Le Pays de Retz vu par Véronique Mathot

vendredi 6 août 2010, par Véronique Mathot

Un tout petit pays porteur d’une riche histoire


Le pays de Retz, un nom entré dans l’histoire par celui de la baronnie de Rais. Le titre de sinistre mémoire restant malheureusement entaché du souvenir de son plus tristement titulaire : Gilles de Rais. Un titre néanmoins plus riant, lorsqu’il réapparaît sous l’appellation de duché de Retz, lié à une prestigieuse famille italienne : les Gondi. Certains de ses membres ayant laissé un nom dans l’histoire : Albert de Gondi, comme conseiller de Catherine de Médicis, Claude-Catherine de Clermont influençant le monde des lettrés de la cour des Valois, Philippe Emmanuel de Gondi, gouverneur de Belle-Ile et général des Galères, plus spécialement connu pour avoir œuvré auprès de St Vincent de Paul, sans oublier le bouillant et impertinent Cardinal de Retz qui, fuyant la vindicte royale, se réfugia en ses terres du côté de Machecoul, avant de s’embarquer vers l’étranger.

Mais c’est bien aussi à un espace géographique tout à fait particulier que se réfère cette appellation. Un petit bout de terre défendant son originalité et sa place, entre fleuve et marais, mer et lac où, au fil de l’histoire, ses hommes se sont, chacun dans leur spécialité, inventé une terre commune. Bateliers de Loire, marins au long-cours, pêcheurs des côtes ou de lac cohabitant auprès d’une petite paysannerie de bocage à l’esprit de clocher et à la sagesse terrienne, comme s’il s’agissait bien pour elle d’ancrer ses certitudes et de se démarquer de ses voisins courants d’air.

S’il fallait raconter l’histoire du pays de Retz, ce serait au souvenir de ces vents, venus de tous les horizons, souffler un court moment le grand vent de l’Histoire.

Celui de civilisations anciennes dont on retrouve la présence au travers des mégalithes ou au travers d’une tradition de légendes de cités englouties. Celui du monde antique qui, du commerce des Phéniciens à la civilisation gallo-romaine, a laissé traces et pièces archéologiques.

Celui de la christianisation venue de la mer et du fleuve, avec entre autres, des apôtres missionnaires : St-Martin de Vertou, St Philbert, St Vital, St Hermeland, relayés de siècles en siècles par ces moines fondateurs d’abbayes et aménageurs de territoires, Ile Chauvet, La Chaume, Quinquenavant, Buzay.

Terre de passage, liée à la mer et au fleuve, mais en conséquence, terre vulnérable, le pays de Retz est le théâtre d’affrontements où se joueront successivement, les invasions normandes, la guerre de Succession de Bretagne, guerre de Cent ans mettant parfois en scène des personnages de légende, Jeanne de Belleville, Gautier Huet, Robert Knoll.

Dans le même temps, sa situation privilégiée en bordure de mer et de fleuve, la place au coeur d’un commerce prospère : celui du sel de la Baie de Bourgneuf, dont bénéficie l’ensemble des bourgs de la Baie, Bouin, Collet, Beauvoir, Noirmoutier. C’est ainsi que nos rivages s’habituent à ces nouveaux envahisseurs pacifiques que seront longtemps ces marchands de la Hanse ou Hollandais, ces Espagnols ou Portugais venus collecter notre or blanc en même temps que nos bons vins de Loire.

Il va sans dire que ce n’est pas pour autant que sa prospérité met le pays de Retz à l’abri de convoitises. Le danger vient de la mer, des flottes ennemies anglaises et hollandaises principalement, tout comme des inévitables corsaires, pirates ou naufrageurs. La défense des côtes sera nécessaire, fortifications du « grand estuaire » de Belle-Ile à Noirmoutier où milices garde-côtes, y veilleront. Mais le danger vient aussi de l’intérieur également avec des rivalités d’influences seigneuriales se jouant tant sur le front politique que plus tard religieux avec les guerres de la Ligue.

Puis vient la grande époque du commerce maritime. Fin XVIIème, XVIIIème, les ports de l’estuaire, St Jean de Boiseau, Le Pellerin, Paimbœuf, déjà habitués au va-et-vient des nombreux navires étrangers vont voir leur activité décupler en raison de l’entrée en force du port de Nantes dans le commerce au long-cours. Incapables de remonter le fleuve jusqu’à Nantes, les vaisseaux de haute mer passent la main aux multiples barges et gabarres qui sillonnent le fleuve. St-Domingue, Nouvelle-Angleterre, Louisiane, Bourbon, Mascareignes, autant de noms qui deviennent familiers aux riverains du fleuve, mais aussi en ombre ceux d’Angola ou de Guinée.

C’est une fois de plus en raison de sa position entre le fleuve et la mer, que ce pays qui encadre l’estuaire devient un des terrains des Guerres de Vendée entre Blancs et Bleus. A la fois, tête de pont de ce très long fleuve qu’est la Loire et coupant en deux les provinces insurgées, il est de la part des Républicains l’objet d’une protection particulière.

Dans la seconde moitié du XIXème siècle, le déclin de l’activité maritime dû au soudain développement du petit port de St-Nazaire à l’entrée de l’estuaire, voit décliner la prospérité commerciale de la rive gauche. Avantage alors, à l’arrière pays rural qui, un peu oublié de ses congénères des rives de Loire, avait tout modestement su développer une petite culture propre, avec ses traditions, son langage, un habitat traditionnel, ses moulins. Avantage aussi aux petits bourgs de la côte, Pornic, La Bernerie, La Plaine, St Brévin, St Michel-chef-chef qui voient affluer un nouveau type social, l’amateur de bains de mer et le touriste, colonisant par d’imaginatives architectures balnéaires, rochers escarpés ou dunes domestiquées.

Malgré le creusement à la fin du XIXème du Canal de la Martinière, destiné à relancer l’activité déclinante du port de Nantes, le pays de Retz semble bien entré dans une phase de tranquillité économique. Les atterrissements des divers bras de la Loire, privilégient la rive droite, tout comme la priorité dans l’aménagement d’un chemin de fer. Les agitations de la Révolution industrielle ne le concernent que peu, hormis dans l’ïle d’Indret, lieu d’implantation d’une fonderie royale de canons, où sera mis mis en place un important système défensif implanté notamment au château d’Aux. Seule la petite sous-préfecture de Paimbœuf avec ses diverses administrations, son journal « L’Echo de Paimbœuf », rappelle qu’elle pourrait encore faire office de capitale de son petit pays. Mais pour peu de temps encore, une réforme administrative en 1926 et c’en est fini de « l’indépendance » territoriale. Pour la consoler, une tentative industrielle : Le Service des Poudres des Armées d’abord puis les Etablissements Kuhlmann.

Une fois de plus sa position ouverte à tous les vents de l’histoire verra ce petit pays de Retz devenu bien tranquille, particulièrement surveillé lors de l’Occupation allemande, avec l’arrivée de milliers de militaires, la construction des fortifications du Mur de l’Atlantique puis son intégration de force dans la Poche de St-Nazaire.

Un tout petit pays donc, disions nous, mais sans nul doute à la riche histoire.

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