Histoire des Jamonières

lundi 12 juillet 2010, par Edmond Héry +



Le château des Jamonières (alias les Jamonnières) est situé en la paroisse de St-Philbert de Grandlieu à 4 km à l’ouest du bourg. C’est là qu’il apparàit à droite de la route qui conduit du chef lieu au bourg de St- Lumine de Coutais, belle bâtisse au milieu des terres et prairies faisant face au village des Troissards. Ancienne seigneurie, elle n’avait certes pas l’importance féodale de la Moricière ou du Piépain, mais néanmoins rendait la justice avec droit de moyenne et basse justice, droit de chapelle et rentes seigneuriales sur les métairies de la Charoulière et de la Poterie.

Dans la première moitié du XV° siècle, elle était la propriété de la puissante famille de Laval, sires de Retz. En 1425, cette terre appartient à Jéhan de Craon, seigneur de la Bénate, La Suze et Champtocé. Après sa mort, il est établi un compte de rachat de ses biens dont était héritier Gilles de Laval, époux de Catherine de Thouars, sire de Rays, de Blazon et d’Ingrandes, maréchal de France (25 novembre 1432). Trois années plus tard, ce dernier, suivant mandement de Charles VII du 2 juillet 1435, vend à Guillemette Dronet, veuve de Guillaume Le Ferron et mère de Geoffroy, là terre des Jamonières. Anne de Sillé, veuve de Jean de Craon, sire de la Suze et des Jamonières en conserve néanmoins l’usufruit qui lui appartient par douaire. Mais le fonds, vendu précédemment par Gilles de Rays à Geoffroy Le Ferron doit lui être rendu suivant engagement de Jean V, duc de Bretagne du 21 janvier 1438 comme faisant partie du contrat par lequel Gilles cédait au duc Chantocé et Ingrandes. Les Jamonières seront alors remboursées 160 000 écus. L’année suivante (1439) Anne de Sillé vend l’usufruit de cette terre à Geoffroy Le Ferron. Quant à Gilles de Rays, il sera brûlé et pendu en Biesse le 24 octobre 1440.

Le ler juillet 1442, Prégent de Coëtivy, amiral de France gouverneur de La Rochelle, gendre dudit Gilles en tant qu’époux de Marie de Rays, sa fille unique et héritière, opère le retrait féodal de cette terre des Jamonières, retrait fictif suivant Le Ferron, car celui-ci fut sans effet. Le 17 septembre 1443, le duc de Bretagne, François I, alors à Redon, accorde un répit de deux ans à Prégent pour rendre foi, hommage et dénombrement de ses différentes terres et seigneuries, entre autres celle des Jamonières.

La propriété de ces terres est alors contestée entre Geoffroy Le Ferron et les hoirs de Prégent de Coëtivy, et le ler juillet 1448 les gens à la solde de Prégent s’en emparent par la force, envahissant et saccageant le domaine, y commettant violences et dommages pour un montant de 500 écus.

Brient de St-Eloy, sergent de Palluau s’y présente alors pour faire main-mise sur le domaine au nom du roi. Pour cette raison, il est arrêté avec violence et fort malmené par les gens de Geoffroy Le Ferron qui occupent les lieux. Cependant le 15 septembre 1451, main-mise est effectivement faite par le roi sur les Jamonières, Souché et autres terres contestées. Jean Colas, conseiller au Parlement visite le lieu des Jamonières qu’il trouve "très fort ruyneux" ainsi que ses dépendances, les métairies de la Charrulière et de la Poterie dont il confie la garde aux métayers au nom du roi. Jean Jay ou Lejay, notaire royal à Montaigu est installé châtelain et receveur pour le roi pendant la main-mise. Geoffroy plaidera sa cause en 1452 contre André de Laval et les Coëtivy. Le 7 juillet 1464, un arrêt du Parlement en faveur de René de Rays a bien lieu au sujet de cette terre. Mais pour en finir, l’année suivante, le 22 juin, main-levée de la saisie de Charles VII est faite au profit de Guillaume Le Ferron contre René de Rays dont jugement sera rendu le 3 décembre 1470. Il y aura plus tard confirmation de cette main-levée le 23 août 1479. En 1493 encore, la seigneurie est toujours dans la famille Le Ferron et c’est Pierre Le Ferron qui la possède.

Les Jamonières passent alors dans la famille Goheau. Nous voyons en effet maître des lieux en 1500, François Goheau aussi seigneur de Souché, St-Aignan, la Maillardière et 1’lle de Bouin. Il avait épousé Françoise Hamon dont il eut Louise Goheau, dame desdits lieux qui se maria vers 1530 avec Jacques de Montbron, baron d’Avoir, sgr de Miré, Champeaux et l’Espinay-Greffier.

Le 17 juin 1543, - nous dit Théodore Courtaux - devant Le Morisson et Perraudeau, notaires royaux à Nantes, la demoiselle Louis Goheau, dame de Souché, veuve dudit Jacques de Montbron vendit par antichrèse (avec faculté de rachat) et en forme de ferme à n. h. François Gabart, docteur en droit, seigneur de la Maillardière, la terre et seigneurie des Jamonières, toutes ses appartenances et dépendances, métairies de la Potterie et de la Charulière, le tout situé dans les paroisses de St-Philbert et de St-Lumine de Coutais, à la charge d’en rendre foi et hommage au roi, de payer le droit de rachat au roi, et aux abbé et couvent de Villeneuve, 54 livres tournois de rente assise sur la métairie de la Charulière.

Le 7 décembre 1556, le tuteur de François Gabard, sgr de la Maillardière, n. h. René du Hardaz, conseiller au Parlement de Bretagne, rendit foi et hommage au roi des manoir, terre et seigneurie des Jamonières, tenus prochement et noblement du Roi. C’est la première fois qu’il est fait mention d’une demeure en ce lieu.

En avril 1563, les seigneur et dame en sont alors n. h. Pierre de la Chapelle, docteur en droit, conseiller au Parlement de Bretagne et Louise Brécel sa femme qui, veuve, épousa François Gabard lui-même veuf de Jeanne Girard. En 1575, cette même Louise Brécel, dame des Jamonières, échange des terres situées à St-Philbert avec divers particuliers. Elle reçoit 722 écus de la ville de Nantes revenant d’un emprunt de 2 100 livres à elle pris et empruntés par les sieurs René Martin de la Thomassière et Antoine Gravoil de St-Michel, pour subvenir aux affaires urgentes et nécessaires à la ville de Nantes.

Leurs fils, Jean Gabard, écuyer, époux de Françoise Padioleau partagea leur succession entre ses frères et sœurs le 19 novembre 1598 et regroupa le domaine en mars 1599 par échange avec son frère Claude. Il rendra aveu le 3 juin 1600 et décédera le 6 novembre 1607.

Le 10 novembre 1608, devant Remfort et Lebigot, notaires royaux à Nantes, Françoise Padioleau, veuve de Jean Gabart, écuyer seigneur des Jamonières, au nom et comme tutrice de Jean Gabart, leur fils aciné, rendit aveu et dénombrement au roi des "lieu, manoir, maison, terre et seigneurie noble des Jamonières, sis en la paroisse de Sainct Phillebert avec toutes et chascunes ses appartenances et dépendances, tant de maisons, court, chapelle, fuye et refuge à pigeons, grange, pressouers, moulin, jardins, vergers, viguier et estang, bois anciens de haute fustaye et taillables, garennes, prées, pastoraux, mestairies, fiefs de vigne, dismes, rentes et devoirs quelxconques, avec juridiction moyenne et basse, le tout tenu prochement et noblement du Roy, à foy, hommage et rachant quant le cas y advient". Ce dénombrement de "ladicte maison dudict lieu des Jamonières, avec ses dictes courts, jardins et bois de haute fustaye, la métairie noble de la Poterie fut proclamé à haute et intelligible voix le 23 février 1622, par Savary, sergent royal, à l’issue de la messe de Sainct Phillebert le peuple y estant congregé et assemblé, et au marché de Machecoul, au lieu accoutumé à faire pareils bans et exploictz de justice".

Son fils Jean Gabard épousa Marie Cuillé puis Bonne Guischard. Il fonda en 1636 une chapellenie et mourut en 1640. En décembre 1650, la ville de Nantes dut soutenir un procès contre le sieur des Jamonières qui prétendait être exempt de droits sur les vins qu’il faisait annuellement conduire de sa maison des Jamonières à la Bretesche.

Jean, fils de son premier mariage, prit la succession de son père. Il devait épouser Marie Bonneau dont il eut Charles Prudent, qui, après s’être marié à Marie-Anne de Loréal, mourra sans postérité en 1715.

Lors de la visite pastorale de 1689, il est fait état de la chapelle des Jamonières sous le vocable de St-Jean Baptiste. On y disait deux messes hebdomadaires : une le dimanche et l’autre en courant de semaine ; celles- ci étaient distraites de la chapelle du cimetière. Parmi l’ameublement on y trouvait alors un calice et des ornements sacerdotaux dont une chasuble blanche et une violette. La fondation était assise sur une rente de 30 livres provenant d’un pré dit "du Rocher" voisin du château.

En ce début du XVIll° siècle, la seigneurie et le domaine des Jamonières passa dans la famille Juchault par le mariage en 1703 de Christophe Juchault avec Geneviève Marquise Prudence Bouhier de la Verrie, fille de Charles Gabriel Bouhier et de Renée Gabard, sœur de Charles Prudent.

Ledit Christophe Juchault, sgr de l’Orme, Monceau, Les Jamonières mourut au château des Jamonières le 19 juin 1739 âgé de 77 ans et fut inhumé dans l’église de St-Philbert.

En 1740, furent épousés dans la chapelle des Jamonières, Pierre Heurtin et Jeanne Macé et le mariage fut béni par le chapelain de Monceau. Le seigneur en est alors Christophe Prudent Juchault qui dut faire d’importants travaux aux immeubles. En effet au corps de logis du château est inscrite la date de 1755 et sur la chapelle celle de 1760 qui sont celles d’une restauration ou d’une reconstruction car il en est fait mention bien antérieurement.

Le 19 novembre 1760 mourut dame Geneviève Prudence Marquise Bouhier veuve de messire Christophe Juchault, âgée de 78 ans qui fut inhumée dans l’église sous le banc des Jamonières.

Le 17 décembre de la même année 1760, Christophe Prudent Juchault, fils des précédents rendit aveu et dénombrement au roi des seigneuries de la Moricière, le Piépain, le Chaffault et les Jamonières dont "maisons, terres, fiefs et seigneurie nobles des Jamonières sise en la paroisse de St-Philbert de Grandlieu, la maison des jamonières, la Grande Pièce et le moulin des Jamonières, les métairies de la Charoullière et de la Poterie ..."

De 1763 à 1772, Louis Marie Juchault, deuxième fils de Christophe et frère de Christophe Prudent, est seigneur des Jamonières, la Papinière et la seigneurie du Bois. Il avait épousé le 4 juin 1767 Rosalie de La Bourdonnaye de Liré. Il mourut à Nantes le 24 juillet 1772. Leur fils diné, Louis Marie, tout jeune (il n’avait que trois ans) devait lui succéder quand vint la Révolution.

Le 17 mars 1794, un détachement républicain venu de Machecoul charge des grains et du vin aux Jamonières pour les emmener en cette ville. Le château fut brûlé. Le 6 fructidor an IV, Louis Naud, architecte à Nantes, expert nommé par le département et Charles François Marie Bousseau, notaire public à St-Philbert, expert nommé par les citoyennes Rosalie Aimée Henriette et Julie Juchault, procèdent à l’estimation des revenus et capital sur le pied de 1790, de la maison des Jamonières :
"La maison principale située entre cour et jardin est incendiée dans toutes ses parties au point qu’il ne reste plus que les murs dont quelques- uns sont détériorés et en ruine ; elle nous a paru estre cy-devant composée de quatre chambres basses et le vestibule où est placé l’escalier, quatre chambres hautes et deux cabinets avec les mansardes au-dessus ; endessous du rezchaussée sont des cuisines et celliers voutés en tuffe dont partie est en mauvais état ; au midi cour et avant cour ; à l’orient et occident différents logements servant d’écuries, greniers boulangerie, cellier, orangerie et chapelle dont partie incendiée ; le tout pouvant valoir en 1790, 250 livres, soit multiplié 18 fois, un capital de 4 500 livres ; jardin et verger au nord de la maison, la Grande Pièce au levant des logements avec sa pièce d’eau. Le pré du Chironet au midi de la maison, le Pré long et pâtureau y joignant où se trouve aussi une pièce d’eau, le pré des Mottes, la Grande Prée dans le marais et la Basse Prée, les bois taillis des Pucaux, du Chiron, du Tremblet, deux journaux plantés en futaye, les clos de vigne des Grandes Jamonières, des Vieilles et Jeunes Grêles, le clos du Chat Blanc, le clos des Retièreà proche le moulin ; la maison du meunier et les deux moulins à vent, le tout incendié, quelques murs seulement restés". On visita aussi les métairies en dépendant : la Poterie, les deux métairies du Marais Michaud, les deux métairies de la Gresle, La Hayriaud et la Charoulière.

Les biens de la famille furent saisis par la Nation. Mais après son retour d’exil, Louis Juchault des Jamonières réussira à reconstituer le domaine ancestral en rachetant à la Nation les biens séquestrés. Aussi voyons-nous après la Révolution, les Jamonières toujours appartenir à la famille Juchault. Nous trouvons alors en 1800, chef du domaine, le baron Louis Marie Juchault des Jamonières qui avait épousé à Blois, en 1796, sa cousine Marie Prudence Aimée Juchault de la Moricière. En 1813, il fut nommé président de l’assemblée électorale du canton de St- Philbert, puis maire de cette commune l’année suivante. Le baron décédera le 6 avril 1842 et sera inhumé en la chapelle du Chaffault. Sa veuve l’y rejoindra le 29 janvier 1855. La liquidation de sa succession durera du 29 juin 1844 au 31 janvier 1847.

En 1844-1845, les Jamonières sont constituées du château, cour et sol d’une superficie de 48 ares 70 centiares et de 7 bâtiments. Ils appartiennent alors à la veuve de Louis Juchault et les héritiers de celui- ci qui habitent le château de Clermont, commune du Cellier, où avait été fondé un majorat. Le domaine des Jamonières est imposé pour une valeur cadastrale (il s’agit du seul château) de 262 francs, 47 ouvertures (portes et fenêtres) et une porte cochère. On dut vers cette époque y faire de gros travaux car, sur la façade nord, on y trouve gravée la date de 1853.

L’an 1855, les Jamonières passèrent aux héritiers de Léon Arthur Patas d’Illiers qui avait épousé Laurence Mathilde Juchault des Jamonières ; ils devaient tous deux mourir en 1854. En 1856, il y a aux Jamonières deux ménages et en tout 28 personnes.

Leur fils, Léon Albert Patas d’Illiers vendit le château. En effet, en 1882, ce dernier et les terres des Jamonières sont à vendre. Et on le décrit : situé à 1,5 km du lac, chasse, pêche, très belle vue, il comprend château et parc, haras composé de 45ha de prairies et d’au moins 40 box, 5 fermes importantes, 14 petites fermes ou borderies, 80 ha de vignes, partie du lac de Grandlieu, en tout 519 ha donnant un revenu estimé 48 000 F. Monsieur Potinière est régisseur au château. Le domaine sera vendu par adjudication le 10 octobre en l’étude de Mes Poisson et Clavier, notaires à Nantes. M. Fernand Cronan s’en rendra acquéreur. Dans la suite, il passe par succession à René Crouan qui le possède encore en 1908-1912. Entre temps, de nouveau il est mis à vendre en 1907 chez Durand-Gasselin notaire à Nantes. Le château comprend alors avec ses dépendances : écuries, remises, orangerie, buanderie, chenil, volière, jardin, vivier, étang, maison de garde, maison de jardinier, pelouses, bosquets peuplés d’arbres séculaires, cours, avenues, charmilles ; les réserves du château composées de maison de régisseur, écuries, remises, caves, pressoir, 13 ha de haute futaie, 52 ha de vignes, 16 ha de prairies et 134 ha de marais. De plus en dépendent la ferme des Jamonières (35 ha), les deux fermes du Marais Michaud réunies (85 ha), la ferme de la Charoulière (37 ha), la ferme du Moulin (26 ha), la ferme de la Grêle (35ha) et les 13 borderies des Troissards.

En 1915, Henri Rouzeau, juge de paix à Montaigu (Vendée) s’en rend acquéreur. En 1922, après sa mort, Charlotte Rouzeau sa fille en est nu-propriétaire, la veuve étant usufruitière.

Plus tard, en 1932, Alphonse Brossard, hongreur maréchal expert au bourg de St-PHilbert, place de l’Abbatiale, en fera l’acquisition et l’habitera. Après sa mort et jusqu’à nos jours, il est la propriété de son gendre Alphonse Padiou, viticulteur.

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