Le soulèvement de 1793 au cœur du Pays de Retz - Saint Hilaire de Chaléons

lundi 21 juin 2010, par Eloi Guitteny +


Eloi Guitteny rassemble ici toutes les sources disponibles sur les événements de la période révolutionnaire à Saint-Hilaire-de-Chaléons.


Le clergé populaire

La paroisse de St Hilaire de Chaléons avait à sa tête M. Pierre Marie Letourneux de l’Eperonnière, né en la paroisse de Saint-Donatien de Nantes, ordonné prêtre le 21 décembre 1754, d’abord vicaire à Sautron et nommé curé de St Hilaire le ler juillet 1757.

Voici ce qu’on lit à son sujet dans un livre de M. l’Abbé Briand, intitulé : « Les confesseurs de la foi pendant la Révolution ». _ « Ce digne pasteur, plein de foi, de zèle, de charité, de bonté et en même temps de simplicité, de piété remarquable et d’attachement aux vrais principes religieux et sociaux, avait des manières nobles mais extrêmement paternelles. Son gouvernement était simple, mais singulièrement Datriarcal. Son revenu, porté à 9 000 livres était bien employé. Il montrait dans son presbytère quelque chose de seigneurial, mais il était grandement charitable, dotait les filles pauvres, préparait et assortissait les mariages, donnait du travail aux malheureux, faisait d’abondantes aumônes, achetait des boeufs aux fermiers ruinés. On comptait jusqu’à 18 paires de boeufs qu’il avait fournies à ses paroissiens.
Malgré ses vertus et ses nombreux bienfaits, il trouva des ingrats aux jours mauvais. Il faut dire cependant, que ses paroissiens, sauf quelques rares exceptions, étaient demeurés fidèles à leur foi et à leurs principes, ce qui fut cause qu’ils subirent pendant la guerre de Vendée, toutes espèces de vexations, de spoliations, de meurtres et d’incendies.
M. le Curé était extrêmement assidu au confessionnal. Il y tenait tellement que le dimanche, il oubliait l’heure de la grand’messe et ne la commençait fréquemment que vers 11 heures quand il avait, jusque là, des pénitents à confesser.
Sa manière de confesser était assez extraordinaire. Il faisait tous les frais de la confession et ne laissait à ses paroissiens qu’à dire « oui » ou « non ». La plus grande partie de son temps était employée au confessionnal. Il se déchargeait sur son vicaire de l’exploitation du pourpris. Il s’appliquait à la prédication et il paraît qu’il y obtenait du succès.
Il y avait dans cette paroisse beaucoup de piété, plusieurs confréries. Les sacrements y étaient bien fréquentés.
Quand M. de l’Eperonnière partit pour l’exil, il fit à ses paroissiens les adieux les plus touchants, leur fit espérer de voir prochainement le retour du clergé et le rétablissement de la religion.
Pendant son exil, il n’oublia pas ses paroissiens, entretint des correspondances avec eux, s’intéressa vivement à ce qui les concernait, les instruisit, les encouragea à persévérer dans la vraie foi et dans l’attachement à ses pratiques, comme il l’avait fait à son départ, les prémunissant contre la séduction et leur recommandant, avec une extrême sollicitude, de ne pas communiquer avec les intrus.
Aussi, quand un intrus, M. l’Abbé Guihéneuf se présenta à St Hilaire, il fut d’abord mal accueilli, eut à peine quelques sectateurs et fut bientôt obligé de quitter son poste.
Quant à M. de l’Eperonnière, il n’eut pas la consolation de revoir son cher troupeau ainsi qu’il l’avait laissé espérer. Il mourut en 1797 en Espagne, à Bilbao, où il avait été déporté à un âge assez avancé, car il y avait quarante ans qu’il était Recteur de St Hilaire.
Il avait pour vicaire M. l’Abbé Michel Joyau, né le 11 novembre 1753 à la Télindière en St Jean de Boiseau. Il avait fait ses études à l’Oratoire de Nantes où son compatriote, Foucher, le futur duc d’Otrante, qui enseignait la physique, lui porta quelque intérêt.
Ordonné prêtre à la Pentecôte 1782, il fut nommé vicaire à St Hilaire. Là, il se livra à toute l’ardeur de son zèle jusqu’au moment de la tourmente révolutionnaire. Le curé et le vicaire refusèrent le serment et furent déportés ensemble à Bilbao. L’abbé Joyau assista son curé qui mourut en 1797, offrant généreusement sa vie pour l’Eglise et pour la France. Il lui ferma les yeux. Il apprit la langue espagnole afin de se rendre utile et, dès qu’il put la parler assez couramment, il demanda et obtint de catéchiser les enfants, ce qu’il fit jusqu’à son retour en France.
Il fut nommé vicaire à Ste Pazanne et, en 1803, curé de Rouans où il s’illustra par un dévouement sans bornes, fit construire l’église et la cure qui avaient été détruites. Il y mourut le 22 avril 1827 dans la soixante-quinzième année ».

Ces quelques notes nous en disent long sur la misère paysanne sous l’Ancien Régime. Le rôle du curé ne se bornait pas à donner à ses ouailles les secours spirituels de la religion

Et celà concorde bien avec le désir exprimé dans de nombreux cahiers paroissiaux et notamment dans celui de La Marne, de voir les curés pourvus de ressources suffisantes pour assurer le service charitable que le peuple attendait d’eux.

La rédaction des doléances

Si les cahiers de St Hilaire, que nous verrons à l’instruction, font silence sur ce sujet, c’est dans doute parce qu’ils avaient un curé aisé, dont les ressources suffisaient à parer aux besoins de ses paroissiens.

J’ai eu la bonne fortune de pouvoir trouver, aux archives départementales, les deux pièces officielles de la paroisse, l’une donnant le compte-rendu de l’élection des trois députés aux Etats Généraux, l’autre énumérant les doléances de nos pères. Je les reproduirai intégralement malgré leur longueur parce qu’elles sont instructives, par les noms qui y figurent, nous voyons quels étaient les hommes les plus représentatifs de St-Hilaire, cela nous aidera beaucoup à reconstituer là physionomie de notre petit pays à l’instant où va commencer l’ère révolutionnaire.

Je ne sais pas où résidait le Sénéchal Morvan de la Blanchère qui a présidé à cette élection et rédaction. J’ai feuilleté plusieurs cahiers de la région. Je n’ai vu que Rouans et Ste-Pazanne à avoir son seing, ce qui ferait croire qu’il n’était pas loin.

« Procès verbal d’assemblée des villes, bourgs, villages et paroisses de campagne pour la nomination de députés.
Aujourd’hui, 29 mars 1789, en l’assemblée convoquée au son de cloches, en la manière accoutumée, ont comparu au lieu ordinaire des délibérations, par devant nous, Marie François Charles de la Blànchère, avocat au Parlement, Sénéchal des Chatellenies et Juridictions et Bois Rouaud et annexes à St Hilaire de Chaléons, Mathurin Guérin, Pierre Coignaud, Jean Joseph Padioleau, François Amiand, Pierre Masson, Jean Leroux, Adam Ferré, Honoré Loquai, Pierre Ferré, Thomas Chauvet, Pierre Chauvet, Mathurin Hégron en remplacement de Pierre Guitet, absent, les douze délibérants. Julien Padioleau et Pierre Guitteny, marguilliers en charge, le sieur Jean Guillaume Biré, maitre en chirurgie et Monsieur Charles Gabriel Joyau, avocat au Parlement, Olivier Boué et autres, tous nés français ou naturalisés, âgés de 25 ans, habitant et compris dans le rôle des impositions de cette paroisse composée de 230 feux ou à peu près, lesquels pour obéir aux ordres de Monsieur le Sénéchal de Nantes, dont ils ont déclaré avoir une parfaite connaissance tant par la lecture qui vient de leur être faite que par la lecture et publication ci-devant faites au prône de la messe de la paroisse par Monsieur le Recteur d’icelle, le 29 du présent mois et par la lecture, publications et affiches pareillement faites le même jour, à l’issue de ladite messe de paroisse, au devant de la porte principale de l’église, nous ont déclaré qu’ils allaient d’abord s’occuper de la rédaction de leur cahier de doléances, plaintes et remontrances etc, en effet, y ayant vaqué, ils nous ont représenté ledit cahier qui a été signé par ceux des habitants qui savent signer et par nous, après l’avoir coté, par première et dernière page et paraphé (ne varietur) en-bas d icelles.
Et de suite, lesdits habitants, après avoir mûrement délibéré sur le choix des députés qu’ils sont tenus de nommer, en conformité des dites lettres du Roi et règlement y annexé et les voix ayant été par nous recueillies en la manière accoutumée, la pluralité des suffrages s’est réunie en faveur des sieurs Charles Gabriel Joyau, Jean Joseph Guitteny et Jean Bruneteau, de l’Orière, qui ont accepté la dite commission et promis de s’en acquitter fidèlement. La dite nomination ainsi faite, lesdits habitants ont, en notre présence, remis aux dits sieurs Joyau, Guitteny et Bruneteau leurs députés, le susdit cahier afin de le porter à l’assemblée qui se tiendra à Nantes le 7 avril prochain, devant Monsieur le Sénéchal de Nantes et leur ont donné tous pouvoirs requis et nécessaires à l’effet de le représenter à ladite assemblée pour toutes les opérations prescrites par l’ordonnance susdite de Monsieur le Sénéchal comme aussi de donner pouvoirs généraux et suffisants de proposer, remontrer, aviser et consentir tout ce qui concerne les besoins de l’Etat, la réforme des abus, l’établissement d’un ordre fixe et durable dans toutes les parties de l’administration, la prospérité du royaume et le bien de tous et de chacun des sujets de sa Majesté.
Et de leur part, les dits députés se sont présentement chargés du cahier de doléances de la dite paroisse et ont promis de le porter à la dite assemblée et de se conformer à tout ce qui est prescrit et ordonné par les lettres du Roi. Règlement ci-annexé et ordonnance susdatée desquelles nomination des députés, remises de cahier, pouvoirs et déclarations, nous avons à tous les susdits comparants donné acte et avons signé avec ceux des dits habitants qui savent signer et avec les dits députés pour constater leurs pouvoirs et le présent sera déposé aux archives ou secrétariat de cette commune, les dits jours et an. Ont signé ... ».

Voici maintenant le cahier paroissial :

« Cahier de réclamations formées par la commune de la paroisse de St Hilaire de Chaléons, assemblée à cet effet, ce jour 29 mars 1789.
Aux fins des ordres du Roi portés dans ses lettres du 27 janvier dernier pour la convocation et tenue des Etats Génétaux du royaume et du règlement y joint de l’ordonnance de Monsieur le Sénéchal de Nantes au pied des dites lettres et règlement, désignation donnée le jour d’hier au sieur Ambroise Gillard, ancien marguillier à requête de Monsieur le Procureur du Roi de la Sénéchaussée de Nantes par Ruelle huissier royal avec copie desdites lettres du Roi du règlement y joint et de la dite ordonnance, le tout imprimé sur papier libre collectionné et certifié véritable, ladite commune assemblée au lieu ordinaire des délibérations. Au son de la cloche, à la manière accoutumée, aux fins de publications faites à la première messe de cette paroisse et répétées à la Grande, les dits jours et an, Julien Padiolleau et Pierre Guitteny, marguilliers en charge, après avoir fait publier et afficher les dits règlements et ordonnance ont requis qu’il en soit délibéré.
La dite commune, composée de Mathurin Guérin, Pierre Coignaud, Joseph Julien Padiolleau, François Amiand Pierre Masson, Jean Leroux, Adam Ferré, Honoré Loquai : René Ferré, Thomas Chauvet, Pierre Chauvet, Mathurin Hégron au lieu et place de Pierre Guitet absent, les douze délibérants, des dits Julien Padiolleau et Pierre Guitteny, marguilliers en charge et des sieurs Jean Guillaume Biré, maître en chirurgie, Monsieur Charles Gabriel Joyau, avocat au Parlement, Olivier Boué, Ambroise Gilard, Julien Garnier, Pierre Guilbaud, Jacques Louërat, Julien Fillodeau, Julien Boiveau, Pierre Potet, Jean Bruneteau, Jean Averty, Julien Boué, François Guérin, Jean Dupont, Pierre Boué, Jean Moreau, Jean Bruneteau, Jean Guitteny, Julien Menanteau, Mathurin Guérin, Jean Mossard, Michel Bronnais, Pierre Boué, Maurice Gouy, Guillaume Bourriau, Pierre Loquai, François André Chauvelon, Pierre Padioleau, Pierre Bichon, François Chauvet, Mathurin Jean, Jacques Amiand, Jacques Boué, Joseph Couillaud, et Pierre Brisson.
L’assemblée, présidée par Noble Maître Marie François Charles Morvan de la Blanchère, avocat au Parlement, Sénéchal des Chatellenies et Juridictions du Bois Rouaud, et annexes s’exerçant à St Hilaire de Chaléons, présent Maaître Louis Julien Thomas Procureur Fiscal.

  • 1) Il est aussi juste et raisonnable que tous les impôts quelconques soient supportés par tous les membres de tous les ordres, en proportion de leurs facultés, sans considération ni du rang ni de la qualité.
  • 2) Que la corvée en nature, supportée jusqu’alors par le tiers seulement, soit supprimée et qu’il y soit pourvu par une imposition pécuniaire sur les trois ordres ainsi qu’au cazernement des troupes en proportion de la faculté de chacun.
  • 3) Il serait très avantageux que la levée des miliciens gardes-côtes et canonniers matelots de la manière dont elle a été pratiquée jusqu’à présent, fut ainsi supprimée. Cette levée prive la campagne des gens les plus utiles à l’agriculture et est presque sans utilité pour le service du Roi.
    L’éloignement forcé des miliciens et matelots de leur famille, de leur pays, leur peu d’aptitudes pour un état dont l’exercice est absolument opposé au genre d’occupation pour lequel ils étaient nés et dans lequel ils sont exercés sont des moyens de destruction qui manquent rarement leurs effets
    Pour remplacer les levées et fournir au service du Roi les sujets nécessaires, il conviendrait de faire des engagements aux frais des trois ordres ou d’acheter des hommes de la même manière.
    Ces individus qui, souvent, sont des membres inutiles et quelques fois à la charge à la société, se donnant librement seraient plus propres au service et remplaceraient les gens essentiellement utiles à l’Etat dans la profession intéressante qu’ils exercent.
  • 4) Il est une réclamation très importante à formuler relativement à la perception des droits de contrôle.
    Cette formalité établie dans le principe pour l’intérêt des citoyens, pour assurer la date des actes est devenue pour eux une source d’embarras et d’inquiétudes pour les officiers de justice. Les lois qui régissent cette perception sont tellement multipliées et si peu claires que souvent les receveurs des domaines, eux-mêmes, sont incertains sur la manière de percevoir ; que, dans cette incertitude sur la manière de percevoir l’un perçoit un droit que l’autre ne perçoit pas et que dans les cas où ils croient qu’il est dû un droit lorsqu’ils en ignorent la quotité, ils exigent toujours le plus fort les parties ne connaissant et ne pouvant connaître si le droit est dû, ni à quelle quotité il est dû, payent induement et sans espoir de rapport.
    Il arrive encore souvent que les receveurs perçoivent en vertu d’ordres de régie ce qui expose les particuliers à l’arbitraire de la perception, il faut cependant qu’ils payent, le receveur étant autorisé à retenir l’acte qu’il prétend sujet au droit et même à poursuivre celui par lequel ils jugent que le droit est dû. Souvent, dans la crainte de ne pas payer des droits qui seraient exigibles, on soumet au bureau de contrôle des actes que le receveur déclare n’être sujets à aucun droit.
    Comme un acte passé devant un juge tel que les baux des biens des mineurs et autres de cette nature, que cependant ce receveur refuse constamment de viser ces actes et d’attester ainsi qu’ils ont été fournis à la perception de sorte que souvent un employé supérieur comme un vérificateur ou un inspecteur vérifiant les registres et jugeant que les actes sont sujets à des droits, verbalise contre l’officier dépositaire et les parties, exige l’amende maxima et souvent le double droit sans qu’on puisse se garantir de cet inconvénient n’existant aucune preuve que l’acte a été présenté au bureau.
    Il serait donc important qu’on répandit la clarté sur la perception des droits domaniaux quelconques, qu’il y eût des lois positives qui déterminassent d’une manière fixe et précise la nature des actes sujets à des droits et la quotité de la perception relative à chaque acte, que ces lois fussent promulguées de manière qu’elles fussent connues de tous les gens instruits et surtout des officiers de justice que toutes les contestations qui pourraient s’élever entre le receveur et les particuliers relativement soit à la qualité, soit à la quotité de la perception, fussent portées dans les tribunaux ordinaires de province.
    Enfin, qu’il fût défendu au receveur des domaines d’exiger aucun droit en vertu d’ordre de régie et qu’il leur fut enjoint de représenter à la partie lorsqu’elle l’exigerait la loi en vertu de laquelle ils perçoivent, même de la refuser dans l’acte de perception.
  • 5) Sa Majesté ayant accordé à la Sénéchaussée de Nantes le nombre de huit députés au Etats Généraux, il serait à propos que ces députés fussent choisis dans les différents cantons de la Sénéchaussée comme dans celui de Guérande, celui de La Roche Bernard, celui de Chateaubriant, celui d’Ancenis, le Pays de Retz et enfin la Ville de Nantes.
  • 6) Si, à l’assemblée des Etats Généraux, on conserve l’usage de voter par ordres, relativement à l’octroi des impôts il serait à désirer qu’on opinât par têtes lorsqu’il s’agirait de la répartition
  • 7) Il serait plus juste que les seigneurs de Bretagne, étant les héritiers des bâtards lorsqu’ils meurent sans enfant, fussent assujettis à les pourvoir au lieu et place des généraux de la paroisse qui en sont chargés actuellement.
  • 8) Il serait à désirer que les vassaux des Seigneurs ne fussent point assujettis comme ils le sont, à suivre le moulin du Seigneur ni son four banal cette obligation gênant la liberté publique.
  • 9) Il serait très juste que les lods et ventes qui se perçoivent en matière d’échange au profit du seigneur fussent supprimés, d’autant qu’on tient pour constant que ces droits ont été rachetés au Roi par les Etats de cette province.
  • 10) Il serait bon qu’il fut permis à chacun de détruire les animaux nuisibles aux récoltes, comme bêtes fauves, sangliers et lapins, cette dernière espèce entre autres étant très multipliée et faisant un dommage très considérable.
  • 11) Comme il est arrivé que des seigneurs ont plusieurs fois afféagé des vagues et communs situés dans les enclaves de leur seigneurie, sur lesquels les vassaux avaient des droits, il serait bon que, lorsque les seigneurs voudraient afféager en pareil cas, ils appelassent préalablement les riverains pour vérifier leurs titres et leurs droits, afin d’éviter les procès qui peuvent subvenir pour les droits à ces communs.

Il est sans doute d’autres réclamations à former mais elles n’échappent pas à la vigilance des membres éclairés et instruits qui concourent à la rédaction du cahier général qui sera porté par les députés aux Etats Généraux.
Telles sont les réclamations de la commune de la paroisse de St Hilaire de Chaléons, dont le présent cahier a été arrêté sous les seings des sieurs Biré, Joyau, Ceyssel, Gillard, Fillodeau, Jean François Chauvelon, Jean Leroux, Pierre Padiolleau, Julien Padiolleau, Olivier Boué, Pierre Masson, Jean Joseph Guitteny, Julien Boué, François Dupont, François André Chauvelon, Julien Bichon, Pierre Boué, Jacques Louërat, Pierre Loquet, Pierre Ferré, Jean Bruneteau, Maurice Gouy, Mathurin Paré, Mathurin Jean François Vrignaud et celui de Monsieur le Sénéchal, tous les autres ayant déclaré ne savoir signer, les dits jour et an que devant ».

Suivent les signatures au nombre de vingt trois, trois signataires énumérés ci-dessus n’ont pas signé, ce sont Julien Fillodeau, André François Chauvelon et Mathurin Paré.

Je ferai cependant remarquer que s’ils n’ont pas signé, ce n’est pas faute de savoir le faire car leur signature est apposée sur le procès- verbal d’élection des trois députés.

Nous retrouverons, hélas, parmi les tués, la plupart de ceux qui ont signé ces cahiers. Nous en retrouverons dans les deux camps. C’étaient, nous ne pouvons pas en douter, les hommes les plus instruits de la paroisse. Sur la cinquantaine d’électeurs qui sont portés au procès verbal, la moitié ne savait pas signer.

Lorsqu’en 1797 on enregistra les décès de la paroisse, nous ne retrouvons des signatures de 1789 que celle de Pierre Padiolleau

Nous venons de voir, à l’article 8, un voeu à propos du moulin et du four banal. Une petite explication s’impose : au temps de la féodalité, les seigneurs construisaient à leurs frais, ces outils collectifs indispensables que sont un moulin, un four, un pressoir, instruments trop coûteux pour être à la portée de toutes les bourses.

Pour assurer une clientèle stable et sûre à leurs entreprises et de ce fait, une rentabilité à leurs dépenses, les seigneurs disposaient du droit de banalité qui obligeait leurs vassaux à utiliser, moyennant redevance bien entendu, les installations établies par eux. Même quand ils conférèrent l’affranchissement à leurs gens, ce fut presque toujours sous la réserve qu’ils resteraient soumis à la banalité.

Ce droit enlevait au paysan la liberté de choisir son four ou son meunier, c’est pourquoi il était impopulaire.

L’article 11 parle, lui, d’afféagement. C’était un droit qui permettait au seigneur de céder contre redevance certaines parties de ses « terres nobles ».

Or, comme autour des villages il existait, il existe même encore, des terrains sur lesquels les habitants ont quelques droits d’usage ou de pacage, il arrivait que l’afféagement se faisait sans tenir compte de l’intérêt des usagers.

Depuis la Révolution, les mêmes protestations ont eu lieu contre certaines communes qui ont voulu vendre des communs de villages.

Les événements se précipitent :
La réunion des députés locaux

Les 2 et 3 avril 1789 eût lieu à Nantes l’assemblée diocésaine du clergé dans la grande salle des Jacobins. Le curé de St Hilaire y assistait, tant en son nom qu’en celui de représentant du vieux curé de St Cyr, Monsieur Marchesse. Il y avait également à cette réunion, Monsieur Cassin, curé de Chéméré.

Les députés élus et porteurs de revendications paroissiales ne se réunirent point le 7 avril comme prévu à Nantes, ce ne fut pas une petite affaire que d’accueillir, loger et nourrir tout ce monde.

La réunion eût lieu le 25 août. Il y eût 429 représentants, dont 36 du district de Machecoul, parmi lesquels Guitteny et Joyau pour St Hilaire.

Le grand espoir qui avait animé nos pères devait être de courte durée. Ces réunions d’hommes porteurs de multiples plaintes et doléances, ne pouvaient aboutir qu’à une grande confusion. Les lois s’attaquant aux privilèges de l’Eglise que j’ai énumérées plus haut, eurent un profond retentissement dans nos pays. Au cours de l’année 1790, il y eût beaucoup de changement.

Le district de Machecoul, le 15 janvier 1790, comprenait les paroisses suivantes : la Trinité et Sainte Croix de Machecoul, Saint Même, La Marne, Paulx, Bourgneuf, Saint Cyr, Fresnay, Saint Philbert, Saint Mars, Saint Lumine, Geneston, Montbert, La Chevrolière, Legé, Saint Etienne de Mer Morte, Touvois, La Benâte, La Limouzinière, Saint Colombin, Saint Etienne de Corcoué, Saint Jean de CorCoué.

C’est en 1790 qu’on lui rattacha un sixième canton, celui de Sainte Pazanne qui comprenait Port Saint Père et Saint Hilaire. Ce canton de Sainte Pazanne fut d’abord compris dans le district de Paimbœuf et passé ensuite dans celui de Machecoul.

Les intrus prêchent dans le désert

Dès 1791, la guerre religieuse est déclarée, on installe des municipalités patriotes. Ici, comme ailleurs, des hommes surtout dans le bourg, ont pris parti pour les idées, nouvelles.

Le gouvernement leur donne les pouvoirs. Ici, nous voyons Jean Bruneteau, le député de 89, Julien Padiolleau, Jean Chauvelon, Mathurin Jean, et Jacques Bossy. La plupart était du bourg.

Lorsqu’on exigea le serment des prêtres, il n’y eût dans le district de Machecoul sur 58 ecclésiastiques, que 6 à prêter serment dont Monsieur Marchesse, curé de Saint Cyr Boutgneuf. Les nôtres refusèrent ainsi que ceux de Sainte Pazanne. Le 28 mai 1791, ce fut l’installation à Sainte Pazanne du curé Bizeul. l y fallut des dragons.

Le 3 juin, on notifie au curé et maire de Saint Hilaire, Monsieur Letourneux, et à Monsieur Joyau, son vicaire, d’avoir à vider les lieux, faute de prestation de serment et, le lendemain 5 juin 1791, c’est l’installation du curé constitutionnel, Monsieur Guihéneuf. Le district envoya pour cette cérémonie 6 dragons en armes car nos pères étaient furieux de voir partir leurs prêtres et on craignait de voir le nouveau curé mal reçu.

Les chevaux furent logés chez un membre de la municipalité qui était Mathurin Jean, marchand boucher au bourg. On lui compta 17 livres et 10 sous pour la nourriture des chevaux.

Mais le curé installé, ça n’alla pas encore tout seul. Nos ancêtres ne voulaient pas aller à son office ; ils continuaient bien à venir au bourg, mais ils allaient au café plutôt que d’aller à l’église. La municipalité de Saint Hilaire s’émut de cette situation qui déplaisait au nouveau curé, aussi elle interdit aux cafetiers de servir à boire pendant la messe.

Un nommé Richard, qui était cafetier, avait enfreint ce règlement. Marié à la sœur de Louis Guérin, il était dans une famille tout à fait opposée aux idées nouvelles. C’est chez lui que se réunissaient les partisans de la cause royaliste. Aussi, on lui dressa procès-verbal pour avoir tenu son café ouvert pendant la messe.

Ici, le 11 décembre 1790, les scellés avaient été apposés sur les minutes des greffes des deux juridictions de la Chatellenie et du Prieuré de Chéméré, qui se tiennent à Saint Hilaire.

C’est en 1791 que, pour obéir aux décrets de l’assemblée constituante, l’état des biens et revenus ecclésiastiques fut dressé comme suit :

  • La Cure, maisons et dîmes, jardins, terres et prés : 41 journaux, 5 640 livres de revenus
  • La Fabrique : 2 journaux, 44 livres de revenus
  • La Commanderie des Biais, dont la maison est à Saint Père en Retz : 200 journaux, 72 livres de revenus.

Sur les 200 journaux appartenant à l’Ordre de Malte, le curé prélevait la dîme au 30e de leur revenu, soit en argent, soit en nature.

D’un pays à l’autre, les coutumes variaient beaucoup. Ainsi, à St Hilaire, le droit de boisselage se faisait non au boisseau mais à la gerbe. Chacun amenait son dû au presbytère, c’est d’ailleurs ce qui explique la hauteur de l’immense hangar de la cure. C’est là qu’on serrait les gerbes à la récolte et lorsqu’arrivait la morte saison, les paroissiens venaient, quartier par quartier, battre au fléau et vanner le grain du pasteur qui, à cette occasion, traitait parait-il si royalement son monde que, aux dires des anciens, ce battage était considéré plutôt comme une fête que comme une corvée.

La vente des biens ecclésiastiques a rapporté 12 400 livres.

En cette année 1792, Saint Hilaire a dû fournir un contingent de 72 hommes à la Garde Nationale du canton. Cet apport fut d’abord considéré comme une preuve du bon esprit qui régnait dans nos campagnes et les journaux de l’époque ne manquèrent pas d’en faire mention.

On vit plus tard que c’était une erreur. Cette apparente soumission n’avait fait qu’alimenter le feu de rébellion qui couvait en dessous.

Il en est cependant qui avaient pris de bon cœur ce devoir, en particulier un jeune homme de 24 ans, Julien Coignaud. On lui en fit grief, c’est pourquoi il fut arrêté l’année suivante et tué à Machecoul.

Le 12 septembre est le jour fixé pour l’embarquement des prêtres qui avaient refusé le serment.

Il en arrivait de partout, ceux du Mans, ceux d’Anjou, qui avaient été amenés à pied à Nantes, pour s’embarquer. Les nôtres, ainsi que tous ceux de la Loire-Inférieure, furent conduits à Paimbœuf où ils embarquèrent. Le convoi comprenait trois bâtiments : « Le Français » « Le Didon » et « L’Aurore ». Il embarqua les prêtres de la Sarthe, de l’Anjou et de la Loire-Inférieure. Parmi eux, nos prêtres de Saint Hilaire.

La traversée fut très contrariée par les tempêtes, mais les trois navires abordèrent quand même les côtes d’Espagne.

Ici, le mécontentement grandissait, les populations n’étaient pas sûres. Les 20, 21 et 22 septembre, on fit ramasser les armes par toute la commune de Saint Hilaire. Les soldats saisirent 48 armes déclarées et 14 non déclarées, la plupart en fusils de chasse. (J’ai trouvé la plupart de ces détails dans « Le district de Machecoul » de Lallié et dans le livre de J.B Chevas).

Le 22 septembre, la République était proclamée. Dans les cantons comme à Machecoul et à St Philbert, de grandes fêtes furent organisées. A Saint Hilaire, ce ne fut pas le cas, le curé Guihéneuf annonça la nouvelle en chaire et ce fut tout.

N’ayant plus d’auditeurs et ne se sentant pas en sûreté ici, il ne devait pas tarder à partir.

A Sainte Pazanne, les gens ne voulaient pas, non plus, aller à la messe de « l’intrus ». C’est ainsi qu’on appelait le curé constitutionnel. A cette époque, la location des chaises de l’église était faite comme le sont aujourd’hui les droits de place sur les marchés. Un adjudicateur prenait la location à forfait et se chargeait d’encaisser le prix des places.

Celui de Sainte Pazanne réclama au district pour faire résilier son contrat, car personne n’allait plus à la messe et il ne pouvait pas récupérer son forfait.

Au Moulin-Henriet, un Chartreux du nom de Clouet venait tous les dimanches dire la messe dans la petite chapelle de Monsieur de Charette de Boisfoucault. Les paysans venaient de partout, de St Hilaire, de Ste Pazanne et remplissaient pendant l’office tous les alentours de la chapelle, pour avoir le bénéfice de leur messe dominicale. Une plainte fut portée mais n’eut pas de suite car le Chartreux consentait à suppléer le curé constitutionnel de Basse-Indre, ce qui lui valut de ne pas être inquiété.

On enlève à nos paroisses leurs anciens noms. Saint-Hilaire s’appelle maintenant « La Fraternité ». On inaugure le calendrier républicain, mais, pour les paysans de chez nous, cette ère nouvelle coïncide avec le départ de leurs prêtres pour l’exil. Ils avaient bien accueilli l’idée des réformes de 89 mais ils ne s’attendaient pas à cette guerre religieuse.

Les affaires se gâtent

Il ne faut pas cependant croire que les habitants se laissèrent déposséder de leurs prêtres sans protester. L’histoire de notre paroisse voisine, Chéméré, est intéressante à cet égard. En août 1791, le curé et son vicaire Monsieur Robin, ayant refusé le serment, le district de Paimbœuf ne trouvant pas assez de prêtres assermentés pour desservir toutes les paroisses, décide que Chéméré serait réunie à Arthon sous le nom révolutionnaire de « Les Chaumes de Bec ».

Un grand mécontentement s’ensuivit, si bien que le district est obligé d’accorder dix pour cent à un receveur qui veuille se charger de recueillir les contributions de la paroisse, tant le désir de refuser l’impôt a monté les esprits. Le 25 août, Chéméré envoie une délégation à Paimbœuf pour demander au district la permission de rappeler ses deux prêtres. Le district refuse « parce que, dit-il, en supposant que ces deux prêtres s’abstinssent de discours séditieux, leur présence seule attirerait à Chéméré toutes les paroisses voisines et les prêtres constitutionnels seraient complètement abandonnés ».

Le 18 octobre, les habitants de Chéméré se réunissent en plus grand nombre et se rendent à nouveau au district où ils renouvellent la demande de rappel de leurs prêtres. L’administration, peut-être effrayée par leur grand nombre, les complimente sur la conduite légale qu’ils tiennent, mais elle n’en persiste pas moins dans son refus.

Les prêtres de Chéméré furent inscrits, eux aussi, sur la liste des prêtres soumis à la déportation, mais ils durent cependant y échapper car on ne trouve pas leurs noms sur la liste des passagers des navires dont je viens de parler.

Quelques étincelles. Les premières victimes

Les esprits étaient échauffés. Si ce n’était pas encore la révolte ouverte, c’en était du moins le prélude.

Tous les prêtres n’étaient pas partis. Il y en avait de téméraires qui se cachaient le jour mais officiaient la nuit. On refusait les services de l’Intrus, mais, la nuit, le peuple chrétien se réunissait soit dans une grange, soit dans une clairière, pour recevoir des mains du prêtre fidèle, les secours de la religion. Un peu partout, on forgeait des armes, on aiguisait des piques. Les meneurs circulaient déjà, entraînés par cette mystique de la rébellion qui flottait partout dans l’air.

L’année républicaine commença le 22 septembre 1792, qui devint le ler vendémiaire, an I. Les autres mois ne commençant pas toujours le 22, mais autour du 20 de chaque mois.

Dès le mois de brumaire an I, les hommes des villages s’étaient rendus à Montaigu pour y chercher des armes. Deux d’entr’eux y furent tués, ce sont Pierre Bichon, de la Milsandrie, 48 ans, tué à Montaigu et Jean Renaud 16 ans, de la Tartouzerie, tué au même lieu.

J’ai dit que la colère était au cœur des paysans. A l’approche de l’hiver, personne ne voulait livrer ni blé ni bétail, ni denrées d’aucune sorte pour les villes qui étaient, aux yeux de nos pères, les grandes responsables des lois maudites. La municipalité, talonnée par le district cherchait à stimuler le zèle des paysans. Nous comprenons d’autant mieux quelles pouvaient être les réactions de nos pères, que nous venons de vivre une période qui n’est pas sans ressemblance avec ce lointain passé.

Des élections eurent lieu à Saint Hilaire le 10 novembre. Louis Guérin et ses amis organisèrent une grande manifestation. Il y eut des coups de poings et aussi des coups de feu. La première victime fut Pierre Pouvreau, de la Carrouère, 38 ans, tué à Saint Hilaire, le 10 novembre 1792. Le mois suivant, un jour de réquisition où il y eut bagarre, Guillaume Bourriau, 50 ans, de Sauzou et Joseph Renaud, 22 ans, de la Jolinière furent tués à Sainte Pazanne où ils devaient livrer leurs produits. C’était en décembre 1792.

Les esprits étaient fort excités contre le nouveau régime. La municipalité patriote de St Hilaire s’efforçait de satisfaire aux exigences du ravitaillement, aussi elle était mal vue, car pour parer à la menace du 10 novembre, elle avait dû autoriser la garde du canton à faire usage des armes qui lui avaient été fournies par le district.

Le 11 janvier 1793, le département de la Loire-Inférieure prend un arrêté pour activer les recherches des ecclésiastiques insoumis.

Ici, c’est un ancien vicaire de Machecoul, l’abbé Jean Bodet, né à La Chapelle des Marais le 9 décembre 1750, qui exerçait en cachette son ministère. Malgré toutes les recherches, il s’échappa toujours. En mars 1797, on le signale encore rôdant dans nos parages. Ici, ses deux pied-à-terre étaient à La Boule dans l’excellente famille Masson et à l’Allée, où il y avait une famille Guérin.

Le 21 janvier, à l’annonce de la mort du Roi, on ne se retient plus. La forêt de Princé sert de quartier général à tous les mécontents qui ne tiennent pas à se signaler aux patriotes du bourg. Les municipalités ont reçu des armes pour se faire mieux écouter et elles surveillent même les rassemblements de la forêt. Il y eut en janvier un mort, Jean Gautier, de la Thibaudière, tué en forêt de Princé.

Un rapport administratif du district de Machecoul signale à cette date que « les paysans sont mécontents du nouveau régime à cause des contributions et surtout de la fuite ou de la persécution des prêtres. Les habitants refusent de seconder le gouvernement qui les blesse dans leurs affections religieuses. Les réunions dans les bourgs aux jours de fête n’existent plus et les commerçants et les débitants sont mécontents de voir leur commerce ruiné par ce changement. »

La vie est chère, les pauvres murmurent de ne plus avoir, dans leur détresse, leurs curés ou leurs religieux pour les secourir. Sur ces entrefaites, les trois décrets des 20, 24 février ordonnent la mise en réquisition de tous les célibataires de 18 à 45 ans et puis, appellent sous les drapeaux 300 000 hommes.

Le feu aux poudres

La Loire-Inférieure qui comptait 430 000 habitants, devait fournir 7327 soldats, mais, déduction faite des volontaires, il n’en fallait réellement que 3 693. Le district de Machecoul, qui comprenait les 25 communes énumérées plus haut, devait fournir 310 hommes

Nous avons vu dans les voeux de nos paroisses à quel point, même sous le règne de ce Roi qu’ils pleuraient maintenant, nos pères étaient hostiles au service militaire qui les déplaçait de leur milieu, de leurs habitudes familiales et religieuses auxquelles ils étaient si profondément attachés.

La grande Patrie, la France, celle qu’on leur disait en danger, et vers laquelle se ruait la coalition-étrangère, elle leur paraissait bien loin, et pour ce gouvernement nouveau qui faisait appel à leurs bras, ils n’avaient que de la méfiance et de la haine, ne voyant en eux que les persécuteurs de leur religion.

Emile Gabory nous dit bien que si on avait eu le temps de préparer l’opinion, d’expliquer les décrets, de faire comprendre quelles menaces pesaient sur nos frontières, la répulsion aurait été moins vive.

Mais les ordres devaient être appliqués sans délai. Vingt- quatre heures après la réception du document ministériel, les directoires des départements étaient tenus de répartir le contingent entre les districts et ceux-ci, dans le même temps entre les communes.

Celà fait, les municipalités devaient ouvrir un registre où « tout citoyen désireux de se consacrer au service de la Patrie » était invité à venir se faire inscrire.

Ici, le nombre des volontaires ne suffisait pas, alors les citoyens devaient se réunir et désigner les partants, à la pluralité des voix par le mode jugé par eux le plus convenable.

On a parlé de tirage au sort, de « tirement » comme disait les paysans de l’époque. Les ordonnances du gouvernement parlaient seulement d’un recensement général de la population pour connaître les possibilités de mobilisation et de désignation des partants.

Ce sont les jeunes gens eux-mêmes qui ont parlé de tirage au sort, car ils comprenaient bien que personne ne voudrait désigner des partants et que le seul moyen serait un tirage au sort.

Quand, dans nos petites bourgades, nous avons vu les occupants obliger les municipalités à désigner des travailleurs pour l’Allemagne et ces dernières employer, elles aussi, le tirage au sort parce qu’il n’y avait guère d’autres moyens, on se représente assez bien quelles colères un tel événement fit naître dans les coeurs vendéens.

La loi prenait pourtant des ménagements envers ce peuple qui avait cru en 1789 que la Révolution allait définitivement supprimer toutes les levées de miliciens, de canonniers et de gardes-côtes.

Les hommes mariés étaient exempts. Les citoyens qui s’étaient fait remplacer dans les précédentes levées, étaient écartés. Si on n’avait pas eu affaire à des esprits surexcités, ou encore si un assez long délai avait permis un peu de réflexion, le résultat aurait, sans doute, été moins brutal.

Ce qui exaspéra encore les esprits, ce fut l’article 20 du décret du 4 mars qui exemptait la plupart des fonctionnaires. Sous l’ancien régime, il y avait bien de plus scandaleuses exceptions, mais quoi ?... on venait de proclamer l’égalité !...

Tout cela, ajouté aux colères depuis longtemps accumulées, devait déchaîner l’orage.

La première opération de recrutement était fixée au 10 mars 1793. Ici, les officiers municipaux qui devaient prendre les inscriptions, n’osaient pas se réunir, ils avaient l’opinion contre eux.

Dès le 8, les Chauvéens avaient manifesté. Ils appartenaient au district de Paimbœuf. D’autres communes voisines se joignirent à eux. Ils allèrent chercher le châtelain de la Blanchardais, en Vue, qui s’appelait Danguy et qui était un ancien officier, mais trop vieux et presque aveugle. Ils voulaient en faire leur chef. Un autre, plus jeune et plein d’ambitions, Ripault de la Cathelinière, de Frossay, qui devait s’intituler plus tard, « Chef des armées catholiques du Pays de Retz » se joignit à eux ; ils se rendirent devant Paimbœuf pour manifester. Mais une canonnière tira quelques coups et la troupe se dispersa.

A St Hilaire, on devait fournir douze hommes. Personne ne se présenta. Il y eut cependant hésitation sur le côté où on devait manifester, car il n’y avait que quelques années que St Hilaire ne faisait plus partie du district de Paimbœuf.

Il y avait au bourg, un jeune marchand de beurre et volailles, Louis Guérin, qui parcourait, chaque semaine, les fermes de St Hilaire et de Chéméré pour son commerce. Il opinait plutôt pour se joindre aux troupes de La Cathelinière.

Ce 10 mars, les hommes allèrent cerner chez eux les membres de la municipalité en leur disant : « Le gouvernement vous a donné des armes, il nous les faut ». Et ils s’en emparèrent. Il y eut un tué au cours de la manifestation : Jean Boué, du bourg, 42 ans, tué à St Hilaire.

Le 11 mars, depuis les Mauges jusqu’au fond de la Vendée, il n’y eut qu’un cri : « A bas le tirage au sort ». Les gars de St Hilaire n’écoutèrent pas tous Guérin. Machecoul était le district qui avait donné les ordres maudits. En accord avec les gars de Ste Pazanne, de nombreux hommes foncèrent sur Machecoul et « ils ne furent pas seuls ». De St Philbert, de St Etienne, de La Limouzinière, de notre côté, St- Hilaire, Ste Pazanne, St Même et Fresnay, les routes étaient encombrées.

Le lendemain de victoire

Voyons maintenant la situation à St Hilaire, en ce lendemain du 11 mars.

La Cathelinière, battu à Paimbœuf, revient regrouper son monde en forêt de Princé ; Guérin était avec lui. Là, ils apprennent le succès de Machecoul. La vieille capitale du Pays de Retz était aux mains des rebelles ! C’est la victoire, il faut l’exploiter.

Longtemps, l’opinion avait été hésitante. Qui devait-on écouter ? Les hommes qui avaient pris parti pour la République ou ceux qui se portaient du côté de la rébellion ?

La Cathelinière qui tenait à avoir un commandement important, à recruter beaucoup de monde et qui n’avait pas pu prendre Paimbœuf, se dit : « C’est le moment d’agir ! ».

Il fait arrêter les suspects de Chéméré, d’Arthon et de St Hilaire, trois pays à proximité de son quartier général de Princé : « De cette façon là, se dit-il, tous les hommes seront obligés de se mettre avec nous ». Il fit donc, en tout, 30 prisonniers. A St- Hilaire, ils sont 7. Ce sont les membres de la municipalité, hommes du bourg pour la plupart et un jeune homme de 25 ans, qui avait servi avec zèle la garde nationale du canton au recrutement de 1792. Il était fils d’un charpentier du bourg, il s’appelait Julien Coignaud.

On les emmena à Machecoul et on s’efforça de recruter des soldats, car la bataille ne faisait que commencer.

Sans larmes et sans pitié

Voilà donc nos trente prisonniers aux mains de Souchu, en cette fin de mars 1793 et ce fut grand émoi, ce jour-là à Machecoul.

Un prêtre nommé Priou fut averti qu’il avait à les confesser pour l’exécution du lendemain. Il comprit tout de suite qu’il s’agissait d’innocentes victimes, n’ayant fait d’autre mal que d’opter pour la République.

Dans son « Charette », Lenôtre nous retrace cette soirée tragique qu’il situe au 8 avril.

« Charette, nous dit-il, fit appel aux prêtres de la région, les invitant à exhorter le peuple à la modération, il convoqua même à Machecoul des religieuses du Val de Morière dans l’espoir que leur présence et leur charité calmeraient les esprits surchauffés ».

Dès le soir de leur arrivée, l’abbé Priou vint, les larmes aux yeux, les prier d’implorer la grâce de ces trente malheureux. Il était 9 heures du soir. Ces vertueuses filles vont de corps de garde en corps de garde solliciter, pour ces pauvres hommes, mais comprenant que leur démarche serait vaine, elles se rendent au comité, y trouvent Charette, l’instruisent de ce qui se prépare, et aussitôt, il fait transmettre à tous les officiers l’ordre de respecter la vie de ces prisonniers sous peine d’être fusillés.

L’influence de Charette ne compta pas sans doute auprès de Souchu, puisque nos pauvres compatriotes subirent le sort commun.

Notre registre porte 4 tués le ler avril, ce sont : Julien Coignaud, 25 ans, charpentier au bourg, Pierre Amiand, 58 ans, de Noyeux, Julien Padiolleau, 52 ans, du bourg, Jean Bruneteau, 36 ans, tisserand à Noyeux.

Et 3 le 14 avril 1793 : Jean Chauvelon, 42 ans, forgeron au bourg, Mathurin Jean, 40 ans, boucher au bourg, Jacques Boucher, 41 ans, marchand au bourg, tous tués par les rebelles de Vendée.

J’ignore si, à Machecoul, Arthon ou Chéméré, les noms de leurs camarades d’infortune sont conservés, mais ici, sans le registre de l’an V, nous serions restés dans la plus complète ignorance, car, même Lenôtre fait erreur puisqu’il attribue ces 30 victimes à Arthon, Chéméré et Princé. C’est en place de ce dernier lieu, St Hilaire qu’il faut lire.

De mémoire d’homme

On est heureux de trouver écrit, chez un auteur comme Lenôtre, que je viens de citer, des détails sur les faits qui nous touchent de près, mais les témoignages oraux, conservés de père en fils, ont aussi leur précieuse valeur. En voici un que je tiens d’un homme de Port St Père et qui nous éclaire lui aussi, sur la mentalité un peu féroce qui anima nos pères au lendemain de la prise de Machecoul.

L’aïeul de mon narrateur était un brave paysan du coin, ayant ses habitudes religieuses qu’il ne changea point malgré les circonstances. Habitué à aller à la messe, il continua avec le curé constitutionnel, comme il le faisait avec le précédent, sans se soucier de ce que faisaient ses voisins qui ne le regardaient pas d’un trop bon œil, mais ne lui disaient rien.

Une fois Machecoul pris, il y eut changement de décor. Il reçut la visite de deux de ses compatriotes excités. Il les emmena à sa cave, croyant les calmer. Ce fut inutile. Les visiteurs importuns lui dirent : « Vous alliez à la messe de l’Intrus, suivez-nous à Machecoul où vous aurez à vous expliquer ».

Il comprit qu’il était perdu. Etant vigoureux, il bouscula en cours de route ses deux gardiens et s’échappa dans un bois. Il ne fut pas repris, s’étant éloigné de son domicile. La tourmente passa, mais le bonhomme ne put jamais digérer son arrestation et, dans sa vieillesse, quand arrivait l’heure de la messe, il prenait son paroissien et il ne fallait pas essayer, pour n’importe quelle raison, de le distraire de son office, mais il ne voulut jamais remettre les pieds à l’église.

Guérin

Nous allons suivre maintenant, dans leurs batailles au Pays de Retz, Louis Guérin et ses hommes, mais il n’avait pas avec lui tous nos compatriotes qui se battaient, il y en avait de partis au loin, au hasard des rencontres et des entraînements et, en ce mois d’avril 1793, nous trouvons trois victimes dans l’armée royaliste de Vendée : Marie Mossard, 22 ans, de la Robinière, tuée aux Chouzeaux, Montaigu, François Guilbaud, 58 ans, du bourg, F. Debec, 25 ans, de la Charpenterie, à l’Hôpital St Denis la Chevasse, Vendée.

Le 13 mars, La Roche Saint André, de la Noë Briord en St Cyr, à la tête des gars de Fresnay et St Cyr, et Guérin avec ceux de Chéméré et St Hilaire, prennent Bourgneuf dont la garde se replie sur Pornic, entraînant avec elle celles des Moutiers et de la Bernerie.

Le 15 mars, Guérin est toujours à Bourgneuf d’où il écrit à Souchu pour qu’il vienne lui chercher 14 prisonniers qui l’embarrassent.

Guérin, avec ses soldats, revient à St Hilaire, car le général républicain Canclaux, qui avait appris que les troupes rebelles étaient à Pornic, envoie ses troupes vers Ste Pazanne, pour réprimer le soulèvement. Ses soldats pillent tout sur leur passage. Guérin contourne la troupe de Ste Pazanne pour lui couper la route du retour à Nantes. Il la poursuit jusqu’à Rouans et Frossay, et finalement, les soldats de Canclaux trouvent un refuge à Paimbœuf. Le 6 avril, 315 gars de chez nous, conduits par Guérin, arrivent à Arthon où 700 hommes se joignent à eux pour protéger le château de la Blanchardais, en Vue que la garnison de Paimboeuf s’apprêtait à attaquer. Guérin lui fit faire demi-tour.

C’est au cours de cette expédition qu’un homme de la compagnie de Vue insulta Guérin, cherchant à exciter contre lui la troupe. Mal lui en prit. Guérin lui fendit la tête d’un coup de sabre.

On trouve dans la collection Dugast-Matifeux, la curieuse lettre suivante qui relate le passage à Arthon de la troupe de Guérin : « La municipalité de Bourgneuf au général Beysser, commandant d’armes à Machecoul : un rassemblement dans la forêt de Princé nous est toujours signalé. Hier, on a encore vu à Arthon des hommes passer, porteurs d’un signe de rébellion qui est la cocarde blanche et un petit coeur surmonté d’une croix. Ils s’arrêtèrent, au nombre d’environ 400, dans l’auberge d’un particulier nommé Brossaud. Ils avaient passé par Chéméré voisin d’Arthon et avaient excité les habitants à monter la garde. Ils se retirèrent ensuite vers la forêt de Princé, Rouans et Vue, qui paraîssent être dans la combinaison ... »

Le 21 avril, Guérin est à Bourgneuf, mais le 22, Charette est chassé de Machecoul, le 26, Guérin à son tour est chassé de Bourgneuf.

Le général républicain Beysser a repris ces deux villes. L’armée royaliste fuit vers la Vendée.

A la porte de St Hilaire, l’ancienne chatellenie du Bois- Rouaud est aux mains des républicains qui y groupent les vivres et les bestiaux qu’ils réquisitionnent aux alentours. Le 25 avril, les habitants de Chéméré profitent de ce que les soldats sont à la bataille de Bourgneuf. Ils envahissent le Bois-Rouaud pour reprendre possession de leurs bestiaux et de leurs denrées.

Au mois de mai, Guérin reprend Bourgneuf où Beysser avait à son tour, fait fusiller de nombreux royalistes. Le quartier général des Paydrets était Chauvé et leur refuge principal la forêt de Princé, plantée par Harscouët en 1073 et qui avait été si longtemps un repaire de voleurs.

Au cours du mois de mai, nous dit Chevas, Guérin établit son quartier général à Bourgneuf. C’est de cette ville que le 30 août, il fait publier un règlement pour la garde des places soumises aux royalistes. Outre la signature de Guérin, avec le titre de commandant, ce règlement, en six articles, porte encore celles du Conseil Provisoire, Garnier, Musseau et Pierre Boulat, président.

Pendant cette occupation de Bourgneuf, les royalistes cherchent à recruter, de gré ou de force, surtout parmi les cultivateurs. Ainsi, Joseph Brossaud, ayant fait une plus vive résistance que les autres, est emprisonné et Guérin, projetant une excursion sur le Port St Père, fit placer ce malheureux en tête de l’armée royaliste pour recevoir les premiers coups de feu.

Le 31 août, les paysans, enhardis par le succès de leur première attaque du Bois Rouaud, renouvellent la tentative et réussissent à reprendre les bestiaux. Ils arrêtent les gardiens et les envoient à St Père en Retz où se tenait un état major royaliste. Un de nos compatriotes y fut tué parce qu’il s’était mis au service des Bleus. C’est François Legros, 35 ans, marchand au bourg, tué par les rebelles de Vendée, en août.

Les massacres

A Paris la Convention, exaspérée par l’insuccès de ses troupes, lance le mot d’ordre inexorable : « Le pays sera incendié, rasé, ses habitants tués ».

Turreau est chargé de cette besogne, pour laquelle il recrute des soldats de qualité douteuse, qui formèrent les trop fameuses Colonnes Infernales.

L’an premier s’achève. Il y a eu 19 tués à St Hilaire. Maintenant, les gars de chez nous se battent au loin, en Vendée.

En ce mois de vendémiaire an II, septembre-octobre 1793, 5 tués : Jean Toiret, 35 ans, de la Robinière, tué à Tiffauges, Jean Garnier, 28 ans, de la Richerie, tué à Nantes, Jean Gravouil, 22 ans, de la Milsandrie, tué en Poitou, Jean Pacaud, 53 ans, de la Milsandrie, tué à Montaigu, veuve Michel Gautier, 52 ans de la Gilardière, tuée à Saint Christophe du Ligneron.

Tous les historiens relatent la présence d’un bon nombre de femmes dans l’armée royaliste. Il ne faut donc pas s’étonner de voir quelques unes de nos compatriotes figurer dans cette liste funèbre.

Nous voici en brumaire an II, octobre-novembre 1793. Trois tués parmi les armées de la République : Jean Gouis, 24 ans, de la Lorière, tué à St Hilaire, Etienne Masson, 22 ans, de la Tartouzerie, tué à Machecoul, François Dupont, 72 ans, du Poirier Chapelet, tué à St Hilaire (ce dernier, un de mes aïeux paternels).

En cette fin de novembre, nouvelle attaque du Bois Rouaud, où l’armée républicaine groupe les bêtes et les denrées prises dans la région. Les Bleus avaient embauché dans la région des gardiens car ils n’avaient pas assez de soldats pour parer à tout.

Nos ancêtres, résolus à supprimer ce magasin si gênant pour eux, décidèrent d’en finir une fois pour toutes. Le Bois Rouaud fut pris et les bâtiments incendiés. Tous les gardiens et soldats furent emmenés à l’emplacement du petit bosquet qui est près de La Blanche et y furent tués et enterrés. On appelle toujours ce petit coin « Le charnier aux chiens ». C’est ainsi que nos pères avaient appelé le cimetière de leurs ennemis.

Deux hommes de chez nous y périrent : Julien Renaudineau, 56 ans, de la Davière et Pierre Bichon, 57 ans, du Temple, tués au Bois Rouaud par les rebelles de Vendée. Cela porte à dix le nombre de nos compatriotes tués dans le camp républicain. Nous n’en verrons plus d’autres au cours de cette étude.

Guérin est avec ses soldats dans l’armée de Charette qui bat ses ennemis aux Quatre Chemins et aux Herbiers. Les Colonnes Infernales de Turreau en profitent pour déferler sur tout le Pays de Retz.

Nous ne voyons qu’une seule femme victime des Colonnes Infernales au cours de ce mois. C’était le début. Elles ne furent hélàs ! pas longtemps épargnées, nous allons le voir à l’instant. Jordy et Guillémé sont les lieutenants qui opèrent par ici. Ils donnent l’ordre de tout massacrer. Le 28 décembre, ils tuent, en forêt de Princé, 300 personnes dont le seul crime était de fuir le massacre à domicile. Le général Haxo qui était un chef plus humain et qui s’efforça toujours de freiner les ordres impitoyables de Turreau, leur reprocha vivement leur cruauté qui fit périr une famille entière de notre bourg, comme nous allons le voir à l’instant.

Nous voici en frimaire an II, décembre 93 janvier 94, 35 tués. Il n’y a plus, nous le voyons, aucune retenue : femmes et enfants ne sont plus respectés.

Je ne puis pas ne pas dire un mot de ce triste drame de la Petite Davière qui marque cette fin d’année 1793.

Les deux frères Briand qui avaient épousé deux sœurs, y étaient fermiers. Ils avaient suivi Louis Guérin dans l’armée de Charette. Les Colonnes Infernales se vengèrent sur leurs femmes et leurs enfants. Anne Briand, 26 ans, fille de Pierre, effrayée par le massacre, empoigne sa petite soeur Elisabeth, âgée de 4 ans, et toutes deux, se jetèrent dans le ruisseau et s’y noyèrent. Le registre ne mentionne pas la cause de ces deux décès.

Au mois de mai suivant, leur frère Guillaume, 22 ans, mourait de maladie, dit le registre et en août, François Briand, dont on a tué la femme et les trois petits, succombait à son tour de maladie aux armées. On n’est pas sans penser que ces maladies peuvent bien avoir eu pour cause le chagrin.

La soeur Briand, qui était mariée à la Rotardière, fut tuée, elle aussi, ainsi que son mari.

Rien qu’à parcourir la liste des tués, on se rend compte du triste état de notre pays. Les uns sont tués à Bourgneuf, à Prigny, les autres à Ste Pazanne, à Princé, à Rouans.

C’est l’affolement, le sauve-qui-peut, nos ancêtres n’étaient plus que des nomades vivant dans une errance perpétuelle de taillis en taillis, cherchant à soustraire leurs famille au meurtre, au viol, à l’incendie.

L’état sanitaire était tombé très bas. Les soldats de Turreau semaient après eux la syphilis qui causa tant de victimes dans tout le pays insurgé. Rien qu’à St-Hilaire, au cours de l’an 11, qui fut l’époque des Colonnes Infernales il y eut 93 décès par maladie, et parmi ces 93 morts, j’ai constaté que 54 d’entr’eux n’avaient pas atteint l’âge de 25 ans.

Flux et reflux

Le courant était fort entre Bourgneuf et notre petit coin. Nous faisions pourtant partie du canton de Ste Pazanne, mais ce n’est point de ce côté que les chefs royalistes tournaient leurs regards. La raison est facile à deviner, c’est l’attirance de la mer, du port, qui tentait Guérin dès ses premières sorties. Il faut bien comprendre aussi que, du fait de ce port, les relations commerciales entre St Hilaire et Bourgneuf étaient actives et ont duré longtemps après la Révolution.

On peut donc bien dire que l’attrait de la voie maritime a été aussi grand pendant la guerre que durant la paix et c’est pourquoi on verra si souvent les troupes de Princé attaquer Bourgneuf et celles de Bourgneuf rendre les coups.

Aussi Bourgneuf a-t-il été souvent pris et repris par l’une ou l’autre armée, mais ses habitants, malgré la pression et la propagande royalistes, penchèrent plutôt du côte de la République, et lorsque le 30 septembre 1793 Bourgneuf fut à nouveau pris par les troupes rebelles, plusieurs des hommes valides s’engagèrent dans la garde nationale de Paimbœuf.

Les royalistes en furent très mécontents et ils se vengèrent sur les hommes restés au pays. Quarante d’entr’eux furent emmenés à Princé, la plupart furent tués. On rapporte que Mathurin Batard, du Fief Guérin, y périt avec ses deux fils dont l’un fut mis en croix au portail du château.

La garnison de Bourgneuf rendait les coups, elle se faisait aider par les jeunes gens. Aussi, lorsque le district parla de les mobiliser, le commandant de Bourgneuf écrit à Vimeux : « La jeunesse de Bourgneuf nous est très nécessaire dans nos expéditions de la forêt de Princé. Elle combat et elle nous guide, mais elle est en réquisition et elle va partir. Je doute qu’elle puisse être plus utile à la République ailleurs que dans ses foyers. »

Le 14 février 1794, au cours d’une sortie en forêt de Princé, la garnison de Bourgneuf arrêta comme suspectes 49 personnes et les ramena à Bourgneuf.

En ce début de 1794, Guérin était avec tous ceux qui l’avaient suivi dans l’armée de Charette. Le 8 février, il se battait à St Colombin. Par ici, c’est Ripault de la Cathelinière qui dirige la lutte. Il tient son quartier général en forêt de Princé où de temps en temps la garnison républicaine de Bourgneuf vient l’attaquer. Lui-même sortit de sa retraite puisque le 22 janvier il est au Collet. Le 9 février, apprenant l’arrivée des Bleus, il vient les attendre à St- Hilaire, dissimule ses soldats autour du bourg, et inflige aux Bleus une véritable défaite. C’est la seule bataille en règle qu’on signale à St- Hilaire.

St Hilaire est devenu un vaste cimetière. Il y eut des cadavres enterrés partout, dans les jardins, dans les champs. Longtemps après, en creusant une banquette ou en débouchant un chîntre, les paysans trouvaient les squelettes des victimes enterrées sur place.

Les gens ici, quand il s’agissait d’un ennemi, ramassaient quelque objet souvenir. Dans ma jeunesse, il y avait dans bien des tiroirs, des boutons de capote des soldats républicains avec la grenade de cuivre, qui avaient été collectionnés comme trophées de guerre.

La lassitude

En parcourant la liste des victimes, on voit un grand nombre d’hommes en âge de porter les armes, tués à leur domicile. C’est donc qu’ils n’étaient pas aux armées. Beaucoup d’entr’eux revinrent et c’est bien naturel pour protéger leurs familles contre les agissements des soldats de Turreau et ils périrent chez eux. Quand arrivait la saison des travaux, tous étaient curieux de venir faire un petit tour à la ferme.

Mais, en ce printemps 94, personne ne pouvait plus rester chez soi, nos aïeux vivaient dans un vagabondage perpétuel. En parcourant la liste de ce mois, on comprend qu’on n’avait plus tant confiance en la cachette de la forêt de Princé. n en voit de tués un peu partout, à St Mars, à Bourgneuf et aussi dans les bois de la Boutinière, qu’on croyait plus sûrs que les autres cachettes.

Le 17 février 1794, Haxo écrit à Vimeux : « J’ai fait attaquer pendant trois jours les rebelles dans la forêt de Princé, environ 700 y ont été tués, notre perte a été peu considérable ». Le 22, il écrit encore « Hier et avant hier, j’ai battu les brigands dans la forêt de Princé, hier, une colonne venant de Paimbœuf s’est réunie à moi, nous les avons mis en pleine déroute. Enfin, ce qui reste est peu de chose ». Le 23, le général Dutruy fait encore attaquer la forêt et tous ces combats ne sont plus qu’une déroute pour les royalistes.

Le 9 juin, Lefaivre écrit encore à Vimeux, de Paimbœuf « Hier, il a été fait une expédition générale par toutes les forces disponibles de l’arrondissement sur la forêt de Princé. On y a trouvé 16 chevaux et beaucoup de bestiaux. Un grand nombre de brigands y ont péri ! ».

Le 18 juillet, il écrit encore : « La forêt a été fouillée le 14. Soixante brigands ont péri, on y a trouvé une pièce de huit cachée sous terre. Les brigands volent des chevaux toutes les nuits pour les faire passer à Charette ».

Le 21 septembre, 1 000 royalistes se réunissent encore en forêt de Princé, attendant pour se mettre en campagne l’issue d’une tentative de débarquement que les Anglais doivent faire dans la Baie de Bourgneuf. Ce rassemblement se disperse, la tentative ayant échoué.

Toutes ces citations nous montrent quel rôle important ont tenu ces deux pôles opposés, Princé et Bourgneuf, et si St Hilaire a été si éprouvé, c’est bien parce qu’il se trouvait coincé entre les deux.

Les paysans avaient vidé leurs fermes, il y eut une autre conséquence : c’est que les Bleus ne trouvaient plus de ravitaillement ce qui provoquait chez eux, un surcroît de colère.

Mais à ce métier de massacreurs, les soldats républicains perdirent toute qualité combative. Ils cherchaient à éviter la lutte avec l’armée vendéenne. Il leur était plus facile de rôder autour des villages et de tuer quelques habitants.

Quand Guérin eût abandonné le refuge intenable de Princé, un grand nombre de ses hommes ne voulurent pas le suivre, ne voulant pas s’éloigner de leurs demeures, où ils venaient de temps en temps prendre un peu de repos, tandis que leurs femmes et leurs enfants, sentinelles vigilantes, surveillaient l’approche des détachements républicains.

Aussitôt, à la tête de la division du Pays de Retz, il partit rejoindre Charette et l’atteignit le 5 mars dans la matinée à Vivautière, commune de Beaufort. Un paysan accourt en criant : « Monsieur de Charette, voilà les Bleus, voilà les Bleus ! ». Presqu’aussitôt, l’avant-garde de la division d’Haxo apparait au fond de la lande.

Par ici, il y avait toujours des sorties sanglantes des garnisons voisines de celle de Bourgneuf, surtout, et ce qui faisait que ces coups de mains étaient si meurtriers, c’est qu’il y avait parmi nos ancêtres des hommes qu’on appelait « les conducteurs de Bleus » qui, moyennant finances, leur indiquaient les manoeuvres et les cachettes des gens qui n’avaient pas épousé la cause révolutionnaire...

Par la lettre du commandant de Bourgneuf, nous avons déjà vu que les Bleus aimaient à avoir, pour ce rôle là, des petits jeunes, plus faciles à influencer que les vieux. Il y avait à cette époque deux moulins à Malabrit, l’un tenu par les Chauvelon, l’autre par les Menanteau. On m’a cité le cas du petit Menanteau, un gamin de 15 ans, qui conduisait un cheval dans un combat de l’armée royaliste. Il fut pris par les Bleus. Ces derniers ne lui firent pas de mal, mais au contraire l’utilisèrent en raison de sa parfaite connaissance des chemins et des sentiers pour les guider dans leurs sorties.

Mirabeau de Noyeux

D’autres hommes, par appât soit de l’argent soit des faveurs républicaines, se mirent volontairement au service des Bleus. Le plus célèbre d’entr’eux à St Hilaire, c’était un nommé Renaudineau, de Noyeux, qui reçut à cette occasion, le surnom de « Mirabeau ». J’aurai, plus loin, l’occasion de parler de lui. Son nom était cité avec beaucoup de mépris, pendant plus d’un siècle dans la commune et ses descendants, tant qu’il y en eût ici, eurent à souffrir devant l’opinion de cette tache de leur ancêtre infidèle.

La légende n’a pas manqué de s’emparer de sa mémoire. L’époque était fertile à l’éclosion de ces légendes qui furent la vengeance de nos aïeux envers celui qu’ils considérèrent toujours comme un ennemi et comme un traître. Il eût pu y en avoir de plus graves et on s’étonne même que Mirabeau ait pu mourir dans son lit. C’est pourtant ce qui lui arriva le 11 mars 1821, il avait alors 58 ans.

Mais dès qu’il tomba malade, un corbeau se mit à tournoyer au dessus de sa demeure. A mesure que s’aggravait la maladie, la troupe des corbeaux augmentait. Et lorsque la mort fit de lui un cadavre, il en vint de tout le pays insurgé. Les corbeaux furent aussi nombreux que les tuiles de la maison sur laquelle ils se posèrent pour entonner le sinistre concert en l’honneur du gredin de Noyeux.

Les petits enfants, à qui il avait toujours été indiqué comme un damné, ne comprenaient pas qu’on l’ait enterré dans ce lieu béni qu’était le cimetière « Il n’y restera pas, leur fut-il répondu, car on a mis dans sa châsse une lourde pierre qui le fera descendre directement en enfer ».

La Planche - Guérin

Je reviens à la famille Guérin. Louis Guérin, le lieutenant de Charette dont j’ai déjà parlé et dont je reparlerai plus tard, avait deux frères avec lui aux armées. François, l’aîné, qui ne conquit aucun grade et Jean, qu’on appelait Guérin le Jeune, qui fit la campagne en qualité d’officier.

François était marié avec Anne Masson, fille de Pierre Masson, de la Boule, famille de mœurs très patriarcales et connue pour son dévouement à la cause catholique. Quand François Guérin fut parti aux armées, sa femme s’en retourna chez sa mère, à la Boule. Les Bleus en voulaient à la famille Masson qui était soupçonnée de donner asile aux prêtres et le détachement, venu de Port St Père avait l’ordre d’opérer à la Boule. La mère et la fille s’étaient cachées dans le petit bois, près du pont de la Caillaudrie. Le bois fut fouillé et la mère Masson fut tuée dans sa pièce à côté du bois où elle cherchait refuge. Sa fille reçut, elle aussi, un coup de sabre et fut laissée pour morte.

Les Bleus partis, elle eut le courage de se relever, et retenant ses entrailles dans ses mains, elle se traîna jusqu’au bourg. Elle n’eût pas la force d’aller jusque chez elle, il lui fallut s’asseoir sur une pierre située à l’angle de la rue en face de l’église, à l’emplacement de la vieille forge et elle y mourut. Les Guérin, quelques jours auparavant se battaient avec Charette pour reprendre Legé. Ils y réussirent mais il y avait eu tant de morts que l’odeur des cadavres les chassa de la ville. Charette revint vers Machecoul où il échoua. Il se décide à gagner la forêt de Princé.

Depuis longtemps, il avait promis à Guérin qu’il aimait beaucoup, de faire une visite à la maison familiale de St Hilaire. En partant de Machecoul, Charette dit à Louis Guérin « Je passe la nuit chez toi ».

En arrivant à Ste Pazanne, Guérin, qui connaissait bien le pays, fut chargé de commander l’avant-garde. En arrivant au ruisseau de la Petite Davière, les coups de feu crépitèrent. C’était le détachement de Port St Père qui revenait d’opérer à la Boule. Les Bleus, en voyant arriver les ennemis avaient retiré la planche qui servait de pont pour passer le ruisseau.

Embusqués dans les haies du côté de St Hilaire, ils croyaient bien empêcher la traversée du ruisseau. Louis Guérin qui était fort et brave, apercevant la planche de l’autre côte, n’hésita pas un instant. Malgré les balles qui pleuvaient, il se jeta à l’eau, sauta de l’autre côté et remit la planche en place. « Passez maintenant les gars, leur dit-il ». Les Bleus qui étaient une trentaine, furent effrayés par tant d’audace et ils firent « Camarades ! »

Louis Guérin dépêcha quelqu’un pour aller dire à Charette que la route était libre. Il confia à son frère François la garde des prisonniers en attendant le général qui devait déciaer de leur sort et Louis Guérin courut au bourg avertir sa mère de tout préparer pour recevoir celui qu’on devait appeler plus tard « Le Roi de la Vendée ». Il trouva la maison en larmes, sa belle-sœur tuée et il n’y eut aucune réception possible.

François Guérin, pendant ce temps, en gardant ses prisonniers vit s’approcher de lui « Mirabeau » de Noyeux dont j’ai déjà parlé. Il jouait ce qu’on appelle de nos jours « un double jeu » et n’était pas encore connu pour être conducteur des Bleus. « Mon pauvre François, fit-il en l’appelant à l’écart, sais-tu le malheur qui t’arrive, ta femme vient d’être tuée ! ».

François Guérin, qui était très coléreux, saisit son arme en disant des prisonniers « Je les tue tous ». Il avait commencé sa vengeance lorsque Charette qui arrivait à cheval, entendant ce vacarme, s’élance derrière François Guérin et le saisit rudement à l’épaule. « Qui ose me toucher ainsi ? » dit François en se retournant rouge de colère. « C’est ton général » lui fut-il répondu « Cesse ton massacre ». « Ils ont tué ma femme ! » « Je te défends de les tuer sans enquête et sans jugement ». Il lui fallut obéir.

C’est en souvenir de cette journée que ce passage et plus tard le pont qui date de 1848 portent et porteront longtemps sans doute le nom de « Planche-Guérin » en mémoire du geste courageux de notre compatriote.

La venue de Charette en forêt de Princé avait été éventée. La garnison de Paimbœuf l’y attendait et lui fit perdre 700 hommes. Il dut rebrousser chemin.

La mère Guérin, née Bruneteau avait exercé avec son père le métier de volailler, allant dans les fermes acheter beurre, œufs et volailles, pour les vendre à Nantes. C’est elle qui avait orienté son fils Louis vers ce commerce qu’elle aimait beaucoup.

Elle avait cédé sa buvette à sa fille qui était mariée à un nommé Richard, celui qui avait récolté un procès pour avoir servi à boire pendant l’office du curé constitutionnel Guihéneuf. La mère Guérin eut grand chagrin de ne pouvoir accueillir Charette comme elle avait rêvé de le faire.

Mais elle allait payer sa fidélité à la cause vendéenne et nous la trouvons la première sur la liste de ce mois de floréal. Les Bleus voulurent se venger de leur échec à la Planche-Guérin. Aussi, lorsque Charette eût quitté la région, ils vinrent attaquer et piller le bourg. Toutes les maisons furent mises à sac ainsi que les caves et l’église fut incendiée ce jour-là. Ils tuèrent la mère Guérin après avoir dévalisé sa maison.

En entreprenant ce travail, je comptais trouver un rapport entre les événements généraux de la guerre et la liste de nos tués. Bien souvent, j’ai été déçu en voyant que la date de décès des tués de Pornic, par exemple, ne correspondait pas avec l’époque où une bataille était signalée au même lieu.

Sauf pour les victimes de Souchu, dont les dates de décès concordent bien avec celles des massacres. Le rappel de Turreau, lui aussi, se traduit immédiatement chez nous par une baisse de la mortalité, ce qui nous prouve que sa présence aux armées eut une fâcheuse influence sur les massacres de notre petit pays.

Emile Gabory nous dit que ce Turreau, passé plus tard au service de Louis XVIII, vint accompagner le Roi dans nos pays de l’Ouest au cours d’une inspection. En ces temps où l’épuration est tellement à la mode, on a du mal à comprendre comment nos pères ont pu recevoir chez eux, celui qui avait fait tant de victimes.

Nous voici en prairial, an 11, mai-juin 94, 15 tués.

Le registre de l’an V
Le difficile retour à la paix civile et religieuse

Alors que la mort fauchait à si grands coups dans les rangs de nos ancêtres, il n’y avait personne pour enregistrer les décès et, s’il n’y avait eu que la mémoire infidèle des hommes, nous ne nous ferions pas une idée exacte de l’importance de cette sanglante aventure.

Mais en 1795 parut une loi ordonnant aux communes de reconstituer, d’après les déclarations des survivants, les actes de décès survenus au cours de ces terribles années. A St Hilaire, le travail fut commencé en janvier 1797.

La première déclaration a été enregistrée le 12 nivôse an V (Janvier 1797), la 374e le 8 thermidor an V (fin juillet 97).

Celles qui ont été enregistrées par Ste Pazanne et par Honoré Loquai ne le furent que trois ans plus tard, en l’an VIII.

Il s’agissait certainement là de décès qui avaient été oubliés au cours des premières opérations. On ne peut pas s’en étonner car il ne pouvait manquer de régner une grande confusion et un grand désordre.

Les quatre dernières déclarations sont datées du ler messidor an VIII. Elles ont trait aux défunts de la famille Chauvelon, de Malabrit. J’ai su, par un de leurs descendants, que les survivants de cette famille Chauvelon n’étaient revenus au pays que bien des années après.

Il y a, sur le registre, 380 déclarations de décès mais quatre d’entr’elles unissent le mari et la femme tués le même jour et au même lieu, ce qui porte le nombre des morts à 384. J’ai compté comme victimes de guerre ceux qui sont morts en prison ou de maladie aux armées. Leur nombre est de 216 et il y a 168 décès par maladie.

Chaque déclaration était faite par trois témoins, quelquefois quatre, généralement du même village, qui faisaient enregistrer par les commissaires les morts de leur famille et de leur quartier, avec le lieu de décès. La date est souvent approximative : on donne le mois, rarement le jour. Les circonstances sont indiquées, on y lit : « Tué par les armées de la République » ou « Par les troupes républicaines » et dans l’autre camp « Par les rebelles de Vendée » ou « Par les brigands ». Pour les autres : « Mort de maladie » à son domicile ou ailleurs.

Les commissaires effrayés, sans doute par l’énormité de leur tâche, ont certainement fait abréger les déclarations. C’est dommage.

En 1809, on trouve sur le registre treize déclarations de décès de la période troublée. Neuf de ces décès figurent au registre de l’an V, les dates cependant diffèrent souvent.

J’ai ajouté aux listes mensuelles les quatre tués non signalés de l’an V.

Ce qu’il y a de plus précieux, ce sont les détails qui accompagnent chaque déclaration. Quand on lit, par exemple, que le 13 avril 1794 un homme de Noyeux est tué sur les terres de la Boule, on voit qu’il y a eu combat le jour où la famille Masson a été attaquée.

Toutes ces déclarations sont de la même encre. J’en cite quelques unes pour nous éclairer sur le caractère de « guérilla » de taillis en taillis qui se pratiquait alors. On y voit : tué près le bourg, tué sur la métairie du Cartron, tué près du village de la Milsandrie, tué sur les terres de la Davière, tué dans les prairies de Retz, en Chéméré, tué à Princé, canton de Pierre Levée etc...

Je vais donc dire un mot des familles les plus éprouvées. J’ai déjà parlé de la famille Briand, de la Petite Davière, où il y eut onze décès. Dans la famille Loquai, de Maubusson, il y en eut dix, six tués et quatre décès par maladie. Chez Guérin, nous l’avons vu, il y eut trois tués et cinq autres décès. Les deux autres déclarations de François Guérin étaient pour ses beaux-parents, de la Boule.

La famille Couillaud, de la Davière, fut aussi très éprouvée. Nous y voyons la mère, quatre filles et un gendre, tous tués par les armées de la République. Quatre ont été tués le même jour.

Il y eut

  • en l’an I, 11 tués, 27 décès par maladie, 14 en dessous de 25 ans et 13 en dessus.
  • En l’an II, 195 tués, 95 décès par maladie, dont 54 au dessous de 25 ans et 41 au dessus.
  • En l’an III, 9 tués, 36 décès par maladie dont 17 en dessous de 25 ans et 19 au dessus.
  • En l’an IV, un tué, 9 décès par maladie, dont 5 au dessous de 25 ans et 4 au dessus.
    Voici maintenant les villages les plus éprouvés : le bourg eut 45 tués, la Davière 20, la Milsandrie 17, Noyeux 14, la Tartouzerie 11, la Carrouère 10, le Temple 9, la Robinière 9.

Il est assez difficile de distinguer parmi tous ces tués ceux qui furent effectivement combattants de ceux qui ont été simplement victimes des Colonnes Infernales.

Pour établir quel pouvait être l’âge moyen des combattants, il nous faut donc délaisser tous ceux qui ont été tués à St Hilaire, à Princé et à Ste Pazanne.

Parmi les 39 qui ont été tués au loin, on en compte 4 qui avaient dépassé la cinquantaine, les plus jeunes avaient 16 ou 17 ans. L’âge moyen est de 33 ans. Le nombre des tués s’établit de la façon suivante : à l’intérieur de la commune 119, en forêt de Princé 30, à Ste Pazanne 18, à l’extérieur 39, tués du côté républicain 10. Avec les quatre noms du registre de 1809, nous trouvons donc un chiffre de 200 tués.

Le recensement de 1779 évaluait la population de St- Hilaire à 1 150 habitants. Celui de 1789 à 1 150 habitants également, celui de 1800 à 844 habitants. Dès l’année 1821, ce chiffre était remonté à 1 429 habitants

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