s’effectuait en zone républicaine de préférence avant chaque opération d’envergure. Les hommes pris de force dans les villages du Clion, de Ste-Marie, St- Michel Chef Chef, St-Père en Retz et Corsept étaient ligotés et après un bref arrêt à Chauvé dirigés sur Port St-Père.

Dès leur arrivée au camp ils étaient questionnés. Ceux qui voulaient bien crier vive le Roi et porter la cocarde blanche devaient aussitôt prêter serment de fidélité au Roi et aux lois du Comité royaliste.

En général une fois son intention de rester dans l’armée exprimée, la nouvelle recrue était placée pour y être conditionnée dans la caserne dite de Rouans située en face de l’auditoire.

Le plus souvent les hommes ainsi recrutés montaient la garde près des canons. Les moins sûrs étaient, après avoir été tondus, employés dans différentes petites tâches - travaux de cuisine, battage du grain, creusement des retranchements - ils devenaient en quelque sorte les auxiliaires de la garnison. Plusieurs devaient manœuvrer la barge charretière sur l’Acheneau.

Les véritables patauds, les purs, les durs, ceux qui s’entêtaient dans leurs principes républicains ou bien qui étaient reconnus comme étant des individus dangereux pour la cause, ceux-là étaient jetés en prison puis impitoyablement exécutés. Les administrateurs du District de Paimbœuf ayant conseillé de ne plus faire de prisonniers, on leur donnait le change. L’opinion de la Cathelinière rapporte Lucas- Chanipionnière " était qu’il fallait tuer les patriotes ou se disposer à être tué par eux ". Tel était aussi l’avis de Pierre Clergeaud qui, un certain jour aidé de son frère, s’empressa d’aller chercher dans la prison trois patriotes notoires d’Arthon pour les conduire dans une vigne où ils furent exécutés. Des hommes de Ste-Marie furent fusillés dans le marais en dehors du bourg. Il semble que le nombre des victimes atteignit pour le seul mois de juillet le chiffre d’environ 26.

Le rapt des chevaux

Une autre spécialité des hommes de Monsieur de La Cathelinière consistait à voler les chevaux. Partant de Port St-Père à la tombée du jour, des cavaliers bien armés et déguisés en soldats républicains avec " de grands bonnets à pofis, fausses moustaches et grands sarops " n’hésitaient pas à venir voler en pleine nuit, presque sous les murs mêmes de Paimbœuf, les chevaux laissés dans les pâturages à une portée seulement de fusil des sentinelles. C’était là le moyen le plus simple que les blancs avaient trouvé pour étoffer à bon compte leur corps de cavalerie.

Il était généralement convenu que celui qui prenait un cheval en le montant en devenait automatiquement propriétaire. Cette pratique laisse supposer que les cavaliers emmenaient souvent en croupe un compagnon chargé de ramener une monture. Ils visitèrent également métairies et moulins ennemis pour y dérober non seulement des chevaux mais aussi toutes les selles et brides qu’ils pouvaient y trouver. " Ouvrez ... ! c’est le District de Paimbœuf qui demande votre selle " criait dans le noir le chef du détachement. Malheur à celui qui voulait résister. André Garnier, garçon farinier du moulin de la Ramée en St- Viaud, voulant s’opposer au pillage fut exécuté sur le champ.

Une fois ramenés à Port St-Père les chevaux étaient parqués dans le marais face au poste. On constitua pour eux à l’intérieur même du camp des stocks de paille et de foin. Et c’est ainsi que la cavalerie de Monsieur de la Cathelinière passa en moins de deux mois de cent à plus de trois cents unités.

Le blocus de Paimbœuf

Toutes ces réquisitions de vivres, d’hommes et de montures entraient donc dans un plan d’ensemble bien orchestré destiné avant tout à faire capituler la garnison de Paimbœuf. A partir d’août, Cathelinière et ses capitaines firent répandre dans les campagnes une proclamation dans laquelle il était spécifié que, toute personne qui enverrait des comestibles à Paimbœuf serait condamnée à mort. Tout fut mis en œuvre pour empêcher les vivres d’entrer dans la ville et les patriotes d’en sortir pour enlever leurs moissons. Ce plan fut à deux doigts d’aboutir. " Les brigands mettent tout en œuvre pour empêcher l’importation de subsistances à Paimbœuf et cherchent tous les moyens pour y faire régner la disette. Nous sommes sur le point de manquer de vivres n’ayant point de grains et ne pouvant nous en procurer " lit-on dans les rapports du lieutenant colonel Danglade commandant de la place.

Cathelinière et ses hommes avaient un moment espéré que le grand conseil supérieur de Châtillon leur enverrait des renforts. Longtemps le bruit courut dans Port St-Père qu’une armée de 150 000 hommes allait venir d’Anjou et du Poitou leur apporter une force irrésistible qui leur permettrait d’enlever le port maudit. Il n’en fut rien et Cathelinière pour consolider à la fois sa position et le moral de sa troupe dût, parfois de concert avec Charette, organiser quelques actions d’envergure.

Les grands rassemblements et les grandes sorties hors du camp

A chaque fois le rassemblement général de l’armée était annoncé dans les trois jours qui précédaient l’action envisagée. Les capitaines et leurs émissaires allaient racoller leurs hommes dans leurs paroisses respectives. Tous les combattants se regroupaient alors dans Port St-Père. Par compagnies paroissiales, drapeaux déployés, ils s’ébranlaient au son de deux tambours qui ouvraient la marche. On emmenait un ou deux des trois canons de campagne, et plusieurs charrettes tirées par des bœufs en vue de ramener le butin ou les blessés. La plupart du temps, avant l’engagement, on prenait soin de mettre en avant soit quelques prisonniers qui servaient de couverture, soit des recrues forcées qui dans ce cas étaient en général très mal armées.

En gros, cinq grandes sorties échelonnées de juin à septembre 1793 eurent lieu :

  • Le 19 juin pour l’attaque de Nantes qui ne fut qu’une promenade car Cathelinière et seulement un millier de ses hommes ne bougèrent pas des hauteurs de Bouguenais.
  • Le 14 juillet pour une opération d’envergure qui se prolongea plusieurs jours dans toutes les paroisses côtières et qui se termina à Pornic où l’on sectionna l’arbre de la Liberté.
  • Le 6 août pour la prise de St-Père en Retz.
  • Les 10 août et ler septembre pour les attaques manquées du château d’Aux et du camp républicain des Naudières (Les Sorinières).

Prise de Port-Saint-Père

C’est le 9 septembre au soir qu’un détachement de l’armée de La Cathelinière, occupé à harceler la garnison du château d’Aux dans l’intention de préparer une nouvelle attaque de grande envergure contre cette place, eut la désagréable surprise de rencontrer les premiers éléments d’une importante armée qui se révèla être l’Armée de Mayence.

L’annonce de l’arrivée de cette formidable force jeta la consternation dans l’armée de La Cathelinière. L’ex marquis de Canclaux, commandant en chef de l’armée républicaine avait fait partir du camp des Naudières deux colonnes, l’une dirigée par Beysser l’autre par Kléber. Toutes deux destinées à reconquérir le Pays de Retz.

A Port St-Père, on se prépara toute la nuit à combattre. Le 10, la colonne de Beysser forte de 3 000 à 5 000 hommes, après avoir brûlé quelques maisons à St-Jean de Boiseau et la quasi totalité du bourg du Pellerin, s’arrêta à Vue avec l’intention d’attaquer le lendemain par un mouvement tournant Port St-Père pendant que la colonne de Kléber, elle, devait au même moment arriver sur la place royaliste par St-Léger les Vignes. Or, devançant le plan, Kléber attaqua le Port St- Père le soir de ce même 10 septembre profitant de ce que La Cathelinière avait envoyé une partie de ses hommes attendre la colonne de Beysser tant au passage du Pilon qu’à Rouans afin de ne pas être pris à revers.

Les Mayençais de Kléber n’eurent ainsi aucune peine à enlever Port St-Père qu’ils avaient fait bombarder au préalable par un obusier.

Les premiers obus mirent le feu à la cure située au cœur du dispositif royaliste. D’autres projectiles embrasèrent les meules de paille qui communiquérent le feu aux maisons avoisinantes. Les trois principales pièces vendéennes se trouvant à quelques mètres du lieu pilonné, leurs servants ne purent tenir. De leur côté les quelque 200 fantassins vendéens qui s’étaient glissés dans le retranchement creusé en avant du bourg ne purent eux non plus résister longtemps aux feux nourris que l’infanterie républicaine dirigeait sur eux des hauteurs de St-Léger. " Le désordre et l’épouvante se mirent parmi nos combattants qui n’avaient jamais vu de machines semblables. On abandonna le Port St-Père sans en donner avis aux détachements déjà sortis et plusieurs de ceux-ci étant accourus au bruit du canon pour défendre le camp, tombèrent entre les mains de l’ennemi " précisera Lucas-Championnière.

Ce ne fut alors qu’un jeu pour les républicains de récupérer les deux bacs et de franchir l’Acheneau. Ils incendièrent le bourg, malades et blessés abandonnés dans leur hôpital grillèrent au milieu des flammes.

Les sept canons restèrent aux mains des bleus, toutefois les pertes royalistes en hommes ne furent que peu sérieuses. Cathelinière et les éléments des compagnies de paroisse qu’il avait avec lui ne durent leur salut qu’en s’enfuyant par St-Mars de Coutais pour rejoindre la troupe de Monsieur de Couëtus à St-Philbert de Grandlieu. Amalgamés aux forces de Charette, ils lutteront d’arrache-pied contre les Mayençais jusqu’à Torfou. Là, le 19 septembre l’armée de Mayence est vaincue avec l’aide des Angevins et des Poitevins de la Grande Armée catholique et royale.

Par esprit d’indépendance, Charette et Cathelinière, après avoir battu Beysser à Montaigu, firent reprendre de suite à leurs hommes le chemin du Pays de Retz qu’ils regagnèrent par St-Fulgent, Les Herbiers, Les Essarts, Vieillevigne, Bois de Céné, Bouin et Machecoul.

Le camp de Rouans, un lieu de repos

Revenu au cœur de son fief, Cathelinière préféra établir son nouveau camp au beau milieu du bourg de Rouans. Cette nouvelle place forte, située dans une paroisse royaliste en sa quasi- totalité, offrait le double avantage de contrôler aisément la route stratégique Nantes-Paimbœuf et de faciliter en cas de danger un rapide repli sous les toutes proches futaies de Princé. Sur ses arrières il laissa un petit poste de garde au château du lieu et un autre guère plus important à Port St-Père avec apparemment comme responsable Lucas- Championnière. A l’ouest face à la poche républicaine, un troisième petit poste installé à Chauvé dans le manoir de la Rigaudière, montait une garde vigilante. Quelques hommes occupaient le château de la Blanchardais à Vue.

Dès l’annonce du retour " des brigands ", les patauds depuis Pornic jusqu’à Bourgneuf coururent se mettre à l’abri des fortifications de Paimbœuf. Le 4 octobre, Cathelinière reprend Bourgneuf. La petite ville fut vite enlevée et les patauds qui n’avaient pas eu la sagesse de quitter le pays firent les frais de l’opération. Plusieurs furent tués sur place, d’autres, 30 à 40, emmenés prisonniers dans Princé, seront fusillés en représailles de ce qu’avaient fait les Mayençais. On raconte que l’un d’entre eux fut même crucifié sur le portail du château. Guérin restera à Bourgneuf avec une douzaine de cavaliers et 400 hommes de troupe pour boucler en quelque sorte la sortie sud du réduit républicain.

Une fois bien installé à Rouans, Cathelinière fit aussitôt reprendre les tours de garde. Les hommes des paroisses avoisinantes tout en assurant leurs vendanges se relayèrent suivant les mêmes modalités que dans les précédents camps.

Le camp de Rouans avait une garnison permanente qui oscillait aux alentours de 500 hommes. Ils étaient tous armés de fusils récupérés à Torfou ou ailleurs. Cette infanterie était appuyée par une quarantaine de cavaliers beaucoup mieux équipes car en plus de leurs fusils, la moitié d’entre eux détenait soit un sabre soit un ou deux pistolets. Cette petite cavalerie était commandée par Brabant du Pellerin.

Autant pour dissuader l’ennemi que pour tranquilliser les siens, Cathelinière avait fait placer son unique canon de campagne avec un chariot chargé de mitraille à l’ouverture de la rue qui monte à l’ église. Ce canon battait la chaussée qui traverse le marais et par précaution supplémentaire une barre de fer provenant de l’abbaye de Buzay avait été placée au travers de la dite chaussée. Des tirailleurs étaient embusqués dans le cimetière.

C’était un dénommé Bouyer du Pellerin qui commandait en second la garnison, parmi les autres chefs on remarquait surtout Mansarde. L’abbé Gogué avait repris messes et sermons. L’ancien maître d’école du Pellerin, un boiteux dénommé Blot, faisait fonction de secrétaire. C’est lui qui signait les sauf-conduits. Cathelinière qui se faisait appeler général était considéré par ses hommes comme étant un bon vivant. Sa cuisinière que d’aucun disait être sa maîtresse le suivait partout.

Les hommes plus ou moins épuisés par la longue campagne qu’ils venaient de vivre avaient besoin de repos. Beaucoup étaient malades. Les nuits commençaient à être longues et froides.

La garnison manquait souvent de pain et de vin, par contre elle avait toujours de la viande à profusion. Quand elles le pouvaient les femmes apportaient des vivres à leurs hommes.

Les vendanges

Dès les premiers jours d’octobre, Cathelinière fit vendanger dans les paroisses qui lui étaient soumises les vignes des patauds). Trois tonneliers du village de la Chénaie en Rouans réparèrent sans discontinuer des barriques afin d’emmagasiner la récolte.

Très vite le blocus de Paimbœuf reprit. De petites expéditions ponctuelles furent montées dans le but d’empêcher les gens de la côte de faire leurs vendanges et d’approvisionner la ville.

L’expulsion des citoyennes

Se rendant compte que les femmes pataudes restées en pays insurgé renseignaient leurs hommes et tentaient de démoraliser les siens, Cathelinière ordonna de les chasser. Elles furent contraintes de se réfugier à leur tour dans le port assiégé qu’il envisageait maintenant de prendre à l’aide d’une soixantaine de charrettes chargées de foin et de paille qui, tout en servant d’abri, permettraient de combler les douves des remparts.

Rouans verrouille efficacement le passage vers Nantes

Paimbœuf isolée pour une nouvelle fois n’a presque plus de pain et de subsistances. Le 12 octobre, les Paimblotins tentent une percée en espérant faire leur jonction avec une troupe qui doit sortir du château d’Aux. Mais, elle ne viendra pas.

De son repaire de Rouans, Cathelinière contrôle la grand’ route. Disposant judicieusement de sa rustique cavalerie et de son unique canon, il repoussa la colonne paimblotine jusqu’à Vue et l’obligea à faire demi-tour. Cette victoire lui assura le contrôle de tout le pays pour plusieurs semaines.

Tactiques de brigands pour échapper aux dénonciateurs

Malgré tout en ce mois d’octobre 1793, la situation a bien changé. L’insurrection vendéenne n’est plus aussi triomphante. Battue à Cholet, la grande armée catholique et royale a franchi la Loire.

Restés pratiquement seuls au sud du grand fleuve, Cathelinière, Charette et quelques autres chefs secondaires ne doivent plus compter que sur eux-mêmes. L’étau républicain se resserre. Pour mieux confondre les rebelles, les autorités du District de Paimbœuf font ouvrir des cahiers de dénonciations. Se sentant de plus en plus menacés les hommes de La Catheliniëre se méfient des dénonciateurs et craignent que leurs familles ne soient victimes de représailles. Ils savent fort bien qu’un royaliste signalé au comité de surveillance de Paimbœuf risque le peloton d’exécution ou la guillotine. C’est pourquoi dès la mi-octobre Cathelinière ne les envoya en zone républicaine que de nuit et le visage copieusement barbouillé de suie.

Un petit peloton de ses cavaliers toujours déguisés en gardes nationaux, coiffés de bonnets de police ou de grenadiers, opérera en particulier sur Corsept.

Plus le temps passait et plus ces raids devenaient risqués car les patauds n’hésitaient plus à tendre des embuscades et à mettre en travers des chemins creux des pièces de bois ou des cordes " comme faisaient autrefois les employés des douanes combattant les fraudeurs ".

Malgré tout, le recrutement forcé d’indécis et les arrestations de patauds trop engagés continueront sans relâche. Montés en croupe sur les chevaux de leurs ravisseurs, recrues ou prisonniers arrivaient à Rouans avant l’aube. Environ vingt républicains jugés indésirables seront exécutés pendant les sept semaines que durera le camp.

Recherche de munitions

D’autres expéditions furent montées pour récupérer des balles et de la poudre qui faisaient cruellement défaut. C’est ainsi que le 23 octobre eut lieu sur Saint-Père en Retz un raid nocturne de grande envergure. Quinze maisons seront visitées dans le but d’y trouver les munitions qu’auraient pu y laisser leurs propriétaires de gardes nationaux, partis monter la garde sur les forts de Paimbœuf avec les canonniers de l’Armée de Mayence. Parmi toutes les déclarations qui ne manquèrent pas d’être consignées sur le cahier du comité de surveillance du District, celle de Jeanne Bichon, femme de Louis Beillevert illustre parfaitement comment se passa ce rapide coup de main. Cette femme déclara qu’" à huit heures et demie du soir les brigands entourèrent sa maison et frappèrent aux deux portes en disant - de par le Roi ouvres ta porte ! - et ils rentrèrent au nombre de 40, les fusils bandés, firent allumer la lumière et dirent tu as de la munition, poudre et plomb, il faut que tu les donnes ; ouvres ton armoire ! Ils cherchèrent partout, les uns en haut, les autres en bas, puisqu’ils allumèrent sept chandelles. Ils lui demandèrent où était son mari, elle leur dit : il est à Paimbœuf, allez le chercher. Et le nommé Rondineau qu’elle reconnut être du nombre lui dit qu’il tuerait son mari s’il pouvait l’attraper. Ce fut le seul qu’elle reconnut. Cependant elle entendit nommer Julien Pacaud et Clergeaud ; ils étaient tous barbouillés".

La fin du camp de Rouans

Le principal résultat de toutes ces incursions fut d’affamer un peu plus Paimbœuf et de désorganiser totalement la tentative de mise sur pied d’un bataillon de patriotes dans le canton de Pornic.

Cela ne pouvait durer. A Nantes, où venait d’arriver le représentant du peuple, Carrier, on était très inquiet de cette situation. On décida d’en finir avec Rouans.

" Le vœu des représentants est de tout brûler, Rouans etc et de faire couper la forêt de Princé " écrit Boulay-Paty à ses collègues du Directoire de Paimbœuf. Mais, le bruit ayant couru dans Nantes que la Grande Armée catholique et royale victorieuse à Entrammes revenait sur la Loire, on suspendit les opérations prévues.

Cependant, le 11 novembre, un détachement républicain venu du Château d’Aux ayant attaqué Rouans, Cathelinière jugea plus prudent de replier le gros de sa troupe dans le château et la forêt de Princé. Les bois du lieu vont devenir son ultime refuge.

La forêt de Princé, l’ultime refuge

Les républicains ayant une sainte frayeur du lieu, ils se gardèrent bien d’attaquer de suite le refuge de Monsieur de La Cathelinière. Celui-ci dissémina les siens dans la forêt et renforca le poste du vieux château fort. C’est un certain Lesage de St-Jean de Boiseau qui commandait l’endroit. Les gars de Chauvé, Arthon, Vue, Frossay, Rouans y montaient de nouveau à tour de rôle la garde. Ceux de St-Michel et de Corsept ne pouvant retourner chez eux y installèrent des casernes. Clavier, un maréchal-ferrant chauvéen y transporta son enclume pour y " racommoder " les armes. Quant à la centaine de cavaliers ils recommencèrent leurs courses nocturnes sur St-Père en Retz, St-Viaud et même Corsept malgré le temps exécrable.

Les premières attaques républicaines contre Princé

Une fois la Grande Armée catholique et royale battue devant Grandville, l’offensive républicaine contre le Pays de Retz reprend de plus belle. Elle a pour stratège un homme de valeur, le général Haxo. Celui-ci décide de couper les forces de La Cathelinière de celles de Charette et fait prendre le 26 novembre par son divisionnaire Jordy Port St-Père et Bourgneuf alors que Muscar qui a attaqué la forêt de Princé la veille en a été repoussé avec de fortes pertes. Le 27, guidés par les patauds de St-Père en Retz, Jordy, et l’adjudant-général Guillemé s’emparent du château de Princé, brûlent les casernements qui s’y trouvaient, s’emparent des dépôts d’effets et de blé qu’ils découvrent dans la forêt, mais ne peuvent prendre La Cathelinière qui s’est caché du côté de Ste-Pazanne ou de St-Hilaire de Chaléons.

Tandis que les troupes républicaines poursuivant leur avance s’emparent de Bouin mais ratent Charette, Cathelinière réoccupe le château de Princé, la forêt avoisinante et installe un poste en bordure de celle-ci à La Blanchardais de Vue. " Ces monstres ne cessent d’immoler à leur fureur les patriotes qu’ils trouvent épars, tant que Cathelinière subsistera il sera difficile d’avoir la tranquillité dans les environs où il se retirera, elle sera toujours troublée par quelques rassemblements partiels " écrit Haxo.

Alors qu’un certain flottement se fait jour dans les rangs des insurgés - Cathelinière doit faire enrôler ses hommes à coups de plat de sabre - Haxo déclenche une nouvelle attaque sur Princé le jour même de Noël. L’encerclement de la forêt a bien lieu mais, s’en étant rendu compte, le chef blanc ordonna à ses hommes de se disperser individuellement, ce qui leur permit de passer au travers des mailles du filet. Une fois le danger passé tous se regroupèrent dans les bois en attendant de pouvoir rejoindre Charette qui doit reprendre Machecoul. Hélas le rendez-vous fixé n’eut pas lieu, Charette n’ayant pu se maintenir plus de quelques heures dans la place.

Le 12 janvier 1794, Haxo récidive. Cette fois-ci son plan semble parfait. La forêt doit être attaquée simultanément par quatre côtés différents. Chauvé (colonne de Paimbœuf), Arthon (colonne de Machecoul), St-Hilaire (colonne de Ste-Pazanne), Rouans (colonne du Château d’Aux). Peine perdue. Plus rapide, l’armée paydrette forte de 700 à 800 hommes sort de la forêt avant même que ne soient arrivées les troupes de Paimbœuf et du Château d’Aux. Après s’être heurtés aux colonies de Machecoul et de Ste-Pazanne et avoir repoussé l’une d’entre elles formée par des éléments de la garde nationale de Nantes, les royalistes s’évanouissent suivant leur tactique.

Le 13 janvier, les colonnes de Paimbœuf (adjudant- général Guillemé) et du Château d’Aux (Muscar) reprennent l’attaque de la forêt pour n’y trouver que de petits groupes royalistes très dispersés mais, point de la Cathelinière. La forêt est ensorcelée.

Malgré tout Boulay-Paty, agent national du District, fait part de son contentement à Carrier. " C’est un plaisir de voir aujourd’hui lés patriotes courir par monts et par vaux sur les brigands et les chasser comme des bêtes féroces. Chaque jour ils en tuent et les immolent au pied de l’arbre de la liberté, l’esprit Public se montre grandement et j’espère qu’avant peu il sera jusqu’au sommet de la sainte montagne ".

Le 18 janvier au soir, la colonne de Guillemé forte de 700 hommes est de retour à sa base de Paimbœuf ramenant avec elle, à défaut de La Cathelinière, de nombreux bœufs et chevaux (51). Peu importe, Boulay-Paty parle de triomphe et se réjouit " de la déconfiture des quelques centaines de soldats de Jésus-Christ ".

Ce même 18 janvier, Haxo venu en personne inspecter la place de Paimbœuf fit savoir à son supérieur Turreau que le pays qui est sous ses ordres " est maintenant celui de la liberté. Toutes les routes y sont faciles et l’enlèvement des grains s’y fait sans obstacle ". Cependant il décida aussitôt de faire placer plusieurs cantonnements aux environs du massif forestier car une fois toutes leurs fanfaronnades épistolaires épuisées, les responsables républicains n’étaient pas sans ignorer que les brigands étaient déjà retournés se cacher dans les halliers de la forêt.

Le camp au cœur de la forêt

Cathelinière avait établi le noyau de sa troupe du côté du Bâtiment, au coeur de la forêt. Aux alentours, ses partisans avaient creusé des caveaux et des souterrains recouverts de branchages. Dans les broussailles, ils avaient construit des huttes. A cette époque de l’année la gente vipérine n’était plus à craindre. Les rassemblements de l’armée se faisaient dans la grande allée de la forêt entre Le Bâtiment et La Pierre Levée. Les exactions du bataillon de Pornic avec Abline, de l’adjudant-général Lefebvre depuis Bourgneuf et du duo Muscar-Pinard à partir du Château d’Aux eurent comme effet de précipiter dans les bras de Cathelinière tout ce qui pouvait rester d’hommes capables de se battre. Les paysans transportèrent dans la forêt leurs derniers stocks de grains qu’ils enfouirent. L’état-major républicain, d’après les renseignements extorqués aux prisonniers royalistes, estimait qu’il y avait dans Princé à l’époque environ 4 000 hommes et femmes réfugiés sous les futaies, errant deci delà au milieu des bois et ne subsistant qu’avec peine. Les combattants réels probablement au nombre de 2 000 ne possédaient guère plus de 600 fusils tant bons que mauvais, les autres avaient surtout des piques et des pioches. Ils étaient en fait dispersés en quatre ou cinq bandes et ne disposaient d’aucun canon. La farine nécessaire à l’approvisionnement en pain de tous ces gens provenait des grains moulus dans le moulin à eau de l’étang des Ferrières. Les bleus avaient totalement négligé ce lieu. Pourtant le 4 février, le comité de surveillance de Paimbœuf avait été informé que le chef royaliste avait disposé 400 de ses hommes suivant une ligne qui s’étirait depuis le taillis du Bois Joly (Chauvé) jusqu’à celui de La Cathelinière près de sa maison du Moulinet en Frossay. L’étang et le moulin se trouvaient situés entre ces deux lieux. Le pain était cuit dans des fours improvisés et même sur des galettières.

L’encerclement brisé

Cathelinière profita de l’apport de toutes ces nouvelles recrues pour donner du tonus à son armée.

Le ler février 1794, il défait à Rouans un détachement mayençais du BatailIon des Vosges que le général Haxo avait prévu d’installer dans cette bourgade. En dépit de ce contre-temps les républicains établirent une ligne " de circonvallation " autour de la forêt. StPère en Retz, Vue, Rouans, Arthon, St-Hilaire de Chaléons, le château même de Princé forment cette ligne que Cathelinière enfonça en partie les 8 et 9 février. Ces jours là, il pulvérisa successivement les postes républicains de Rouans, d’Arthon et de St-Hilaire. Le premier fut anéanti, les deux autres abandonnés en catastrophe par leurs garnisons.

Ces succès royalistes provoquèrent la colère de l’agent national Boulay-Paty qui, le soir même du 9 février, écrivit au Comité de sûreté générale de Paris en demandant de brûler la forêt de Princé et de guillotiner les généraux républicains responsables des échecs. " Citoyens législateurs, on serait tenté de croire que malgré vous on veut éterniser cette guerre si désastreuse. Point d’ensemble, point de subordination, point de discipline, on pille les patriotes comme les aristocrates, on abuse de leurs femmes, de leurs filles et ces pauvres malheureux qui sont ainsi vexés par ceux-là même qui sont faits pour les défendre, se jettent avec désespoir dans les bras des brigands dont ils grossissent l’armée. Brûler ou abattre la forêt de Princey, décréter que la guerre de Vendée sera finie sous tels délais, ou les généraux guillotinés. Voilà le remède à tant de maux. Salut et Fraternité ". Boulay.

En forêt cependant le rassemblement royaliste s’amplifie. Le 11 février, a lieu, près du Bâtiment, le plus grand rassemblement que connut le camp. Plusieurs milliers d’hommes venus de toutes les paroisses avoisinantes s’ébranlent aux cris de Vive le Roi ! A défaut de tambour, on a tiré des coups de fusils en l’air pour signifier l’ordre de marche. Cathelinière a décidé de liquider le quatrième poste du cercle ennemi, celui du château fort de Princé. La garnison composée de gardes nationaux du bataillon de Pornic et de troupes de ligne fut exterminée.

L’acharnement républicain à détruire Princé

Cette victoire déclencha une riposte générale de la part des troupes républicaines. Haxo de son quartier général de Machecoul, donna l’ordre d’attaquer la forêt de toutes parts et expédia des renforts sur le poste de Vue.

Dès le 12 février, alors que le batailIon de Pornic cernait l’ouest du massif forestier, côté Brandais, et écumait Chauvé y massacrant tous ceux qu’il rencontrait, les autres formations républicaines attaquaient les autres côtés.

L’attaque générale continua le 13 février. " On s’est battu pendant deux jours " exulte Boulay-Paty. Ce jour-là une colonne sortie de Vue fit sa jonction avec celle venue de Bourgneuf commandée par l’Adjudant-général Lefebvre dans le but semble-t-il de trouver le passage par où, prétendait-on, Charette avait envoyé des renforts à Cathelinière. En fait de renfort les deux colonnes trouvèrent plusieurs centaines de malheureux, hommes, femmes, enfants, vieillards réfugiés sur un îlot au milieu des marais et qu’ils massacrèrent sans autre forme de procès.

Le 14 février, l’offensive républicaine reprend de plus belle pour le troisième jour consécutif. Les colonnes partent encore de Vue au nord et de Bourgneuf au sud mais cette fois-ci les bleus se heurtent aux soldats de La Cathelinière. La colonne de Vue en pénétrant dans la forêt essuya pendant une demi-heure le feu de tirailleurs embusqués dans une position très avantageuse. Pour en finir, le bataillon du Lot et Garonne après avoir battu la charge monta à l’assaut provoquant la déroute calculée des royalistes qui disparurent par un itinéraire connu d’eux seuls et que personne pas même les guides patauds ne purent découvrir. C’est certainement au cours de cette attaque que fut blessé grièvement La Cathelinière. L’autre colonne, celle de Bourgneuf, étant arrivée sur ces entrefaites sans avoir eu à tirer un seul coup de fusil, les deux commandants disposèrent leurs hommes en tirailleurs pour fouiller les halliers. Les soldats de la république ne tardèrent pas à découvrir des huttes dans lesquelles ils trouvèrent des femmes, des armes, des provisions et aux alentours, cachés çà et là dans les broussailles, de nombreux hommes qui pour la plupart dormaient. " Tout a été tué sans avoir éprouvé d’obstacles et avant de rentrer à Paimbœuf, j’espère que si nous sommes aussi heureux à l’avenir comme les deux jours passés, tous les brigands seront détruits, j’espère que ça ira et ça va. Adieu, vive la République ", écrira au soir de cette journée le capitaine Descamp à son ami et supérieur Danglade commandant de la place de Paimboeuf.

Lefebvre de son côté ramena à Bourgneuf une cinquantaine de personnes dont une partie d’entre elles seront noyées en baie de Bourgneuf courant ventôse.

L’hallali du camp

Les 15 et 16 février, d’autres chasses à l’homme furent organisées. Le 17, Haxo peut dire à son supérieur Turreau, " j’ai fait attaquer trois jours de suite les rebelles dans la forêt de Princé : environ 700 y ont été tués. Notre perte est peu considérable ".

Pendant que tous ces combats se déroulaient, d’autres troupes avaient pris soin de piller littéralement les paroisses royalistes. Les besoins en subsistances de la place de Paimbœuf furent couverts pour une durée de deux mois.

Le 19 février, une colonne républicaine est encore dans Princé.

Le 22 février, la Société populaire paimblotine est informée, dans le brouhaha général et le charivari des hymnes révolutionnaires, qu’à la suite d’une sortie militaire une vingtaine de brigands ont mordu la poussière.

Le 24 février, Abline réclame 1 000 cartouches et attend au Clion l’adjudant-général Lefebvre pour d’autres expéditions.

Le 25 février, une colonne républicaine sortie de Vue en direction de Princé préfère rebrousser chemin après avoir aperçu à l’orée de la forêt une centaine de cavaliers brigands accompagnés de beaucoup d’infanterie.

Le 27 février, attaque républicaine sur La Sicaudais où 60 royalistes sont tués.

Le 1er mars 1794, coup de théâtre, Cathelinière souffrant de ses graves blessures est découvert dans sa retraite sous le pressoir de sa maison du Moulinet. Arrêté, expédié par bateau à Nantes, il y sera exécuté après un jugement sommaire.

Sa disparition provoqua la dislocation de son armée. Environ 300 de ses partisans parmi les plus résolus quittèrent Princé en suivant Guérin qu’ils considérèrent désormais comme leur chef.

Ils allaient constituer le noyau dur de la fameuse Division de Retz de l’armée de Charette qu’ils rejoignirent à La Vivantière non loin des Lucs sur Boulogne. Leurs autres compagnons s’éparpillèrent dans la forêt de Princé ou bien retournèrent momentanément dans leurs paroisses respectives. Ainsi se termina le dernier des camps de Monsieur de La Cathelinière.

Ajouter un commentaire

historique

thématique

Support