Le Pays de Retz et les guerres de Louis XV

mardi 1er juin 2010, par Emile Boutin +


Les guerres de Louis XV n’ont pas affecté le Pays de Retz dans sa chair, mais elles ont pourtant perturbé la région.


Les guerres de Louis XV n’ont pas affecté le Pays de Retz dans sa chair, mais elles ont pourtant perturbé la région. La guerre de succession de Pologne (1733-1735) ne nous toucha pas. Celle de succession d’Autriche (1740-1748) eut des répercussions sur nos côtes et vit les corsaires anglais dans la baie. Ainsi Le Maidstone fit naufrage sur les Sécé en 1747. En revanche, la « Guerre de Sept Ans » (1756-1763) dans sa partie maritime, mobilisa la population entre Mindin, Bourgneuf et Noirmoutier pour préparer une " invasion " de l’Écosse et rétablir sur le trône Charles-Edouard, le fils de Jacques III Stuart.

La crise commença vraiment avec la mort de Charles VI d’Autriche. Sa fille Marie-Thérèse lui succéda sur le trône. Mais ses droits furent contestés par de nombreux princes, dont Charles-Albert, l’électeur de Bavière. Celui-ci, soutenu par la France et l’Espagne fut élu empereur sous le nom de Charles VII. Marie-Thérèse eut l’appui de l’Angleterre et des PaysBas, nos ennemis habituels. Dès 1739, les Anglais nous cherchèrent querelle. Et lorsque le roi resserra nos liens avec l’Espagne, par " le traité d’alliance perpétuelle " de Fontainebleau, le 15 février 1744, il fallut envisager de renforcer les défenses côtières pour parer à toute éventualité. En 1743, la France avait été abandonnée par son allié Frédéric II de Prusse. Un an plus tard, on envisagea une descente en Angleterre.

Le prince Charles-Edouard à Mindin

Charles-Edouard, habillé en prêtre, monte sur le Du Teillay, bateau mouillé en rade de Mindin. Il débarque clandestinement en Ecosse. Aidé de nombreux partisans, il s’empare d’Édimbourg, avant d’être battu par l’Anglais Cumberland. Traqué, il réussit à revenir en France où nous le retrouverons. En 1745, Louis XV, au sommet de sa gloire déclare la guerre à l’Angleterre. Cette même année, le Maréchal de Saxe remporte la grande victoire de Fontenoy sur les Anglais et les Hollandais. Mais Georges II, roi d’Angleterre qui a deux fois plus de bateaux que Louis XV nous prend l’lle Royale.

A cette même époque, le gouverneur de Bretagne se nomme Louis- Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthièvre. Il est amiral de France et grand veneur. Lui-aussi s’est distingué à Fontenoy. Fils du comte de Toulouse, (3ème fils légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan) il est aussi pieux et homme d’honneur que lui. Saint-Simon disait du père : « il est l’honneur, la vertu, la droiture, l’équité même ».

Ce gouverneur de Bretagne va donc venir inspecter les côtes du Pays de Retz et en renforcer les défenses, laissant les affaires courantes au maréchal de Brancas. Cette visite est urgente car les Anglais ont débarqué huit mille hommes au Pouldu, le 1er octobre 1746, menaçant Lorient et l’entrepôt de la Compagnie des Indes. Mais l’arrivée de secours du côté français les fait réembarquer pour Portsmouth. Notre côte reste cependant menacée. A Bouin, on construit trois batteries, à L’Epoids, au Paracaud et à la Barre Brûlée. Le poste de commandement est installé à la Limagne qui, par analogie avec les Armes de marine prend le nom de château de la Limagne.

Le duc de Penthièvre à Pornic

Le duc de Penthièvre, venant de Bourgneuf et du Collet arriva à Pornic pour inspection, le 23 juin 1747. Il se rendit à la Noëveillard, où une batterie était installée, puis à la pointe de Saint-Gildas, poste important de la défense côtière. Pendant son séjour sur la côte, il logea à la maison noble de la Touche, dans l’actuelle rue de Verdun. Le château fort ne présentait pas assez de confort pour cet illustre personnage. Evidemment, son arrivée à Pornic fut un événement pour la ville. Le curé de la paroisse, Charles-François Le Meunier des Graviers, se mit en quatre pour recevoir le gouverneur de Bretagne. Voici d’ailleurs, le texte qu’il a écrit dans le registre paroissial : « 28 juin 1747. Son Altesse Sérénissme Monseigneur Louis-Jean-Marie de Bourbon, duc de Penthièvre, de Rambouilet, amiral et grand venur de France, lieutenant-général des armées de Sa Majesté, gouverneur de la province de Bretagne, chevalier des Trois Ordres et de la Toison d’Or, vint coucher en cette ville, accompagné de messieurs ses douze premiers gentilshommes : Monsieur de Saint-Pern, maréchal de camp des armées, Monsieur Pontcarré de Marne, intendant de cette province, Monsieur de Kermond, chef d’escadre, Monsieur de Menou,baron de Pontchâteau, lieutenant du Roy en château de Nantes, brigadier des armées-commandant des milices garde-côtes dans le comté nantais, de Monsieur de Beauparé, capitaine de ses gardes, de Monsieur de Loudéac, secrétaire de la marine, de Monsieur de Creton, son écuyer, de Monsieur de Marolles, lieutenant de vaisseau, de Monsieur de Cresnay, capitaine de vaisseau, de Monsieur Bigot, inspecteur d’artillerie dans la province ... ».

Si j’ai cité tous ces noms, mentionnés par le curé de Pornic, c’est pour évoquer l’ambiance de festivités, mais aussi de respect et de crainte qui dut régner à Pornic pendant cette visite. Il est évident que chacun de ces hauts dignitaires était accompagné de ses propres serviteurs. Le Meunier Des Graviers continue ainsi :

« Il arriva à Bourgneuf, le 25 juin à 10 heures et demie, il monta ensuite par Recouvrance. Il avait à sa suite six chaises, cinquante-huit chevaux et surtout des domestiques. Les milices gardes-côtes étaient sous les armes et bordèrent la haie, depuis l’entrée de la chaussée, jusqu’à la maison de la Touche, rue d’Apée, où logeait le prince, qui, à son arrivée, renvoya toutes les milices de la capitainerie, à l’exception de la compagnie de cette ville qui monta la garde à sa porte, commandée par le sieur des Gâts, Baullon. A onze heures, le Prince vint à l’église avec les gentilshommes de sa suite, tous les officiers et chevaliers de Saint-Louis et Monseigneur l’évêque d’Apollonie, son confesseur, où il fut reçu avec le dais, par le sieur recteur qui, après l’avoir complimenté, le conduisit à un prie-Dieu, placé dans le sanctuaire, vis-à-vis de l’autel de saint-Sébastien, où le Prince et toute sa suite, entendir la messe chantée le Saint-Sacrement exposé, avec une dévotion exemplaire. Il donnat un Louis de vingt-quatre livres à la Boëte du Rosaire, quarante-huit livres à l’hôpital, autant à la maîtresse des écoles charitables de cette livre et vingt-quatre livres aux joueurs de violon l’après-midi ». Notons que le duc de Penthièvre vint aux vêpres et à la bénédiction du Saint-Sacrement, puis il partit à « la pointe de Rais » (Saint-Gildas).

Le lendemain, il assista à la messe 11 h, puis il partit pour Paimbœuf, « après avoir examiné le port, l’étang et les environs ».

Les succès des Français dans les Flandres, amenèrent les Anglais à ouvrir des négociations de paix. Ce fut le traité d’Aix-la-Chapelle. Louis XV « traité en roi, et non en marchand », selon sa propre expression. C’est dire, qu’il n’exploita pas la situation.

La population du pays de Retz organisa des réjouissances pour la fin de la guerre. Elle se souciait peu que la France se fût battue « pour le roi de Prusse », mais elle appréciait le retour des prisonniers et la reprise du négoce..

En 1749, à Pornic : « le deuxième jour de mars, il y eut un TE DEUM, chanté en réjouissance de la paix qui succédait à une guerre de trois ans avec l’Angleterre, par les forces maritimes de laquelle, le commerce de France par mer était ruiné. Il y eut illuminations, feux de joie, boîtes et canons tirés. Les familles dans ces réijouissances avaient deux objets : savoir le retour des prisonniers qui ient en grand nombre et le rétablissement de commerce qui donne lieu de gagner aux officiers et aux matelots. Je ne parle pas de l’espérance de la diminution des impôts ».

Le duc d’Aiguillon prépare la guerre

La période qui suivit la fin de cette guerre fut relativement calme pendant près de huit années. Sur la côte l’activité navale se développa et en 1751, " le quartier de Bourgneuf " comptait quatre cent trois charpentiers de marine, dont la plupart embarqués sur des bâtiments de Sa Majesté du commerce. Si le duc de Penthièvre reste gouverneur de la province, un commandant en chef pour le Roy en Bretagne est nommé en 1753. Il s’agit de, Emmanuel Armand Vignerot du Plessis Richelieu, duc d’Aiguillon. Il n’a que trente-trois ans. Son rôle est d’assurer l’intégrité de la province qui lui est confiée, province frontière avec l’ennemi héréditaire, l’Anglais. Certes, nous sommes en paix. Mais le duc connaît trop bien les Britanniques et reste sur ses gardes. « Si vis pacem, para bellum » disaient les Latins. Selon cette devise, il va préparer la guerre. D’ailleurs, sommes-nous vraiment en paix ? En 1755, les archives nous disent « On a vécu six mois cette année dans une continuelle incertitude de guerre ou de paix. Les Anglais, nous ont pris trois cents voiles sans déclaration de guerre et ont plus de dix mille prisonniers français. On fait en France de grands préparatifs de guerre ». Un exemple : l’amiral anglais Boscawen, attaque sur les bancs de Terre-Neuve, trois navires français à : l’Alcide, le Lys, le Royal Dauphin.

D’Aiguillon avait donc raison d’être méfiant. La Bretagne, vue de Versailles est composée de sujets fidèles quoique entêtés. Sur place, le duc découvre que c’est un panier de crabes. Il lui faut administrer, c’est-à-dire, composer avec les multiples personnalités en place, s’imposer pour faire construire les routes, dont la province manque cruellement et qui sont indispensables au mouvement des troupes. L’artillerie de marine accepte mal ses directives. Il faut un ordre du Roi pour arranger les choses : « Messieurs les officiers de la Marine, employés dans les batteries de la côte seront tenus de faire exécuter les ordres qui leur seront donnés par Monsieur le duc dAiguillon comme leur chef supérieur ».

Car l’artillerie côtière est le principal souci du commandant en chef. C’est pourquoi, il multiplie les inspections, déplorant la difficulté de défendre chaque point stratégique.

Le 29 septembre 1754, il est à Paimboeuf. Puis il longea la côte du pays de Retz, jusqu’à Bourgneuf. Comme l’avait fait précédemment le duc de Penthièvre, il se rendit à Pornic où il entendit la messe et dîna à la cure. Après quoi, il repartit avec sa suite « au nombre de dix-sept tant ingénieurs qu’autres officiers généraux ». Son inspection des côtes bretonnes dure trois mois pour constater que leur défense était très défectueuse et inefficace.

Il va donc réformer complètement l’organisation des capitaineries. Il en installe une à Pornic pour protéger tout le pays de Retz, sous les ordres de Monsieur de Charette-Briord, lieutenant-colonel, Monsieur de SaintAignan et Monsieur de CharetteBoisfoucauld. L’année suivante, le duc revient à Pornic pour apprécier l’exécution de sa réforme. Il inspecte encore tout le littoral et arrive à Pornic, le 18 mars 1756, comme en témoigne le curé de la ville.

Inspection de toute notre côte

« Le 18 mars 1755, arriva à six heures du soir en cette ville Monseigneur Armand-Emmanuel du Plessis de Richelieu, duc d’Aiguillon, pair de France, commandant en Chef de cette province. Il était accompagné de Monsieur de Grossolles, brigadier des armées, de deux gentilshommes, ses écuyers, de deux officiers de la marine, de trois ingénieurs, de capitaines, de lieutenants, d’un brigadier de ses gardes, de six gardes, deux pages, deux secrétaires et une nombreuse suite de gens de livrée. Depuis Paimboeuf jusqu’à Pornic, ces seigneurs vinrent, visitant toute la côte, le havre de Pornic, le corps de garde de Gourmalon qui sera rapproché à l’extrémité du havre, ordonnant une batterie à Noëveillard, des corps de garde à différents endroits, depuis Saint-Brevin jusqu’ici. Rien n’échappa à leur sollicitude et à leurs recherches dans les anses pour empêcher la descente des ennemis. Monseigneur le Duc logea à la maison de la Touche, rue d’Apec. Sa suite logea par ballets dans la ville. Il en repartit le lendemain pour aller à Bourgneuf, continuant l’examen de la côte. Les chevaux leur furent fournis par les habitants jusqu’au nombre de soixante. Le 20 mars, Monseigneur le Duc, partit de Bourgneuf au matin. Il s’embarqua au Collet dans deux bateaux de La Bernerie : savoir tous les maîtres dans un les domestiques et les bagages dans l’autre, at alla visiter l’île de Noirmoutier et le Pilier ». Ne pouvant pas ensuite aller au Croisic, car la mer était grosse, ils revinrent à Pornic, puis, par route, gagnèrent Mindin et la presqu’île guérandaise.

Le duc reviendra l’année suivante, en mai 1757, passer en revue les nouvelles compagnies.

C’est toujours le curé Le Meunier des Graviers qui écrit :
« le 28ème jour de may 1757, à six heures du soir, arriva à Pornic, Monseigneur le Duc d’Aiguillon, commandant en chef en cette province. Le lendemain 29 may, jour de la Pentecôte, vint entendre la grand-messe à neuf heures et après la messe, accompagné de Monsieur de Grossolles, ingénieur, de ses écuyers, de Monsieur Robard, il se tra,sporta sur la terrasse du château où il passa en revue le bataillon nouveau qui a été formé de dix compagnies de détachement de cinquante hommes. Ces cinq cents hommes étaient armés de fusils, fournis par le Roy. La revue faite, le duc s’en retourna à la Touche, travailler jusqu’à trois heures et demie qu’il se mit à table ».

Le lendemain 30 may, le duc entendit encore la grand-messe, après comme la mer était grosse et les vents contraires pour aller au Pilier, il s’en alla sur des chevaux fournis par la police passer par Machecoul, se rendre à Beauvoir et de là, passer le même jour à Noirmoutier chez les moines de la Blanche, et de là au Croisic.

Construire des routes, Robard de Bourgneuf en perd la tête

L’une des principales activités du duc fut de faire construire ou aménager des routes pour les armées. La rapidité de déplacement des troupes était liée au réseau routier. C’est pourquoi : « on a travaillé cet été » (en 1757), nous confirme le curé de Pornic, à la réparation des grands chemins par corvée des paroisses sous la conduite d’un piqueur et grand voyer nommé par paroisse. A Bourgneuf, il se nommait Robard. Cette paroisse avait fait construire entre la Taillée et le Collet, la ch aussée dite d’Aiguillon. Mais, on trouve un mémoire contre Monsieur Robard, commandant de milice au Pays de Retz où il réside. « On lui reproche l’abus des corvées aux réparations de la chaussée de Bourgneuf et au corps de garde de la rade du Collet, prescrit par le duc d’Aiguillon, les malfaçons du travail, son ingérence dans les questions de police locale, non de son ressort, les menaces de prisons infligées aux récalcitrants ». Ce mémoire comprend trente-quatre articles. Le sieur Robard répondit à ces accusations : « on devrait bénir le duc d’Aiguilon et lui élever une pyramide sur la nouvelle chaussée qui est maintenant praticable en hiver aux navigateurs » .Par la suite, en 1760, ce Monsieur Robard « ancien lieutenant-colonel de régiment de Foix, établi commandant dans toute la côte de Rais, par brevet de Sa Majesté a été cassé par sa dureté et de chagrin a perdu la teste ».

La guerre que chacun sentait venir, débuta en 1756, pour durer jusqu’en 1763. Ce fut la « guerre de sept ans ». Les alliances s’étaient inversées. Au lieu de combattre l’Autriche, comme quelques années auparavant, la France grâce en partie à Madame de Pompadour, s’en était rapprochée et fit alliance avec elle, comme la Prusse et l’Angleterre. Sur terre, l’ennemi fut le Prussien. Sur mer, ce fut l’Anglais, of course !

Nous avons vu que le duc d’Aiguillon n’avait cessé d’envisager le conflit et avait tout fait pour assurer la défense de la Bretagne. Ses efforts furent récompensés par la notoire de Saint-Cast.

Un coup d’Aiguillon dans le cul

Alors qu’il venait de quitter Belle-Isle et qu’il débarquait à Port-Louis, le duc reçut un message de Monsieur de la Châtre, maréchal de camp, commandant dans le secteur de Saint-Malo. Il apprit ainsi que des navires ennemis mouillaient en baie de Cancale. Un débarquement semblait imminent.

D’Aiguillon fonce sur Rennes, apprenant que dix-sept mille Anglais ont débarqué avec de la cavalerie, occupant Paramé et Saint-Servan. Mais la défense s’organise, les renforts arrivent et le duc de Marlborough ne pouvant pas prendre Saint-Malo, ordonne d’embarquer. Les ennemis reviennent trois mois plus tard, débarquant vers Matignon, mais le duc a forcé les étapes et le combat s’engage à Saint-Cast, le 11 septembre 1758. Les navires britanniques tirent pour protéger la retraite. Entre 10h du matin et 14h, quatre mille Anglais périssent, tués ou noyés en voulant rejoindre leurs vaisseaux. Neuf cents sont faits prisonniers dont quarante officiers supérieurs. Les Français eurent environ deux cents tués, mais beaucoup de blessés. « Etrillés de superbe façon, venus à treize mille, rentrés à neuf mille, les Anglais ne se risqueront plus à d’autres coups de main sur le continent ».

Après ce combat, le duc d’Aiguillon fut considéré comme un héros. Un poète écrivit une chanson :

Dans leurs frénétiques transports
Les Anglais ravageaient nos ports
Mais à la fin ils ont reçu
Un coup dAiguillon dans le cul.

Les envieux, et Dieu sait qu’il y en a en politique, chantèrent un autre refrain. Ils affirmaient qu’au plus fort du combat, le duc s’était caché dans un moulin.

Couvert de farine et de gloire
De Saint-Cast, héros fameux
Sois plus modeste en la victoire
On peut d’un souffle dangereux
Te les enlever toutes deux
Et la calomnie durera longtemps...
 
Mais la Bretagne ne s’y trompa pas et acclama le vainqueur
Tout rang, tout sexe, tout âge
Pousse en chœur sur ton passage
Ce cri cher au Breton
Vive le duc d’Aiguillon.

Le duc vint à Nantes où, sur la place du port Communeau, un arc de triomphe avait été dressé en son honneur avec cette inscription

HOC
GRATI ANIMI MOMUMENTUM
ANGLORUM VICTORI
IN ARMORICA
CUM PLAUSU PUBLICO
OFFEREBANT MAJOR ET
AEDILES NANNETENSES
DIE 28 OCTOBRIS 1758

Quelques mois auparavant, au pays de Retz, deux frégates nantaises "La Palud" (capitaine Tancrede) et "Le Conseil" (capitaine Arreau) avaient quitté la rade de Mindin et attaqué à l’estuaire deux frégates anglaises, les obligeant à amener leur pavillon.

Pendant cette guerre, quinze matelots du quartier maritime de Bourgneuf moururent au combat. Trente-trois furent capturés par les Anglais (soit 38,4% des matelots et officiers des registres), dont vingt-et-un pris sur des vaisseaux de guerre et douze sur des navires marchands.

Le grand dessein

En février 1759, le Roi confie au maréchal de Belle-Isle, tout le système défensif du littoral français. Cet homme était le petit-fils du surintendant des Finances Nicolas Fouquet. Il souffrit longtemps de la rancune royale, jusqu’au jour où sa valeur fut reconnue. Car, nous dit Voltaire : « son corps pliait sous les efforts de son âme ». Duc, pair, maréchal de France, chevalier du Saint-Esprit, de la Toison d’or, prince du Saint-Empire, membre de l’académie française, Belle-Isle, était l’homme qui pouvait le mieux soutenir d’Aiguillon.

Saint-Simon écrivit de lui : « Sa fortune fut conduite et soutenue par l’esprit, le travail, la persévérance infatigable, l’art et la capacité ».

Après cette victoire de Saint-Cast, le roi et le maréchal de Belle-Isle ont une confiance absolue dans les capacités militaires du duc d’Aiguillon. Surtout pour leur grand projet ! Belle-Isle écrit donc au duc : « Il faut un chef distingué pour une besogne qui exige surtout des qualités réunies et qui sache prendre son parti suivant les cas et événements qui peuvent arriver. Je pense que le Roi n’a pas d’officier général qui réunisse plus que vous toutes les qualités requises pour s’acquitter de la commission dont il s’agit et qui puisse mieux que vous en procurer le succès ».

De quel projet s’agit-il donc ? D’un débarquement en Angleterre. En confiant à d’Aiguülon, le commandement de l’opération, le Roi explique : « Le Roi d’Angleterre avec lequel, nous sommes en guerre depuis quatre ans, ayant fourni au Roi de Prusse les moyens de troubler la tranquillité de l’Empire... Nous avons estimé ne pouvoir repousser plus efficacement les efforts de cette puissance qu’en faisant passer un corps de mes troupes dans la Grande-Bretagne pour y attaquer nos ennemis dans leurs possessions et les contraindre à abandonner leurs projets offensifs pour veiller à leur propre conservation ; et ayant, pour cet effet rassemblé en Bretagne un corps de troupes et fait préparer les bâtiments nécessaires pour leur embarquement et leur transport, notre très cher et bien aimé cousin, le duc dAiguillon nous a paru plus propre que personne à remplir le commandement des dites troupes ... »

Deux armées doivent être envoyées en Grande-Bretagne. L’une groupée en Artois sous les ordres de Soubise prendrait pied dans le comté d’Essex. D’Aiguillon contournera l’Irlande pour débarquer dans le golfe de la Clyde sur les côtes d’Ecosse, là où personne ne l’attendrait, dans une zone non défendue.

Peut-être, après le débarquement, demanderait-on au Prince Charles-Edouard d’animer la révolte de ses nombreux partisans jacobites. Le Roi, Choiseul, Belle-Isle et d’Aiguillon n’avaient qu’une petite confiance dans ce chevalier, certes courageux, mais qui était toujours entouré d’espions et de femmes fatales.Il constituait seulement une pièce de réserve sur l’échiquier de Louis XV et on le tînt à l’écart de tous les préparatifs.

Avant l’embarquement

D’Aiguillon devait donc réunir autour du golfe du Morbihan, vingt mille hommes pour envahir l’Ecosse. La flotte de guerre de Brest protégerait les envois. elle comprenait vingt-et-un vaisseaux de haut-rang, avec une puissance de feu de mille six cents canons et était montée par quatorze mille hommes d’équipage. Son chef était l’amiral Hubert de Brienne, comte de Conflans, commandant d’escadre du Ponant, et récemment promu maréchal. D’un caractère exécrable, cet officier âgé de soixante-cinq ans, sans exploits exceptionnels à son actif, timoré, piètre stratège, promu à l’ancienneté est rancunier et en veut au duc d’Aiguillon car il n’a pas été mis dans le secret de l’opération. Ce conflit latent entre les deux hommes ne permattait pas d’envisager une action rapide et efficace. Le point de ralliement des troupes était fixé en baie de Quiberon. Les différents régiments commencèrent donc à s’en approcher.

C’est ainsi que Pornic eut peur et comprit que la situation devenait inquiétante. Massés sur le Marchix, le long de la rue d’Apée et de la rue Tartifume, les pornicais virent le régiment d’EU défiler dans la haute ville avec armes et bagages. Un bayaillon comprenant seize compagnies continua sa route vers St-Père en retz pour s’y installer. Pornic avait accueilli plusieurs fois le duc d’Aiguillon mais n’envisageait pas une occupation militaire. Cet état d’alerte ne présageait rien de bon. Nous étions au mois d’août 1759. L’été était torride et les vendanges s’annonçaient déjà d’excellente qualité. Le train-train quotidien de la ville se trouve modifié. Tout d’abors, il fallut loger les troupes. Le colonel, comte de Castellane, fut accueilli au manoir de la Touche, rue d’Apée, résidence habituelle des hautes personnalités de passage.

Le lieutenant-colonel, Monsieur du Plantys, logea chez une riche dame Sauvaget, le major-sieur de Villaret chez Monsieur Fouré en face des halles, son adjoint, Monsieur de Chainbonet, chez Monsieur Poignant, procureur fiscal. les autres officiers reçurent des billets de logement chez les bourgeois de la ville. Les soldats furent casernés et couchèrent sur de la paille fournie par les marguilliers des paroisses voisines.

Une cantine fut établie pour fournir du vin à l’armée. Le problème de l’eau fut beaucoup plus complexe. Les soldats étaient arrivés le 6 août en pleine sécheresse. Il fallut mettre des sentinelles aux différentes fontaines pour empêcher d’y prendre de l’eau sans un billet du commandant. Ceci développe un certain ressentiment envers les soldats. D’autant plus que les raisins déjà mûrs dans les vignes étaient cueillis nuitamment. Le commandant dut établir un « piquet de vingt grenadiers » pour empêcher le maraudage. Autant essayer de détourner des vignes les nuées d’étourneaux ou de mauvis !

Un hôpital fut installé dans l’ancien domaine de Montplaisir, entre la rue des loups et la rue Tartifume. Il fut toujours plein de soldats malades, certains venant de Saint-Père en Retz. Parfois, il y eut cent quarante hommes hospitalisés à la fois. On enregistra neuf décès à Pornic dans le régiment d’EU.

Chaque jour, des exercices militaires se déroulaient sur la terrasse du château : des déserteurs comparaissaient devant des conseils de guerre. Des messes solennelles étaient célébrées avec roulements de tambour au moment de l’élévation.

Or le dimanche 21 octobre, contrairement à son habitude, l’Etat-Major n’assista pas à la grand-messe. Le curé Le Meunier des Graviers mentionne sur son registre qu’il célèbra sa « première messe de bon matin devant les officiers pour tout le régiment ». Quand les bourgeois s’éveillèrent tous les soldats avaient disparu. Le régiment d’EU avait pris la route de Saint-Père en Retz pour y récupérer son deuxième bataillon, puis il franchit la Loire pour embarquement à Quiberon où campaient plus de vingt mille hommes.

L’invasion de l’Ecosse pouvait commencer.

Conflans et Hawke

Evidemment, les Anglais avaient eu vent du projet, et ils avaient chargé l’amiral Edward Hawke de surveiller les mouvements des bateaux sur les côtes bretonnes. Il disposait de vingt-sept vaisseaux, six frégates, avec dix-huit mille marins et plus de deux mille cinq cents canons. Conflans savait bien que, pour assurer la sécurité de l’armada qui lui était confiée, il lui faudrait d’abord attaquer l’escadre anglaise et la défaire. Or, il n’était pas sûr de lui et n’avait pas quitté Brest où il perdit cinq mois au mouillage. Il lui fallut pourtant bien donner l’ordre d’appareiller.

Ce fut le 14 novembre 1759, à 9h du matin, en mauvaise saison, avec un fort noroît. Dans la nuit du 19 au 20, les bâtiments français naviguaient à huit miles dans l’ouest de Belle-Isle. Quand le soleil se leva, les vigies aperçurent dans le lointain une quinzaine de navires anglais. Hawke était en chasse. Conflans donna l’ordre de se réfugier en baie de Quiberon, sous la protection des batteries de terre. Il n’en eut pas le temps. A l’ouest de l’île de Hoëdic, près des quatre rochers dits des Cardinaux, le combat s’engagea.

Le pavillon amiral du comte de Conflans flottait sur le Soleil Royal, vaisseau de 1er rang, monté par huit cents hommes ayant une puissance de feu de quatre-vingt canons. Hawke avait son pavillon sur le Royal Georges, bâtiment de cent canons. L’avant-garde anglaise attaqua l’arrière-garde française. Une violente tempête et la tombée de la nuit arrêtèrent provisoirement les combats. Un navire français Le Juste avait connu beaucoup de difficultés, harcelé par quatre bateaux ennemis. Il fut pourtant dégagé par son vaisseau amiral, prit la fuite et se réfugia au Pouliguen, pour panser ses blessures.

Les voies d’eau colmatées dans la nuit, il reprit la mer pour essayer de se réfugierr dans l’estuaire de la Loire, où son capitaine voulait le mettre au radoub. Le Juste avait échappé aux anglais mais il vint s’échouer tout près du but, sur la « Basse du Vert » près de la « Barre des Charpentiers ».

Des témoins de St-Nazaire déposèrent : « Qu’hier matin entre 8 et 9h, ils aperçurent un bâtiment qui paraissait une forte frégate qui paraissait vouloir venir dans la rivière de Nantes, mais que, lorsqu’il a été proche du lieu, appelé les Charpentiers, ses mâts sont tombés et que, peu à peu, on le voyait couler à fond. Enfin en 3 heures de temps, il a péri tout à fait ».

A bord se pressaient huit cents hommes. Deux canots seulement furent mis à la mer. Il y eut pourtant cent cinquante rescapés qui durent leur salut à un navire de Port-Louis. Des noyés très nombreux vinrent s’échouer sur nos plages du Pays de Retz, mais aussi à Noirmoutier, notamment au Bois de la Chaise et l’Anse Rouge. L’enseigne de vaisseau Fracy réussit, avec quatre marins à fabriquer un radeau et à le mettre à l’eau. Le courant les amena vers la côte de St-Brévin, mais la mer était forte et Farcy se maintint seul, ses compagnons s’étant noyés. Il fut précipité trois fois à la mer mais se cramponna toujours au radeau.

Un peu au nord de la pointe de St Gildas, à la hauteur de la Plaine sur Mer, il se trouva de nouveau en difficulté mais il aperçut par un capitaine de la marine marchande qui faisait sa promenade quotidienne. L’officier se jeta à l’eau et réusit à sauver le naufragé.

La bataille des Cardinaux n’amena pas l’anéantissement de l’escadre française qui réussit à se disperser. « C’est le grand dessein (l’invasion) dont elle était le support qui fut anéanti » a écrit Pierre de la Condaminel Après cet échec français, les soldats du régiment d’EU restèrent sur le continent et furent sauvés.

C’est par hasard que l’épave du Juste fut trouvée à quatre kilomètres au sud de la Pointe de Chemoulin par plus de dix mètres de fond. Très vite identifiée, cette frégate dans la vase, eut ses canons remontés et entreposés d’abord à l’Arsenal d’Indret. Puis ils furent répartis à Nantes, à Saint-Nazaire, mais aussi sur notre côte du pays de Retz. L’un, se trouve à la pointe Saint-Gildas, un à Préfailles, un à Pornic, deux à Mindin, deux à La Bemerie et quatre à Paimboeuf. Les canons sont les témoins d’une participation très involontaire du pays de Retz, aux guerres de Louis XV.

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