La parole du président aux obsèques d’Émile Boutin

La Société des historiens vient de perdre celui qui donna l’impulsion initiale à son développement. Avec ses nombreux travaux, livres et textes de conférences, il nous reste d’Émile Boutin un immense témoignage d’amour à l’égard d’un pays et de dévotion à une grande œuvre de recherche et de culture.


Mon cher Émile,

Tu me l’as dit bien souvent : Je préfère cent fois mieux qu’à ma mort on chante un Te Deum en action de grâce plutôt qu’un Requiem. Pourquoi ? Parce que je remercie le ciel de m’avoir fait jouir d’une existence si intense, auprès de Marie, de mes filles, à travers mon travail de commerçant et de libraire, avec mes passions de l’archéologie, de l’histoire et de l’écriture, mon enchantement pour cette terre de Retz, ce marais de Prigny, cette baie du sel…

Et moi, je te répondais : qu’attends-tu donc maintenant pour parachever ce passage sur la terre de tes ancêtres ? Cueillir le jour, me disais-tu, Carpe diem, comme un ultime lâcher-prise face au rétrécissement d’un horizon de vieillesse.

Quelle sérénité nous montres-tu ! Depuis le début des années 1980, la Société d’histoire participe sans doute de cette sérénité. Elle a été le fruit de ta propre réussite lorsque tu as voulu relancer l’histoire du pays de Retz, mise en jachère depuis de longues décennies. Grâce à toi, elle a pris son élan initial en se forgeant des principes qui restent pour nous inaltérables. Tu en as été son président de 1983 à 1995 puis son président d’honneur.

Jamais une rencontre entre nous où tu ne m’as pas demandé. Et la Société ? Et la revue ? Est-ce que tout va bien ? Oui tout va bien ! Grâce à toi. Au nom de tous les membres de notre association, je veux encore te dire merci pour ton immense contribution à cette grande entreprise collective ainsi que pour l’affection que tu nous as donnée. Tu as voulu cueillir le jour, tu as aussi voulu donner à chacun de nous un peu de cette passion-histoire, qui t’a toi-même dévoré, délectablement, au plus profond. Tu as conduit notre Société avec droiture, intégrité, sans aucune compromission et dans un total esprit d’ouverture, nous montrant la voie à suivre, véritablement exemplaire. Et nous t’avons suivi.

Je veux relire pour toi ces quelques mots de Xavier Grall, ton poète préféré, car ils te vont bien ces mots d’une ode funèbre, dispersés désormais sur les chemins de la vie éternelle :

Tout est bien de ce qui est

Tout est bien de ce qui sera

J’ai vécu mes journées

Viendra ma nuit

La mort ailleurs continue les songes de la vie

Le soleil ne se lasse

De caresser le menhir funéraire

Sans que la terre en tire ombrage

Et que les pluies adoucissent la rigueur ossuaire

Menhir

Tout ce qu’il est possible d’aimer

Je l’ai aimé

J’ai fait aller le mythe avec la théologie

Et le rêve toujours épousa ma raison

Ainsi par les chemins d’Argol

La pierraille chante avec l’ancolie

Menhir

Je veux une mort verticale

Que nul féalement ne gravec mon nom

Nulle épitaphe sur la pierre

Nulle dédicace au granit

Je veux seulement des vocables de lichen

Et la jaune écriture que silencieusement burinent

Les bruines hivernales et les vents d’océan.

Adieu mon très cher Émile

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