La geste de Philbert

vendredi 30 juillet 2010, par Emile Boutin +


C’est à Saint-Philbert de Grandlieu que se trouve le vestige le plus important de l’architecture religieuse de l’époque carolingienne en France. Construite par les moines de Déas, ancien nom du pays, l’abbatiale est dédiée à Philbert, le Saint qui marqua profondément, par son rayonnement, le Pays de Retz et le Golfe de Machecoul.


I - De l’île d’Her à Déas

C’est à Saint-Philbert de Grandlieu que se trouve le vestige le plus important de l’architecture religieuse de l’époque carolingienne en France. Construite par les moines de Déas, ancien nom du pays, l’abbatiale est dédiée au Saint qui marqua profondément, par son rayonnement, le Pays de Retz et le Golfe de Machecoul, au VII° siècle. Honoré dans un tiers des diocèses de France, éponyme d’une seule église en Loire Atlantique, Philbert ne vécut pourtant pas à Déas.

Né à Eauze vers 616, il est actuellement complètement ignoré dans sa ville natale. Je n’ai pu trouver dans la localité qu’un érudit qui avait entendu parler de ce lointain compatriote. Son nom germanique signifiait « Très brillant, Vieil Brecht ». Sa famille était chrétienne et son père, devenu veuf, fut élu évêque par la voix du peuple. Philbert (nous utiliserons cette orthographe, bien qu’on puisse écrire Philibert, Filbert ou Filibert) reçut une solide instruction classique et religieuse, avant de partir pour la cour du Roi Dagobert, où il pouvait prétendre à un brillant avenir. Il préfère rapidement la vie religieuse et entre à l’abbaye de Rebais, dont il devient abbé. Plus tard, il fonde Jumièges, une des abbayes les plus importantes de l’occident. Dès cette époque, sa renommée est grande, puisque la chronique universelle de Saint Wandrille, nous dit en l’année 649 « Sanctus Philibertus Claruit » c’est-à-dire, devint illustre.

Au temps de Dagobert

Après de sérieux ennuis avec le Maire du Palais Ebroïn, dont il condamne la conduite, Philbert quitte Jumièges pour se rendre auprès de son ami Ansoald, « évêque et défenseur de l’église de Poitiers ». Ce personnage noble, « vir nobilis » nous dit la Vita, avait été lui aussi, un habitué de la cour de Dagobert. Le Prince l’avait même envoyé en mission en Sicile. Ansoald était lui aussi, au plus mal avec le Maire du Palais, ayant pris des options politiques en faveur de Dagobert II. De plus, l’évêque était parent de saint Léger, martyrisé sur les ordres de’Ebroïn. Certes, le persécuteur avait été obligé de prendre jadis la robe chez les moines de Luxeuil, par ordre du Roi, mais il avait quitté le couvent, pour des raisons que nous ignorons. Philbert l’avait déclaré « Apostata » Apostat.

Il est bien évident dans ces conditions, que l’évêque de Poitiers reçut à bras ouverts Philbert comme lui victime de la félonie du Palais. Connaissant la valeur de l’homme et ses ressources humaines et spirituelles, il va l’aider à restaurer deux abbayes Luçon et saint Jouin de Marnes, et surtout, lui confier la création du monastère de l’île d’Her (futur Noirmoutier). C’est entre 670 et680 que le Saint débarque dans l’île. Ansoald, en l’envoyant sur cette terre lointaine, située à l’extrémité de son diocèse, était adroit. D’abord en créant une nouvelle abbaye, il travaillait au développement religieux d’un territoire dont il avait la charge. A son développement économique également. Il savait bien que les moines étendraient les salines et mettraient en valeur les terres. D’autre part, fin politique, il imposait son autorité sur une terre convoitée par l’évêque de Nantes, son voisin. A cette époque, les limites diocésaines n’étaient pas définies et chaque église agissait au mieux pour défendre son influence.

Ansoald n’avait pas envoyé Phlibert les mains vides. . Le chartrier de Cunauld nous indique « qu’aux kalendes de Juillet, la deuxième année du règne de Dagobert, l’évêque Ansoald fait don à Philbert pour le service et l’entretien de l’abbaye qu’il vient de fonder dans l’île d’Her, de cinq villas dont Ampennum et Déas » qui deviendra Saint Philbert de Grandlieu. De plus, il donne aux moines de nombreuses terres et des salines qui constituent un revenu important. Les marais salants jouent dès cette époque, un rôle considérable dans la vie économique de l’île et assurent la prospérité du monastère. L’érudit bénédictin Jean Mabilon a écrit vers 1700 que « le VII° siècle avait été l’âge d’or du monachisme ». C’est vrai pour le Pays de Retz. Certes, le christianisme était déjà bien implanté le long de la Basse-Loire (Saint Lupien de Rezé), sur le pourtour du Golfe de Machecoul avec Saint Hilaire (Prigny au IV° siècle) et Martin de Vertou au VI°. ici même, à Noirmoutier, les ruines de la chapelle du Vieil témoignent d’une évangélisation antérieure au VII° siècle. Dans sa « Vie de Saint Philbert », l’abbé Jaud pense que nous lui devons la première église Saint Michel, que le moine aurait bâtie pour le besoin du culte des insulaires. Ce n’est pas absolument sûr, car il pouvait exister un centre religieux, bien auparavant, à l’emplacement de l’ancien cimetière, l’île ayant eu la visite de Martin de Vertou. Nous savons que, depuis l’immigration bretonne au VI° siècle, la vie religieuse de l’Ouest était devenue essentiellement monastique. Et, comme l’a écrit Jean Delumeau, « Ce caractère ne fit que se renforcer sous l’influence carolingienne ».

Philbert a donc repris dans l’île d’Her, le flambeau de Martin de Vertou. Comme son contemporain Hermeland, venant de Fontenelle, près de Jumièges, le reprendra dans l’antique oratoire de Martin de l’île d’Aindre. C’est donc à proximité de l’île St Michel, que Philbert va construire son monastère. Mais revoyons l’acte de fondation d’A,nsoald. « Près de la grève, au sud du bourg, la marée montante viendrait battre les murailles de la future abbaye. La situation sera propice à la prière, propice aussi pour la pêche, le commerce, les travaux d’assainissement des marais, pour l’agriculture et le saunage ». Ce fut d’ailleurs tout le programme de l’abbaye dans les siècles qui suivirent.

Le moutier prospère de l’île d’Her

Le monastère était donc situé à peu près à l’emplacement du château actuel. Et l’île d’Her va devenir, au cours des âges, her Monster (Moutier d’Her), Ner Monster, Ner Moutier et enfin Noirmoutier. Nous sommes à l’époque des abbayes prospères, et le recrutement est aisé. Peut être le chiffre de six cents moines avancé par certains historiens est-il exagéré. Mais le monastère ne connut sûrement pas de crise de vocations. Les moines sont marins, pêcheurs, charpentiers, maçons, sauniers, laboureurs. La flotille de pêche et de commerce diminue les distances, dans une région où il y a peu de routes, mais où tout ne vit que par la mer, les étiers, les marais. On naît matelot et le vent n’a pas de secret pour les moines. La Bretagne Mineure, la Grande Bretagne et l’Ecosse sont à portée de Noirmoutier. Il est plus facile d’aller à Glascow en barque qu’à Tours en cheval. A plus forte raison, le littoral du Pays de Retz qu’on aperçoit du monastère fait-il partie de sa zone d’influence.

Ermentaire nous en a rapporté certains litiges commerciaux entre les moines et les Bretons. Ces derniers avaient volé un taureau au monastère. Pendant leur voyage retour, une tempête s’éleva au large du Pilier. Après promesse de restitution de la peau et de la viande de la bête, le temps redevint calme.

Le rôle social de l’abbaye a une grande importance. elle protège la population contre tout péril. Ermentaire nous raconte encore l’anecdote suivante : « Un hiver, il y eut disette terrible dans l’île. La pêche avait été mauvaise et les récoltes nulles. Philbert se retira toute une nuit pour prier, et le lendemain matin, 237 marsouins étaient échoués sur l’actuelle plage des Dames ». Quand on connaît les mœurs des dauphins, cela n’a rien d’étonnant. Mais le miracle c’est que tous les insulaires purent manger à leur faim, pendant tout l’hiver avec les poissons salés.

Les salaisons ont contribué de tout temps à soulager les affamés. Je me permets de citer un fait authentique récent. Il y a une trentaine d’années, je connaissais le curé de l’Herbaudière, ancien aumônier de prison, qui, dans son presbytère, avait réservé une salle où toute personne en détresse pouvait coucher sur les bas-flancs, et puiser à volonté dans une barrique pleine de poissons salés. Le tonneau était toujours rempli gratuitement par les pêcheurs. Ce curé était sans doute sans le savoir un bon disciple de Saint Philbert.

Depuis le VI° siècle, les pirates bretons avaient l’habitude d’opérer des descentes sur toute la côte. « A l’un des ports de notre île, appelés la Conque (ce qui veut dire coquille, l’équivalent de Conche, dans les Charentes), entre la Blanche et l’Herbaudière, une importante flotille avait abordé pour piller. Les Bretons descendaient en armes de leurs vaisseaux quand, victimes de je ne sais quel délire, ils se ruèrent les uns sur les autres ». Les insulaires apprirent ce miracle par le témoignage du seul rescapé.

Les pérégrinants du Christ

Les moines de Saint Philbert vont exercer leur activité religieuse tout autour de l’ancien Golfe de Machecoul. Ils ne sont pas uniquement contemplatifs. Ils ont l’esprit d’entreprise de Saint Colomban. Leur règle est un mélange de deux disciplines, celle de Benoit et celle de Colomban. C’est que Philbert, dans sa jeunesse, avait voyagé pour se pénétrer des règles monastiques. Et plus spécialement à Luxeuil et à Bobbio. A l’origine, les Philibertins sont donc des moines distincts des Bénédictins. Ils sont « pérégrinants du Christ » comme les moines de Saint Colomban.

Débarquant tout autour de la Baie, ils vont fonder des prieurés paroissiaux à Sainte Marie, dans le faubourg de Prigny, à Machecoul etc.

L’église du monastère de Noirmoutier fut bâtie en 675, neuf ans avant la mort de Saint Philbert (20 août 684). On déposa alors son corps dans la crypte de l’église abbatiale.

Au sujet de cette crypte, le Docteur Rousseau a écrit : « La geste philibertine a marqué son passage chez nous par deux témoins intéressants, la crypte mérovingienne d’Hério et l’abbatiale carolingienne de Deas ».

La crypte de Saint-Philbert, située sous le chœur de l’église, où reposa le corps du Saint de 684 à 836, avant la translation à Deas et Tournus est le monument religieux actuel le plus intéressant de l’île. Elle connut bien des invasions, fut restaurée plusieurs fois, mais se trouve actuellement dans l’état où elle était au XI° siècle.

Ecoutons Rousseau : « Il est facile de reconstituer l’état de la crypte mérovingienne. C’était un sanctuaire rectangulaire de 9,50 m de longueur sur 6,25 m de largeur, terminé à l’Orient par un chevet circulaire, et voûté d’arêtes à la romaine. Ces voûtes retombaient sur des colonnes classiques et des pilastres bien différents de ceux qu’on voit aujourd’hui et dont les débris recueillis dans les fouilles peuvent donner une idée ». Ces débris, estime Léon Maître devaient appartenir à un édifice plus somptueux ... Si tous les supports n’étaient pas de marbre dans la crypte, on doit croire que ceux qui se trouvaient les plus voisins de l’autel et du tombeau étaient en matériau plus choisi que les autres. Après avoir fait venir un sarcophage de marbre des Pyrénées, pour exposer leur patron, les religieux se trouvaient obligés de déployer un certain luxe de décoration dans tous les alentours.

Quelques décennies après la mort de Philbert, alors que l’abbaye est encore prospère, les Sarrazins font leurs premières apparitions dans l’Ouest. Les chroniques nous confirment « Sarraceni venerunt primitus », les Sarrazins vinrent pour la première fois en 725. Ils étaient en troupes constituées et venaient déjà dès 721 en « Picoreurx » (le mot est éloquent). Eudon, prince de Guienne, les avait alors chassés. Mais c’est bien en 725 qu’eut lieu la première attaque sérieuse « Sarreceni inruerunt Galliam ». L’invasion sarrazine avait été confirmée, bien avant la bataille de Poitiers, par l’apparition de comètes.

Le vénérable Bede a écrit à la fin de son « Histoire d’Angleterre » : « Au mois de janvier de l’an de N.S. 729, deux comètes furent venues par l’espace, presque de 15 jours. C’est en ce temps que l’horrible contagion des Sarrazins ravageait misérablement les Gaules. Ensuite, il y eut une grande peste causée par les Sarrazins, lesquels y ayant amené leurs femmes, leurs enfants et tous leurs bagages avec l’intention de s’y loger, comme ils avaient fait dans l’Espagne, leur armée ayant esté taillée en pièces, ils demeurèrent éparpillés et par leur misère, causèrent en France plusieurs maladies contagieuses ».

Les Sarrazins

Eudon de Guienne qui avait refoulé les Sarrazins, va faire appel à eux et demander secours à leur roi Abdirama, pour se libérer de Charles Martel qui, nous dit Anastasius « par deux fois en une seule année avait passé la Loyre avec son armée et avoyt pillé et ravagé la Guienne ». Comme elle est loin la légende de Charles Martel, roi très chrétien. Abdirama passe donc la Garonne, et monte sur Poitiers, mettant tout à feu et à sang, brûlant les églises, sans épargner celle de Saint Hilaire de Poitiers. Il veut monter jusqu’à Tours, incendier l’église Saint Martin qui est le symbole du christianisme occidental. Depuis le chroniqueur Frédégaire, chacun sait que Charles Martel battit les Musulmans à Poitiers en 732. Ce qui est d’ailleurs un cliché historique car la bataille eut lieu entre Poitiers et Tours. Et elle ne fut pas décisive, car nous avons postérieurement de nombreuses incursions sarrazines le long de nos côtes. Nous trouvons des troupes musulmanes sous les ordres de Tarik au Pays de Retz et à Saint Nazaire. Les moines de Noirmoutier vont donc prendre la sage précaution de murer la crypte de leur saint patron, ce qui préservera les reliques et le sarcophage lors de l’incendie du monastère et de l’église par les sarrazins en 752. Soit vingt ans après la victoire définitive (dans nos manuels d’histoire) de Charles Martel.

L’abbaye va se relever de ses ruines, grâce à Charlemagne et l’évêque de saintes, Atton, en sera l’abbé. Et le monastère de Noirmoutier va devenir prison politique, ouvrant ainsi une voie qui sera largement suivie au cours des siècles. En effet, deux cousins de Charlemagne seront internés dans l’île, Adalhard et son frère Wala. Le premier tomba en disgrâce et fut soumis à une résidence surveillée pendant sept ans. Libéré, il devint abbé de Corbie, abbaye colombanienne, située près d’Amiens. son frère Wala soutint la rébellion de Pépin d’Aquitaine en 830 ce qui lui valut un séjour à Noirmoutier avant de devenir abbé de Bobbio.

... et les Normands

En 846, Noirmoutier va encore flamber, mais cette fois par les Normands. Certes, dès 819, les moines s’étaient plus ou moins habitués aux descentes des Vikings. Ils avaient senti le danger et compris que leurs visiteurs indésirables viendraient chaque année piller l’île aux beaux jours. Ils avaient donc prévu un repli saisonnier dans leur propriété de Déas où ils possédaient une antique villa gallo-romaine qui leur avait été cédée par Ansoald. Un texte de 819 nous signale que les moines de l’île d’Her sont obligés de se réfugier, chaque année, au Pays d’Herbauges.

Les incursions des Normands se renouvellent chaque année. En 820, une flotille de treize barques, repoussée des Flandres et de l’estuaire de la Seine, occupe le sud de l’embouchure de la Loire, ravage Bouin et Noirmoutier.

Vers 835, un combat sérieux met aux prises, dans l’île, les Normands et les hommes du comte d’Herbauges. Nous ne connaissons pas l’issue de la bataille mais, d’après le chroniqueur, il semble que 484 Normands furent tués.

L’abbaye de Noirmoutier était cependant bien protégée par un château-fort, un « castrum » où toute la population pouvait se réfugier en cas d’alerte. L’importante bataille de l’année précédente incite cependant l’abbé Hibold à retirer de la crypte le corps de Philbert. On le met dans un sarcophage de marbre de Saint Beat, long de 2,04 m et on le transporte à Ampennum, auprès de Beauvoir (propriété donnée jadis par l’évêque de Poitiers), puis à Varenne (Bois de Céné), Paulx et enfin à Deas où l’escorte arrive le 11 juin.

II - Le novum monasterium

L’église du nouveau monastère de Deas était bâtie depuis 819. Si, dès cette date, l’abbé de Noirmoutier avait envisagé la possibilité d’un repli de sa communauté sur le continent, il n’avait jamais eu l’idée d’abandonner l’abbaye insulaire. On ne prévoyait pas non plus à ce moment-là, le transfert du saint fondateur. nous avons vu que Deas avait été donnée à Philbert par l’évêque Ansoald. Celui-ci tenait la propriété d’un chrétien, nommé Magnobode, qui, d’ailleurs, était diacre. Peut-être le premier sanctuaire destiné aux chrétiens du domaine agricole fut-il son œuvre. D’où vient le nom de Déas ? Certains voient un rapprochement avec Dia, déesse antique, probablement Cybèle dont le culte était alors très répandu en Gaule. peut-être Dia signifie-t-il tout simplement lieu humide situé en contrebas. D’autres linguistes croient que ce terme appartient à un idiome local pré-romain. Le « Nouveau Monastère » portera le nom de Déas jusqu’en 1059. C’était un nœud important de voies romaines. Celle de Nantes à Beauvoir traversait le pays avant de rejoindre Paulx. Un embranchement partait de Deas pour aller à Saint Lumine, autre centre antique. Enfin, une voie se dirigeait vers le Val de Morière et la Bénate. L’importance du pays venait surtout de la présence de son pont.

Au moment de l’arrivée du corps de Philbert, l’église avait trois nefs à piliers quadrangulairees, tout simples. Un transept formait la croix avec la nef et la chapelle principale était encadrée de deux plus petites. C’est qu’au moment de la construction on n’avait pas prévu que cette église aurait l’honneur de recevoir les reliques d’un saint. On déposa donc le corps provisoirement dans la chapelle de droite, jusqu’à ce qu’on ait construit un tombeau digne du thaumaturge dont les miracles commençaient à attirer les foules. Il fallut donc modifier la disposition du chœur, agrandir la chapelle centrale, supprimer les deux latérales pour les remplacer par un déambulatoire pour les pèlerins et assez discrète pour être éventuellement dissimulée et soustraite à l’investigation des pillards.

Une crypte de pèlerinage

Louis le Débonnaire avait autorisé les moines à construire un aqueduc entre la rivière « Bedonia », la Boulogne et leur monastère, ce qui permit de fortifier l’abbaye, en l’entourant de douves. Nous sommes donc aux préludes de l’ère féodale car jusqu’à ce jour on ne protégeait pas les « castrum » par des fossés remplis d’eau. D’autre part, à Deas, contrairement à ce qui existait précédemment, nous avons une église abbatiale, une seule, pour le clergé et les fidèles, avec simplement une séparation. Il semble bien que Deas soit le premier exemple de cette unité communautaire. Enfin, une grande nouveauté, la crypte qui, jusqu’à cette époque, était une confession à la Romaine, une crypte de sépulture, ou une crypte de basilique comme à saint Germain d’Auxerre, devient, pour la première fois dans l’histoire, une crypte de pèlerinage. Je ne parlerai pas ici des miracles opérés par Saint Philbert, préférant renvoyer le lecteur intéressé au texte d’Ermentaire.

Nous avons vu précédemment que l’église abbatiale de Noirmoutier avait été détruite par les Normands en 846. Celle de Deas fut incendiée un an plus tard. Tout fut dévasté. Mais les pillards ne découvrirent pas la crypte du Saint qui avait été soigneusement murée. Après le départ des barbares, il y eut une accalmie de plusieurs années Les moines rebâtirent la nef, mais cette fois, ils firent des piliers beaucoup plus solides, dans la crainte d’un nouveau malheur. Ce sont les piliers cruciformes que nous voyons encore de nos jours.

Mais déjà certains moines, dans la crainte des Normands, s’étaient repliés encore plus loin, à Cunault, sur les bords de la Loire. En 857, l’abbé Axenius fait enlever discrètement le corps de Saint-Philbert, pour l’emporter dans cette nouvelle communauté. C’est la suite du long voyage qui se terminera à Tournus. L’abbé suivant fut Ermentaire qui gouverna le monastère pendant cinq ans, Berno lui succéda. Il essaya, en vain, de ramener les moines à Noirmoutier. Enfin, son successeur, Geilon, devint le premier abbé de Tournus et le septième de Noirmoutier.

Par la suite, Noirmoutier et Deas ne seront plus que des prieurés dépendant de Tournus.

Dans une charte de 1059, le Roi parle du monastère de Deas. Soixante ans plus tard, le Pape Calixte II citera dans une bulle le « Novum Monasterium Sancti Philiberti ». C’est donc vers la fin du XI° siècle que la dévotion populaire transforma le nom du pays en celui du Saint. En y ajoutant « du Grand Tombeau », Grand Lieu. Car le sarcophage est toujours visible dans l’église carolingienne.

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