Située dans l’ancien cimetière de Saint-Philbert-de-Grandlieu, elle abrite des sépultures de la famille du Chaffault et de ses descendants.


Le Groupe Patrimoine Local d’Abbatiale et Découvertes a organisé, le 24 octobre 2009, sa 5ème sortie-découverte, sur le thème de Monceau, propriété de la famille d’Escrots d’Estrée.
La première partie s’est déroulée dans la chapelle funéraire du Chaffault, située dans l’ancien cimetière de Saint-Philbert. Nous allons d’abord raconter l’histoire de cette chapelle depuis le XIV° siècle. Puis nous la décrirons en précisant les familles qui y sont inhumées, en présentant les sépultures et en particulier les blasons qui s’y trouvent et dont nous en retrouvons certains dans l’église paroissiale, sur la rosace consacrée au général Lamoricière. Enfin quelques témoignages nous indiqueront comment des philibertins ont connu cette chapelle.

Son histoire

En juillet 1764, vingt-et-unième année du règne effectif du roi Louis XV, le registre paroissial de Saint-Philbert mentionne que la chapelle du Chaffault vient d’être rebâtie et dotée d’une cloche baptisée Marie. Il a été procédé ce 4 juillet à la bénédiction de la chapelle et de la cloche. On nous précise que les travaux de reconstruction ont été payés par les deux prêtres en charge de la chapelle (que l’on appelle pour cela les chapelains). Ils sont chargés de dire ou de faire dire les messes pour le repos des âmes des fondateurs et pour cela perçoivent une rente versée par les héritiers des fondateurs. [En 1764, cette rente est à prendre sur la maison et les terres de Lottrie.] On connaît les noms des chapelains, missire Jean- Baptiste de la Farque, recteur de Saint-Viaud et Mathurin Gault, prêtre, titulaire sur place des chapellenies du Chaffault, de Notre-Dame, de Saint-Jacques, Saint-Mandé et Sainte-Catherine. Ces cinq chapellenies ayant été fondées par les seigneurs du Chaffault en cette chapelle.

Mais avant cette chapelle, on sait qu’il y en eut d’autres, puisqu’elle est rebâtie. De quand date la première ? Combien d’édifices successifs se sont-ils dressés dans ce cimetière ?
La première preuve écrite que l’on trouve ne remonte pas aux origines, mais est ancienne toutefois puisqu’elle est datée de 1391. Le 10 avril 1391, donc, Thébaud du Chaffault fonde dans l’église du cimetière la chapellenie de Sainte Catherine, suivant en cela l’exemple de ses ancêtres du Chaffault. Ses grands ancêtres avaient choisi pour sépulture l’abbaye de Villeneuve. Lui, Thébaud du Chaffault, demande dans son testament de mai 1405, à être enterré dans un tombeau qu’il a fait construire dans l’église Notre-Dame du Cimetière, près du grand autel. Cet écrit a son importance car il servira de preuve, beaucoup plus tard, quand la commune de Saint-Philbert contestera la propriété de la chapelle aux descendants des seigneurs du Chaffault.

La paroisse de Saint-Philbert recevait régulièrement la visite de l’évêque ou de son grand vicaire. Il était ensuite rédigé un écrit relatant les remarques ou les ordres du représentant de l’évêque, qui visitait également les autres lieux de culte. La chapelle du cimetière est toujours mentionnée. Ont été conservés ainsi les comptes- rendus des visites de 1554 et de 1561. A cette date, le chapelain se nomme Charles Bouschaud.

En 1633, on a remarqué les armes du Chaffault peintes sur les murs et sur une verrière et à maintes reprises, la présence d’un tombeau élevé, portant un personnage avec cotte et chemise maillées, orné de trois écussons aux armes du Chaffault. Il est permis de penser que c’est là le tombeau construit par Thébaud du Chaffault.

En 1671, la seigneurie du Chaffault est vendue à Jean Gabard. La chapelle fait partie des biens vendus et le nouveau seigneur du Chaffault bénéficie de tous les droits anciens sur la chapelle, de même qu’il doit continuer à payer la rente aux chapelains. Ceux-ci étaient nommés par l’évêque, mais présentés par le seigneur, qui désignait souvent quelqu’un de sa parenté.
En 1682, le visiteur épiscopal se plaint du triste état des objets et ornements liturgiques, pas de missel, pas assez de pierres consacrées pour les cinq autels, pas de dais, ni de nappes d’autels ...
Cinq autels ! On se doute que la chapelle de cette époque était beaucoup plus grande que celle qui est rebâtie en 1764. Ce que confirme la visite suivante en 1689 faite par l’abbé de la Meilleraye qui note les dimensions du bâtiment : la longueur totale (à l’intérieur ?) est de 119 pieds, soit environ 39 mètres, la nef plus le chœur. La nef seule mesure 100 pieds sur 25. Le chœur est moitié moins large que la nef, 4 mètres au lieu de 8. Les murs hauts et anciens sont en bon état et la charpente fort vieille. La chapelle a aussi été appelée la petite église, on voit là effectivement les dimensions d’une église ancienne.
En 1702, meurt le dernier héritier mâle des Gabard sans postérité. Il lègue sa seigneurie à sa nièce qui se marie, cette même année, avec Christophe Juchault, seigneur de Lorme en Plessé et apporte en dot la seigneurie du Chaffault. Désormais la chapelle restera la propriété de la branche de La Moricière.

A la Révolution, la chapelle n’est pas confisquée, au titre des biens d’église. Le tout jeune La Moricière, au loin lors de la guerre civile, constate à son retour au pays que tous les biens de ses parents ont été confisqués ; il ne lui reste que cette chapelle. Mais, opportunément ses sœurs ont racheté les biens vendus. En 1821, à sa mort, une convention est passée entre les membres de la famille de La Moricière : Léon, fils aîné du défunt, futur général, est désigné propriétaire de la chapelle. A part sa propre lignée, seules ses 4 tantes auront droit de faire construire un caveau pour leurs sépultures, celles de leurs maris et celles de leurs descendances.

Revendication de sa propriété par la commune

Evoquons maintenant le pénible conflit avec la municipalité. En 1821, le futur général de La Moricière, âgé de 15 ans, perd son père, qui est inhumé dans la chapelle. La commune affiche à cette occasion ses prétentions de propriété. En 1825, nouvel affrontement entre madame de La Moricière, mère, et le docteur Drouet adjoint au maire. En 1829, la commune refuse à nouveau officiellement de reconnaître le droit de propriété de la famille de La Moricière.

Le conflit s’aggrave en 1845, quand la commune entreprend de faire payer la concession de la chapelle, plusieurs inhumations ayant eu lieu peu de temps auparavant. Il faut savoir qu’une ordonnance royale applicable dès 1844 vient de réaffirmer l’autorité municipale sur les cimetières, vient de créer 3 classes de concessions et de laisser aux municipalités le soin de fixer les tarifs. Les communes attendent de fortes rentrées d’argent, surtout pour les concessions à perpétuité. La municipalité a entrepris la mise à exécution du tarif en 1845, date de la concession numéro 1 dans le cimetière. Fin 1845, le Général demande un délai pour produire un acte de propriété. En avril 1846, il présente l’acte de prise de possession réelle de la seigneurie du Chaffault en 1671, par son ancêtre direct Jean Gabard. Cet acte était l’ultime d’une assez longue procédure d’acquêt, propre à l’ancien droit de la propriété.
La commune dénie la valeur de cet acte et avance que ces droits ont été abolis à la Révolution (ce en quoi elle se trompe, car la validité des fondations religieuses a été réaffirmée par la loi). Elle décide d’en référer au Préfet. Le temps a passé sans qu’il se soit fait aucun compromis. En 1847, le général de La Moricière revient en France définitivement, après 18 ans passés en Afrique. Il doit trouver la chapelle dans un état non digne de sa gloire nationale et souhaite la restaurer. La commune s’oppose délibérément à ces travaux.
Le Général rédige un mémoire à l’intention du Préfet, en prévision d’un procès à intenter à la commune, en février 1847. Le mémoire est soumis au comité consultatif des communes qui émet un avis favorable au Général. La commune se plaint en retour au préfet de n’avoir pas pu réfuter les arguments du Général et demande l’autorisation d’ester en justice. Elle vient de prendre l’avis de trois avoués dont Waldeck- Rousseau, qui l’ont poussée à poursuivre en justice.
Devant les juges, la commune argumente que la chapelle, qu’elle nomme toujours chapelle du cimetière (et non chapelle du Chaffault, bien entendu), a toujours été église paroissiale, jusque vers la date de sa reconstruction, en 1764. La chapelle actuelle aurait donc été rebâtie avec les matériaux de l’ancienne église paroissiale ruinée et mise à bas. Si l’église appartenait à la paroisse, la commune s’étant substituée à la paroisse, elle serait donc propriétaire des matériaux ayant servi à la construction, de fait, d’une nouvelle chapelle. Qu’en est-il de cet argument majeur ?
Cette chapelle fut-elle église paroissiale ? Voici résumé ce qu’en pense l’abbé Brunellière, historien reconnu de notre région et spécialement de Saint-Philbert-de- Grand-Lieu : les moines de Saint-Philbert qui avaient fondé la paroisse, la laissent aux prêtres séculiers à la fin du XIII° siècle, au plus tard, suivant en cela les décrets de la papauté. Ils gardent à leur usage leur église abbatiale et leur cimetière. Les fidèles et leurs prêtres se tournent alors vers le seigneur du Chaffault, qui offre une portion de son domaine, pour y établir un cimetière et construire une église. Il donne le presbytère et quelques biens pour le prêtre curé. Il se peut que l’église ait d’ailleurs été primitivement la chapelle du château féodal du Chaffault.

La petite église est attestée en 1391, mais elle est bien plus ancienne. Elle va perdurer jusque vers 1500, date à laquelle un arrangement entre le prieuré et la paroisse fait que l’abbatiale devient définitivement l’église paroissiale, jusqu’à la mise en service de l’église actuelle
Chacun des adversaires prétend avoir payé les frais des réparations et d’entretien et les frais de culte, car la chapelle a toujours été ouverte au culte et utilisée pour des services secondaires, comme le catéchisme et les retraites des communions. Le Général rappelle qu’après les destructions à la Révolution, c’est sa famille qui a relevé la chapelle, payé cloche, balustrade, ornements et que la municipalité n’y a pas fait opposition.
D’entrée, le Tribunal déclare que la chapelle est trop éloignée de l’église paroissiale, l’abbatiale, pour être considérée comme paroissiale. C’est donc une propriété privée. Le Tribunal reconnaît le droit de la famille Juchault à y être inhumée et son droit de propriété sur la chapelle de 1671. Mais « il admet la commune à prouver les faits qu’elle avance et pareillement admet le demandeur (La Moricière) à la preuve des faits contraires et nomme un juge pour recevoir les dépositions des témoins assignés par les parties ». C’est un jugement interlocutoire.
Louis Cormerais, adjoint assurant les fonctions du maire Monnier, démissionnaire, consulte un avocat de Rennes où l’affaire se jugerait en appel. L’avis est défavorable à la commune. Le conseil municipal vote le désistement « pour éviter des frais que la caisse de la commune ne pourrait supporter ».
En 1852, le Général en exil à Bruxelles autorise à nouveau le curé à exercer le culte dans la chapelle. Des travaux de restauration sont entrepris jusqu’à son retour d’exil en 1858. Le 16 décembre de cette année-là, une bénédiction solennelle est faite par l’abbé Richard, Grand Vicaire de Nantes, futur cardinal-archevêque de Paris, représentant monseigneur Jacquemet, évêque de Nantes.

Description de la chapelle

Extérieur

La chapelle se présente surélevée au point le plus haut du cimetière et de la ville. Les murs sont construits en pierre du pays recouverts d’ un crépi. Les ouvertures sont bordées de pierres de taille en tuffeau comme de nombreuses bâtisses de la région. La toiture est en ardoise.

C’est un bâtiment de 14 m de long environ, 7,60 m de large, mesures extérieures. La façade est bien proportionnée et même élégante. L’escalier massif en granit, trapézoïdal, amorce l’élan vers le ciel, continué par les divers motifs décoratifs sur une même verticale, et tout là-haut un clocheton ajouré surmonté d’une grande croix, à l’aspect aérien. Horizontalement, à mi-hauteur, deux niches géminées concourent à l’esprit néo-roman de l’oculus et du portail en plein cintre.

La décoration du fronton de la chapelle est très probablement inchangée depuis la restauration terminée en 1858. Au-dessus de l’oculus, une grande plaque de marbre blanc porte l’inscription suivante :
« D.N. JESU CHRISTO PRIMOGENITO EX MORTUIS, SPEI NOSTRAE, SUB PATRIMONIO VIRGINIS DEI PARAE IMMACULATAE AC SANCTI MICHAELI ARCHANGELI ».
« A notre Seigneur Jésus-Christ, premier-né d’entre les morts, notre espérance, sous le patronage de la Vierge, toute immaculée et de Saint Michel archange » (Traduction par le père Jean Garaud.)
En dessous on ne voit plus que l’encadrement des deux blasons du Chaffault et de Juchault.

A la clef du portail de pierre blanche, le Général de La Moricière a fait sculpter de nouveau son blason et un ruban de pierre porte sa devise :
SPES MEA DEUS Dieu est mon espoir (traduction abbé Brunellière).

Intérieur

La chapelle est lumineuse, éclairée de sept ouvertures ornées de vitraux qui ressortent sur la blancheur de la pierre de tuffeau ; c’est à peine si les 34 plaques funéraires en marbre noir ceignant tout l’édifice assombrissent l’ensemble. Le chœur est surélevé d’un degré et clos par une balustrade en fer ouvragé (table de communion). Dans la nef sont alignées sept rangées de robustes bancs en chêne. Un discret chemin de croix, stylisé en forme de parchemin, énumère ses 14 stations.

Chaque vitrail de cette chapelle (sept en tout) est fait d’un plombage à entrelacement différent pour chacun d’entre eux et de verre peint ; chacun comporte en sa partie basse deux blasons, celui des Juchault accolé à celui de la famille alliée.
Une logique a présidé à l’attribution des vitraux au moment de la restauration de la chapelle, dévolue exclusivement à la branche des Juchault de La Moricière, représentée par cinq frère et sœurs au lendemain de la Révolution. Il est alors bâti quatre nouveaux caveaux. Le père du Général prend alors celui du chœur et ses quatre sœurs ceux de la nef. Chaque caveau de la nef dispose d’un vitrail. Le chœur a trois vitraux. Le Général place dans celui de l’autel les blasons de son plus lointain ancêtre seigneur de Chaffault et de dame de Loréal son épouse. Puis il place dans le vitrail de gauche ses propres armes et celles de sa femme, enfin dans le vitrail de droite les armes d’une de ses filles qui meurt à l’époque des travaux et celle de son second mari.

Témoignages

Des philibertins se souviennent de cette chapelle.

Dès 1824, l’abbé Trochu signale que le Tiers-Ordre philibertin, et donc Jeanne Bernard future Mère Marie-Thérèse, se retrouve dans cette chapelle pour y prier. Cela va continuer jusqu’en 1850, année où une pièce à l’étage de la Communauté sert de lieu de prière.
Pendant la guerre, certains sont venus y suivre des cours de catéchisme. Plus récemment, d’autres personnes, comme Gaby Mainguet, viennent dans cette chapelle, avec Marie Eveillard, au mois de mai, mois de Marie et au mois d’octobre, mois du Rosaire. On s’y réunit tous les jours à 14h, pendant une heure environ, pour réciter le chapelet et chanter des cantiques entre chaque dizaine. Fin avril et fin septembre, plusieurs femmes comme Jeannette Chanson, Madame Faibreau et plusieurs autres assurent le nettoyage des lieux.

Jacky Douaud se souvient que son grand-père Jules né en 1872 a fait son apprentissage en maçonnerie chez Monsieur Lodé. Il lui disait que ce dernier avait participé à la « reconstruction » de la chapelle. Le mur que l’on remarque sur le côté nord de celle- ci serait un vestige de l’ancienne église. On accède à chacun des caveaux en enlevant la pierre qui est scellée. Une échelle permet de descendre et une rampe en bois de faire glisser le cercueil. Tout autour du caveau se trouvent des cases où sont déposés les cercueils. Monsieur Coelier a signalé à Pierre Baudry qu’il y a un ossuaire dans chacun des caveaux.
Au niveau des enterrements certains rappellent des souvenirs concernant cette chapelle. La famille de la Laurencie, en particulier l’abbé Joseph de la Laurencie, s’en est occupée, puis Antoine d’Estrée et maintenant Gérard du Plessix. Jacky Douaud, André Rio, Gérard Perroteau, Pierre Baudry sont intervenus à un titre ou à un autre.
Cinq caveaux existent. Celui du chœur, où repose en particulier le général La Moricière, n’a pas été ouvert récemment. Il n’y a pas eu de sépulture depuis 1919.
Pour le caveau de la famille d’Estrée, descendants de Marie-Rosalie, y sont enterrés maintenant les aînés. Un des derniers est le comte Antoine d’Estrée décédé en 1997. Marcel Parois se souvient avoir descendu le corps du comte dans le caveau.
Pour le caveau de la famille des Jamonières, descendants de Marie-Prudence, Pierre Baudry a assisté à des exhumations, il y a quelques années. On a utilisé l’ossuaire du caveau et normalement l’inhumation dans le caveau est réservée à l’aîné de la famille. C’est Monsieur des Jamonières du Cellier qui est responsable au niveau de cette famille.
Pour les deux autres caveaux, les descendants de Marie-Henriette et Julie-Charlotte, les Rousseau de Saint-Aignan et les Rousselot de Saint Céran, la situation est un peu différente. Par mariage ces deux familles ont été réunies. On y trouve les De Novion, les Jochaud du Plessix et les de La Laurencie. Monsieur Gérard du Plessix qui représente la famille et qui a pris la responsabilité de la gouvernance de l’indivision, à la suite d’Antoine d’Estrée, a précisé que les deux caveaux ont été réunis. L’abbé Joseph de La Laurencie a fait procéder aussi à des exhumations. L’ossuaire devant se trouver sous l’entrée de la chapelle. Jacky Douaud se souvient être intervenu.
On trouve des membres des familles de Novion, d’Estrée, Le Couturier de Courcy, Juchault des Jamonières inhumés à l’extérieur de la chapelle, auprès de la chapelle, côtés nord et sud.
Nous avons là sous les yeux un bel exemple d’architecture privée qui est sans conteste le fleuron du cimetière. Il ne fait nul doute que les philibertins y sont très attachés.

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