A travers le pays de Saint-Philbert-de-Grandlieu

lundi 12 juillet 2010, par Edmond Héry +



La Noë

En suivant la route de Machecoul au sortir du bourg de St- Philbert, à mi-chemin entre celui-ci et le village du Piedpain, se trouve à notre gauche le domaine de la Noë. Là, en effet, à 1 km 800 à l’ouest-sud- ouest du bourg s’élève, entourée d’arbres, une gentille maison bourgeoise du XVIII° siècle que d’aucuns qualifieront de château. C est là le lieu de La Noë, aussi appelé autrefois La Noë-Pourceau. D’origine très ancienne, elle était maison noble en la paroisse de St-Philbert de Grandlieu et dépendait de la seigneurie du Chaffault.

Pourquoi ce nom de « Noë » ? Parce que ce mot désigne un lieu bas et humide. En effet, dans la basse latinité, le terme « noa, noha et noda », d’après le dictionnaire de Trévoux, s’applique à une terre un peu humide et grasse servant de pré ou de pâture. Aussi nomme-t-on « noue » ou « noë » ces petites dépressions de terrains rencontrées à chaque pas en Loire-Atlantique. Et, en ce qui concerne notre Noë, (alias la Noue), elle semble bien se faire à cette définition. Quant à la seconde partie de son nom (La Noë-Pourceau) elle le devait à la famille Le Porc qui la possédait au XlV° siècle.

A cette époque, le mardi avant la St-Mathieu 1377, Sévestre Le Porc qui la possédait, en rendit aveu à son suzerain le seigneur du Chaffault. De même, le 25 juin 1409, Jeanne Le Vayer, sa veuve, tutrice de Jehan Le Porc, leur fils, rendit foi et hommage de l’hébergement de La Noë-Pourceau, mouvant de la seigneurie du Chaffault, à Durable Gestin, tutrice de Sévestre du Chaffault, son fils.

Par la suite, les Le Porc durent s’allier aux Gouy, car on en trouve propriétaire, André Gouy, écuyer, fils de Jean Gouy (1424-1451) ; Sévestre Gouy (1455) ; Robert Gouy (1476) ; Gilles Gouy, chevalier, seigneur aussi du Branday et de Launay (1530-1535).

Cette terre passa ensuite par alliance dans les familles Laurent, du Pouëz, et du Bec, puis à la famille de Sévigné. Ces derniers vendirent et dépecèrent le domaine en 1593. A cette date, le 14 octobre, devant Boucaud et Charier, notaires royaux à Nantes, noble et puissant Joachim de Sévigné, seigneur d’Olivet, de La Baudière et des Rochers et Marie de Sévigné, sa femme, vendirent la maison noble, terres et appartenances de La Noë-Pourceau à honorables personnes Jean Pillays, sieur du Genestay, Guillaume Brochard, sieur de La Souchais, Etienne Viau, sieur de La Maillère et autres.

Aussi trouve-t-on plus tard comme seigneurs de La NoëPourceau, honorable homme Michel Pillays (1630-1640) ; Jean Pillays (1643) ; noble homme Jacques Le Court (16751698).

Le 8 mai 1734, elle est la propriété de Jacques de Hody, capitaine lieutenant d’une compagnie de milice bourgeoise de Nantes qui, à sa mort survenue le 2 avril 1748, âgé de 55 ans, sera inhumé à St-Philbert dans la chapelle du Rosaire. Il était marié à Michelle Desbois, dont la fille âgée de deux ans et demi le suivit dans la tombe quelques temps après, le 3 septembre.

Le 7 novembre 1752, par le mariage de demoiselle Marie-Anne Dehody, sa fille avec feue demoiselle Anne Angélique Grilleau, avec noble homme Cyr Le Roy, sieur de Lottrie, la propriété de La Noë passa dans cette famille. Un mois plus tard, cette même année, mourut à La Noë, noble garçon Pierre Dehody, 30 ans, qui fut aussi enterré devant l’autel du Rosaire, sépulture de ses ancêtres. Quant à Michelle Desbois, veuve de Jacques Dehody, elle mourut le 23 août 1785, âgée de 71 ans et son corps fut inhumé le lendemain.

Et vint la Révolution de 1789. La famille Le Roy de Lottrie possède toujours La Noë. Elle dut néanmoins fournir un lourd tribut aux menées du nouveau régime. Une dame Pierre Forget, née Rose Dehody, dut se réfugier chez un nommé Demoté en la paroisse de St-Lumine de Coutais ; elle y fut prise par les Bleus entre les 6 et 10 mars 1794 et tuée dans la pièce des 80 sillons près le village de La Bromière. Elle avait 60 ans. La même année, le 20 septembre, la citoyenne Angélique Claire Joseph Leroy, demeurant à La Noë alla mourir à Belleville en Vendée et fut enterrée dans le cimetière dudit lieu ; elle était fille de Cyr Michel Leroy et Marie Anne Dehody. A La Noë même, un habitant du lieu, Pierre Patron, fut tué sur le lieu même par les troupes républicaines dans le courant de germinal an 1 et son corps a été mis en terre dans le jardin du manoir.

Après la tourmente, la propriété resta dans la famille Le Roy. En 1844, elle appartient à Onésime Le Roy, 55 rue St-Clément à Nantes et encore en 1878. Cette famille était apparentée aux Bernéde et Papin.

Le village comprend alors deux maisons. Le manoir et une métairie avec bâtiments agricoles. En dépendaient les terres ci-apres : pièce et vignes des Garangeoires, pré et pièce de St-Rémy, le pré Calorgne, Le Brulôt, Les Fosses, pièces de La Boivelière, fief et pièce des Ormeaux, pré de La Paquellerie, La Vénerie, La Garenne, Le Petit Fief, Bel Air, les pièces des Boeufs, la prée et le bois de La Noë, La Plante, Les Petits Prés, La Praire, L’Ogerie.

Cette propriété était à vendre chez Me Panhéleux, notaire à St- Philbert en mars 1888. Elle est ainsi décrite comme comprenant maison de maître, nombreuses dépendances, réserve, bois futaie, bâtiments de ferme, deux logements de bordiers, propriété très bien boisée de 57 ha. L’adjudication eut lieu le 13 avril 1889 en l’étude de Me Poisson à Nantes avec mise à prix de 90 000 F.

Elle sera la propriété des Lepage Du Boischevalier (1891), puis actuellement de la famille De La Monneraye.

La Piletière

La propriété de La Piletière (qu’on trouve aussi à travers le temps écrite Pillatière, Pilletière, Piltière) est située non loin de là, à 1,700 km à l’ouest du bourg de Saint-Philbert sur le chemin qui mène de cette ville à St-Lumine de Coutais. La maison sise à notre droite avant de descendre au village de La Compointrie, est un logis classique du XVIll° siècle, entouré de murailles et fermé de grilles.

Le domaine relevait directement du roi bien que dépendance roturière de La Moricière, seigneurie voisine à laquelle il devait des rentes au XVIl° siècle.

En effet, en 1610, il appartenait à Judith de Lespinay. De 1613 à 1627, le possède honnorable homme Julien Pichon, sieur de La Pillatière qui le 18 mai 1618 en présente aveu en un acte passé le 5 avril précédent devant Pinefort et Jahaneau, notaires royaux à Nantes. Un peu plus tard, en 1652, c’est Mathurin Hervouet, sieur de la Garoterie qui en est le propriétaire, car le ler juin, il rend hommage au roi pour cette terre « qui lui est advenue par déceix d’honnorable femme Anne Angibaud sa mère depuis les trois ans environ ». Le 22 mars 1661, le même Mathurin Hervouet, sieur de La Piltière, demeurant en sa maison du Pasti Mazureau en la paroisse de Saint-Mars, par acte passé pardevant Coudret et de Lesbaupin, notaires royaux à Nantes, le 18 janvier de la même année rend cet aveu au roi

« Ledit lieu et mestairie noble de La Piltière ce consistant tant en maisons, granges, teteries, rues, issues, jardins, bois de futaies, vignes, pastoraux, préez et terres labourables et non labourables... sises et situées en la paroisse de SaintPhilbert de Grandlieu se joignant aux terres du lieu noble de La Noë-Pourceau, des villages de Logerie et Compointrie et du lieu noble de La Moricière ».

En janvier 1711, Julien Antoine Hervouët, sieur de La Piltière, conseiller du Roi, correcteur à la Chambre des Comptes de Bretagne dit que par jugement du Présidial de Nantes du 27 novembre 1710 entre lui et messire Louis Charete, sieur de La Joue et dame Marie Hervouët son épouse, le partage des biens de ses père et mère a été jugé. Il ordonne d’aller en sa maison de La Piltière à Saint-Philbert pour rapporter avec les experts ledit partage. On procède alors du 27 au 30 janvier 1711 au prisage de la maison et dépendances.

Les logements de la maison noble de La Piltière sont composés « d’un pavillon basty sur mur couvert d’ardoises consistant en une salle basse, une chambre et un grenier au-dessus dans lesquelles on monte par un degré de bois qui est dans une tourette du costé du jardin ; à costé de laditte tourette sont les lieux communs ; au bout dudit pavillon vers septentrion est un autre corps de logis composé d’un parembas servant de cuisine, une cheminée, une chambre avec cheminée au-dessus sans grenier. A costé de laditte cuisine vers occident, un petit office, et au bout de la mesme cuisine un grand cellier à deux égouts à costé duquel vers occident est un autre cellier en appentif et une chaufferie au bout, une longueur de bâtiment formant une aille de la cour en septentrion servant de logement aux pressoirs avec les deux pressoirs à faire du vin qui y sont, composé de met, madriers, cuve de lanche et autour ustancille et un couteau à couper les seps ; ensuite est un grand cellier sans plancher, y ayant seulement ses souliveaux.
Passant de l’autre-costé de la cour proche le portal est le logement de l’escurie avec sa fannière au-dessus avec un astellier ou appentif sur pilliers de bois et une petite chambre servant de logement aux vallets avec un puy proche laditte petite chambre. La cour au-devant d’eulx et les susdits logements dans laquelle l’on entre par un grand portail fait en massonnerie et par eux de tuffeau et une petite porte à costé. Tous lesdits logements couverts de tuilles... Le fond et en placement de tous lesdits logements cour et basse-cour au devant fermé de murailles et le jardin au derrière de la principale maison fermé de murailles contenant 62 cordes, bordé d’un costé le chemin qui conduit de Saint-Philbert à Saint-Lumine de Coustays et des autres par les terres et issues de la maison.
Les logements de la méttairie dudit lieu de La Pilletière, composé d’un corps de logis basty sur mur couvert à tuilles consistant en un parembas servant de chaufateur avecq cheminée séparé en trois par des collombages et terrasse, deux autres petites chambres en appentif du côté de septentrion, les taitteries à bœufs et à vaches au joignant la basse-cour et un four dans un petit logement entre lesdittes taîtteries avec deux costés de laditte grange tous lesdits logements bastys sur mur et couverts à tuille ».

Les terres et dépendances y adjoignant sont alors citées le petit jardin de la métairie au derrière du mettaye et le grand jardin, la prée de la maison de La Piletière, un canton de vigne nommé Le Pinier, une pièce de terre en ajoncs appelée pièce du Pinier et tènement de Lorgerie, la pièce du Bois en pastureau et pré avec les grande et petite pièce du Bois, une pièce en éjeons appelée la pièce des pastureaux du Bois, le clos du Fonteny en vigne blanche, le clos de vigne du Petit Frêche, pièce des Egeons et Laurage, pièce des Trois Cormiers, pièce des Escaubus en labour, un clos de vigne blanche appelé le fief Mataud, le patureau de l’Ouche Courois ; le clos de vigne du domaine de La Piletière avec le petit Bihouard, sujet au droit de quin dû à la chapellenie de La Magdeleine, les pièces du Viage et du Pesty et le pré de La Gouneraine. La superficie totale en est alors estimée à cinquante journaux.

Cette montrée fut faite « par Mathurin Giraud, métayer dudit lieu comme terres nobles relevant du roy à foy hommage et rachapt et néanmoins sujet aux fouages fois ce qui est sous le tènement de Logerie au fief du Piépain qui est roturier et sujet à rentes en eu égard au droit de banc dépendant de laditte maison dans l’église de Saint-Philbert et qu’il est sûr sur le tout de ladite maison et dépendances à l’abbaye de Villeneuve sur un septier de froment et un septier et demi d’avoine le tout mesure de Saint-Philbert de rente noble et foncière, et une rente foncière de 27 livres dû sur ladite maison et dépendances à la fabrique dudit Saint-Philbert ».

Jusqu’au 26 mai 1741, cette propriété appartint encore aux Hervouët. En 1746, elle sera rachetée par la famille De Monti qui la conservera jusqu’à la Révolution où Claude de Monti en est encore propriétaire.

En 1777, le 3 mars était née au château de La Piltière, Claude Jeanne, fille de messire Marie Claude de Monti de La Piltière et de dame Julie Rosalie Louise Maillard du Bois St-Lys.

A l’époque révolutionnaire, en germinal an 11, un nommé Pierre Fouché, 66 ans, fut tué près de La Piltière, dans le chemin qui y conduit, et fut enterré à Saint-Philbert, tandis que quelques semaines après, sa veuve, Anne Béranger, 55 ans, était saisie dans une rafle, emmenée à la prison de L’Eperonnière à Nantes où elle mourut de misère au bout de trois semaines. En 1844, La Piltière est propriété de Louis Méry de Nantes et comprend deux maisons et quatre bâtiments. En dépendent alors les terres : pré et terre des Gouvrères, les gâts de La Piltière, pièce des Gâts, du Pinier, le bois des Ormeaux, pièce de la Rose, pièce et pré de l’Etang, pièces des Pilletières, de Saint-Philbert, le clos de vigne des Piltières, le pré Bivoir, soit au total environ 25 ha.

En 1856, le domaine appartient à Mme veuve Charles Lemercier de La Clémencière, née Rose Méry, puis à son fils Charles Norbert (1912) époux d’Adélaïde Jousset qui décèdera en 1933 ; ses enfants Adélaïde et Anne Marie l’auront en 1936, et leur fermier est alors Elie Chagneau.

Actuellement La Piltière est propriété de M. Sarrebourse, viticulteur qui l’exploite et en vend les produits.

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