"Le mystère du cheval Merlette"

lundi 12 juillet 2010, par Gilles Perrodeau



Qui ne connaît pas les buis millénaires du presbytère de Saint-Lumine-de-Coutais, son célèbre recteur de l’époque révolutionnaire, l’abbé Chevalier, ou encore le fameux "jeu du cheval Mallet" ? C’est ce dernier qui fut remis à l’honneur par le groupe folklorique Haut-Breton de Nantes, Tréteau et Terroir, dans une mise en scène stylisée et sobre qui ne donnait sans doute pas la pleine mesure des excès et des fastes originels de cette fête. Plus récemment, le groupe folk, les Tri Yann, à travers un beau texte, a tenté de recréer l’esprit populaire de ce rituel. À l’aide de quelques textes originaux, je propose de voir le déroulement d’un tel cérémonial pour tenter d’éclairer ses fonctions au sein de la communauté paroissiale de Saint Lumine de Coutais au XVIII° siècle.

Le cérémonial selon les textes des aveux

En voici tout d’abord la description telle qu’elle est faite dans un aveu de 1723, rendu au roi, en sa chambre des Comptes de Bretagne, par Jean Gallays et Etienne Giraudet, procureurs-fabriqueurs de la paroisse de Saint Lumine et représentant le général de la paroisse. Celle-ci tient en effet de sa majesté, par sa vicomté de Loyaux (en Fresnay) "un maray vulgairement appelé les marays et communs de Saint Lumine, en la ditte paroisse" et de ce fait, elle acquitte une redevance de "huit livres six sols tournois à chaque terme de my aoust". Mais à ceci s’ajoute cette demande qui pourrait paraître facétieuse de prime abord : "Les dits Gallays et Giraudet déclarent être dû chacun an au jour et feste de Pentecoste aux issues des grandes messes et vespres un cheval appelé le Cheval Mallet en faisant et jouant le mistère du dit cheval une chanson nouvelle. Et qu’à faute aux dits paroissiens de fournir le dit cheval mallet et d’en jouer le dit mistère et dire la ditte chanson nouvelle ils doivent l’amande à leur Souverain Seigneur duquel marais ils sont en possession de tout temps immémorial et de fournir le dit mistère en l’éral de l’église de Saint Lumine. Et pour cet effet ils plantent chacun an un may autour duquel se joue le dit mistère par huis personnages. Scavoir celui qui le joue, deux tambours, deux épées, un baston ferré à deux bouts et une corne à corner, le tout administré et assisté du sergent de la ditte juridiction et que pour aider à faire le dit jeu, les dits Gallais et Giraudet ont déclarés être dû un jallon de vin et pour huit deniers de pain par chaque nouveau marié de la paroisse de Saint Lumine de Coutais en l’année de leur ditte charge" Les divers aveux ne changent quasiment rien au déroulement pendant les XVII et XVIll° siècles. Le nombre des acteurs se réduit par disparition de certains musiciens. L’aveu de 1644 précise qu’il y avait neuf personnages, sans compter le sergent de la juridiction " scavoir celui qui joue (le chef), deux tambours, deux épées, un baston ferré aux deux bouts, un cor à corner ou gustière, deux sonneurs d’ung haut bois et d’une chalémie ". Cet aveu ajoute que "la chanson novelle se doibt dire à l’endroit du dit jeu après vespres du dit jour de la Pentecoste". Quant à l’aveu de 1678, il ramène les a acteurs à huit. En 1723, le nombre est de sept si l’on exclut le sergent. Les joueurs de hautbois et de chalémie ont disparu mais les personnages militaires et féodaux restent présents.

Précisions et commentaires des érudits du XIX°

Des précisions supplémentaires sont données ailleu dans les textes administratifs, en particulier dans le Dictionnaire d’Ogée. En a-t-il été le témoin direct ? Il décrit la tenue des participants vêtus d’"une chemise de toile peinte sur laquelle sont dessinées des fleurs de lis". Il dit également qu’"un de la compagnie est obligé de chanter une chanson nouvelle qu’on envoie en cour. C’est le sacristain qui compose ordinairement cette chanson grotesque. La cérémonie se fait devant les officiers de la juridiction qui ont tous l’épée à la main".

A l’aube de ce XIX° siècle où les érudits seront en quête de "traditionnisme" et de curiosités locales, Thomas de Saint Mars rapporte des éléments qui, à ma connaissance, ne figurent dans aucun des aveux précités. A-t-il été, lui aussi, témoin ou a-t-il recueilli une tradition orale encore fraîche après la suppression du jeu en 1791 ? Quoi qu’il soit, il en donne d’amples informations. Le cheval est en bois, avev un trou dans le dos pour y glisser l’acteur chargé de l’animer. Le sarreau de toile parsemé d’hermines noires et fleurs de de lis rouges servait simultanément de housse au cheval et de casaque au cavalier. Autre fait curieux qui me semble significatif - nous y reviendrons - les marguilliers pouvaient ce jour, prendre dans les étalages des forains installés sur la place tout ce qu’ils estimaient propre à embellir le cheval Mallet. Pas de querelles de préséances. Tout semble bien ordonné. Les nouveaux marguilliers vont chercher le cheval chez les marguilliers de l’année précédente, le dimanche avant la Pentecôte. Un voisin ou le plus ancien parmi les nouveaux garde le cheval pendant la semaine. Le cortège de retour est parfaitement agencé avec les personnages déjà cités mais Thomas de Saint Mars dit que les porteurs d’épées simulent un combat. Quant aux musiciens sur lesquels le jugement est peu flatteur, ils comportent désormais un joueur de veuze, l’instrument à poche du Centre Ouest, parent du biniou koz et de la cabrette.

La veille de la Pentecôte, dans l’après-midi, les marguilliers vont couper un chêne dans le bois de M. de La Moricière à qui ils doivent en remerciement chanter une chanson. Le chêne, le "mai" est enfin planté le dimanche matin sur l’"éral" de l’église et le cheval placé dans le banc du seigneur.

"Aussitôt après la grand messe, tous les personnages de la cérémonie apportaient le cheval sur la place et ils faisaient en dansant et caracolant, au son de leur musique rustique, trois fois le tour de l’arbre. Nulle personne étrangère à la cérémonie ne pouvait pendant cette danse, approcher les acteurs qu’à la distance de neuf pieds".

Cette symbolique numérique se poursuit après le banquet des marguilliers à la sortie des vêpres. Les mêmes personnages font neuf fois le tour de l’arbre en dansant puis font baiser trois fois l’arbre au cheval. Reste l’élément le plus cocasse de ce rituel : la chanson. Déposée chaque année à la Cour des Comptes de Bretagne, elle est actuellement introuvable aux Archives départementales de Loire-Atlantique. Et les investigations des érudits, au début du XIX° siècle, n’ont jamais permis d’en retrouver un seul exemplaire.

Cette chanson de 99 couplets devait être nouvelle tous les ans et contenir toutes les anecdotes scandaleuses sous le nom de tours plaisants et les événements remarquables arrivés pendant l’année dans l’étendue de la paroisse.

L’attitude de l’Église

Les textes témoignent des dissensions qui pouvaient exister entre l’autorité religieuse et l’autorité politique quand cette dernière investit en quelque sorte l’église et demande aux marguilliers l’organisation de réjouissances dont le clergé s’accommodait sans doute mieux au Moyen-Age et au XVI° siècle. La première réaction connue est celle de l’archidiacre Binet lors de sa visite canonique du 2 juillet 1683. "Sur le procès- verbal par nous fait au sujet du Cheval Mallet trouvé dans l’un des coffres de l’église, et l’information sommaire que nous aurions faite que c’est le lieu où par abus on le garde de tout temps avec tout son équipage, au grand scandale de l’église et des impiétés, désordres et ivrogneries et médisances que cause le jeu du dit Cheval Mallet le jour de la Pentecôte et festes suivantes plus amplement expliquées par le procès-verbal que nous en aurions fait ce jour - nous avons ordonné aux dits fabriqueurs de mettre le dit cheval et ses équipages, dans ce jour, hors de la dite église, en attendant que nous ayons communiqué nos dits procès verbaux à Monseigneur de Nantes et à ses officiers pour y être par eux pris, le remède qu’ils jugeront le plus convenable, et en cas de refus, avons ordonné au dit recteur de leur refuser les sacrements, et à tous ceux qui voudront s’opposer".

On retrouve là le grand travail d’ordonnancement et de moralisation mis en place par le Concile de Trente (1545- 1563) et appliqué au XVIl° siècle. Et ce, au risque de heurter les sensibilités populaires quand le clergé s’attaque aux mouvements festifs et aux traditions locales. On enjoint les confesseurs de "refuser l’absolution aux filles et garçons qui iront danser le jour de cette assemblée autour du may et vis à vis de l’église". Plus tard, avant 1764, le recteur Gédouin dut lui aussi réagir comme le note son successeur, l’abbé Chevalier, dans ses Mémoires. "Je suis bien résolu à ne jamais me mêler des affaires temporelles d’une paroisse aussi facile à émouvoir. Mon prédécesseur, M. Gédouin, a eu ce tort en voulant abolir le Cheval Mallet".

On comprend qu’une population rurale modeste se passe difficilement des fastes de cette journée et le manifeste. Mais nous verrons que cela va bien plus loin qu’un simple besoin festif.

Un rituel carnavalesque ?

Les visiteurs pastoraux et le clergé ont été émus par cette fête, mais l’église n’a pas tant sanctionné son déroulement que ses conséquences "yvrogneries et médisances". Bien qu’il lui emprunte certains éléments, le jeu du Cheval Mallet n’est cependant pas rigoureusement un rituel carnavalesque. Ce cycle de réjouissances est d’ailleurs loin en arrière. A Saint Lumine, la fête ne tourne pas en dérision l’ordre social ou religieux. Tout le déroulement officiel est en effet empreint de dignité et de convenance. Il y a l’ordonnance du cortège sous la direction des sergents de la juridiction, la redevance du chant au seigneur La Moricière, les distances à respecter au cours des danses autour de mai.

Bien sûr, des éléments l’apparentent au carnaval : la "chanson scandaleuse", le cheval. Que penser des marguilliers accaparant sur les étals des forains tout ce qui est nécessaire à l’ornement du cheval : licence carnavalesque à l’encontre de l’ordre économique ? Forme de redevance ? Si Carnaval célèbre l’expulsion de la mort, de l’hiver, de l’ancien temps, de la végétation mourante, si ce temps provisoire d’avant Carême s’accompagne de mouvements de subversion et de défoulement collectif, le jeu du Cheval Mallet semble davantaee tourné vers le principe du renouveau, de la régénérescence.

Il n’y a aucune parodie irrévérencieuse des puissants, de l’aristocratie et de l’église. Le cortège imite la société féodale et ses maîtres

"Impossible de ne pas reconnditre ici, du premier coup d’œil, un exercice militaire des hommes de la seigneurie, transformé plus tard en pittoresque procession. On retrouve même très aisément les différentes catégories de l’ost (armée) féodal. Le cheval, Mallet, que l’on installe à l’église dans le banc seiç !seigneurial, figure le seigneur, le chef de l’ost. Les deux porteurs d’épée sont les vassaux nobles ; l’homme au bâton ferré, les non- nobles, appelés eux aussi à défendre le fief avec un armement inférieur et populaire".

Une fonction catharsique

Le déguisement en cheval avec pantomime, ruades, facéties et cabrages existe sur tout le territoire français sous les noms de "cheval fru ?" "cheval fou", "chivalet", "chibalet", etc. Et il est vrai que ceux-ci se manifestent plus couramment en période de Carnaval. Dans l’ouest, il faut citer la "Bidoche" à Romazy (Ile et Vilaine), en vigueur au moment du Carnaval jusqu’à 1860. Dans le Maine, on connaissait également la Bidoche ainsi que la "Bourrique", à Pouancé en Maine et Loire. Dans le bocage normand, "lors des mariages, après le dîner, des farceurs appelés momons, grotesquement montés sur des chevaux de bois appelés bidoches, les font caracoler pour faire rire l’assemblée". Et, fait plus intéressant, un ethnologue signale la présence de cet animal lors des charivaris organisés par les groupes de jeunesse en Normandie, jusqu’au milieu du XIX° siècle.

Le cheval luminois est moins exubérant et fantaisiste que ne le sont ses frères dauphinois, languedociens ou normands. Il est vrai que ceux- ci se manifestent au moment de Carnaval, période plus agitée. Le Cheval Mallet, danseur cérémonieux et réservé, placé dans le banc du seigneur, illustre bien les tendances parodiques populaires, nullement empreintes de dérision. Le peuple imite les montures caparaçonnées des tournois médiévaux et les chevaliers brandisseurs d’épées, au moment où ces usages tombent en désuétude.

Sans doute le seigneur pense-t-il ainsi se concilier la faveur populaire, plus facilement que par un surcroît de redevances. Cette parodie provisoire des chevaliers, ce cortège symbolique où les dalmatiques recouvrent les oripeaux ont une fonction de catharsis. Ils éteignent les frustrations populaires et les rivalités latentes entre les ordres, ils libèrent les pulsions, comme dans les Saturnales antiques et finalement confortent le statu-quo social.

Le mai du renouveau

Si Carnaval théâtralisait la mort de l’hiver et de l’ancien temps, le mystère du Cheval Mallet, lui, célèbre le renouveau de la nature et des hommes. Renouveau de la nature à travers la plantation d’un "may" collectif et le port d’un bâton fleuri par les sergents de la juridiction. La livraison annuelle d’un mai revient très souvent dans les contrats passés avec les communautés religieuses ou les seigneurs. Et cette coutume a toujours eu dans la tradition française un caractère végétatif et agraire évident. Mais généralement, c’était les groupes de la jeunesse locale, les bacheliers, qui allaient chercher un arbre pour le dresser sur le lieu symbolique de la communauté. Les exemples sont trop nombreux dans la France rurale de l’Ouest pour les citer.

Célébration de la nature et du printemps manifeste, mais ne s’agit-il pas aussi d’agir symboliquement sur la végétation, de se l’approprier magiquement par le jeu des rondes autour du mai, par les saluts et baisers du cheval ? On comprend que c’est naturellement à la jeunesse, élément novateur de la communauté, que revenait l’initiative des mais. L’originalité de la tradition luminoise est, avec le fait d’associer le cheval et le mai, de faire assumer le cérémonial par les marguilliers.

Le charivari institutionnalisé

C’est enfin le renouveau des gens de la communauté à travers la chanson évoquant "les anecdotes scandaleuses" et "les tours plaisants". On n’oublie pas qu’elle contenait aussi "les événements remarquables". Mais ces "anecdotes scandaleuses" méritent commentaires. Il faut bien reconnaître qu’il n’y a pas qu’à Saint-Lumine qu’on mettait son linge sale sur la place publique et qu’on chansonnait sur le dos des voisins. A Damerys, dans la Marne, "à l’entrée du Carême, on organisait assez souvent des cavalcades qui retraçaient d’une façon grotesque un événement de la localité ou de la région. Le plus en verve composait une chansonnette satirique pleine de gros sel gaulois".

A la même époque, au XVIll° siècle, dans un village au sud de la forêt de Fontainebleau : "Au Carnaval, des jeunes gens du pays formaient entre eux une mascarade passant en revue tous les individus des deux sexes qui dans le cours de l’année avaient offert quelque prise à la malignité publique... Les esprits aristophanesques de l’endroit se réunissaient pour composer une sorte de complainte collective servant de légende à la caricature ...".

Les archives judiciaires des pays d’Ouest ont également conservé quelques traces de ces vindictes publiques quand les victimes, s’estimant trop fortement sanctionnées, portaient plainte. Mais quelles étaient les victimes de la chanson du sacristain de Saint Lumine, qui étaient brocardées très officiellement, le jour de la Pentecôte ? On imagine mal que soient clamés hautement sur "l’éral" de l’église de Saint Lumine les noms de certains individus sans que l’opinion publique ne se fût manifestée auparavant d’une quelconque manière. Un tribunal populaire aura sans doute précédé le tribunal des marguilliers et stigmatisé les mauvais sujets. Qui sont-ils ? Nous n’avons pas la chanson ; mais il s’agit probablement des maris ivrognes et brutaux à l’égard des leurs, des femmes qui portaient culotte dans le ménage, des vieux qui, comme l’on disait, mariaient une jeunesse, des suborneurs, des mauvais voisins querelleurs, en définitive, toutes les victimes des traditionnels charivaris. Le charivari était une forme de justice populaire immanente, relative à tout ce qui ne tombait pas directement sous le coup des lois pénales, tout ce qui ne concernait pas l’intégrité et la sauvegarde des biens et des personnes. Le charivari sanctionnait ceux qui manquaient aux usages de la convivialité rurale.

Mais comment cela pouvait-il "regarder" tout le monde ? A Saint Lumine, on n’en était pas au XIXE°et à l’ordre bourgeois qui resserra les êtres dans des foyers clos aux regards inquisiteurs. Aux XVII et XVIll°, la sociabilité rurale était plus tapageuse qu’on ne le croît. Elle s’inscrivait dans un réseau contradictoire de solidarités traditionnelles (entraide économique, cohabitation des générations, aide aux nécessiteux) et de tensions violentes. On s’aidait comme on se haïssait. On regardait et on était regardé. Le panoptique universel en quelque sorte. La discrétion n’était pas une vertu de mise, ni chez les grands et les bourgeois qu’une domesticité nombreuse talonnait de près, ni dans les familles élargies qui rassemblaient au même pot, au même feu et presque au même lit, trois générations et d’éventuels collatéraux. La vie privée n’existait pas ou si peu !

Alors on comprend la fonction des charivaris. Même s’il suscite des querelles et des inimitiés nouvelles parfois, il sanctionne ceux qui ont manqué aux usages sociaux, ceux qui font grincer les rouages de ces communautés rurales comprimées. Le charivari tente de désamorcer par le rire et la fête des situations inacceptables mais ne relevant cependant pas de la justice pénale. La "chanson scandaleuse" de Saint Lumine ne se saisit que dans cette optique.

Le jeu du Cheval Mallet assume la fonction du charivari traditionnel en s’inscrivant dans les rituels du cycle de Mai, plutôt que ceux du Carnaval ; il théâtralise le renouveau symbolique de la nature et des hommes, à travers le may et la chanson.

L’originalité du rituel luminois vient du fait que l’initiative et le déroulement sont à la charge des seuls marguilliers, quand les charivaris traditionnels étaient menés par les groupes de jeunesses, plus ou moins anonymes et informels. Ici, c’est une institution qui ordonne le cérémonial à la demande du seigneur dont les marguilliers sont les subordonnés. Ceux-ci théâtralisent-ils les mouvements de l’opinion et de la jeunesse locale ou les supplantent-ils totalement ? Ou s’agit-il d’une stratégie seigneuriale, le rituel de la fête pouvant éviter les éventuels excès et débordements de l’opinion ?

La disparition du jeu du Cheval Mallet

En 1791, le pouvoir révolutionnaire décidera la suppression du jeu, en raison de son origine féodale. Ce sera d’ailleurs l’attitude commune des préfets républicains du XIX°, vis à vis des fêtes anciennes malgré quelques controverses. Peu avant la Pentecôte 1791, le 25 mai, deux marguilliers républicains de la paroisse, Mathurin Amaillant et Joseph Brochard, vont au district de Machecoul et signalent que la municipalité, non respectueuse des ordres, veut faire revivre le jeu féodal. Le procureur syndic de Machecoul réplique : "Vous voyez par la déclaration des Sieurs Amailland et Brochard, que la municipalité de Saint-Lumine de Coutais, au mépris des décrets de l’Assemblée Nationale, cherche à faire revivre un usage abusif, ridicule et dispendieux, connu dans cette paroisse sous le nom de Cheval Mallet. Les menaces qu’elle a faites aux marguillers sont d’autant plus répréhensibles que faite pour veiller à l’exécution des décrets, elle est la première à les enfreindre et cette nouvelle marque de son incivisme exige que vous lui rappeliez son devoir et lui fassiez défense de récidiver. En conséquence, je requiers que vous enjoigniez à la municipalité de Saint Lumine de Coutais, de s’abstenir de l’exercice du droit connu sous le nom de Cheval Mallet, à peine d’être poursuivie comme réfractaire aux lois du royaume... Fait au Directoire à Machecoul. Le 25 mai 1791. Signé au registre : Dubois, Charruau, Rulet, Pierre Guilbaud, Procureur Syndic et Paumier, secrétaire". Malgré de nombreux rebondissements, un arrêté du Directoire met fin au jeu par la confiscation des instruments, le 11 juin 1791.

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