Le prieuré de Saint-Philbert de Grandlieu

vendredi 30 juillet 2010, par Edmond Héry +


Après les invasions normandes et la fuite du monastère par les moines vers Tournus, le prieur de Tournus renvoya quelques moines à Saint-Philbert pour veiller sur ses biens que les seigneurs voisins auraient facilement accaparés. C’est ainsi que naquit le prieuré, adossé à l’église abbatiale.


Les origines du prieuré

C’est sur les ruines de l’abbaye bénédictine de Déas, créée par diplôme de Louis le Débonnaire, le 16 mars 819, que fut fondé le prieuré. En effet, les moines de Saint-Filibert, fuyant les incursions normandes, après avoir quitté leur monastère d’Eri (Noirmoutier), durent aussi bientôt abandonner leur refuge sur le continent, l’abbaye de Déas (St-Philbert de Grandlieu) et, emportant le corps de leur saint fondateur, se réfugier à Tournus (Saône et Loire), loin des pillards, et dans le calme retrouvé.

Mais, qu’allait-il dès lors advenir des biens et propriétés des moines après leur départ et l’abandon de leur monastère de Déas ? Tout serait -il laissé aux convoitises des seigneurs du voisinage et au carnage des terribles Vikings ? Certes, le pays fut saccagé. Seul, bien caché au chœur de l’église conventuelle, muré aux regards, restera intact le tombeau de marbre bleu du thaumaturge, vide de ses cendres, mais resté cher au cœur de ses enfants.

Cependant, les moines exilés durent s’installer dans leur nouvelle vie et s’implanter dans cette Bourgogne accueillante sans espoir de retour. Toutefois, ils ne restèrent pas insouciants envers leurs biens restés à l’abandon là-bas, du côté de l’Atlantique. Si bien que Charles le Chauve dut leur en confirmer la propriété « pour subvenir à leur subsistance et aux nécessités des pauvres ». Aussi, dès le calme revenu, l’abbé de Tournus dut envoyer (et peut-être dès le début du X° siècle) des émissaires au pays et y installer des moines pour veiller à leurs biens et propriétés en y établissant un prieuré avec au moins six moines pour consolider la véracité et l’authenticité de leurs droits. Car, déjà, les seigneurs voisins tentaient d’en usurper la propriété et d’en accaparer les revenus.

Nous ne savons pas à quelle date fut fondé le prieuré. Mais il est certain que chaque année, le prieur devait servir à l’abbé de Tournus une part de ses ressources et qu’en 1248, celle-ci était fixée à 10 livres tournois. Deux siècles plus tard, en 1458, les moines du prieuré durent envoyer à la maison mère 20 écus d’or pour soutenir un important procès. En 1472, il est signé un accord entre le prieur de St-Philbert et le curé de St- Colombin concernant les revenus à se partager. Au XVI° siècle, en 1554, il est signalé lors de la visite de l’archidiacre que le prieuré doit nourrir quatre religieux et deux novices et, dans un rapport de 1572, que le dit prieuré avait été fondé anciennement pour six religieux et passe en commende depuis longtemps.

Ce prieuré conventuel était de l’ordre de saint Benoît et sous le vocable de sainte Elisabeth « prioratus sanctae Elisabeth de Grandi Lacu ». Quoique régulier, il sera desservi par des séculiers. Comme toutes les seigneuries voisines, il portait ses armoiries. Elles sont ainsi décrites « d’argent à un cor de sable lié de gueule, accompagné de cinq mouchetures d’hermines de même, deux en chef et trois en pointe ».

La maison priorale de St-Philbert de Grandlieu

Le prieuré, héritier de l’ancienne abbaye, était très riche et ses revenus s’étendaient sur plusieurs paroisses de la région. Dans un aveu de 1628 rendu par Charles Aubry, il comprend en la paroisse de St-Philbert, « l’église, lieu manoir et maison dudit prieuré situés en la ville consistant en hautes et basses salles, chambres, cuisines, dépendances, cellier ».

En 1672, il se composait d’un vaste bâtiment appuyé à l’église. Le réfectoire était au rez de chaussée et le dortoir au-dessus. Par une petite galerie à l’une des extrémités, on descendait dans l’église. A l’autre bout s’ouvraient les appartements particuliers du prieur comprenant plusieurs pièces. La cuisine et l’office se trouvaient dans un bâtiment couvert en tuiles faisant retour vers la rivière de Boulogne

Le 19 avril 1679, messire Maximilien Grangier, prieur commendataire, rendit déclaration et dénombrement au roi des « église, cloître, maisons, jardins, terres, héritages, rentes, sensives, devoirs, fiefs, seigneurie, court et juridiction » du dit prieuré, le tout tenu « prochement et noblement du Roi » en « fieff d’église, francq et admorty, debvoir de prières et oraisons soubs le domaine du comté de Nantes ». Ce dénombrement comprend « l’église, lieu manoir et maison dudit prieuré, situez en la ville de St-Philbert de Grandlieu, consistant en anciennes maisons, hautes et basses chambres, cuisine, despances, celliers, grenier, chapitre, clouastre, granges, estables, prinsouère à vin, aire et jardins, le tout en un tenant se joignant l’un l’autre avec leurs appartenances et dépendances, lesdites maisons couvertes partie de pierres d’ardoises et partie couverture de tuiles contenant le tout quatre journaux de terre ou environ estant entre la rivière de Boulogne et d’autre la douve qui conduit de ladite rivière et pont St-Philbert de toutes parts ».

Au commencement du XVIII° trois corps de logis, entourés de fossés pleins d’eau et de fortes murailles, étaient la consistance du prieuré. L’ensemble de ces constructions, avec l’église d’un côté, devait dessiner une cour carrée, au milieu de laquelle se trouvait un puits et tout autour courait le cloître fort simple qui communiquait avec l’église par une petite porte remaniée à la période ogivale et maintenant murée. Dans l’aile gauche du transept, on peut en voir l’emplacement. A l’un des côtés du cloître était jadis annexée une petite chapelle existant encore en 1633, décorée de deux rosaces n’offrant plus alors que les restes des vitraux armoriés qui les garnissaient jadis « avant la guerre » : elle servait de salle capitulaire aux religieux. Il n’en reste aujourd’hui plus rien sinon le souvenir.

La maison priorale, reconstruite et restaurée, qui existe toujours, était en 1844, propriété des Biron Jean et Pierre, marchands de vins. Aujourd’hui, bien dégagée des maisons qui en masquaient la vue, elle est l’habitation de M. Claude Margraff.

L’église du prieuré

Elle était alors celle que nous connaissons aujourd’hui, ancienne église paroissiale, notre abbatiale, certes bien mutilée, mais toujours chaude et jeune comme au premier jour. En 1860, elle avait encore « ses murs blanchis au badigeon, son pavé aux larges dalles, plus élevé d’un degré à partir du milieu de la nef, son lambris de bois peint, les plus hautes marches masquant la crypte insoupçonnée et conduisant au sanctuaire ». Bien sûr, elle n’était alors, avec toutes ces modifications, qu’une lamentable image de ce qu’elle était à l’origine. Quand, en cette fin du XlX°, des chercheurs, éclairés par des documents anciens, vinrent faire revivre ces vieilles pierres, en nous en donnant d’elle un nouveau visage, le vrai, ils surent donner, malgré les mutilations qui la réduisirent dans sa hauteur menacée d’importantes lézardes, une nouvelle vie à ses arceaux de pierre blanche réchauffée de briques rouges, telle qu’elle devait être au Moyen Age.

A l’origine l’église n’était pas pavée. On y fit plus tard des sépultures : telle,était la coutume. Le clocher qu’on y voyait avant la construction de la nouvelle église avait été rebâti en 1600, époque de laquelle semble dater la porte principale. Le monument dut subir bien des dégradations au cours des siècles : la guerre de Cent Ans était passée par là. Aussi en 1451, le Saint Siège accordait aux donateurs de l’église une indulgence de 7 ans 7 quarantaines. Ce fut sans doute à cette date que s’écroula le mur de la basse nef de droite qu’on reconstruisit sans ouverture pour plus de solidité sauf une petite partie en arceau brisé que l’on y voit toujours. Les Huguenots, un siècle et demi plus tard, pillaient le trésor de la sacristie et ruinèrent le choeur. A la Révolution, elle servit de magasin aux troupes révolutionnaires, ce qui peut- être lui épargna un plus grand désastre.

Depuis la construction de la nouvelle église, en 1870, elle fut désaffectée et servit longtemps de halle et marché jusqu’en 1935. Les efforts du curé de la paroisse, l’abbé Guillet, auprès de la municipalité parvinrent à obtenir la construction d’une halle provisoire en tôle, avant la réhabilitation de l’église en 1936 et son ouverture au culte. Ce fut une tractation difficile, car les commères du voisinage s’y trouvaient bien abritées pour vendre tous les vendredis les poulets, lapins, beurre, oeufs et autres produits de leur élevage.

Cette église priorale était en même temps paroissiale. De nombreux autels l’ornaient. Séparant le chœur de la nef, il y avait deux autels : saint Nicolas, une Trinité et une Passion. Dans la nef deux autres : saint André, saint Lambert. Des chapelles en appentis : sainte Anne, saint Jean Baptiste, saint François, Le Rosaire, Notre-Dame de Miséricorde, autrefois saint Philbert, sainte Marguerite, saint Sébastien.

Expertise du Prieuré en 1693

C’est uniquement du mauvais état des lieux dont il est question, mais elle nous donne un état détaillé des bâtiments. Le 18 octobre de cette année, avec Pierre Duveau et Jean Forget, bourgeois experts de la ville de Nantes, et René Plissonneau, greffier des bâtiments de l’écritoire, à la requête de Philippe Séguineau, prêtre, prieur commendataire du prieuré, on visite le prieuré pour y voir les réparations à faire. Dont procès verbal de l’état des lieux.
« Dans la chambre où loge le supérieur qui prend ses jours et vues sur le jardin, avons remarqué que le long de la muraille qui sépare la chambre d’une autre servant de salle, il est tombé de l’eau qui provient d’une gouttière faute de couverture, que le tuffeau servant de clef à la voûte de la porte d’entrée de ladite chambre sur le degré est dépris de ses assises et est près à tomber, en la place duquel il est nécessaire d’en mettre un autre et regarnir de chaux un des tuffeaux du jambage de la porte qui est mourant.
Dans le cabinet à l’est de ladite chambre, la porte de bois qui ouvre sur la précédente chambre est hors de sa place, n’ayant aucune bande de fer, est trop courte et ne peut servir audit cabinet n’ayant été faite pour icelluy et est nécessaire d’en faire une autre, il manque aux deux croisées de ladite chambre et cabinet, treize lozanges de verre, les murs sont lézardés en trois endroits par caducité. L’entrée de la chambre depuis le degré jusqu’à la porte est décarelée et sans carreaux quoi qu’il paraisse y en avoir.
Dans l’autre chambre à côté de la précédente qui est celle au-dessus de la cuisine, le pignon dans lesquelles sont les cheminées est lézardé en plusieurs endroits et menace ruine par caducité. A la croisée qui est dans ledit pignon du côté de la cour, il manque un des abavents et vingt-deux lozanges de verre aux deux croisées.
Au regard des greniers qui sont au-dessus des deux chambres, étant donné qu’il n’y a ni ouverture, ni étage pour y monter, ils sont considérés comme greniers perdus. Par dehors, la couverture d’iceulx est en bon état ayant été réparée depuis peu.
Dans la salle joignant le degré (escalier) la place est décarelée au joignant de la porte d’entrée de six pieds au carré et les barasseaux dégarnis de terrasse. Et joignant la porte qui ouvre sur une autre chambre à côté de ladite place est aussi décarelée au moins quatre pieds en carré et au surplus, il y a environ un quarteron de carreaux hors de la place, le lambris de la chambre est enfoncé et prêt à tomber en la plus grande partie, lequel il est nécessaire de relever et y poser d’autres tringues pour le soutenir et changer quelques unes des planches en la place de celles qui sont pourries. Il manque à la croisée, dix-sept lozanges de verre.
Dans la chambre joignant la salle cy-devant les carreaux de la place sont fort vieil et usés. Il en manque environ un cent, à la croisée il faut mettre une targette, un loquet et un crochet, et le foyer de la cheminée fait de pierre est démassonné en la plus grande partie. Il faut le refaire à neuf. Dans le degré servant pour monter dans lesdites chambres, fait à trois marches de bois, il est nécessaire d’attacher avec des clous les planches du garde-corps, mettre des planches en la place de celles qui manquent... Dans la cuisine, le chassis et vollet de la croisée sont fort vieil et sans vitre aux deux panneaux d’en-bas.
Dans le cellier au-dessous de la chambre du sieur Joyau, prêtre, le linsoir qui supporte trois souliveaux du plancher au-dessus est rompu et appuyé par deux bois debout sans lesquels le plancher tomberait.
Dans la chambre dudit sieur Joyau, la place est décarelée en la plus grande partie et le plancher crevé, le pignon où est la cheminée est prêt à tomber. Il est nécessaire de le rebâtir.
Dans les logements, pressoir, cellier et escurie, il faut changer deux fillières à la place de celles qui sont cassées, la couverture est fort vieille, partie des lattes étant pourries, même les contrelattes, et il faut en changer environ un millier, établir à neuf le pignon vers la rivière même partie et la costière à prendre depuis la porte des chaudières jusqu’audit pignon qui sont nulle valeur et prêt à tomber par caducité. La muraille qui sépare avec le pressoir est tombée par le hault. Il est nécessaire de faire environ une toise de muraille pour élever jusqu’à la poutre. Le plancher est dégarni de terrasse et barasseaux en trois endroits et une des fenestrés qui donne jour au pressoir du costé d’orient dont les jambages et assises sont en charpente, il est nécessaire de le changer.
Dans le cloître qui est entre l’église et ledit logement cy-devant, les couvertures ont été réparées d’ardoises, lattes ; la charpente a été raccomodée en bout vers la cour. Il y a néanmoins une partie de chevrons et couvertures qui sont sans arc-bouttant. Ledit sieur Séguineau dit avoir fait réparer les couvertures pour empescher que ledit cloître ne fut tombé en ruine. Dans le chapitre où est un ancien autel, l’ouverture du vitrail est sans vitre et fermeture, et est seulement en partie bouché d’une terrasse avec barasseaux. Les murs dudit chapitre sont en partie dégarnis de chaux. Au plancher au-dessus, il y a quatre ouvertures et barasseaux. Le tout a la grandeur de sept à huit pieds.
Aux murailles et clotures de la cour, il y a trois bresches à la grandeur d’une toize à refaire et reprendre de massonne.
Entre le puits et la petite cour servant d’aire, il y reste deux jambages d’un portail donnant sur la rivière dans l’un desquels, il y a deux gonds et dans l’autre jambage un autre gond.
railles et clotures de la petite cour sont en partie tombées et pour les réparer il faut environ trois toizes de murailles ».

Les dépendances et revenus du prieuré

La plus grande partie était située en la paroisse de St-Lumine de Coutais, couvrant le bourg et la plupart de ses villages. Là, le prieur recueillait « la moitié des deniers et offrandes deulz par chacun compte des paroissiens dudit lieu aux quatre festes solennelles, savoir St-Léobin, la Toussaint, Noël et la Pentecôte appelé le devoir de St-Pierre sur le tout desquels debvoirs était dû trois sols quatre deniers aux fabriqueurs de ladite paroisse pour faire blanchir et nettoyer le linge de ladite église et dix-huit deniers aux clercs et chantres qui assistent à la grand’messe pour chacune desdites festes. Le prieur doit dire ou faire dire cette grand’messe, à la faute de ce faire, ledit recteur de ladite paroisse prendra l’autre moitié desdits deniers ».

Les revenus du prieuré consistent en dîme de vin, blé et autres grains, légumes selon le pays et rentes annuelles en grains, argent, chapons et autres droits de lods et ventes,investitures, quintes et requintes, rachats et viagers. De cette paroisse de St-Lumine de Coutais, où son emprise était la plus conséquente, provenait la plus grosse part de ses revenus, donc la condition même de son existence. Voyons-en la richesse. La déclaration de 1679 qui ne compte pas moins de 140 articles, nous en fait un dénombrement plus qu’éloquent.

Ce sont au bourg de St-Lumine, les maisons priorales et four à ban les joignant, terres et maisons dans le bourg et aux alentours de l’église, rue du Grand Four, l’Aubergère, et vers le ruisseau de la Rigordaine, quinze journaux au cartron des Mindrillons, terres au fief de la Pichonnière, au Ludorée, à Cestunère, l’Osche du Grand Père, l’Osche du Bas Champs, Rétif, l’Osche Coquillard, trois fiefs de vigne nommés la Crestinière, les Hauts et Bas Champs Rétifs, trois fiefs encore de vigne : le Clos Joyau, la Moinesse, l’Osche Moraux, puis le fief Marie, la Guigneraie, les Courtiz, la Roche, la Bellotière, le Clos du Quartron, le Grand Jardin situé du village du Quartron, le Clouet, la -Grande Rivière, la Rivière Bureaux, la Gombaudière, l’Osche du Connil, les villages de la Roberie, la Barre, le pré Robin, les Grandes et Petites Mussandières, le village de Chantepie, la Brégeardière, les Petites et Grandes Brosses, les villages de la Toursillerie, la Miotière, la Pironnière, la Messandrie, le Grandchamp, le Chiron, le Touessard, l’Ouche de la Croix et le moulin à vent carré nommé le moulin du prieur situé en la terre des Crestinières.

Toutes ces terres et d’autres encore étaient redevables envers le prieuré et sujettes à rentes, devoirs de terrage, dimes des fruits y croissant, poules et chapons.

En la paroisse de St-Martin du Bignon, le prieuré était bien pourvu principalement au village de la Musse et celui de la Petite Jehannière. Quand en cette fin du XVIll° on visite la Musse « la principale maison est tombée en ruines depuis quelques années, la moitié a été couverte à tuiles bottes. Dans le pignon vers Orient, il y a une cheminée à manteau... Il reste les jambages et tuffeaux d’une autre cheminée qui servait de chambre au-dessus de la salle. A l’autre, pignon, il reste seulement la chartre d’une autre cheminée et au bout dudit logement vers Occident, il reste deux mazures d’un ancien logement qui par apparence étaient commodités pour le principal logis. Au-devant du principal logis est une longueur de bâtiment qui servait autrefois de four, pressoir et cellier, le tout moitié en ruines et dont il reste les murailles seulement, l’autre moitié en bon état ». La petite Jasnière consiste en deux chambres basses couvertes à tuiles avec cheminée et un four au bout.

A St-Philbert, en plus de sa propriété en la ville, le prieuré avait aussi quelques possessions dans la paroisse : le tènement de la Gallonière et le lieu de la Sorinière. En 1679, les héritiers Charrier, fermiers de la Gallonière devaient chaque année deux oies et deux chapons gras, 25 sols de monnaie et « six biains attelés à quatre boeufs à aller à deux lieues à la ronde autour de St-Philbert ».

Le prieur avait aussi des intérêts dans d’autres paroisses telles St-Jean de Corcoué, St-Colombin, Là Bénate, La Chevrolière, Legé, St- Philbert de Bouaine, La Marne.

Certaines parties du temporel du prieuré durent être aliénées tant en vertu de l’édit du Roi que par la permission de notre Saint-Père le Pape. Il fut vendu le 3 mars 1565 à Bargeolle, le quart de la vendange que le prieur reçoit en son fief de vigne du fief Gueslin en cette paroisse de St- Philbert et en celui de la Gombardière en St-Lumine et le pré des Patis en cette dernière paroisse. On vendit le 11 octobre 1568 un pré appelé le Grand Père aussi de St-Lumine et année suivante, le 5 septembre à Blaise Senard, le quart du complant de la vendange du fief de la Pichonnière.

Le prieur se devait d’entretenir les biens du prieuré. Ainsi, en 1761, on répare le pressoir de St-Philbert. En 1762, réparation à la chapelle Ste-Radegonde, à la maison et four banal de St-Lumine. A cette époque, les fermiers du prieuré sont pour St-Philbert, Bretineau, pour La Chevrolière, Jonin et Guibreteau, pour Legé, Bossis et St-Lumine, Ainiand. En 1781 est faite la ferme des droits de quelque nature, quantité et espèces qu’ils soient appartenant audit prieuré de St-Philbert, sur les territoires de St-Lumine de Coutais et de La Marne.

La juridiction du prieuré : le prieur seigneur et justicier

« A raison de son dit prieuré, le sieur prieur a, en ladite paroisse de Sainct Lumyne de Coustays haulte, moyenne et basse justice sur les terres, rentes et revenus à raison desquelles lui sont deubs lesdits debvoirs et redebvances sur les subjectz, manans et habittans de son fieff en ladite paroisse ». Sa juridiction s’étendait aussi sur certains fiefs en la paroisse du Bignon, les lieux et bourgs de St-Jean de Corcoué, La Bénate, St-Colombin, des biens en La Bénâte, La Marne, sans compter la ville de St-Philbert où son tribunal et auditoire tenait ses plaids généraux concuremment avec celui des Huguetières. Il y avait ses juges et officiers (sénéchal, notaire, procureur fiscal, greffier et sergents). Au milieu du XIX° nous dit l’abbé Brunellière, l’auditoire du prieuré existait encore avec son fronton triangulaire décoré d’une balance de justice et d’un livre ouvert. C’est la maison qu’habitait Mlle Biron mais alors sans étage et aujourd’hui démolie.

En 1678, le sénéchal et juge était Jean Bouand, sieur de la Châtaigneraye. Les procureurs fiscaux : Me Jean Mocquard, sieur de la Fourneraye 1688-1692, Me Pierre Biron en 1747. Un greffier Prudent Richard épouse cette année 1724, Renée Gourdon, veuve de Louis Le Magrex, notaire et procureur. Quant aux notaires nous pouvons mentionner parmi eux Me René Angibaud, époux de Françoise Guilbaud 1691-1698 ; Me Mathurin Gaudin, notaire et procureur cité en 1698 ; en 1723, Me Jean Leconte, notaire et procureur se marie le 13 avril avec Mlle Anne Machet.

Comme à tout seigneur tout honneur, le prieur a droit de prééminence en l’église de St-Lumine de Coutais surtout aux quatre grandes fêtes et de plus celui de patronnage et de collation des cures et vicairies perpétuelles desdits lieux qui valent de revenus chacun, environ 3 à 400 livres. Il confère les pouvoirs aux prieurs de Falleron et de Beauvoir.

En échange de ses revenus, le prieur a charge de faire dire tous les jours en ladite église de St-Philbert de Grandlieu, grand’messe et vespres, matines les fêtes solennellement festées de Notre-Dame et le jour de saint Philbert et faire l’aumône générale trois fois la semaine, savoir les jours de dimanche, mercredi et vendredi les deux tiers de l’année à commencer à la faste de Toussaint et finir à la feste de St-Jean-Baptiste.

« De plus confesse ledit prieur devoir chaque année au roi six poislée de vin dont les neuf font la pipe à raison et par cause de la vicomté de Loyaulx payable au temps des vendanges ».

Liste des prieurs

  • 1279 Pierre Langleys
  • 16 mai 1279 à la mort de celui-ci, frère Guygue, prieur de Noirmoutier est administrateur du prieuré de St-Philbert devenu vacant.
  • 1351 Estor Garnier, cité à cette date
  • Emery Goion, cité à cette date
  • 432-1449 Geoffroy Landry
  • 4 mars 1451-1480 François Joubreteau, maître ès-arts, licencié es lois
  • 540-1556 Pierre danielo, docteur en droit, chanoine et archidiacre de Vannes, recteur de Bubry, Grandchamps, Péaule, Plumergat et Questembert en 1540. Après son frère Jean, il fut abbé de Lanvaux en 1552, vicaire général du diocèse de Vannes, sous Mgr de Marillac en 1550, prieur de la Trinité de Fougères. Il prête serment le 3 décembre 1540 et le 20 avril 1556
  • 1562-1565 Charles de Bourbon, cardinal, prieur commendataire, pourvu depuis trois ans, prête serment le 15 novembre
  • 1565 Il fut abbé de St-Méen et du Tronchet en 1574
  • 1573-1577 Etienne Nolehannes (ou Robyhain) prête serment le 16 juin 1573
  • 1600 Le 18 décembre, V et discret M. Rivaldy prête serment
  • 1625 Louis Aubry
  • 1625-1657 Charles Aubry, prieur prête serment le 17 décembre 1627. Il est pronotaire du Saint-Siège, bachelier en théologie et prieur du prieuré. Comme curé primitif en 1637, il intente un procès contre Claude Royault, vicaire perpétuel qui veut lui ravir ses titre et droits de prééminences dans l’église paroissiale de St-Philbert, qui est en même temps celle du prieuré. Le procès traînera en longueur et sera conclu par un jugement du 17 août 1640.
  • 1668 Balthazar Grangier, aumônier du roi et évêque de Tréguier de 1646 à 1679 né d’une mère bretonne Anne du Refuge et d’un père parisien, président aux enquêtes du Parlement de Paris.
  • 1668-1692 Maximilien Grangier, abbé de Liverdys, docteur en Sorbonne, neveu du précédent, prieur commendataire. Il prête serment le 11 février 1676.
  • 1692-1697 Philippe Séguineau, prêtre de Saintes.
  • 1697-1715 Pierre Rogier de Crévy, évêque du Mans.
  • 1715 - 1757 François Le Texier
  • 1757-1775 Dom Jean François Louason, prêtre religieux profès de l’ordre de saint Bendit, prieur conventuel de l’abbaye royale de St-Jacut paroisse de Landevand, prieur titulaire du prieuré simple et régulier de St-Philbert, dépendant de l’abbaye de Tournus resigne en faveur de son neveu.
  • 1775-1780 Jean Toussaint Louason, neveu du précédent prend possession du prieuré le 19 septembre 1775.
  • 1780-1789 Jean René Alexis Louason, prêtre, religieux profès de l’ordre de saint Benoit, prieur de l’abbaye de Solesme, religieux de St-Germain des Prés, né en 1750.

Prêtres du prieuré

  • En 1554, il y a quatre moines prêtres et deux novices, frère Bertrand Charrier, prieur du prieuré du Falleron, est alors prieur caustral
  • En 1638, Pierre Ferret, l’ancien, Michel Avril absent depuis deux ans, Martin Chernal, Jean Guiberteau, Jean Derroyen régent
  • Le 4 mars 1677, on enterre au cimetière, près la grande porte de la chapelle, Alain Peton, décédé en sa chambre du prieuré.
  • 1679, cité à cette date, Roland le Bourdonnec, sous prieur
  • 1684-1695 Messire Jean Mao, prêtre du prieuré. Il décédera le 3 novembre 1695 âgé de 65 ans. Depuis 1689, jusqu’à sa mort, il s’était fait remplacer par un laïc, Mathurin Deschamps
  • 1687-1689 Pierre Mercier est sous prieur, François Hergouach, prêtre du prieuré y décèdera le 8 juin 1689, âgé de 42 ans. On y trouve également un autre prêtre, Le Batard
  • 1713 Après le départ de Cyprien Renou, on installe le 26 juin Mathurin Viau, clerc acolyte
  • Le 5 septembre 1733, y mourut Jean Henry, prêtre, 72 ans, après avoir desservi le prieuré pendant 16 ans, il était du diocèse de Grasse
  • 25 avril 1737, sépulture de Jean Joyau, vicaire prioral, 73 ans, qui fut enterré dans l’église auprès du banc du prieur, avec un grand concours de peuple.
  • Le 6 décembre 1758, fut enterré messire Jean Panier, prêtre sous prieur, décédé à La Souchais, 77 ans
  • En 1760, les prêtres du prieuré sont : P. Charpentier, Gault, Jean Maumusson, Pierre Limier, missire Paul François Charruyau, Charles Giraud est prêtre du prieuré le 12 juillet 1763.
  • Le 26 juin 1763, est inhumé au cimetière Jean Maumusson, prêtre de choeur.
  • Le 14 janvier 1767, Pierre Limier, desservant du prieuré décède âgé de 48 ans.
  • Le 8 mai 1770, Jean Maillard est sous-prieur.
  • Le 6 novembre 1771, décède missire Paul Françis Charruyau, prêtre sous- prieur, 68 ans.
  • 1776, on trouve François Julien et Auguste Paumier. * Le 5 septembre 1785 décède missire André Férronnière, prêtre desservant, 52 ans
  • 1787 Joseph Robert est le chantre.
  • Le 22 août 1784, décède missire n.h François Julien, prêtre, originaire de Jugon diocèse de St-Brieuc.

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