La lettre de Retz d’octobre 2013

vendredi 1er novembre 2013, par La Rédaction

Éditorial du président : lettre à Émile


Mon cher Émile,

Tu t’en es allé, dimanche 13 octobre, en paix et sans souffrance, tournant la dernière page d’une vie pleine au service de cette terre de Retz. Depuis le début des années 1980, la Société d’histoire a participé de cette sérénité dont tu as fait preuve à la fin de ta vie. Elle-même a été le fruit de ta propre réussite lorsque tu as voulu relancer l’histoire du pays de Retz, mise en jachère depuis de longues décennies. Grâce à toi, elle a pris son élan initial en se forgeant des principes qui restent pour nous inaltérables. Tu en as été son président de 1983 à 1995 puis son président d’honneur.

Au nom de tous les membres de notre association, je veux encore te dire merci pour ton immense contribution à cette grande entreprise collective ainsi que pour l’affection que tu nous as donnée. Tu as voulu cueillir le jour, tu as aussi voulu donner à chacun de nous un peu de cette passion-histoire, qui t’a toi-même dévoré, délectablement, au plus profond. Tu as conduit notre Société avec droiture, intégrité, sans aucune compromission et dans un total esprit d’ouverture, nous montrant la voie à suivre, véritablement exemplaire. Et nous t’avons suivi.

Je veux relire pour toi ces quelques mots de Xavier Grall, ton poète préféré, car ils te vont bien ces mots d’une ode funèbre, dispersés désormais sur les chemins de la vie éternelle :

Tout est bien de ce qui sera

J’ai vécu mes journées

Viendra ma nuit

La mort ailleurs continue les songes de la vie

Le soleil ne se lasse

De caresser le menhir funéraire

Sans que la terre en tire ombrage

Et que les pluies adoucissent la rigueur ossuaire

Menhir

Tout ce qu’il est possible d’aimer

Je l’ai aimé

J’ai fait aller le mythe avec la théologie

Et le rêve toujours épousa ma raison

Ainsi par les chemins d’Argol

La pierraille chante avec l’ancolie

Menhir

Je veux une mort verticale

Que nul féalement ne grave mon nom

Nulle épitaphe sur la pierre

Nulle dédicace au granit

Je veux seulement des vocables de lichen

Et la jaune écriture que silencieusement burinent

Les bruines hivernales et les vents d’océan.

Où que tu sois, reçois cette dernière lettre.

Dominique

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