L’escadre anglaise en Baie de Bourgneuf

dimanche 11 juillet 2010, par Emile Boutin +



Du haut du château de Noirmoutier, la vigie scrutait l’horizon. C’était d’ailleurs pure routine, car depuis quelque temps la baie était calme. En ce début d’après-midi du 22 septembre 1795, l’homme avait tendance à somnoler. L’automne ne s’était pas encore installé et un soleil d’été chauffait toujours les toits de tuiles romaines du quartier de Banzeau, tapis au pied de la forteresse. Soudain, plein nord-ouest, le garde-côte crut apercevoir une voile lointaine. Il sortit une longue-vue de son étui de cuir et examina soigneusement l’entrée de la baie. Au large de la Pointe Saint Gildas, cap au sud-est, se dirigeant vers Pierre-Moine, il reconnut les trois mâts d’une frégate. A quelques encâblures, il identifia, sans aucun doute possible, la voile trapézoïdale et la trinquette d’un cutter. Il réalisa qu’il se trouvait devant deux navires de Sa Majesté Britannique et il donna aussitôt l’alerte.

L’île était alors commandée par le général républicain Cambray et ne disposait que d’un petit nombre de défenseurs, environ quinze cents soldats plus ses habitants. Le gros des forces républicaines se trouvait à Machecoul, sous les ordres du général Canuel.

Vers seize heures, les deux bateaux anglais s’étaient rapprochés de l’île et mouillaient, face au bois de la Chaise, à hauteur de Pierre-Moine...

Si Cambray ignorait la raison de la présence de cette frégate et du cutter devant Noirmoutier, Charette la connaissait, au moins partiellement.

Dès le 25 août, il avait reçu un courrier du Comte d’Artois lui annonçant l’arrivée prochaine d’un corps de débarquement. Le convoi quitterait Portsmouth le jour de la Saint Louis et arriverait en vue des Côtes du Poitou dès le début septembre. Le débarquement se ferait sans doute à Noirmoutier. Tel était au moins le vœu du Prince, qui n’avait hélas qu’une voix consultative auprès de l’amirauté britannique. Charette mit donc sur pied de guerre ses divisions dès le 25 août.

La flotte anglaise met les voiles pour la baie de Bourgneuf

Effectivement la flotte anglaise mit les voiles. Mais elle ne se dirigea pas directement sur la Vendée. Elle fit une longue escale dans la baie de Quiberon, ce que n’avait pas prévu le Comte d’Artois. Nous avons d’ailleurs un témoignage très intéressant de Sir James Saumarez qui commandait un navire de soixante quatorze canons, L’Orion. Dans ses lettres, cet officier britannique écrit : « Ryde 21 août 1795. J’ai attendu pour vous écrire le moment où je pourrai vous annoncer la date exacte de notre départ. Ce matin le vent de l’est, mais il a encore tourné vers l’ouest. Jestime que, à peu près quatre mille hommes de troupes anglaises et quinze cents émigrés voyagent sous notre protection. Ils sont commandés par le général Doyle ; Monsieur qui est à bord du Jason, les accompagne ».

Le 2 septembre, Saumarez confirme : « Notre convoi, se compose de cent vingt six bateaux à voile ». Les chiffres du corps expéditionnaire, mentionnés par Saumarez sont approximatifs. Voici l’état officiel des forces mises par l’Angleterre à la disposition du Comte d’Artois).

Il convient d’ajouter à ce nombre environ 500 émigrés qui avaient hâte d’en découdre avec les Bleus et qui n’apprécièrent pas la halte prolongée de l’escadre devant Quiberon. Car le mouillage dura douze jours.

Dès le début, le Comte d’Artois, comprenant que son arrivée en Vendée se trouvait retardée, débarqua dans l’île d’Hoat. La protection était bien assurée, car depuis plus d’un mois vingt-six vaisseaux anglais croisaient au large de la presqu’île. Mgr La Laurencie, aumônier de l’escadre, accompagna le prince dans l’île et y célébra une messe solennelle de Requiem pour tous les émigrés victimes de la récente capitulation de Quiberon. Ces douze jours de répit, généreusement accordés à la République par l’Amirauté britannique, permirent de renforcer les forces républicaines de Vendée et de mobiliser la flotte. Pendant ce temps, il y eut bien sûr un conseil de guerre tenu par Monsieur, mais où, en fait, le commodore Sir John Warren et le général anglais Doyle imposèrent leur point de vue. Comme toujours. D’Artois lui-même n’avait-il pas dit : « Il faut s’en référer aux Anglais ». Il ne pouvait d’ailleurs agir autrement. Il envoya donc une lettre à Charette, document dont voici copie « A bord du Jason, rade d’Houat le 13 septembre 1795. Me voilà enfin près de vous, Monsieur, et si le ciel le permet, notre réunion va combler nos désirs mutuels... Vos lettres m’ont causé la plus vive satisfaction que mon coeur puisse éprouver. Les rapports de ces messieurs sur l’état, la position et laforce de nos fidèles royalistes ont déterminé le gouvernement britannique à faire loyalement en notre faveur tout ce que les circonstances ont pu lui permettre.

Vous avez indiqué Noirmoutier, c’est à Noirmoutier que nous marchons. J’aurais voulu partir dès demain, pour hâier une expédition qui sera le prélude au bonheur de tous les vrais Français ; mais j’ai pensé, ainsi que les généraux anglais, qu’il était prudent et nécessaire de vous prévenir de mes desseins et de vous donner ainsi le temps d’assurer notre succès en vous portant à la côte et empêchant les ennemis de jeter de plus grandes forces dans Noirmoutier ».

Nous allons voir par la réponse de Charette que le général vendéen était réaliste. Il lui fallait quelques jours pour mettre tout le monde sur pied de guerre. D’autre part une descente à Noirmoutier l’obligeait à neutraliser des centres républicains importants comme Challans, Machecoul, Beauvoir et Bouin. Il propose donc un débarquement vers l’Aiguillon, où récemment les Anglais ont d’ailleurs sans difficulté livré des armes et munitions aux Vendéens.

Charette propose un débarquement à l’Aiguillon

Voyons sa réponse au Comte :
« ... Si j’eusse reçu vingt-quatre heures plus tôt les avis que je reçois dans ce moment, j’avais douze mille hommes d’élite réunis autour de moi et prêts à marcher... Je les ai rnenvoyés chacun à son poste. Il me faut donc recommencer un nouveau rassemblement qui emportera au moins six jours de délai.

Il paraît, Prince, que le plan arrêté entre vous et les généraux anglais est d’attaquer Noirmoutier. Vous me faites l’honneur de me dire que vous serez demain dix-sept au matin dans la Baie de Bourgneuf, que les dispositions de l’attaque seront faites d’après les notions que vous recevrez sur les forces de la garnison de cette place, et qu’elle aura lieu sur le champ si la garnison est faible, qu’elle aura lieu également quelles que soient les forces de l’ennemi si vous avez la certitude que je me porterai sur la côte en face de Noirmoutier ».

Charette donne ensuite divers renseignements sur les forces républicaines de la côte et il conclut :
« Si j’eusse eu l’avantage d’être instruit plus tôt du plan arrêté entre vous et les généraux anglais, ou du moins si le moment de l’exécution n’était pas si prochain, j’aurais pris la liberté de vous proposer un autre moyen et d’indiquer un autre lieu où le débarquement eût pu être effectué sans aucun danger. J’aurais fait porter deux divisions seulement devant Machecoul ou Challans, et je me serais porté avec mon corps d’armée à la Pointe de l’Aiguillon, où les ennemis n’ont aucune force. Là on eût effectué toute espèce de débarquement d’hommes et de munitions ; on eût alors facilement déblayé tous les postes de la côte, enlevé les garnisons que l’on aurait eues sur les derrières. On eût de suite marché sur Saint Gilles ou directement sur Noirmoutier que l’on eût attaqué par terre, tandis que l’escadre anglaise l’aurait attaqué par mer. Le succès eût été infaillible, au lieu que je ne puis vous dissimuler qu’il est douteux dans le plan arrêté ».

Le Comte d’Artois va aussitôt répondre à Charette et joindra à son courrier une note des Anglais disant « Monsieur le Général, nous avons l’honneur de vous informer que votre désir relativement à la Pointe de l’Aiguillon rencontre du côté de la partie navale de notre armement de telles difficultés qu’il devient impossible d’y satisfaire. D’ailleurs il ne remplirait pas l’objet de nos instructions... Nos instructions portent que nous devons avec vous faire en sorte de prendre l’île de Noirmoutier, comme le lieu que les ministres de S.M.B ont jugé le plus propre à vous donner toute espèce d’assistance, excepté des troupes anglaise ».

Et Doyle et Warren indiquent que dans l’impossibilité de prendre Noirmoutier, ils devront se porter sur l’île d’Yeu.

Charette est inquiet, car il connaît bien les Anglais. Cette restriction de l’Amirauté ménage une porte de sortie à l’escadre anglaise, qui, en cas de difficultés, se rendra à l’île d’Yeu. Les Anglais aussi sont inquiets. Si Charette a des doutes sur la réussite de la prise de Noirmoutier et préférerait une descente à l’Aiguillon, c’est qu’il y a un risque. ils décident donc d’envoyer une frégate, reconnaître la baie de Bourgneuf et les possibilités d’un débarquement.

C’est le mouillage de ce bateau, « La Galatée », qui venait de jeter l’émoi au poste de commandement du général Cambray, chef de l’île de Noirmoutier.

Arrivée de l’escadre

Il ne se passa rien le 22 septembre au soir, ni dans la nuit qui suivit. Mais toute la côte était en alerte. Dès la matinée du 23, la frégate mit des chaloupes à la mer. Le cutter en fit autant. Tout de suite Cambray comprit que les Anglais sondaient le mouillage. Quelques reconnaissances eurent lieu et Keats, le commandant de « La Galatée », se rendit compte que les batteries et les forts étaient construits en terre, qu’il n’y avait sans doute pas plus de trente pièces dans l’île, en tout cas pas un obusier ni un mortier. L’anse du Bois de la Chaise lui parut très favorable à un débarquement. La reconnaissance dura tout le jour sous le feu des batteries côtières. Ce qui permit de se rendre compte du faible nombre des canonniers qui couraient d’une pièce à l’autre. Le feu était très lent et Keats fut convaincu du succès d’une opération de débarquement.

Le 24, le soleil levant éclaira de nombreuses voiles qui pénétraient dans la baie. Le cutter était parti à la rencontre de l’escadre et la dirigeait vers Pierre-Moine. Intéressés de premier chef, les soldats de l’île comptèrent bientôt soixante-quatre voiles, parmi lesquelles on distinguait facilement quatre frégates, plusieurs canonnières, des cutters et des lougres. Il était aussi évident que les autres navires transportaient des troupes, des vivres et des munitions. L’escadre louvoya mais, le 25 dans l’après-midi, aucun doute n’était plus possible, les navires étaient à l’ancre et les Noirmoutrins surent que l’heure du combat approchait. Mais le premier combat fut d’abord musical, aux dires d’un procureur du Roi.

Voici ce qu’il en écrit : « Du haut des côteaux du Bois de la Chaise, on distinguait facilement ce qui se passait sur le pont des vaisseaux. Le calme de l’air permettait d’entendre les morceaux que leur musique exécutait. Ceux de « Vive Henri IV » n’eurent pas plus tôt frappé les oreilles du général Cambray que, sans plus tarder, il envoya chercher la musique de la garnison, la fit placer au sommet de la batterie du Cob et lui enjoignit de répondre aux airs royalistes des Anglais, par les airs patriotiques alors en vogue, tels que la Marseillaise, le Chant du Départ ».

Mais cette musique n’était que le prélude à un affreux concert, qui commença le soir même.

Cambray n’était pas tranquille ; il avait peu de navires. Les seuls bâtiments de la Marine Nationale dont il disposait, comprenaient la corvette Le Scorpion et la canonnière La Rude commandée par Cheneau. Deux autres bâtiments se trouvaient en principe à Fromentine les lougres L’Enfant et Le Cerbère, mais dès les premiers coups de canon, ils s’éloignèrent vers le sud. Ce même soir, deux canonnières anglaises se dirigèrent vers le Gois pour empêcher des renforts éventuels d’entrer dans l’île. Elles se trouvèrent aux prises avec La Rude.

La fin de La Rude

Pendant toute la guerre de Vendée, cette goëlette-canonnière, construite aux chantiers de Paimboeuf, avait eu pour mission de protéger les côtes de la baie. Elle était bien connue de nos ancêtres. Voyons ce que dit le rapport officiel : « Dans la nuit du 4 vendémiaire An IV, attaqués par cinq bateaux ennemis. Nous leur restions droit sous la lune. Ils nous voyaient donc très bien, sans que nous puissions les découvrir. Nous leur avons tiré trente coups de canon, au jugé, d’après la fumée et le feu de leurs pièces. Quand les cinq canonnières sont arrivées à portée de mitraille, « La Rude »,flottant à nouveau, coupe les câbles pour passer le Gois, ou pour échouer sous les batteries de terre... Entretenu le feu le plus vif contre l’ennemi de neuf heures du soir à trois heures du matin. Ce n’est qu’après six heures de combat contre un ennemi cinq fois supérieur et ses affûts démontés que le navire s’est échoué pour ne pas se rendre ». Une lettre du Commandant d’Armes de Nantes, en date du 17 vendémiaire, confirmera que « les canons sont sauvés, mais l’équipage a tout perdu ». La coque criblée et incendiée fut abandonnée.

Dans la nuit du 25 au 26, il y eut une tentative anglaise pour couler Le Scorpion, corvette de quatorze canons. Mais le capitaine Blanchet, un Noirmoutrin réussit à sauver son bâtiment en le faisant échouer. L’excellent historien Claude Bouhier dans la Lettre aux Amis de Noirmoutier, nous rapporte l’attaque d’une gabarre La Marie-Claire, commandée par le capitaine Redureau de Nantes. Je n’ai trouvé dans aucune autre étude une allusion à ce combat. Je cite donc Claude Bouhier : « La gabarre "La Marie-Claire" fut attaquée à la Fosse par deux canonnières anglaises accompagnant douze péniches. La canonnade dura toute la nuit sans résultat appréciable. Dans l’après-midi du 27, l’ennemi revint et aurait réussi à s’emparer de la gabarre qui venait d’être abandonnée par l’équipage et les soldats, sans le courage de Mathurin Musseau, second de la gabarre, qui seul, chargea le canon et l’obusier du bord et fit feu sur les péniches anglaises, manquant de peu d’en couler deux. Mathurin Musseau fut pilote de la baie de Bourgneuf jusque vers 1848 ». Il était originaire de Bouin et mourut à Bourgneuf.

Pendant tout ce temps Cambray fit renforcer les défenses, surtout dans les anses où un débarquement était possible. Toute la population travailla pour étendre les retranchements. Soldats et gardes nationaux restaient à leur poste jour et nuit : ils étaient ravitaillés en grande partie par les Noirmoutrins.

L’Anglais donna signe de vie seulement le 27 à midi. En un instant la flotte pavoisa, les frégates tirèrent quelques coups de canon pour alerter la côte, comme si besoin en était. Une chaloupe parlementaire quitta le navire amiral. Elle amenait sur l’île le Comte Muray. Escorté d’un peloton républicain, il fut conduit, les yeux bandés jusque dans la ville où il remit à Cambray une lettre du commodore.

L’ultimatum

« Du 27 septembre 1795, à bord de la Pomone,

Monsieur, une escadre britannique, portant des troupes anglaises et françaises environne votre île. Nous ne venons pas pour démembrer la France, mais pour la rendre à son légitime souverain... S.A.R Monsieur, frère de Sa Majesté très-chrétienne Louis XVIII, est à bord de notre flotte. Sa présence vous est un sûr garant de la pureté des intentions du Roi, notre maître. Entouré comme vous l’êtes de forces supérieures, vous avez encore à choisir de risquer une résistance indiscrète et coupable, qui attirerait sur la troupe que vous commandez et sur les habitants du pays des maux dont vous seriez seul l’auteur, ou de remettre votre île au frère de votre roi et à ses alliés. Dans ce dernier cas, Sa Majesté Britannique et S.A. Monsieur, nous autorisent à vous promettre qu’ils prendront sous leur protection vous et votre garnison, ainsi que tous vos habitants et vous accorderont toutes les faveurs qu’aura méritées votre soumission. L’officier chargé de cette lettre est autorisé à traiter de tous les détails avec vous. Il est nécessaire que vous fassiez connaître promptement votre résolution, parce que l’arrivée de l’armée catholique et royale changerait tellement les circonstances qu’il ne serait plus en notre pouvoir d’accorder les mêmes conditions à la garnison ».

La menace de l’arrivée imminente des troupes de Charette était évidemment sérieuse, encore que Cambray n’ignorât pas les difficultés qu’aurait actuellement le chef vendéen pour se rapprocher de l’île. D’autre part, lui aussi attendait du renfort. Il avait fait prévenir le général divisionnaire Canuel qui occupait Machecoul, du danger que courait Noirmoutier. Et il comptait bien sûr sur des renforts dans les heures suivantes.

Il usa donc d’un stratagème qui semble bien avoir réussi. Il répondit donc : « Messieurs, étant dans cette île sous les ordres d’un général de division que je dois consulter sur ce que vous me proposez par la lettre que m’a remise le comte Muray, je vous demande une suspension d’armes de vingt-quatre heures, pour informer de vos propositions mon général qui est fort peu éloigné de l’île. Au bout de ce temps vous recevrez ma réponse ».

Cette lettre était des plus adroites car, tout d’abord elle faisait gagner du temps. Certes, cela pouvait permettre à Charette d’arriver mais de plus le texte insinuait qu’un court délai serait nécessaire pour y répondre, car la division républicaine n’était pas éloignée de l’île. De quoi jeter le trouble dans le trio D’Artois, Warren et Doyle. Enfin pour achever de décourager l’Anglais et l’Emigré, Cambray fit reconduire le parlementaire, les yeux découverts. Des chevaux l’attendaient pour le conduire à sa chaloupe. Mais on lui fit traverser la grand-place où s’affairaient environ douze cents hommes d’infanterie qu’on avait réunis dans la demi-heure précédente. De plus le comte Muray put se rendre compte de l’importance des défenses toutes garnies de troupes.

Dans la soirée, les Anglais n’avaient pas donné suite à la demande de suspension d’armes. Cambray en déduisit que l’attaque approchait et il en avisa la municipalité, qui promit son aide complète. Or vers neuf heures du soir, la chaloupe ramena le Comte Muray, accompagné d’un officier en uniforme anglais. Une nouvelle sommation était faite à Cambray de livrer l’île, sommation assortie cependant d’une nuance : si le commandant de Noirmoutier avait scrupule à rendre l’île à un Bourbon, il pouvait la remettre à Sa Majesté Britannique.

Aucune proposition ne pouvait irriter davantage un officier français .11 répondit simplement : _ « Messieurs, puisque vous refusez de m’accorder les vingt-quatre heures de suspension d’armes que je vous ai demandées, vous pouvez m’attaquer quand vous voudrez. Nous périrons tous ou nous serons victorieux. C’est le vœu général de mon armée, et celui des habitants qui vous attendent, ainsi . que moi, avec le courage de Français libres ».

On offrit aux deux parlementaires des rafraîchissements qu’ils acceptèrent et ils furent reconduits à leur bateau accompagnés des chants guerriers de plusieurs compagnies de grenadiers.

Les enragés

Cette fois l’attaque approchait et Cambray savait pertinement qu’il ne pourrait y résister longtemps. Si rien ne se passa dans la nuit, le lendemain matin, à la marée basse, les Noirmoutrins se réjouirent de voir un renfort de huit cents hommes entrer dans l’île. Il y avait bien des canonnières anglaises pour empêcher l’accès de Noirmoutier, mais pour l’instant, elles avaient le ventre sur la vase. Sur La Pomone, Sir John Burlase Warren était de moins en moins décidé à l’attaque. Le rapport fait par le Comte Muray sur fa situation dans l’île, le moral des Républicains ne présageaient rien de bon. Ce n’était certes par le Comte d’Artois qui le pousserait à affronter le canon. Doyle et Warren, eux, n’étaient pas des peureux, mais ils n’avaient aucune envie de sacrifier quelques soldats de sa Majesté Britannique dans ce débarquement hasardeux. Warren se tourna vers les émigrés et leur dit simplement : « Que voulez-vous faire contre de pareils enragés ? ».

Et la décision fut prise d’aller débarquer à l’île d’Yeu. Certains émigrés, absolument révoltés, dont le marquis de Rivière demandèrent à être débarqués pour rejoindre Charette. Il ne vint pas à l’idée du Comte d’Artois d’agir de même. il s’en remit aux Anglais une fois de plus. Et il débarqua à la Pointe aux Corbeaux, au sud de l’île d’Yeu, d’où il gagna Port-Breton. Il y passera un mois tranquille ou à peu près en la compagnie agréable de Madame de Polastroin, et au milieu de son brillant état major.

Certes, on envisage maintenant un débarquement sur la côte vendéenne. Charette s’y prépare une nouvelle fois. Il espère toujours. Et enfin le 18 novembre, le canon tonne. Charette exulte. Monsieur arrive ! Or Monsieur fuit. il a manqué le rendez-vous de l’Histoire. Et les Anglais se sont servis d’un Bourbon pour tuer la Vendée. Napoléon dira plus tard : « La République était perdue, si les Anglais avaient laissé descendre le Comte dArtois sur le sol de la Patrie ». Charette ne s’en remettra jamais. Il sait que la dernière chance vient de. lui échapper. D’ailleurs en ce moment tout l’accable. Il a perdu ces jours derniers son meilleur lieutenant et ami Guérin, le coquetier de Saint-Hilaire de Chaléons, le seul homme qu’il ait pleuré, et maintenant d’Artois préfère la petite vie tranquille en Angleterre à la vie dangereuse de ses partisans. Sans doute, Charette se rappelle-t-il qu’il avait écrit bien des fois au Comte d’Artois de se méfier des Anglais. Il les connaissait bien, ayant été officier de marine.

Sans doute entrevit-il alors le peloton qui, six mois plus tard l’exécuterait, sur la place Viarme.

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