Le pays de Retz au Moyen-Age

dimanche 2 mai 2010, par Michel Lopez


On ne peut pas évoquer l’entité Pays de Retz sans en situer l’enjeu politique et cet enjeu s’inscrit dans une stratégie défensive perceptible dès le haut Moyen-Âge.


On ne peut pas évoquer l’entité Pays de Retz sans en situer l’enjeu politique et cet enjeu s’inscrit dans une stratégie défensive perceptible dès le haut Moyen-Âge.

Mâchoire inférieure de la Loire, le Pays de Rais attire, comme le souligne Noël-Yves Tonnerre, l’attention par la richesse de son patrimoine archéologique et archivistique qui révèle une utilisation du territoire particulièrement intéressante.

Sa limite nord commande l’entrée de la Loire et donc l’accès à Nantes, verrou de l’axe ligérien. Cet axe, les invasions Normandes le montrent, reste un point faible dans le système défensif nantais voire français car la vallée de la Loire ouvre l’accès à Paris.

Un axe ouest entre Noirmoutier, Beauvoir, Prigny et Pornic permet de verrouiller la baie de Bretagne dont le sel, « l’or gris » représente un intérêt économique fondamental dans l’économie médiévale. Sa frontière Est, prend appui sur la Sèvre Nantaise et son affluent la Maine.

Jusqu’au milieu du IXème siècle le pays de Rais conserve une entité administrative directement liée au Poitou, « la civitatis Pictavorum » , dont la structure romaine est parfaitement connue, sa partie nord étant notamment divisée en plusieurs « pagus », Herbauges, Tiffauges et Mauges. Le Pays de Rais, « le Ratiatensis » est une « vicaria », subdivision administrative de ce « pagus Arbatilicus ».

A l’époque romaine les axes de pénétration dans le Pays de Rais s’organisent à partir de Rezé, on peut distinguer trois axes principaux :

  • Rezé - (Ratiate) - Vue (Vidua) - Saint-Opportune
  • Rezé - Port Saint Père (Portus Vetraria) - pour se subdiviser en deux directions, Port Saint Père - Pornic, et Port Saint Père - Machecoul
  • Rezé - Saint Philbert de Grand Lieu (Deas).

Un axe côtier secondaire, correspondant à la baie de Bretagne, Pornic - Machecoul, complète ce réseau. A la dislocation de l’empire Romain correspond la disgrâce de Rezé et sa destruction impliquera alors une restructuration des axes de communication.

Avec l’avènement des grands conflits du IXème et Xème siècle, Franco-Breton et Normands, une nouvelle structure défensive se redessine et recompose les axes de communication dans le Pays de Rais.

On peut distinguer deux phases l’une au IXème et l’autre au Xème.

La première correspond aux visées expansionnistes vers le sud Loire du Breton Nominoé. De 843 à 851, batailles et traités Franco-Bretons vont consacrer les victoires de Nominoé et de son fils Erispoé, alliés au Franc Lanbert. En 843, Lanbert bat Rainald, comte d’Herbauges, envoyé par Charles le Chauve. Le commandement d’Herbauges est confié à Begon qui sera également tué ; une troisième défaite vient parachever l’incursion bretonne en Poitou quand Lantbert en 844 défait et tue Hervé et Bernard, sur les bords de la Maine, affluent de la Sèvre et qui sert de limite Est au Pays de Rais. Le traité de 846 entre Charles le Chauve et Nominoé, confirmé par celui d’Angers en 851 entre Charles le Chauve et Erispoé viendront officialiser cette rétrocession du « Ratense » à la Bretagne.

Avant cette annexion on peut distinguer cinq axes défensifs principaux en Pays de Rais dont la finalité reste avant tout le verrouillage en poste avancé du comté Nantais :

  • le premier, ligérien qui, schématiquement s’inscrit entre Bougon, le Pellerin, Vue, Le Migron et Paimboeuf,
  • le second, Atlantique et qui emprunte l’axe Beauvoir, Machecoul, Prigny, Pornic la Guerche,
  • le troisième, fluvial qui contrôle à partir de la Baie de Bretagne via le Falleron, toute la vallée du Tenu jusqu’à la Loire. Jean François Caraës a clairement démontré dans une récente étude équidistance des mottes féodales installées sur le Tenu et leur rôle dans la prévention de l’envahisseur Normand,
  • le quatrième, terrestre s’inscrit en ligne avancée à partir de Princé entre Vue et Machecoul,
  • le cinquième, plus tardif, l’extrême sud du pays de Retz destiné à contenir toute velléité venue par le Poitou dessine une ligne qui suit les châteaux forteresse de Machecoul-Saint Philbert de Grand-Lieu (La Benaste)-Aigrefeuille-Clisson, pour affirmer la prédominance bretonne qui, au gré des alliances matrimoniales poitevines va peu à peu s’estomper au fur et mesure de la mise en place d’une structure féodale, notamment au XIIème et XIIIème siècle.

C’est à partir de ces considérations stratégiques militaires que va se construire un Pays de Retz féodal et dont la spécificité marchetonne va s’affirmer au cours des siècles en intégrant à la fois ce qui appartient à sa culture Poitevine et l’apport d’une culture venue du nord avec l’annexion bretonne.

Cette spécificité a créé une identité régionale propre qui s’affirme à la fois dans un patois ou une architecture tournée vers le Poitou et à la fois par une toponymie côtière qui regarde vers la Bretagne.

Voilà pourquoi, la société des Historiens du Pays de Retz revendique à ce titre cet héritage distillé au cours des siècles par ces deux provinces. Un héritage qui va s’avérer comme le facteur de l’unité et de la spécifité d’un Pays de Retz qui a réussi la synthèse de deux cultures dont ni l’une ni l’autre ne saurait affirmer leur prédominance dans la seule logique d’une récupération partisane.

Le Pays de Retz et ses " Paysdrets " tiennent à affirmer cette identité spécifique que ne saurait lui contester tel ou tel « grand frère » bienveillant sous un quelconque prétexte d’une annexion militaire antérieure, démarche pour le moins incongrue de leur part quand ces mêmes « grands frères » pourraient dénoncer eux-mêmes le caractère hégémonique de l’Etat Français face aux « minorités régionales »

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