L’estuaire vu par quelques écrivains

mercredi 28 juillet 2010, par Emile Boutin +


Des voyageurs illustres ont navigué entre Nantes et St Nazaire. Sans remonter à saint Colomban qui fit naufrage à l’estuaire, à saint Vital qui vécut sur le mont Scobrit, ou saint Hermeland qui se fixa dans l’île d’Aindre, nos ducs de Bretagne et des rois de France passèrent devant Paimbœuf. Louis XI et Louis XIII utilisèrent le fleuve. Lors de l’arrivée du roi à Nantes le 3 juillet 1626, la ville organisa une grande fête au château. On fit venir des canons de Paimbœuf et du Croisic pour mettre de l’ambiance. Marie Stuart entra en Loire le 22 septembre 1548 pour se rendre à la Cour de France. A l’inverse, Gaston d’Orléans descendit le fleuve pour aller en Bretagne en octobre 1638. Citons encore Henriette de France, reine d’Angleterre en août 1644 et Jacques II d’Angleterre en 1689. Enfin, Napoléon visita la Basse-Loire en 1808.

Mais tous ces personnages politiques ne nous ont laissé aucun commentaire, aucune appréciation sur l’estuaire. Heureusement des écrivains nous ont fait connaître leurs sentiments et leurs impressions de voyage.


Commençons par un Croisicais.

Poète et poétesse

Connaissez-vous le poète Des Forges-Maillard ? Et mademoiselle de La Malcrais de La Vigne ? Ces noms ne vous disent rien ? Alors, voyez ce qui suit. DesForges-Maillard, né au Croisic en 1699, écrivit d’abord une étude sur " le progrès de la navigation sous Louis XIV ", parue en 1730. De plus, il versifiait assez heureusement. Il envoya donc ses écrits au Directeur du Mercure de France pour publication. Hélas ! ce dernier, nommé Laroque, étant réfractaire au style du pète les refusa. L’auteur en conçu une profonde déception et une blessure d’amour-propre. Il entreprit de se venger. Il versifia donc à nouveau dans un genre plus galant et suffisamment langoureux pour émouvoir son correspondant. Puis il envoya ses nouveaux poèmes à Monsieur Laroque, sous la signature du pseudonyme Mademoiselle de La Malcrais de La Vigne. Le directeur du Mercure fut cette fois enthousiasmé, publia les papiers, correspondit avec la susdite demoiselle et en devint profondément amoureux épistolairement. Cette charmante personne eut alors l’honneur de voir sa poésie goûtée de personnages littéraires importants, comme Voltaire qui fut conquis par ses lettres passionnées. Bref on ne pouvait en rester là et la poétesse fut invitée à venir à Paris présenter ses œuvres.

Des Forges-Maillard arriva donc. Mais il ne portait pas jupon et le charme fut rompu. On s’empressa de faire silence sur le personnage.

Or, notre homme avait, à défaut de grand talent, une bonne plume et beaucoup d’esprit. Ses anecdotes nantaises en témoignent. dans une de ses letres à Madame du Hallay, il nous détaille son voyage sur l’estuaire, entre Nantes et St Nazaire en septembre 1739.

Les princesses iroquoises

Après avoir asisté à un concert, assez ennuyeux dans la salle de la Bourse de Nantes, il écrit : « Il est temps de sortir de Nantes, Madame, et de vous dire que je m’embarquai sur la Loire, dans un esquif aussi léger que celui de Catulle, pour naviguer jusqu’à saint-Nazaire, bourg éloigné de quatre lieues du Croisic. Le destin me donna la compagnie de deux femmes. Elles allaient voir leurs maris nouvellement arrivés de l’Amérique, dont le vaisseau estoit à l’ancre dans la rade de Maindain (Mindin) à l’embouchure de la loire. Ces deux commères étoient assez gentilles, et leur manière de changer la terminaison des aoristes me divertit beaucoup : Quand je "passis" par ici, disoit l’une, je couchis" à Coiiron (Couëron). Et moi, reprenait l’autre, je n’y "couchas pas". Je sais, par espérience qu’il y fait cher vivre, "j’allas" jusqu’au Pelerin ».

Avant de poursuivre le texte de notre poète, nous pouvons déjà noter que Couëron et Le Pellerin étaient deux étapes habituelles dans la descente de la Loire. Encore que la rive droite fût plus coûteuse que celle du Pays de Retz, mais aussi plus commerçante, ainsi qu’en témoigne la chanson de marin.

Y a trois navires à Couëron (bis)
Couëron tout près de Nan-an-antes
Ville très commerçan-an-ante

« Les rives de la Loire, continue Des Forges-Maillard, sont aussi belles vers son embouchure qu’elles le sont au sortir de sa source, depuis Roanne jusqu’à Nantes. Outre les gros bourgs, les coteaux, les prairies et les maisons de campagne qui les bordent, on y voit voguer sans cesse, pendant neuf ou dix lieues des vaisseaux de toutes les nations qui montent et qui descendent la rivière. Revenons, Madame, si vous voulez, dans notre chaloupe. Je passai tout le reste du jour sur les ondes avec mes deux princesses iroquoises. Nous allâmes coucher à Paimbœuf, c’est un fort grand bourg, qui a toujours en perspective deux cents vaisseaux en rade. Les uns viennent des pays étrangers y chercher des sucres, des vins, des eaux de vie. Les autres, appartenans aux Nantois, sont ou en décharge, ou en armement pour l’Amérique ou pour la Guinée. Le lendemain, nous nous rembarquâmes une heure avant le soleil levé. Deux Récollets se joignirent à notre troupe, car il faut toujours un peu de moines dans les voitures : c’est la rocambole

Nous rendîmes, à deux lieues et demie de Paimbœuf, nos dames à leurs maris, officiers dans un vaisseau qui étoit mouillé dans la rade de Maindain, à l’embouchure de la Loire. Les maris se laissèrent glisser comme des chats le long des cordages du vaisseau pour venir embrasser leurs femmes dans notre chaloupe. Jamais ne je vis faire tant de carresses ; je crus presque qu’ils alloient s’imaginer qu’il étoit nuit et que les rideaux étoient tirés ».

Le poète est lui-aussi reçu à bord par le capitaine et déjeune avec les officiers, les dames et les « deux Récollets qui s’escrimèrent à merveille sur la nourriture ».

Puis « le bateau n’étant qu’à une demie-lieue de terre, je me rembarquai dans ma nacelle, nous dit-il, et j’abordai à Saint-Nazaire, gros bourg qui n’est éloigné que de quatre lieues par terre du Croisic. Je montai à cheval, j’arrivai et j’y suis jusqu’à nouvel ordre ».

Telle est donc cette lettre à une amie qu’il fallait divertir. Elle nous apporte quelques précisions sur l’importance du trafic fluvial, notamment à Paimbœuf. Quant à Saint-Nazaire, au milieu du dix-huitième siècle, la ville n’est considérée que comme un gros bourg. Nous allons revenir sur ces deux ports avec d’autres écrivains qui ont navigué sur la basse-Loire.

Porte du large

Lorsqu’on parle de l’estuaire, de Louis XIV à la Restauration, la première ville qui vient à l’esprit est Paimbœuf. Porte du large, abri et centre d’avitaillement pour les frégates de Sa Majesté, accueil des navires amarinés par nos corsaires, le port a connu une grande activité avec le commerce des îles, le trafic du bois d’ébène, la grande pêche, la contrebande du tabac et des Indiennes, ses magasins d’accastillage et de pacotille pour les négriers et ses chantiers navals.

L’Empire dota Paimbœuf d’une sous- préfecture et d’une gendarmerie. Honneur suprême, Napoléon ler voulut connaître la ville et le port. Il vint à Nantes, malgré de gros problèmes dans sa guerre d’Espagne, car il venait d’apprendre la capitulation de Baylen. D’assez mauvaise humeur à son arrivée il devint plus gai en montant sur le canot impérial que les commerçants nantais avaient fait construire pour cette circonstance. Long de 18 mètres, large de 3,25 mètres, armé de 24 avirons, le bateau quitta Nantes le 10 août 1808 à 4 heures 30 du matin pour conduire l’empereur, d’abord, à l’arsenal d’Indret, où il assista à une coulée de fonte. Ayant repris la descente du fleuve, Napoléon fit arrêter sa trirème en face du château du Plessis-Mareil (dont la grande allée porte depuis le nom d’allée de l’Empereur). Puis il mit pied à terre pour ... se dégourdir les jambes. L’île située en ce lieu s’appelle l’île Pipi.

L’Angleterre périra

Paimbœuf reçut Napoléon avec beaucoup de faste. Si le discours obséquieux du maire n’est pas une page de littérature, il nous instruit pourtant. « Il n’est pas loin le temps où par les ordres d’un homme tigre, les eaux de notre fleuve ne portaient que des morts aux mers épouvantées, mais vous parûtes et tout fut réparé ».

Bien sûr, l’empereur avait constaté que le port de Paimbœuf était vide de navires. Le premier magistrat avait remarqué la grise mine de son hôte ; il continua donc : « Sire, la solitude de notre rade afflige les regards de Votre Majesté. L’Angleterre périra. Ni ses mille vaisseaux, ni les trésors du Bengale ne sauraient la sauver. Le trident de Neptune sera brisé dans ses mains ; ses devanciers Tyr et Carthage ont péri. L’Angleterre périra ». Ce propos flagorneur ne pouvait laisser l’empereur indifférent. Après avoir promis la construction d’un quai il s’embarqua pour Saint-Nazaire. Là, Mathurin Crucy lui fit remarquer combien le site était propice à l’établissement d’un port et d’un chantier naval.

Malgré les vœux du maire de Paimbœuf, l’Angleterre ne fut pas détruite. En revanche Paimbœuf périclita lentement. Les Ponts et Chaussées après avoir examiné deux projets de bassins, l’un à l’ouest de Paimbœuf, l’autre à St-Nazaire, firent choisir ce dernier port, par le Conseil général, lors d’un vote en 1838. Paimbœuf se défendit et les régates de 1850 furent un succès. Malheureusement, quelques années plus tard, le duc de Béarn, éminence grise du futur Napoléon III décida le Prince-Président à créer le bassin à flot dans de vastes terrains marécageux de Penhoët qui lui appartenaient. Le Prince-Président ne se fit pas trop prier car sa " bonne amie " la belle Catherine Bellanger avait sa propriété d’agrément à la pointe de Villès-Martin. C’est là que le futur empereur venait se reposer des fatigues du pouvoir.

Pour lors, nous ne sommes pas encore arrivés au Second Empire. Suivons Stendhal dans son Voyage en Bretagne en 1837. « L’embarquement a été fort gai : le bateau à vapeur était arrivé au pied de cette ligne de vieux ormeaux qui donne tant de physionomie au quai de Nantes. Nous avions sept ou huit prêtres en grand costume, soutane et petit collet, mais ces messieurs, plus sûrs des respects, sont déjà bien loin de la dignité revêche qu’ils montrent à Paris. A Nantes personne ne fait de plaisanteries à la Voltaire... En partant de Nantes nous avions un joli petit vent point désagréable ; à quelques lieues de Paimbœuf il a fraîchi désagréablement ; le ciel s’est voilé, le froid est survenu et avec lui tous les désagréments de la navigation. La mer était très houleuse et très sale vis-à-vis de Paimbœuf... Comme le bateau s’arrêtait je suis descendu et j’ai couru la ville. J’avais toutes les peines du monde à maintenir mon parapluie contre le vent. Cette ville est composée de petites maisons en miniature, fort basses, fort propres et qui ont à peine un premier étage. On se croirait dans un des bourgs situés sur la Tamise de Ramsgate à Londres ».

Ville mal bâtie et port prospère

Quelques décennies plus tôt, Béchameil de Nointel disait : « Paimbœuf n’est qu’un village composé d’hostelleries et de cabarets pour la commodité des équipages des vaisseaux qui y abondent ». Cet euphémisme nous montre que les ribaudes étaient nombreuses autour du port.

Si Stendhal n’a pas apprécié Paimbœuf et a trouvé l’estuaire de la Loire infiniment moins intéressant que celui de la Seine, Edouard Richer ne manifesta pas lui non plus d’enthousiasme en parcourant la ville : « Paimbœuf est mal bâti. Les rues assez larges sont tortueuses. Le pavé est détestable. Les ornières y sont en grand nombre ».

En revanche, le port lui plut : « Depuis 1814, on a toujours vu chaque année sur les chantiers de Paimbœuf trois et quatre grands bâtiments. Le plus fort lancé fut de 400 tonneaux. Paimbœuf n’a point de fabriques, mais on y compte un grand nombre de marchands. Entre Donges et Paimbœuf, on ne voit que le ciel et l’eau et les maisons de cette dernière ville semblent placées sur les limites du fleuve et de l’océan. De grands navires se projettent sur le devant des maisons amoncellées et disposées sur une seule ligne, que les mâts dominent de toutes parts. Devant soi, on n’aperçoit qu’une rive basse. Paimbœuf s’étend sur le devant de cette côte dont il se distingue par sa masse blanchâtre. Des mâts dont on ne saisit qu’imparfaitement la forme et la hauteur s’élèvent devant la ville comme un bois dépouillé. Parfois une bande épaisse de vapeurs roule sur la surface des eaux et cache à nos yeux le corps entier d’un navire qui passe au loin. Vous n’en découvrez que ses voiles arrondies que la Grèce ingénieuse comparerait à l’aile des cygnes et vous diriez un esquif aérien emporté par les nuages ».

Le Migron

Après Paimbœuf, Richer s’attache au Migron : « Le Migron n’est qu’à deux lieues de Paimbœuf. C’est là que s’arrêtent souvent les grands bâtiments qui ne peuvent remonter jusqu’au Pellerin. Car, entre ces deux villes, on ne trouve plus, dans tout le cours de la Loire, que des prairies et des îles ».

Le Migron est l’ancien passage entre les rives de la Loire. Son étymologie "migrare" rappelle bien cette fonction. Ce fut un port d’une bonne importance, puisque les navires de Sa Majesté entrant en Loire signalaient leur arrivée par un coup de canon « Pour saluer Paimbœuf et Le Migron ». C’est là que débarquaient les soldats et les voyageurs passant de Bretagne en Vendée. Les pèlerins de Saint Jacques de Compostelle traversaient la Loire à cet endroit. D’autres revenaient d’Espagne par mer et y faisaient escale. Ainsi Hercules Ménard, du diocèse du Mans, décédé le 5 mai 1594, qui y mourut à 18 ans au retour de son pèlerinage. Le Migron était en effet une étape sur le fleuve. Nous le voyons dans le journal du Dr Charyau, chirurgien major de l’Aréthuse qui rejoignit son navire en rade de Mindin le 16 novembre 1812. « J’obtins du bureau maritime une barge de réquisition pour me conduire en rade de saint-Nazaire où était ancrée la frégate. Le 18 novembre 1812, à 11 heures du matin, à la cale de la douane, je m’embarquai dans cette barge et je descendis la Loire. A 4 heures du soir, je fus obligé de faire marée au Migron où je dînai. A 6 heures, je repris ma route et j’arrivai à Paimbœuf à 8 heures du soir. Le lendemain 19, je me rembarquai à 9 heures du matin et à 10 heures et demie je montai à bord de la frégate l’Aréthuse ».

Une navigation capricieuse

Honoré de Balzac fit deux séjours en Loire-Inférieure, en 1833 et 1836. Il habitait au bourg de Batz. Lui aussi descendit la Loire pour se rendre à Saint-Nazaire puis à Guérande.
« Entre Saint-Nazaire et Guérande, nous dit-il, il se trouve une distance d’au moins six lieues que la poste ne dessert pas, et pour cause : il n’y a pas trois voyageurs à voiture par année. Saint-Nazaire est séparé de Paimbœuf par l’embouchure de la Loire. La barre de la Loire rend assez capricieuse la navigation des bateaux à vapeur mais par surcroît d’empêchements, il n’existe pas de débarcadère en 1829 à la pointe de Saint-Nazaire et cet endroit forçait les voyageurs à se jeter dans les barques avec leurs paquets, quand la mer était agitée ».

On voit que Balzac situe l’embouchure du fleuve entre Saint-Nazaire et Paimbœuf, il ignore Mindin.

Console-toi chère petite ville

Si Paimbœuf n’a pas été apprécié de certains écrivains, il en est au moins un qui a aimé la ville. C’est un enfant du pays, Pitre-Chevalier. Parlant de l’époque antérieure à 1850, il écrit : « Console-toi chère petite ville. Tu as une rade qui fait honte à celle de Nantes, avec sa vaste nappe d’eau et ses gros navires à l’ancre ; un quai plein de vie et de mouvement qui étale tous les costumes et qui parle toutes les langues de l’Europe, ni plus ni moins qu’une Babel en miniature, un môle de granit, aux hardis escaliers sur lequel tu t’appuies, au bord de ton grand fleuve ... Pendant le jour, cette petite ville dont on a si vite fait le tour et compté les maisons, semble alors doubler sa population par une sorte de magie. C’est sur un quai qui n’a pas plus de trois ou quatre portées de fusil et qui a moins de cent pieds de large que s’assemblent et se meuvent les matériaux et les hommes nécessaires à la construction, au radoubement, au gréement, au chargement et à la manœuvre de plus de cent navires de toutes dimensions, depuis le trois-mâts portant huit cents tonneaux jusqu’au bateau qui contient le pêcheur et ses filets ... Le bateau à vapeur arrive ou part en décrivant une longue courbe et en secouant derrière lui son panache de fumée. Les navires se croisent à la voile et les canots à la rame. L’un hisse à son bord les mulets indomptés. L’autre lève ses ancres, lâche ses toiles et déploie ses pavillons. Tous s’animent et s’agitent de diverses manières et ceux même qui semblent dormir sur leurs câbles sont multipliés et mis en action par le miroir mobile du fleuve qui les réflète ».

Hélas la chute fut rapide puisqu’en décembre 1879, lors de la bénédiction de la nouvelle église, la semaine religieuse de Nantes portait le jugement suivant : « Tous ceux qui conaissent Paimbœuf savent combien cette ville déchue semble porter dans le silence de ses rues et la tristesse de son aspect, le deuil de son ancienne prospérité ».

Et pourtant Séguineau affirmait la gaieté proverbiale de Paimbœuf « tout ici est joie, vie et mouvement ».

Tout est gris

Enfin, au début du XX° siècle, Marc Elder concluait : « Ah ! le port de Paimbœuf, un des plus actifs du royaume au temps du Bien-Aimé. Maintenant un désert. Les gabarres qui déchargeaient les navires pour remonter la rivière de Nantes ont disparu. Les cargos portent à domicile. Et si on les entend siffler, par le vent d’ouest, ce n’est pas qu’ils se soucient de Paimbœuf mais parce qu’ils demandent un pilote ou l’entrée de Saint-Nazaire. Les quais, plantés d’ormes magnifiques, regardent à vide le va-et-vient méthodique de la Loire qui, deux fois par jour, remonte vers sa source. L’immense estuaire se déplace d’un bloc, en nappe gaufrée, jaunâtre, que perce par endroits la vrille d’un tourbillon. A perte de vue, l’eau coule, toute chargée des boues du vieux continent depuis tant de siècles, absorbant les rives, les îles, les tours et l’horizon en amont et en aval. Impression grise poignante, aggravée par ce mouvement fluide, sans fin, qui étourdit. Les roseaux sont gris, l’herbe est grise, les cales sont grises, sauf les vases, miroir merveilleux des nues fastueuses.

En face, dans les buées changeantes, on découvre, inscrites au ciel, les géométries terribles des chantiers de Trignac, et le clocher de Donges, guindé sur l’eau comme un menhir ».

Si « Paimbœuf dort et ne rêve pas » comme l’affirme Marc Elder, l’estuaire connaît maintenant une grande activité. L’auteur ne reconnaîtrait plus Donges avec son complexe pétro-chimique. La grande torchère l’étonnerait tout comme l’importance du port méthanier de Montoir.

Et que dirait-il des réalisations grandioses de cette fin du XX° siècle, comme le pont de Saint-Nazaire ou le Monarch of the seas ?

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