Ateliers et magasins des Côteaux, des origines a nos jours

lundi 12 juillet 2010, par L’antenne du Pellerin



1 - Un cottage appelé " Les Côteaux "

Quittant les quais du Pellerin, à la hauteur de l’embarcadère des bacs amphidromes, le promeneur qui se dirige vers l’ouest suit une route bordée de maisons bourgeoises avec vue imprenable sur la Loire. Une petite côte permet d’accéder au niveau de la cour d’entrée des Ateliers du Port-Autonome que les Pellerinais connaissent mieux sous l’appellation " Atelier des Côteaux ".

Les courbes de niveau indiquent, pour cette entrée des ateliers, une cote de + 16 mètres par rapport au niveau 0 des cartes marines. Ce site, remarquablement bien situé, avec accès direct sur la Loire, devait attirer, il y a plus de 110 ans, l’un ou l’autre des Entrepreneurs de Travaux Publics travaillant sur le chantier du canal de la Basse-Loire et spécialisé dans l’entretien et la réparation du matériel maritime. En contre-bas de la route, des terrains pris sur la Loire permettraient, grâce à des cales, estacades et pontons, de réceptionner les engins et d’assurer leur maintenance.

La route longeant le fleuve du Pellerin à La Martinière coupe donc l’entreprise en deux. Le coteau continue à s’élever vers le sud et donne à cette partie ouest du Pellerin une allure d’amphithéâtre, lieu privilégié pour de belles constructions face à la Loire qui restera toujours la rue principale, la " grand-rue " de ce gros bourg au passé si riche.

Puisque nous parlons du passé, remontons le temps et fixons-nous en 1698, année où Binet de la Blottière, originaire de Touraine, épouse la fille du Seigneur du Pellerin, Anne Leborgne, habitant le château du Bois-Tillac. Binet possédait deux grands domaines : le Plessi-Mareuil et la Musse en Saint Viaud. Il les vend, en 1711, pour acquérir deux autres seigneuries : Jasson en Brains et Malnoë en Cheix. Il prend alors le titre de Chevalier Binet, seigneur de la Blottière, Jasson, Malnoë, Vigneux et autres lieux. Le manoir du Bois-Tillac devient une grande demeure seigneuriale dont les propriétés s’étendent jusqu’à la Loire.

Le château fort ayant disparu depuis longtemps, ce domaine devient le véritable château du Pellerin. Après la tourmente révolutionnaire, le dernier descendant de la famille Binet de Jasson, Jean-Philippe, épouse en secondes noces une demoiselle Liger, couturière à la cour de Jasson : c’est une mésalliance. Deux enfants naîtront : Louis-Philippe, mort sans descendance et Joséphine-Anne qui épousera François Cadoudal. Sa seconde femme meurt en 1851 et Binet de Jasson vend sa propriété du Bois-Tillac et se retire dans sa maison des Côteaux sur les bords de la Loire où il meurt en 1859.

C’est dans cette propriété que s’installeront, quelques années plus tard, un dépôt et des ateliers de réparation et d’entretien pour les engins travaillant sur les chantiers du canal de la Martinière. Par la suite ils deviendront la propriété des Ponts et Chaussées sous le nom d’Ateliers des Côteaux. Nous allons maintenant en retracer l’histoire.

2 - De 1830 à 1891

Après la mort de Binet, la propriété des Côteaux restera occupée par son gendre, François de Cadoudal, dernier descendant de cette vieille famille d’origine bretonne.

  • 1873, la maison des Côteaux est vendue à Madame Assailly pour la somme de 33 000 francs.
  • 1879, nouvelle vente de la propriété à Madame David pour la somme de 30 100 francs.
  • 1882, Messieurs Couvreux, entrepreneurs au Canal Maritime, achètent le 13 octobre la propriété pour la somme de 50 000 francs ; la superficie totale est de 12 333 m2. Cette entreprise a des références : elle a participé à la construction du canal de Suez et à l’aménagement du port d’Anvers.
  • 1883, les nouveaux propriétaires édifient des bâtiments en bois à droite et à gauche de la cour principale ainsi qu’au fond ; ils étaient destinés à recevoir des machines-outils et servaient à l’entretien et au remisage des engins de travaux publics utilisés sur le chantier du Canal de la Martinière. Une estacade est aussi construite en bordure de Loire et la maison d’habitation est aménagée pour loger le Directeur, les bureaux d’étude et la comptabilité.
  • 1884, Monsieur Couvreux, pour des raisons de santé, résilie son contrat avec l’administration et abandonne la direction des travaux que son entreprise avait engagés sur le canal. Un successeur lui est désigné, Monsieur Sylvain Bord qui prend ses fonctions le 14 novembre. Il a de bonnes références, notamment la réalisation des bassins à flots de Saint Nazaire et les cales de lancement des Chantiers. Il loue la propriété pour en faire le même usage que son prédécesseur et continue les travaux sur le site du canal.
  • 1888, Monsieur Bord, père, décède au Pellerin, usé par une vie de travail. Un mois après, son fils Gustave se propose de prendre la suite de son père à la tête de l’entreprise. Mais il a constamment vécu à l’ombre de celui-ci et n’a pas une expérience suffisante pour assumer cette tâche ; il va commettre des erreurs de gestion humaine et surtout financière : les travaux n’avancent pas à la cadence prévue par les contrats. Ceci ne l’empêche pas d’emmener les plus méritants de ses ouvriers à l’Exposition Universelle de 1889.
  • 1890, Monsieur Couvreux meurt le 5 juillet. Gustave Bord est mis en demeure de terminer les travaux engagés pour la fin de l’année. Il se montre incapable de respecter ce délai. A la demande du ministre, le préfet décide, le 12juin, de lui retirer la direction des Chantiers qui sera confié aux ingénieurs Charron et Babin ainsi qu’au conducteur Bechtold et applique une mise en régie de l’entreprise Bord.

3- Les Ponts et Chaussées :

C’est donc en 1891, le 15 juin précisément, que l’Atelier des Côteaux passe sous le contrôle des Ponts et Chaussées. La prise de possession du matériel se déroule dans un climat de conflit sous la protection des forces de gendarmerie. Le personnel, très inquiet quant à son avenir sera convié par voie d’affichage à des réunions d’information sur les nouvelles conditions d’embauche ; les propositions sont inférieures à celles de l’entreprise Bord mais presque tout le personnel accepte de peur de se trouver au chômage.

Le 13 octobre 1892, un procès-verbal de conférence co-signé par l’ingénieur ordinaire du Service du Canal Maritime, Monsieur Babin d’une part et d’autre part de l’ingénieur ordinaire du Service de Navigation de la Loire (4ème section) Monsieur Cosmi, est rédigé. Il est affirmé, arguments à l’appui, la nécessité de conserver à titre provisoire ou définitif, les ateliers, dépôts et cales des Côteaux pour l’entretien, la mise en œuvre, la surveillance des machines du Canal Maritime d’une part, des engins et matériels de dragage du Service de Navigation de la Loire (4ème section) d’autre part.

Un consensus sur les principaux axes d’activité est dégagé. Les terrains et bâtiments appartenant toujours à Madame veuve Couvreux étaient loués par l’Etat seulement pour 1892, entre Madame veuve Couvreux et le Préfet de Loire-Inférieure, Monsieur Vigneux : il prend date au 1er janvier 1893 ; sa durée est de 6, 9 ou 12 mois pour un paiement trimestriel de 375 francs et ceci pour l’ensemble de la propriété.

Au 1er janvier 1893 l’effectif est de 60 personnes. La disposition des lieux est la suivante :

  • un parc sur lequel est remisé le matériel hors d’usage de l’entreprise Bord ;
  • un bâtiment servant d’atelier de chaudronnerie et d’ajustage ;
  • un bâtiment dans lequel était installé le magasin de la Régie du Canal Maritime ;
  • un bâtiment renfermant l’atelier de charpente et le magasin de la Régie des dragages, Service Navigation ;
  • une grande cour entre les bâtiments précédents, le tout d’une surface approximative de 3300 m2.

Tous les bâtiments et surfaces étaient nécessaires à l’activité ainsi que l’estacade en bordure de Loire.

Le 20 juillet 1895, un rapport de l’ingénieur ordinaire stipule que Madame veuve Coudreux s’engage à vendre l’immeuble moyennant la somme de 40 000 francs. Une décision ministérielle du 8 octobre 1895 autorise le Préfet à acquérir au nom de l’Etat et aux conditions de la promesse de vente la maison des Côteaux. Le bail consenti à l’Etat à raison de 2 000 francs par an sera résilié à partir de la signature de l’acte de vente. Il était donc souhaitable que l’acte fut enregistré avant le 31 décembre 1895 : l’origine de la propriété devait être établi pendant 30 ans au moins. L’acte de vente fut rédigé à la date du 28 décembre 1895 entre le mandataire de la famille Couvreux, Maître Degroote et le Préfet de la Loire-Inférieure, Georges Cleifte, en présence de Monsieur Lefort, Ingénieur en chef du Département.

Par ailleurs les bâtiments, machines et matériels divers de l’entreprise Bord sont achetés pour la somme de 56 000 francs ce qui porte le coût total de l’achat des installations à 96 000 francs.

Jusqu’en mars 1893, le travail des Ateliers ne fut guère varié, comportant exclusivement l’achèvement des ouvrages du Canal Maritime. A partir de cette date, tout en continuant leur activité principale, ils furent aussi employés aux travaux d’entretien et d’amélioration du matériel du Service des Dragages, activité qui sera dans l’avenir la première raison d’être de l’entreprise.

L’administration étant désormais propriétaire de l’établissement, agrandissements et améliorations furent réalisés au fur et à mesure des besoins ; c’est ainsi que le chemin d’accès aux Ateliers fut recalibré pour permettre une circulation plus normale et plus confortable ! Le 2 juin 1897, on note une lettre de l’Ingénieur en chef Lefort adressée à Monsieur Cosmi, Ingénieur ordinaire du Service Maritime de Navigation de la Loire et à Monsieur Babin Ingénieur ordinaire du Service du Canal Maritime. Cette lettre les invite à remettre les Ateliers et Magasins des Côteaux au service de la Navigation de la Loire qui désormais les utilisera presque exclusivement, la responsabilité passant sous une seule juridiction.

La décision prenant date au 1er octobre 1897, c’est véritablement de ce jour que les Ateliers des Côteaux se spécialisent dans l’entretien et la réparation du Matériel du Service Maritime. La courbe du nombre d’ouvriers a atteint son point culminant en juillet 1895 avec 79 ouvriers pour redescendre à 53 ouvriers en 1897 est en parfaite corrélation avec cette décision : le canal étant à cette dernière date entré en phase de fonctionnement. [...]

4- Fin du XIX° siècle - Personnel et matériel

Le 24 décembre 1890, les Ponts et Chaussées avaient lancé, par voie de concours, des appels d’offre pour la fourniture de plusieurs engins de servitude dont :

  • une drague de 135 m3 construite par la Société des Forges et Ateliers de Saint-Denis (Seine) ;
  • Douze chalands soit :
    • six à clapets, construits aux Chantiers de la Loire ;
    • six à fond fixe achetés à Monsieur Brière.
  • un élévateur acheté à Monsieur Brière ;
  • deux remorqueurs de 140 CV construits aux Ateliers et Chantiers de la Loire.

Au chapitre des approvisionnements, on note qu’il y avait 23 190 briquettes de charbon entreposées aux Côteaux. Afin de mettre ce charbon à l’abri pour une meilleure combustion lors de l’utilisation, il est préconisé de construire dans le parc de l’Entreprise un magasin pouvant contenir 47 000 briquettes soit environ 360 tonnes. Cette nouvelle construction provenait, semble-t-il, du Canal Maritime.

Le 21 août 1897, une deuxième estacade est terminée. En mai 1898, trois projets sont présentés pour la reconstruction du bureau du Port de Nantes. Les travaux du Canal de la Martinière prennent fin officiellement le 31 décembre 1901 et le 29 mai 1903 une vente de matériel sans emploi est organisée par voie d’affiches. Le 21 juillet 1903, un premier inventaire de tout le matériel de l’Atelier des Côteaux est instruit.

5 - Les ateliers et la commune

Les années passant, les Ateliers des Côteaux, maintenant à l’enseigne des Ponts et Chaussées, deviennent partie intégrante de la vie pellerinaise et s’y trouvent associés ne serait-ce que par le recrutement.

Un rapport présenté par le conducteur subdivisionnaire, daté du 25 août 1904, indique que le secrétaire du Comice Agricole du Pellerin, Monsieur Guérin, demande que les huit ouvriers des Ateliers, faisant partie de la Fanfare du Pellerin, soient autorisés, à titre gracieux, à prêter leur concours à l’occasion de la distribution des prix du Comice Agricole, dans l’après-midi du jeudi 1er septembre 1904 et à se servir des drapeaux et attributs déposés au magasin de la Martinière pour décorer la salle de distribution des prix.

Parmi les huit ouvriers en question se trouve le chef de la fanfare, ce qui est un argument important pour appuyer cette demande. De plus, leur présence à cette cérémonie est subordonnée à l’autorisation d’y assister tout en étant assurés du paiement de l’intégralité de leur salaire journalier. La distribution des prix, dit le rapport, ayant lieu dans l’après-midi, c’est en définitive la demi-journée de huit hommes qu’il faut assurer soit, à raison de 0,45 francs de l’heure en moyenne, une dépense de 18 francs. On en déduit la durée du travail de l’après-midi : cinq heures.

C’est la troisième année consécutive que cette autorisation est présentée et acceptée et le rapport conclut en donnant un avis très favorable à cette demande déposée par le secrétaire-trésorier du Comice Agricole. Suivaient les noms des musiciens : Lebon Joseph, Lebon Constant, Guilloux Joseph, Pollono Marcel, Douet Jean, Lemaitre Pietro, Rabiller Louis, Vedrine Jules, Mossiette. [...]

6 - Sécurité incendie

Nous sommes en 1907. Les Magasins des Côteaux sont construits en bois et peints au coaltar, goudron tiré de la houille.

On y stockait divers produits, certains très inflammables comme le pétrole lampant utilisé pour l’éclairage. Les responsables s’interrogeaient sur la sécurité du personnel et des locaux : quel système d’alarme installer ? Quels moyens de secours mettre en œuvre en cas d’incendie ?

Une lettre du Conducteur Subdivisionnaire à sa Direction illustre bien les inquiétudes du personnel et demande l’installation d’une cloche d’alarme. Voici l’essentiel de cette lettre datée du 15 mai 1907 : « Le chantier des Côteaux est une propriété en pleine campagne, sise au bord de la Loire, de plus d’un hectare de superficie, refermant un atelier d’ajustage et des magasins complètement indépendants les uns des autres ... ... L’atelier qui réunit la plus grande partie du personnel ne comporte qu’un rez-de-chaussée. Les magasins, bien que possédant des escaliers en bois pour desservir des greniers de réserve à marchandises diverses, offrent toutes les garanties de sortie ou d’évacuation faciles ... ... L’éclairage de l’atelier se fait, l’hiver, à l’électricité. Celui du bureau du magasin d’approvisionnement des matières premières se fait avec des lampes à huile (système Modérateur) ». A la nuit tombante, on ne pénètre plus dans les magasins avec de la lumière. « Le chantier étant isolé et distant de près d’un kilomètre du bourg du Pellerin, et de nuit par exemple, la chaudière n’ayant plus la pression suffisante pour actionner la sirène, on se trouverait complètement dépourvu de système d’alarme. L’acquisition d’une cloche, qui serait installée sur le bâtiment le plus élevé et ne serait employée que dans cette circonstance, serait une excellente mesure pour permettre de réunir au plus vite les moyens de secours ». Le 24 mai 1907, l’Ingénieur en Chef donnait les instructions pour mettre en place, au moyen du personnel, trois sections de pompiers et sauveteurs avec pour chacune des consignes bien précises.

Pompiers en exercice

7 - Physionomie d’ensemble, électrification des ateliers

En ce début de siècle, l’ensemble de l’Établissement présentait un aspect assez pittoresque : voies d’accès et terre-plein en terre battue, estacades en bois, deux slips (plans inclinés) perpendiculaires à la rive, un gril de carénage en bois, ancêtre des docks, tous ces matériels destinés au radoubage.

En 1900, la scierie qui occupait l’emplacement du magasin aux modèles est transférée dans un bâtiment construit à cet effet : c’est celui où se trouve actuellement la menuiserie.

En 1908, un rapport daté du 17 novembre, signale que les Ateliers des Côteaux sont éclairés à l’aide d’une dynamo provenant de l’entreprise Bord. Le réglage est difficile et le mauvais fonctionnement d’une lampe influe sur les autres, : l’éclairage est imparfait et nuisible à la vue.

Une étude de M. Vallage, chef d’atelier, datée du 27 avril 1909, aborde le problème de la modernisation et de l’électrification de l’atelier des Côteaux ; force motrice et éclairage nécessitant un matériel performant adapté aux besoins. M. Vallage préconise une modification de l’atelier principal pour y installer convenablement une nouvelle dynamo ainsi que la commande de la machine motrice : la dépense est évaluée à 2000 francs. Une seule machine motrice entraînait toutes les machines-outils au moyen de courroies, croisées ou non, pour inverser, si nécessaire, le sens de la marche, de poulies et d’arbres de transmissions. Ces courroies en cuir étaient plates et agrafées ; les poulies étaient généralement en bois. Si une seule courroie se dégrafait, tout l’atelier s’arrêtait. A la remise en marche, le "courroyeur" (Mr Wilfrid SIRE occupera ce poste plus tard) soufflait dans une "corne" de remise en route pour avertir le personnel de la reprise du travail et de la remise en marche de la transmission : ceci afin d’attirer la vigilance du personnel sur les accidents toujours possibles au démarrage.

En 1911, on installera une dynamo actionnée par machine motrice de 35 CV pour servir la scie circulaire, la scie à rubans et la dégauchisseuse.

8 - Année 1919 : maintien des ateliers

Le 7 octobre 1909,le Ministre des Travaux Publics posa la question du maintien ou de la suppression des Ateliers et demanda, pour se faire une opinion, un rapport détaillé des activités de l’Entreprise : hommes et matériels.

Mr Charles était alors le Commis des Ponts & Chaussées attaché au service des Ateliers et Magasins des Coteaux (il habitait la dernière maison du chemin des Coteaux vers La Martinière). Un rapport fut donc établi par l’Ingénieur-en-Chef Robert (qui remplaça Mr Cosmi en 1908) et l’Ingénieur Ordinaire Wattier, rapport très favorable au maintien de l’activité. Des diagrammes furent établis montrant l’évolution de l’effectif ouvrier, du parc machines-outils, des chaudières en activité, du tonnage et de la puissance des engins etc. L’inventaire des machines-outils en dénombre 37 dont 22 existaient à la mise en régie le 12 juin l89l. Valeur : 50.539 francs.

Le rapport apportait un certain nombre d’arguments favorables au maintien de l’activité des Ateliers aux Côteaux entre autres :

  • le coût excessif du déplacement vers un autre site ;
  • la main d’œuvre qualifiée prise sur place ;
  • la situation géographique intéressante.

Économiquement parlant, il était souhaitable d’étoffer, de moderniser ce qui existait déjà d’autant que l’on entrevoyait la fermeture du Canal de La Martinière dans les années à venir et la Loire allait livrer passage à de forts tirants d’eau après d’importants travaux.

Pour toutes ces raisons, le parc des engins de dragage ne pouvait que s’agrandir en nombre et aussi en capacité de travail ; l’entretien et l’intendance devraient suivre. La délocalisation n’eut pas lieu : on pouvait désormais se consacrer à la modernisation et aux transformations des Ateliers.

De 1910 à la Grande Guerre En 1910, furent construits l’atelier des tours, l’abri du compresseur et des machines à affûter, l’abri de la machine demi-fixe de 35 HP et le bureau des subdivisionnaires à l’ouest de l’atelier de modelage. L’ancien abri des charpentiers avait été remplacé dès 1909 par l’atelier actuel. Les premières estimations pour la construction d’un nouvel atelier de 2778 m² contre 2124 m² actuels sont de l’ordre de 500 000 francs comprenant, en plus de remblais exécutés à l’élévateur avec perre de protection :

  • 1 estacade ;
  • 1 pont roulant de 20 tonnes ;
  • 3 grues de 2 tonnes électriques ;
  • 2 slips en travers ;
  • l’installation d’un château d’eau ;
  • un réseau de distribution ;
  • l’amélioration de l’éclairage électrique (voir au chapitre 6) ;
  • 1 hall de 360 m2.

Toutes ces prévisions ne seront pas réalisées.

En 1911 on parle, pour la première fois, des conditions de travail à l’occasion d’une visite, le 27 janvier, de l’Inspecteur Départemental du Travail. Celui-ci, le 14 mars, intimait l’ordre de remédier, dans un délai de un mois, aux infractions relevées au décret de 1904 concernant l’installation de vestiaires et de lavabos ainsi que la pose d’aspirateurs de poussières pour les meules abrasives et les scies de la menuiserie.

Sur un autre plan, on tend à rechercher des moyens modernes offerts sur le marché des entreprises pour une meilleure efficacité et un meilleur confort des ouvriers. Mais l’administration se fait souvent "tirer l’oreille". Un bel exemple est cette lettre du 10 février 1911 à en-tête de : FORAGES D’ENTRETIEN ET AMÉLIORATION DE LA LOIRE MARITIME ATELIERS ET MAGASINS DES COTEAUX Dans cette lettre, l’Ingénieur Ordinaire, Mr Wattier, demande à l’administration de tutelle l’autorisation d’acquérir une machine à écrire, Underwood n° 5 avec caractères Elite, pour une somme de 350 francs. Le 17 mars 1911,le ministère répondait par une fin de non-recevoir : « sans méconnaître la valeur des motifs invoqués, j’ai le regret de ne pouvoir donner suite à votre proposition en raison de la dépense considérable qui en résulterait si la mesure se généralisait dans tous les départements ». Signé A.Charguenard, Conseiller d’Etat, Directeur de la Navigation et des Mines. N.B. Pour tout le service de la Loire,4ème et 5ème section, dix machines étaient répertoriées dont quatre étaient hors d’usage. La première Remington fut mise en service en juin 1891.

En 1912, l’Ingénieur-en-Chef est Mr Kaufman (4ème et 5ème sections) et l’Ingénieur Ordinaire, toujours Mr Wattier. Cette même année sera construit l’atelier des forges et de chaudronnerie, tout métallique avec toiture en dents de scie (sheds).Au sud-ouest, le magasin des matières est allongé.

1913, on note 1’édification du bureau du Subdivisionnaire, à gauche de l’entrée principale et la construction du bâtiment de la chaudière d’essai.

1914, l’Allemagne déclare la guerre à la France le 3 août : c’est la mobilisation generale. L’atelier des Coteaux a-t-il eu une activité concernant le matériel de guerre ? Il existe, aux Archives une chemise datée de 1914-1915 et intitulée "Ateliers des Coteaux - Autorisation pour la fabrication de gaines relais pour obus de 75mm". Mais cette chemise est vide ! Peut-être les documents sont-ils classés "Secret éfense" !

1916, la scierie à grumes est installée à l’ouest, sur la Loire, pour débiter les peupliers du canal de la Martinière pour le compte du Génie.

1917-1918, le séchoir à bois est construit et l’estacade est reconstruite partiellement (remblaiement de la partie l’estacade Talonneau pour établir un magasin d’essence et une cabane de gardien). Ce terrain est pris sur les berges de la Loire. Pendant la Grande Guerre, les temps sont durs : les moindres matériaux étaient vendus par l’administration des Domaines. Ainsi la sciure de bois était vendue 5 F le m3 par l’Atelier ; on note les noms des principaux acheteurs : Théophile Pouvreau, Le Boucher, Poulet, François Pare, Jules Simon, familles Pairron, Hery, Prin et Ricoulleau. Pour la ferraille et les vieux cordages : Léger Coudrec, Nouailles, Bertreux.

En 1918, M. Létinier Jules est conducteur des Ponts & Chaussées, au Pellerin ; le 19 juillet, il déclare être détenteur de 2 tonnes de vieux papiers et cartons pour le compte de l’administration. En juillet, on se raccorda au réseau électrique de la Société Nantaise productrice d’électricité. Le courant triphasé arriva avec lignes et transformateurs. La machine motrice de 35 HP fut abandonnée mais néanmoins conservée comme moyen de secours. Les arrêts étaient fréquents si l’on en croit le cahier des doléances où l’on peut lire les nombreuses protestations des Ateliers : l’exemple de l’année 1919 est éloquent :

  • 13 janvier : 1h50 d’arrêt
  • 12 février : 2h00 d’arrêt
  • 13 février : 21h20
  • 15 avril : 2h50
  • 7 juillet : 2h00
  • 15 juillet : 10h00
  • 16 décembre : 1h30
  • 26 décembre : 20h45.

L’année 1918 vit la fin de la guerre : l’ouest de la France avait été épargné au niveau des destructions mais le tribut payé en nombre de morts était considérable. Néanmoins, l’Entreprise s’était développée : le parc des engins de dragage et de bateaux auxiliaires s’était étoffé ; les Ateliers avaient la charge de leur entretien et de pourvoir à l’intendance.

9 - 1919 : L’après-guerre

Mr Judic, entrepreneur de Charpente et Menuiserie au Pellerin, démonta un bâtiment en bois, couvert en ardoises, situé à la Martinière et le remonta aux Coteaux ; surface : 22,12m X 7,50m. Coût de l’opération : 5000 francs.

  • 1920, c’est la construction de l’atelier de réparations automobiles. L’abri des chaudronniers, situé dans la cour et qui figure sur la carte postale de l’époque (Arthaud n° 1120) fut reconstruit et amélioré. Le chef d’atelier M. Vallage et le sous-chef M. Gourdon (père de Melle Gourdon qui fut secrétaire de Mairie au Pellerin) étaient logés par l’Etat moyennant un loyer fixe par l’Ingénieur Lefort vers 1909 ;ces loyers étaient retenus sur les salaires soit 2,5 francs/mois pour le premier et 16,66 francs/mois pour le second. Ils habitaient donc le bâtiment en aval des ateliers qui comprenait 4 pièces au rez-de-chaussée et 4 pièces à l’étage. 1921, à la fin de l’année, M. Grivaut remplace M. Letinier.
  • Le Subdivisionnaire ne trouvant pas de logement au Pellerin, l’administration fit démonter une maison éclusière disponible au Carnet pour lui servir d’habitation. Cette maison fut remontée et restaurée en 1922 et son loyer fixé à 450 francs à partir du 1er janvier 1924 : ce cottage existe toujours.
  • 1924, après leur révision, les loyers devaient être versés à la caisse du Receveur des Domaines. Le 1er juillet, la Société de l’Air Liquide s’engage à fournir aux Ateliers et Magasins des Coteaux (ponts & Chaussées Maritimes 2ème section) du gaz liquide en bouteilles qui appartiendront à l’Administration et seront livrées de St Nazaire au Pellerin au ponton des Messageries de l’Ouest.
  • 1925, les structures bien en place, la raison sociale bien établie, l’encadrement solide et la main d’œuvre compétente, les Ateliers des Coteaux pouvaient aller de l’avant ; le travail ne manquait pas et l’avenir était assuré. A cette date, le salaire du Subdivisionnaire est de 12 400 francs/an, celui du chef d’atelier de 14 400 francs/an et celui du sous-chef de 9 000 francs/an.
  • 1926, un accident mortel survient dans des conditions restées inexpliquées : une somme de 526 francs est allouée à la veuve Bloyet.
    On note, cette même année, une dépense de 877,40 francs pour réparations de chalands en ciment armé dont la construction datait de 1917 et 1918.
  • 1927, de nouveaux sanitaires sont construits à l’ouest de l’atelier ; le bâtiment permettra ultérieurement l’installation d’une cabine destinée à la mise en place d’un générateur d’acétylène. On démolit l’ancien atelier d’outillage et à son emplacement on construit un bâtiment à toiture en sheds. Le marégraphe du Pellerin est installé sous l’estacade principale (provisoirement !). Mouvements du personnel : 5 entrées, 3 chaudronniers retour du service militaire et embauche de 2 apprentis. Par ailleurs on note 4 départs.
  • 1928, les demandes de modernisation de l’outillage vont se succéder ; parmi ces commandes citons :
    • 1 tour à charioter ;
    • 1 tour revolver ;
    • 2 tours parallèles de 180 HP ;
    • 1 fraiseuse verticale ;
    • 1 électro-perceuse.
    • De l’outillage pneumatique :
      • 8 marteaux à river et 4 a buriner ;
      • 3 perceuses droites et 1 d’angle.
    • Achat d’un pont roulant Demag sur rails avec commande de translation électrique pour 5 tonnes de puissance, hauteur de levage : 8m.
      Cette demande d’outillage était motivée par l’arrivée prochaine d’une drague à godets, d’un refouleur de 1000 CV et de 9 chalands commandés au titre des dommages de guerre et construits par l’Allemagne ; la commande venait d’être homologuée par la Commissions des Réparations et Dommages de guerre.
      La drague en question, baptisée "drague n° 8" n’arriva pas à destination : elle sombra en cours de remorquage près des côtes françaises. Les allemands durent en construire une deuxième du même modèle qui arriva a bon port et reçut le n° 9. Mais la drague n° 8 fut renflouée et, après nettoyage, rejoignit le port de Nantes. C’est ainsi que les Ponts & Chaussées eurent 2 dragues pour 1 commandée.
      La fourniture d’électricité se modernisa et avec la Société Nantaise d’Éclairage et de Force par l’électricité allaient s’amplifier et permettre l’augmentation de la puissance souscrite et donc de mieux s’équiper.
      Le 30 novembre 1928, un rapport de l’Ingénieur Ordinaire signale que depuis 1895, les bâtiments et le matériel de l’Atelier n’ont cessé de se développer en même temps que le matériel de dragage de l’Administration (suite à la fermeture du canal). La nef centrale de l’atelier avait été récemment reconstruite et équipée d’un pont roulant à main, couvrant une surface de 320 m².La disposition des machines sous ce pont a été remaniée pour ne laisser que les machines lourdes et y ménager un espace pour le montage. Le pont roulant se trouve constamment employé et il serait du plus grand intérêt de l’électrifier et, à cet effet, d’acheter un treuil électrique de levage et des moteurs indépendants pour sa translation.
  • 1929, 1e 29 février, approbation l’achat du matériel. Mr Vallage, chef d’Atelier étant décédé, il est remplacé par Mr Monnier. Celui-ci est le beau-père de M. François Doucet dont la maison, style basque, se dresse face à la Loire, place René Coty, près de l’ancienne cale du ferry-boat (aujourd’hui disparue). M. Félix Grassineau va remplacer M. Gourdon en janvier 1929.
  • Les années trente seront une période d’agrandissement et de restructuration des bâtiments et des aires de stockage afin de rendre les résultats plus performants
  • 1932 - Les Ponts & Chaussées Maritimes ont la structure suivante :
    • Ingénieur-en-Chef : M. Notté ;
    • Directeur des voies navigables : M. Wattier ;
    • Ingénieur Ordinaire : M. Robinson ;
    • Subdivisionnaire pour les Coteaux : M. Schneider.

Il faut adapter les moyens aux besoins : c’est le sens du rapport de l’Ingénieur Robinson daté du 23 juin qui souligne l’insuffisance des installations désuètes et vétustes.
Suit une lettre au Ministère de Tutelle : « Le projet serait à réaliser immédiatement. Les nouveaux engins de dragage (1932 est l’année de mise en service des dragues à godets 8 et 9, du refouleur 3 et des suceuses René Le Besnerais et Ingénieur De Kerviller) ont été mis en service depuis près d’une année ; l’activité de l’atelier et des magasins va donc s’accroître rapidement et il importe de faire disparaître tous les obstacles entravant cette activité ». D’autre part, grâce au programme d’outillage national, l’Administration dispose cette année de crédits importants. « Pour ces motifs, il y aurait lieu d’entreprendre immédiatement les travaux pour les terminer à la fin de la présente année, ce qui exigera de la part de nos services un effort considérable mais aussi des décisions immédiates ».
Le 6 mai 1932, on envisage aussi la construction d’une estacade en bois et un poste de refoulement à terre pour la suceuse "René Le Besnerais" qui vient de sortir des Chantiers. Le poste se situera au lieu-dit "les Masses", rive gauche, et alimentera un grand dépôt de sable. Pendant longtemps, cette suceuse, chargée de l’entretien du chenal, fera partie intégrante du paysage maritime pellerinais, mouillant ses ancres, pendant le week-end, face aux Coteaux, en bordure du chenal cote nord.
Cette année 1932 verra, le 31 juillet, le départ de M. Pierre Monnier qui sera remplacé, dans ses fonctions de Chef d’Atelier par M. Paul Sezestre. Ce dernier dut attendre deux mois à l’hôtel avant de récupérer son logement de fonction. De petite taille et portant chapeau ; il entamait une longue carrière de rigueur et d’exigence professionnelle. Certains s’en souviennent encore ! [Travaux projetés - Rapport juin 1932]

10 - Fin des années Trente

En 1933, les Domaines mettent en vente les matériels périmés, les hangars en bois qui furent acquis par des pellerinais et que l’on peut voir encore (pour certains).

A titre d’exemple :

  • M. Boussenot, carrier, achète un hangar en bois pour 600 francs et un camion Peugeot pour 600 francs.
  • M. Chauvelon Mathurin achète une cabane en bois de 9 m X 5 m.
  • M. Chauvelon Elie achète le bâtiment en bois de la scierie et celui de la charpente.
  • M. Bardy Eugène achète deux bâtiments en bois 6X5m et 18X6m ainsi qu’un séchoir de 20X3m.
  • M. Jéhanno Gustave, le Bois-Tillac, achète un bâtiment en bois de 17 m X 8 m.
  • M. Dousset Donatien achète deux bâtiments accouplés à usage de magasin.

Au 6 octobre, on trouve une liste de 38 ouvriers ayant acquis de vieux matériels par l’intermédiaire de l’Administration des Domaines.

L’installation du Service d’eaux était assez artisanale et comportait 10 réservoirs reliés ensemble et situés dans la partie haute du domaine et d’une capacité totale de 108 m3. La pompe qui fournissait l’eau de la Loire, d’un rendement de 700 l/h datait de 1881 et provenait du matériel Bord ! Le réseau du Pellerin était en place et, répondant à une lettre du Maire de la commune, M. Schneider établissait un rapport de consommation annuel dans l’éventualité d’un raccordement au réseau communal :

  • consommation actuelle : 47.500 m3 ;
  • prévision à moyen terme : 66.500 m3.

Les propositions de Vincent Frères s’établissent comme suit :

  • minimum semestriel : 8000 m3 - 1,50 f/m3 ;
  • 8000 à 20000 m3 - 1,35 f/m3 ;
  • 20000 à 30000 m3 - 1,25 f/m3 ;
  • 30000 à 35000 m3 - 1,20 f/m3.

M. Cezestre fait rentrer un tour en l’air de hauteur de pointe 1 m, entre-pointes 2,800 m, pour un prix de 58 500 francs. Il servira au tournage des cônes des hélices et aux pièces encombrantes.

1936, avec l’outillage pneumatique, les besoins en air comprimé s’accroissent et un nouveau compresseur Fives-lille de grand rendement est commandé. Bi-étagé, à piston différentiel, d’un débit de 8 m3 à la pression de 7,500 kilos, il dispose d’un moteur asynchrone de 68 CV et d’une vitesse en charge de 1450 T/mn. Il alimentera un grand réservoir sur place et deux réservoirs relais, dans le parc, permettront l’alimentation des estacades et du parc.

Et n’oublions pas la sirène d’embauche et de débauche rythmant les heures pour le personnel et aussi les pellerinais : la triple trompe à air comprimé s’entendait de très loin : un coup long, vingt minutes avant l’embauche et deux coups brefs, trois minutes avant !

11 - La seconde guerre mondiale

La guerre 39-45 va bouleverser l’économie de nombreux pays et les Entreprises, du fait de la mobilisation générale, vont devoir improviser pour continuer à vivre et à faire vivre les familles.

Pendant l’Occupation, les usines "stratégiques " vont devoir travailler pour l’Allemagne ; c’est l’ordre transmis par le bulletin n° 419 de la Hafenkommandantur de Nantes, daté du 5 octobre 1940 et adressé aux Ponts & Chaussées : « Par ordre de l’Amiral Commandant en France, tous les travaux dans les Ateliers Maritimes et dans les Ports de Nantes à St Nazaire, doivent être exécutés exclusivement pour la Marine de guerre Allemande. Ainsi les réquisitions de bois, fer, ceintures de sauvetage, etc... ne peuvent se faire sans autorisation de la Hafenkommandantur de Nantes. Vos ateliers, principalement l’Atelier du Pellerin, sont à la seule disposition de la Marine de guerre Allemande. En cas d’une commande venant d’autre part que de la Hafenkommandantur, vous devez renvoyer le porteur de la commande à la Hafenkommandantur de Nantes. Vous êtes responsable vis-à-vis de moi des dragues, dragueurs et remorqueurs restant constamment en état d’assurer la navigation de Nantes à St Nazaire. En conséquence, le personnel de vos ateliers doit être occupé à l’entretien de tout votre matériel s’il n’y a pas de travaux en cours pour la Marine de guerre Allemande ».Signé : illisible.

En 1940, l’effectif de l’Atelier des Coteaux est de 115 personnes (10 sont mobilisées). On trouve 1 Chef d’Atelier et 1 sous-chef,3 contremaîtres, 26 ajusteurs,19 chaudronniers, etc...

12 - La débâcle, l’occupation

Le déclenchement de l’offensive allemande sur le front de l’est a lieu le 10 mai 1940.

Le front est crevé en deux endroits ; les blindés ennemis s’engouffrent dans les brèches. Nos revers dans la Marne et dans le Nord, le repli anglais dans les Flandres, la capitulation de l’armée belge le 28 mai, ne laissent plus aucun espoir. La bataille de la Somme commence le 5 juin 1940 ; elle est perdue le 10 juin. C’est la débâcle : les populations civiles fuient les zones de combat pour rejoindre d’autres régions plus sûres, croyaient-elles ! C’est ainsi que la commune du Pellerin accueillera au cours des mois de mai et juin de nombreuses familles venues des départements du Nord et de l’Est.

Pendant ce temps, un certain nombre d’engins des Ponts & Chaussées Maritimes quittent précipitamment Boulogne avant l’arrivée des allemands, avec leurs équipages et leurs familles, pour rejoindre les ports de l’Atlantique. Nous verrons débarquer aux Côteaux courant juin 1940 :

  • les dragues Pas-de-Calais II et Basure de Bas,
  • les porteurs Courgain et Risban,
  • l’abeille Boulogne IV,
  • les remorqueurs Gapeau et Alrance.

Mais l’avance allemande est fulgurante et dès le mois d’octobre, ces matériels passeront sous le contrôle de la Marine de guerre allemande. Un officier allemand, Pestrupp, s’installe dans le bureau du Chef d’Atelier ; il logeait dans l’actuelle maison de M. et Mme Pilard au n° 7 du quai des Coteaux.

L’intégration des réfugiés dans la vie pellerinaise se fait sans difficultés : ils sont bien accueillis et participent à la vie associative, sportive et culturelle (sports patronage, kermesses) et nous citerons les familles Avron, Delpierre, Fantome, Fauquet, Flour, Germe, Gosselin, Pescini, Poison, Turbaud, Wadoux pour ce qui concerne le domaine Maritime (M. Flour avait, à Boulogne, un poste équivalent à Chef d’Atelier aux Coteaux).

Mais, heureusement, la guerre n’empêche pas les sentiments... Des idylles vont naître et des mariages vont se conclure entre jeunes gens et jeunes filles qui scelleront des liens d’amitié entre des régions très éloignées à cette époque. Les familles Poison, Avron, Delpierre, Pescini, Turbaud montrèrent le bon exemple.

Le ravitaillement était difficile et les restrictions draconiennes : les véhicules, camions, cars étaient équipés de gazogènes, longs cylindres à foyer qui permettaient de disposer d’un gaz pauvre qui actionnait les pistons. Les phares étaient masqués pour des raisons de défense passive.

Les coupures de courant étaient fréquentes et le charbon de mauvaise qualité. On pouvait voir les hautes cheminées des bateaux à vapeur, peintes en noir, sauf le logo P & C blanc , cracher des nuages de fumée noire ; les escarbilles, incomplètement brûlées faisaient l’affaire de bien des cuisinières.

L’Atelier des Côteaux, réquisitionné par les allemands (voir chapitre 10), ne fut mis à contribution pour la réparation des unités ennemies que le 29 mars 1941, décision appliquée à partir de mai. On a pu voir sur le chantier les bâtiments de servitude Will, Kraft et Berger : ils relevèrent le St Philibert lors de son naufrage en 1931.Ils furent coulés, en 1944, face à la digue à Rocques en aval des Coteaux.

1944 restera pour les pellerinais une année sombre : mitraillage des ateliers (voir plus loin), barrage de La Télindière (voir brochure consacrée à ce sujet), tout le matériel flottant était coulé. Seule la " René Le Besnerais", en cale sèche à Paimboeuf, échappe au désastre. Les allemands partis, l’activité principale va consister à préparer le matériel nécessaire au relevage des engins.

M. Le Bihan remplace M. Gendre comme Chef de Service ; il sera l’homme du renouveau. La photo ci-après a été prise lors de la remise de la médaille du Travail au contremaître Eugène Gaignon, sans doute en 1946/1947. Il était très âgé mais, avant le 2 août 1949, les ouvriers travaillaient jusqu’à l’extrême limite de leurs possibilités : la retraite n’existait pas et les allocations allouées permettaient tout juste de vivre. La loi de 1928, régissant les ouvriers d’Etat, ne fut modifiée qu’en 1949 afin d’y inclure les ouvriers des Parcs et Ateliers ; on l’appela O.P.A.

Il est important ici de parler de l’apprentissage. Dès le début du siècle, l’Entreprise a formé des apprentis. En 1909,l’état des effectifs signale 5 apprentis. Il s’agissait plutôt de "mousses", embauchés dès l’âge de 12 ans, souvent fustigés par le compagnon auquel ils ont été confiés, ils apprennent leur métier sans bénéficier de la moindre complaisance ; la rudesse des rapports est garante de l’obtention d’hommes forts !

Avec le progrès et le besoin de qualification, le système va évoluer et les apprentis vont devenir de véritables maîtres dans leur métier : en témoigne la superbe panoplie des essais de chaudronnerie exécutés par eux dans les années d’avant-guerre. Après la guerre, les apprentis bénéficieront de cours théoriques dispensés par l’Arsenal d’Indret, ce qui apportera un plus nécessaire pour suivre l’évolution des techniques et des matériels.

1950, la reprise économique s’affirme ; la Loire est débarrassée des épaves, les engins de dragage sent relevés et réparés, un programme de construction de matériel moderne est en route : refouleurs stationnaires et a cutters, remorqueurs etc. De plus, le plan Marshall fournit à chaque port de France un complément de matériel. C’est ainsi que 14 porteurs de vase sont alloués aux ports français et Nantes recevra l’Erie et le Niagara, navires modernes à moteurs.

Un dock DFT 6 de 1500 tonnes, d’origine allemande, est affecté aux Ateliers des Coteaux ; il va s’ancrer entre parc et estacade facilitant carénage et réparations. La dotation de ce superbe outil s’avérait indispensable et suppléera à la cale sèche de Paimboeuf trop éloignée ; il permettra la mise à sec, pour entretien et réparations, de la quasi-totalité de l’importante flottille de service.

En 1950 et pendant les années suivantes, l’activité des Côteaux en fait un véritable port : 2 remorqueurs de corvée tournaient en permanence : le R8 et le Templar. Leur rôle consistait à assurer les manœuvres des engins groupés aux Côteaux et à la Martinière, d’une part et d’autre part de distribuer les approvisionnements sur les chantiers de dragages. De plus, une vedette des P & C était affectée au personnel. D’où la présence d’un nombre important de marins ; un chef d’armement avait son bureau dans les bâtiments du parc. M. Elie Foucher, ancien patron de dragues, fit carrière à ce poste : il avait un célèbre surnom mais sa compétence était sans faille. Il fut remplacé par M. Goubin, ancien dragueur.

Plus tard, on construisit un cantonnement réservé aux marins, bâtiment préfabriqué démonté à St Nazaire et remonté sur le parc ; il y avait des cuisines et des postes de couchage ce qui apportait un certain confort aux équipages en transit.

L’histoire des chalands en béton armé

Il existait a cette époque douze chalands en ciment que l’on appelait "allèges" ; d’un port en lourd de 350 tonnes, ils mesuraient 41,40 m X6,20 m. Ils avaient été construits à la fin de la grande guerre, vers 1917-1918 et étaient utilisés pour délester les cargos remontant la Loire : ces cargos, chargés de blé, relâchaient à St Nazaire pour être ensuite drivés sur le port de Nantes. Ils étaient lourds et peu maniables et furent rapidement abandonnés ; ils servirent de dépôts le long des quais du Pellerin.

Dans le canal de la Martinière on peut voir les deux derniers exemplaires de ces chalands.

Le mitraillage des Côteaux

Le 25 août 1944, vers 18h45, l’Atelier a été mitraillé par 8 avions alliés, sans doute britanniques, volant à basse altitude ; les balles incendiaires ont mis le feu et, dans un premier temps, le gardien et un gendarme qui se trouvait là par hasard, ont réussi à éteindre un premier foyer qui s’était déclaré dans des chiffons stockés au 1er étage coté Est. Mais un second foyer se déclara dans les archives et la literie entreposées dans la partie Nord-Ouest du même étage. Les deux hommes ne purent rien faire. Les pompiers, alertés, accoururent avec beaucoup de pellerinais ; les flammes gagnaient la charpente, vers 19h10, lorsque la pompe à incendie entra en action.

Pourquoi cette attaque ? L’Ingénieur en Chef Gibert indique dans un rapport date du 1er septembre : « il est surprenant que ce magasin d’apparence modeste ait attiré spécialement l’attention des aviateurs alliés, alors qu’il existe d’autres installations industrielles à proximité et dans la région bien plus importantes. On peut donc penser qu’un renseignement, évidemment erroné, avait été donné à son sujet à l’état-major et si cette supposition est exacte, il serait intéressant de faire une enquête pour déterminer la source de ce renseignement ». A notre connaissance cette enquête n’a pas abouti et la question reste toujours posée !

13 - Les années 1950 à 1970

En 1960, 1’effectif est de 126 personnes.On remarque, sur les cinq dernières années, la stabilité des effectifs :109 en 1955 et 110 en 1960. Les salaires payés en 1958 se montaient à 85 542 920 francs (légers) ; en 1960, seul le quart du personnel avait le statut d’ouvrier d’État soit 25 permanents pour 74 auxiliaires.

Le renouvellement du matériel est un souci constant pour assurer la performance de l’Entreprise. En 1960, on recense, au cours de l’année, 32 montées en charge du dock et 2 montées à vide ; les pompes du dock absorbaient à elles seules 200 ampères d’où l’importance de la refonte de la distribution d’énergie.

1962, la vieille estacade en bois est atteinte par la limite d’âge ; elle est démolie et remplacée par une estacade en béton plus fonctionnelle. C’est l’Entreprise E.T.P.O. qui emporta le marché pour la somme de 120 000 F (appel d’offres du 5 mars 1962). Un tour à charioter et à fileter est acquis.

1965, il faut moderniser l’ensemble de la production d’air comprimé. On achète des compresseurs rotatifs modernes moins bruyants et plus fiables.

1966, le 1er avril, naît le Port-autonome de la fusion des 8 ports de Nantes avec ses annexes de Basse-Indre, Couëron et Paimboeuf, de Donges et de St Nazaire. Cette autonomie fait de lui un établissement public autonome, doté de la personnalité civile et de l’autonomie financière.

14 - Conclusion, le présent, l’avenir

Port Atlantique Nantes St-Nazaire.

Principal port de la façade atlantique, son avenir semble bien assuré grâce à de gros atouts

  • un fort trafic énergétique (Donges)
  • une position centrale sur l’arc atlantique européen
  • un arrière-pays considéré région agricole d’Europe.

Tout ceci a permis au Port Autonome, 25 millions de tonnes de trafic, une belle quatrième place en France dont deux places de premier pour le bois (355 000 tonnes) et les aliments pour bétail (1 895 000 tonnes). Son avenir est celui d’un grand port européen. L’Atelier des Côteaux, chargé de l’entretien et de la réparation des navires et de la maintenance des outillages, reste une pièce maîtresse du dispositif portuaire ; sa position géographique, une main-d’œuvre qualifiée, une modernisation toujours suivie avec l’apparition de la comptabilité analytique et de la gestion assistée par ordinateur lui ont permis d’améliorer sa compétitivité.

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