Le Pays de Retz et les voies commerciales antiques

mardi 13 juillet 2010, par Emile Boutin +


Habitée dès la Préhistoire, La Baie de Bretagne, le Portus Secor des Anciens et tout le Pays de Retz ont été fréquentés par des commerçants nombreux attirés notamment par le sel. Fluviales, maritimes ou terrestres, les voies commerciales y ont été fort nombreuses.


Délimité d’une façon naturelle par l’Atlantique, la Loire, l’ancien golfe de Machecoul et le lac de Grandlieu, le Pays de Retz est une presqu’île dont l’avancée maritime est constituée par Préfailles et St Gildas. Cette pointe ne passait pas inaperçue dans l’antiquité et a donné le nom à notre pays. Retz ou Rais est en effet dérivé du mot phénicien RAAS qui signifie Chef ou Cap. Le peuplement de cette région est très ancien, ainsi qu’en témoignent les nombreux dolmens et menhirs de notre côte. Citons les dolmens à couloirs des Mousseaux, ceux des Rossignols à Saint Brévin et de la Joselière etc.

Certains de ces mégalithes sont même tombés en mer par suite du mouvement épéirogénique défavorable à notre Bretagne sud. Ainsi, j’ai pu voir, en face de Malmy, à quelques dizaines de mètres du rivage, les montants et la table d’un très beau dolmen, que Jean Mounès m’avait fait découvrir, il y a vingt cinq ans. Il y a également beaucoup de menhirs chez nous. Parmi les plus beaux, il faut mentionner ceux de Chauvé, la pierre de Bodon et la pierre levée de Princé. Leur mise en place semble être aussi ancienne que l’édification des sépultures. Nous ne connaissons pas trop leur destination. Le professeur Giot nous dit : « Nous pouvons simplement conclure que ce sont des monuments religieux. Cet épithète imprécis, qu’il ne nous coûte pas d’avancer est une manière de draper notre ignorance ». Les pierres levées se rapportaient au culte divin, et, par excellence, au principal emblème de la divinité chez les primitifs et les demi-civilisés, le soleil qui meurt et ressuscite avec le jour.

Les trois voies

Tous ces monuments nous prouvent que notre Pays de Retz était déjà peuplé dès la préhistoire, et, bien sûr, la protohistoire. Il y avait donc échanges et commerce. Ce sont des découvertes archéologiques, parfois fortuites, qui nous en apportent la preuve. Des épées de l’âge de bronze ont été repêchées en Loire. De la poterie usuelle de cette même époque a été trouvée à Saint Michel-Chef-Chef, par le Docteur Tessier. Des forges gauloises existaient à Prigny, mais aussi sur les bords du lac de Grandlieu, à Pont St Martin, à Vue et à St Père en Retz. On fabriquait de la céramique à Vue et près de St Lumine, et les tuileries de la Sicaudais étaient réputées. Enfin, des fours à augets, prouvant un commerce protohistorique du sel, ont été mis à jour tout au long de notre côte, à La Plaine, Pornic, et récemment aux Moutiers, sur l’ancienne rive de la Baie.

On sait que les pains de sel servaient de monnaie. Et le salaire ou « salarium » n’était-il pas la quantité de sel qui payait les soldats romains ? Il y avait donc, dès lors, un commerce local dont nous ne pouvons malheureusement apprécier l’importance. Mais qui dit commerce dit voies de communication. Et le Pays de Retz en était relativement riche. D’abord, la voie maritime, puis la voie ligérienne, les rivières, surtout le Tenu, le lac de Grandlieu et aussi certains chemins gaulois que les Romains aménageront au début de l’ère chrétienne.

A coté des échanges locaux, voire régionaux, existait depuis longtemps un autre négoce - qu’on qualifierait actuellement d’international - avec tout le monde méditerranéen. Et ce commerce utilisait aussi les trois grandes voies : l’Atlantique, la Loire et les chemins terrestres.

Si la mer baigne maintenant une grande partie du Pays de Retz, elle s’avançait jadis beaucoup plus profondément dans le golfe de Machecoul, et recouvrait tout l’actuel marais breton. Cette baie constituait un abri très sûr qui prit le nom de PORTUS SECOR. Je sais bien qu’au siècle dernier, on a beaucoup discuté de l’emplacement de ce port. Il faut donc se reporter aux données des géographes anciens. Ptolémée, astronome grec du deuxième siècle de notre ère, dont l’autorité s’étendit jusqu’au Moyen-Age, nous a décrit l’Aquitaine, en situant le Promontoire des Pictons et l’embouchure de la Loire. Il place Portus Secor à 28 km au sud du fleuve. Si nous traçons un parallèle à cette latitude, il coupe l’extrêmité nord de Noirmoutier, passe à quelques centaines de mètres de Prigny, et se trouve à la hauteur de Bourgneuf. Deux siècles plus tard, Martien d’Héraclée nous dit : « Du Promontoire des Pictons au Portus Secor 200 à 300 stades ; du Portus Secor à l’embouchure de la Loire, 155 à 185 stades ». Le stade valant 147 mètres 35 centimètres, Portus Secor se trouve donc à 25 km environ au sud de Mindin. Et nous nous retrouvons encore dans l’actuelle Baie de Bourgneuf.

La mer ténébreuse d’Himilcon

Il est peu probable que les Crétois soient venus par mer au Pays de Retz. Nous verrons qu’ils surent, par contre, utiliser les voies terrestres. On sait pourtant qu’ils passèrent les colonnes d’Hercule et que, du détroit de Gibraltar, ils remontèrent vers le nord. Leur expansion maritime date du Minoén récent et se termina vers 1450 avant Jésus Christ. C’est alors que les Phéniciens devinrent les maîtres du commerce maritime et exercèrent une véritable thalassocratie.

L’historien Festus Avienus nous a rapporté les péripéties du voyage du célèbre navigateur phénicien Himilcon, qui vint pas mer plusieurs siècles avant notre ère jusqu’à l’embouchure de la Loire. Puis il remonta vers les Iles Britanniques. Il découvrit réellement les régions de l’étain, entre autres, les gisements d’Abbaretz et de Penestin. L’exploitation et la commercialisation en étaient assez faciles, puisque la mer était proche. Balagny nous dit qu’Himilcon fut le premier navigateur de race phénicienne à venir par mer au Pays de Retz. Mais il n’est pas sûr que d’autres n’y soient pas venus précédemment par voie terrestre, en suivant les traces des Crétois. En tout cas, pour décourager d’autres peuples de s’aventurer au délà des colonnes d’Hercule, Himilcon répandit la légende de la Mer Ténébreuse, où l’on courait de nombreux périls où les bateaux restaient à sec (marée basse, fait inconnu des Méditerranéens) et où l’on rencontrait des monstres effrayants. D’ailleurs, quatre siècles plus tard, la mauvaise renommée de notre océan sera confirmée par l’historien grec Polybe, « On fait très peu d’usage du détroit des colonnes dHercule, premièrement parce que peu de gens sont en commerce avec les peuptes qui habitent les extrémités de l’Europe et de l’Afrique, en second lieu parce que la mer extérieure est inconnue ». Comme on le voit, les Phéniciens avaient su entretenir les légendes pour conserver un marché prospère, celui de l’étain. Et toute l’antiquité a considéré l’étain comme spécifiquement celte. Sceau phénicien avec un capridé courant Possède-t-on des preuves du passage des Phéniciens sur notre côte ? Commerçants mais non conquérants, ils n’ont pas laissé de traces aussi évidentes que les Romains par la suite. Leur présence sur le rivage de Portus Secor et du sud de l’estuaire est pourtant bien attestée. Une monnaie phénicienne a été trouvée au Vieil (Noirmoutier). Sur une face figure la tête de LYSIMAQUE, compagnon d’Alexandre, qui devint roi de THRACE en 306 av. J.C. Des fouilles accidentelles (ce sont souvent les meilleures) ont permis la découverte à Saint Gilles, de vases d’inspiration phénicienne. Et le musée de Noirmoutier possède des monnaies, une amphore, un vase assyrien, dragués au large depuis la dernière guerre mondiàle. La toponymie apporte aussi une confirmation. Les marins donnaient alors des noms.de chez eux, aux pays qu’ils fréquentaient. Ainsi SION sur l’Océan n’est autre que SIDUNUM, c’est-à-dire SIDON, capitale de la Satrapie de Phénicie. Et l’ancien nom de Ste Marie sur Mer était également le « Bosquet de Sion » (n’oublions pas Bélébat, la ville engloutie sur la côte vendéenne, cité du dieu Baal). Quant à la Pointe St Gildas, nous avons vu qu’elle était le Raas séparant Portus Secor de l’embouchure de la Loire.

Comptoir phénicien et place financière

Le fleuve est en effet la deuxième grande voie commerciale antique du Pays de Retz. Et c’est précisément à son embouchure que Strabon situe un des ports les plus importants de la Gaule. Il s’agit de Corbilo, que le géographe grec compare à Narbonne et Marseille. On a longtemps hésité,sur son emplacement car il avait déjà disparu quand Strabon en parle, puisqu’il emploie le temps indéterminé de l’aoriste pour l’évoquer. Au siècle dernier, les historiens ont essayé de le situer à proximité de Montoir, ce qui était proche de la vérité. D ailleurs on trouve encore dans l’estuaire un banc de sable du nom de BILHO. Et d’après Richer (1823), le port voisin se serait appelé KERBILHO. Pour de Kersabiec, il s’agirait plutôt de BELON, près d’Escoublac. La racine BEL aurait alors rappelé le grand dieu phénicien BAAL

D’autres auteurs ont situé Corbilo, soit à Couéron, soit à Rezé, puisqu’on sait que la marée s’y faisait sentir. Actuellement, après des découvertes faites à Saint Nazaire, à la suite des bombardements de la dernière guerre mondiale, il semble établi que Corbilo est l’ancêtre lointain de cette ville. Mais revenons à Strabon qui écrit dans son livre IV :

La Loire sépare les Pictons des Namnètes, et il y avait jadis sur ce fleuve, le port de Corbilo. Le texte grec ci-dessus appelle quelques précisions importantes. D’abord le mot έχσόλλει qui a un sens plus fort qu’une simple séparation géographique, mais implique un rejet, comme s’il n’y avait pas d’entente entre Pictons et Namnètes. Puis le terme έμπόριου qui signifie bien que ce port existait « auparavant » et que Strabon ne l’a pas connu. enfin et surtout (mot grec) qui implique non seulement un port, mais aussi des entrepôts, un vrai comptoir et probablement un centre boursier. Peut être Strabon a-t-il connu Corbilo par les récits antérieurs du voyageur phocéen Pytheas, qui 350 ans avant l’ère chrétienne, avait parcouru la Bretagne. Ce grand port a entretenu des relations commerciales avec les Phéniciens et leurs cousins carthaginois jusqu’en 146 avant Jésus Christ. Pourtant, dès l’époque de la Tène, le commerce maritime déclinera le long de nos côtes et le fleuve prendra la relève.

Et c’est Rezé qui va profiter de cette évolution. Ratiastum, ou plus exactement « Civitas Ratiastum », la cité des Ratiates, tire son nom de RAAS que nous avons vu précédemment. Civitas Ratiastum Aquitanorum Sub Ligeri. Voilà la ville bien située par Pline et sans contradiction avec le texte de Strabon. Rezé va donc profiter du déclin de Corbilo, et, après les Phéniciens, ce sont les Phocéens et les Grecs qui vont commercer avec le Pays de Retz, et principalement par la Loire. Cette fois, ce ne sera pas le cours inférieur du fleuve qui favorisera le négoce, mais le cours supérieur, joint bien souvent à un parcours terrestre. Les Phocéens, venus d’Asie Mineure s’établirent à Marseille vers l’an 600 avant notre ère. Massilia donna naissance à d’autres cités comme Nice, Antibes et Agde. Mais la ville étendit le nombre de ses comptoirs dans la vallée du Rhône. Et de là, elle poussa des caravanes de banquiers et de marchands dans les trois grandes vallées, de la Garonne jusqu’à Bordeaux, de la Seine jusqu’à Rouen et, ce qui nous intéresse, de la Loire jusqu’à Rezé.

Rezé, la gréco-romaine

Rezé fut un port, probablement le plus important de l’ouest jusqu’au IV° siècle après J.C. Il eut prépondérance sur Nantes. La cité s’étendait tout au long de la Loire, sur plus de trois kilomètres, depuis Pont Rousseau et le port au blé, jusqu’aux Couets. Les vestiges de la ville antique couvrent environ 76 hectares. Depuis plusieurs années, des fouilles archéologiques ont lieu sur le site et ont permis de découvrir des constructions galloro-maines, une route pavée, des quais et des puits funéraires. Les campagnes de fouilles ont donné de fructueux résultats : pièces de monnaies (dont un demi-as, de Nimes), statuettes, cruches, poteries sigillées et de terra nigra. Si la ville longeait le fleuve, sa pénétration dans les terres était seulement de quelques centaines de mètres. En effet, lors de la destruction récente du château de Rezé, aucune trace d’établissement des premiers siècles n’a été trouvée. Par contre, des dents de bêtes sauvages permettent de penser que la grande forêt du Pays de Retz venait aux portes de la ville. Heureusement, il y avait la Loire « voie commerciale la plus fréquentée de notre pays » a écrit le géographe Gallouedec. Et c’est bien le fleuve qui nous amena les Grecs. Or ceux-ci étaient des commerçants, mais pas à la manière des Phéniciens. Ils ne s’intéressaient pas uniquement au négoce, mais avaient un idéal religieux (dont a si bien parlé Festugière). Ils venaient chercher de l’étain, mais nous apportaient leurs dieux d’Orient. C’est ainsi que le culte de Cybèle, d’Isis et de Mithra sont parvenus chez nous, mais aussi celui du Christ, Dès le deuxième siècle, les Grecs de LYON constituaient déjà une église chrétienne. Ceci s’explique bien puisque les premiers papes furent des Orientaux qui parlaient cette langue ainsi que les premiers missionnaires qui débarquèrent à Marseille. Jusqu’en 189, les papes écrivirent en grec. Et César nous dit que c’est en ces caractères que les Gaulois écrivent leurs actes publics et privés : « Publicis privatisque rationibus graecis litteris utuntur ». Certains mots, encore en usage au Pays de Retz, remontent à cette période. Ainsi « enter » vient du verbe έμφυθεύειν qui signifie greffer.

W. Von Wartburg mentionne, avec la même racine « impfen » en dialecte allemand du sud. C’est-à-dire que le Pays de Retz et le sud de l’Allemagne ont été les deux zones où l’influence grecque a été forte.

Vous pourrez voir, au Musée de Bourgneuf, une très belle « oenochoe » en bronze, datant du IV° Siècle, et provenant des fouilles de Rezé. Ce vase est orné de la palmette qui témoigne de l’influence des Orientaux de Marseille. La Loire a donc permis de concurrencer les Phéniciens dans leur commerce de l’étain et de se libérer de leur quasi-monopole. C’est bien ce que dit CARCOPINO dans la « Dame de Vix » : « La colonie phocéenne de I’Occident a libéré l’hellénisme de sa dépendance à l’égard de Carthage, dans l’échange du bronze, que les cités méditerranéennes, maîtresses des mines de cuivre de Chypre, ou d’Italie, étaient seules à fabriquer, avec l’étain, qu’en revanche, les terres occidentales étaient seules à recéler ». Il en ira de même au temps de César, qui nous dit que les habitants de notre région continuent à importer du bronze en échange de l’étain qu’ils livrent.

Les voies terrestres de l’étain

Si les Phocéens et les Grecs ont utilisé la voie ligérienne pour commercer avec Rezé, ils ont su créer des voies terrestres de l’étain. Ces routes servaient d’ailleurs au transport d’autres marchandises, et dans les deux sens. DIODORE, historien grec, nous précise que l’étain était convoyé par voie de terre, à travers la Gaule, à dos de cheval et de mulet, et, en trente jours environ, atteignait l’embouchure du Rhône. On attachait, de chaque côté de l’animal, des blocs de métal en forme de gros poissons, qu’on appelait d’ailleurs des « saumons ». Bien souvent, on combinait les deux transports, les animaux et le bateau. On pense que la voie terrestre quittait le Rhône à la hauteur du Forez et rejoignait alors la Loire. Mais il y eut peut être un autre itinéraire dont nous parle Fernand Bendit. Cette voie directe aurait relié l’embouchure du Rhône à celle de la Loire, en empruntant un tracé court, à travers les Cévennes, les Causses, le Cantal et le Limousin. Voilà qui confirmerait le texte de DIODORE. Une monnaie trouvée près de Limoges a permis à M. Benoît d’écrire : « C’est sans doute une imitation massaliète qu’il faut voir dans la drachme d’argent attribuée aux LEMOVICES, dont le droit représente une tête féminine (ARTEMIS ?) et le revers un lion au corps arqué, monnaie qui, si elle a précédé la frappe du stratère d’or des tribus gauloises, au début du II° siècle, serait un précieux jalon d’une voie massaliète de l’étain, en direction de CORBILO ». Sans doute serait-ce la même voie que celle signalée par Bernard 4 Pouye. « Elle vient D’ARLES, passe à NIMES, remonte les CEVENNES par LEDIGNAN, ANDUZE, et St Jean du Gard, débouche sur les Causses, traverse le Tarn à Sainte Enimie, par le Causse de Sauveterre gagne le Lot et atteint les plateaux de l’AUBRAC par le col de Bonnecombe. Nous la suivrons à travers la Haute-Viadène, jusqu’à la Truyère qu’elle passe en aval du barrage de Sarrans et nous avons à peu près précisé le tracé dans le Cantal et jusqu’à la Dordogne. Nous signalerons enfïn que la carte de redressement de l’itinéraire de PEUTINGER que donne Desjardins porte un tronçon de route Nantes-Secondigny, et que Secondigny se trouve bien exactement sur la transversale dont nous parlons ... ». Il semble donc bien avoir concordance entre les voies signalées par Fernand Benoît et Bernard Pouye.

Deux grandes routes : Poitiers-Rezé et Poitiers-Portus Secor

Si cette route montait vers l’estuaire, il faut bien dire qu’au départ de Rezé, plusieurs voies descendaient vers Poitiers. Elles ont été étudiées très soigneusement par mon ami Albert CHAMPIGNEULLE à qui j’emprunte l’essentiel de ce qui suit.

Une voie partait de l’emplacement actuel de l’église Saint Pierre de Rezé. La première lieue de 2222 mètres se trouvait au Moulin de Retz. Et l’église de Pont St Martin marquait exactement le terme de la quatrième lieue. De Pont St Martin, une route gagnait St Philbert et l’autre Portus Secor. Une autre reliait Rezé à Aigrefeuille et rencontrait dans ce pays la grande voie allant de Pornic à Clisson qui se prolongeait vers la SEGOURIE. Enfin, Rezé était relié directement à Poitiers par la voie romaine de Nantes à SEGORA (la Ségourie) en passant par le Lion d’Or, la Lande Saint Martin, les CLEONS (site gallo-romain remarquable), la Chapelle Heulin, et arrivait au Fief SAUVIN (SEGORA) point de réunion des voies venant d’ANGERS, de REZE, de POITIERS et de PORTUS SECOR.

Nous voyons donc que les voies commerciales antiques du Pays de Retz étaient nombreuses. il est certain que, si notre région n’avait pas eu l’étain d’abord et le sel ensuite, le commerce du sud de la Loire eut été de moindre envergure. Mais les routes commerciales serviront aussi aux invasions. Et c’est probablement par la voie LIMONUM-RATIASTUM que l’évêque de Poitiers, ADELPHUS fuira les Wisigoths pour se réfugier au nord de son diocèse, près de la chapelle Saint Lupien. Nous trouverons, en 511, mention de cet évêque, au Concile d’Orléans, où il aura le titre de « Episcopus Ratiatensis », évêque de Rezé. Et c’est ce « chemin vert » qui traversait la grande forêt que les Normands emprunteront en 865, pour aller incendier Poitiers.

Que sont devenus les grands centres commerciaux du Pays de Retz de cette époque ? Portus Secor semble avoir prospéré jusqu’au Moyen Age, où la Baie de Bourgneuf prendra la relève. L’âge d’or du sel sauvera ce port jusqu’en 1473, début de sa décadence. Les alluvions de la Loire combleront peu à peu la Baie, et la rendront presque inutilisable. Corbilo avait déjà disparu au temps de Strabon, nous l’avons vu. Le Saint Nazaire des débuts du christianisme ne fut sans doute pas très prospère. D’ailleurs les Sarrazins se chargèrent d’anéantir la ville et de brûler l’église en 712. Leur chef, TARIK, ruina le pays pour longtemps. Port de pêche, il faudra attendre Napoléon III pour que Saint Nazaire devienne prospère au détriment de Paimboeuf.

Quant à Rezé, jusqu’à la fin du IV° siècle, la cité fut plus florissante que Nantes. Mais elle dut subir cette loi : les rives nord des fleuves prennent le pas sur les rives sud. Et Rezé, bien que ville indépendante, vit dans l’orbite de la métropole de l’Ouest. La Loire, elle-même, a perdu de son importance et ne connait plus les trafics, intenses pour l’époque, qui enrichissaient la corporation des NAUTES.

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