1793 - Rétrospective de la première année de l’Insurrection

dimanche 2 mai 2010, par Edmond Héry +



L’Insurrection à ses débuts

Le dimanche 10 mars 1793 éclate la rébellion : rassemblements à Saint-Philbert de Grandlieu, Legé et alentours. En ces jours-là presque tout le Pays de Retz est debout de Saint-Viaud à Legé, de Bouguenais à Machecoul. Soulèvement de Beauvoir où le district de Challans envoie le commissaire Massé avec une troupe de gendarmes pour remettre l’ordre, mais celui-ci abandonnera la ville insurgée le 12. Les clochers de la plupart des paroisses sonnent le rassemblement, seules restent à l’écart les villes côtières, tournées vers le large et plus ouvertes aux idées nouvelles. A Saint-Philbert, on s’est donné pour chefs M. de Couëtus, capitaine de cavalerie en retraite à sa terre des Bretaudières, le docteur Dargent, les trois frères de la Robrie et Joseph de Flameng, fils de la très patriote dame du Port-Boissinot.

Prise de Machecoul par les rebelles

C’est de là que tout allait commencer. De ce lieu, la troupe des révoltés grossie des apports des communes voisines, de La Marne avec Buis, de Vieillevigne avec Béziau, décide d’attaquer le chef-lieu de district. Aussi s’avance-t-on sur Machecoul où, après avoir évincé la résistance du brave Simonis, lieutenant de gendarmerie de cette ville, la bande des paysans des alentours du lac s’empare de la cité le lundi 11 mars après une bataille en règle qui coûta la vie à plus de vingt patriotes. Y moururent en combattant les rebelles, un Guilbaud, beau-frère de Thomas Desbouchauds, commandant de la Garde Nationale, Charles Fouquet, tonnelier, garde national. Philippe Boissy, chirurgien dentiste et officier municipal, grièvement blessé, fut incarcéré et, quinze jours après, massacré avec quatre-vingt-treize compagnons. Parmi les défenseurs de la ville furent tués Louis César Maupassant, les Cailleteau, Baudry officier de santé, Antoine Amat, brigadier de gendarmerie au Port-Saint- Père, Pierre Fleury et René Caviezel, l’abbé Méchin recteur de Brains, les Gaschignard père et fils, Simon Ménard, juge au Tribunal, Salaün gendarme, Jean Alexandre Vesneau, gendarme au Port-Saint-Père, Julien Renou (ADLA L 349 et Arch. de Nantes H2 Défenseurs de la Patrie).

Les Vendéens maîtres de la ville, leurs chefs sont débordés, et c’est l’heure des règlements de comptes avec les bourgeois que les paysans exècrent. Aussi cette populace effrénée commet dans son excitation des horreurs auxquelles les chefs saisis d’une certaine autorité s’opposeront le plus possible.

C’est alors qu’apparaît René Souchu, ex-procureur de Port-Saint -Père. Organisateur intelligent et avisé, il veut tout gérer et commander. Le 12 mars, il va s’installer en maaître au bureau du district, d’où, après avoir créé un comité royal qu’il dirige, il tente de légiférer et de traiter avec l’administration du département. Parmi les membres de ce comité figure un Pierre Latour, natif de St-Domingue, qui, après la prise de Machecoul par les Républicains, sera traduit à Nantes, et après son acquittement, fera partie des trente-six Nantais envoyés à Paris. Souchu se veut tout puissant, désignant les chefs militaires pour mieux les tenir sous sa coupe et livrant aux prisons les suspects. Aussi, non sans raison, peut-on lui attribuer la plus grande responsabilité dans les massacres de Machecoul auxquels les Vendéens exaspérés se livrèrent à l’encontre de nombreux patriotes ou supposés tels.

Dès le 12 mars à l’autre bout du Pays de Retz, à Frossay, précisément, près de trois cents hommes se donnent un chef dans le juge de paix Lemercier qui réunira plus de quatre à cinq mille insurgés. Là aussi partout les brigands se cherchent des chefs, tels à Chauvé, le maire Clergeau, Normand, Leray le sacristain et Roquet un ancien militaire. Quant à Ripault de la Cathelinière, il établira son quartier général à Arthon où il concentre ses troupes. Les gars de Vue forcent Charles Danguy de la Blanchardais à les commander, à son corps défendant ; ceux de Saint-Viaud prennent comme capitaine de paroisse, Armand de Lépertière du Pé au Midy, qui, plus tard, après la dispersion des troupes de la Cathelinière, s’attachera à Charette. Là aussi, que va-t-on faire ? On décide de prendre cet autre chef-lieu de district qu’est Paimboeuf. On se met donc en route avec le canon pris au Pellerin le 15 mars par la petite troupe de Jean Lejeau, tonnelier, qui commandait les gars de Rouans, Cheix et Brains. Mais en vain. Des groupes venus de Frossay, Vue, Chauvé doivent tour à tour s’incliner devant Paimboeuf hostile, où, le 17 mars, beaucoup furent passés par les armes. Dès lors, la Cathelinière prend le commandement des rebelles et se cantonne dans la forêt de Princé.

Le soulèvement est partout : il gagne Bouguenais comme Saint- Mars de Coutais, Saint-Aignan, Saint-Même, Saint-Etienne-de-Mer-Morte, Paulx, Legé « qui après Machecoul est l’endroit où les brigands ont commis le plus de meurtres ». Dans cette dernière paroisse, les troubles continuent, on tire, le curé constitutionnel Bossis est tué avec vingtquatre patriotes. Le 13 mars, les Maraîchins révoltés, sous la conduite de Baumier, garde-chasse des Montaudouin à St-Urbain occupent Challans déserté par les autorités. Bouin s’est soulevé avec le chirurgien René Julien Hardouin.

Machecoul pris, les Vendéens veulent consolider leur conquête. On cherchera à établir des ouvertures vers la mer dans l’attente d’un éventuel et hypothétique secours des Anglais. Aussi marche-t-on sur Bourgneuf qui se livre sans résistance ; Les Moutiers sont envahis par les insurgés et la municipalité se retire sur Pornic et Paimboeuf.

Prise de Pornic par les Vendéens

Le 23 mars 1793, la troupe rebelle commandée par La Roche-Saint -André attaque Pornic et s’empare de la ville alors que la garnison lui échappe. On se donne du bon temps. Les Républicains reviennent et c’est la déroute totale de ces paysans surpris que les patriotes traiteront de « Brigands ». Là aussi on tuera, et le jeune des Flameng y trouvera la mort. La Roche-Saint-André devra s’enfuir à Bouin pour échapper à la colère des siens.

A Machecoul, Souchu fait tomber les têtes des patriotes de Saint-Hilaire, Bourgneuf, Sainte-Pazanne. Et cela durera jusqu’au 5 avril. Ceux- ci sont amenés attachés par les bras à une chaîne appelée « chapelet » et « conduits sur le bord d’une douve dans la cour du château ; après quelques coups de fusils qui ne blessaient qu’un petit nombre, les autres entraînés par leur chute étaient percés à coups de piques et souvent à demi-morts précipités dans la douve » (Lucas de La Championnière, p. 6. 11). Quel fut le nombre des massacrés ? Une adresse du corps administratif de la ville de Nantes à la Convention Nationale, dit : « Dans un seul lieu, à Machecoul, cinq cent cinquante patriotes, officiers municipaux, juges, administrateurs, ont été égorgés ». Le 3 avril, furent massacrés Louis Couteau, ferblantier et aubergiste, Michel Guépéroux, tailleur d’habits, Marchesse, curé de Bourgneuf. « Le même jour sur les cinq heures du soir fut fusillé par les brigands, Fidèle Musseau, tailleur d’habits, sergent de la Compagnie de la Garde Nationale de Bourgneuf amené de cette ville dix-huit jours auparavant attaché à une corde avec trente-six autres ». C’est ce qu’ont déclaré le 2 juin 1793 trois habitants de Bourgneuf, captifs à Machecoul avec lui. Furent encore massacrés à cette date Joseph Auguste Villeneuve, menuisier à Machecoul et garde national époux de Marie Longépé ; des paroissiens de Bois- de-Céné : François Naulleau, Honoré Taillé, Samson, René Guillot, Pierre Guimaron.

Les paysans de retour de Pornic abandonnent La Roche-Saint- André et se trouvent un autre chef. Dès le 14 mars, en effet, ils avaient envahi le logis de Fonteclose à La Garnache où résidait le chevalier Athanase de Charette de la Contrie et l’avaient forcé à se mettre à leur tête. Et c’est lui qui, le 27 mars, lavera l’échec de Pornic, en reprenant la ville avec l’aide des habitants de Machecoul.

Le 10 avril pour sa défense devant le tribunal révolutionnaire de Paris où il se trouvait avec les cent trente-six Nantais, Sottin l’aîné, dit Loisindière, déclare avoir montré « toute l’énergie qu’on pouvait attendre d’un zélé Républicain lors des actions qu’il avait été chargé spécialement de diriger à Saint-Philbert, point de ralliement le plus nombreux et le plus dangereux des brigands ».

Pendant ce temps, les troupes républicaines veillent à Paimboeuf, à Indret et plus tard au château d’Aux où seront établies de fortes garnisons. Sur la Loire patrouillent les canonnières. A Nantes, c’est le général Canclaux qui commande, et pour les opérations, Beysser, arrivé le 17 mars, va agir. L’adjudant général Laval part pour attaquer le chef vendéen à son quartier de Machecoul, mais en route, les soldats apprenant que la ville est fortement défendue, se dispersent. Charette n’avait-il pas le 9 avril mis en branle toute les cloches du marais et rassemblé ses maraîchins dans sa capitale.

Echecs vendéens à Challans et Saint Gervais

Au Sud, le général républicain Boulard, parti des Sables, entre le 12 avril dans Challans. Le lendemain 13, à cinq heures du matin, les bandes de Charette, Joly, Guerry du Clondy se ruent sur la ville. Mais elles sont repoussées par le général. Attaque sans résultats, semble-t-il, car deux jours plus tard a lieu l’affaire de Saint-Gervais. Le 15 avril, en effet, à midi, les insurgés commandés par Charette, au nombre d’environ huit mille hommes, attaquent le général Esprit Baudry au village de la Salle près Saint-Gervais. D’abord repoussés, les Vendéens ont ensuite l’avantage, mais la bataille restera indécise. Boulard, par Beauvoir, s’en retourne aux Sables.

Combat de Port-Saint-Père

Cependant un danger plus grand menace les paroisses du Pays de Retz en révolte : c’est Beysser qui a juré de reprendre Machecoul.

Charette, averti, envoie aussitôt le maraîchin Pajot pour défendre le point stratégique de Port-Saint-Père : celui-ci protège la ville par des retranchements en avant du pont.

Le comité militaire de Nantes, sur l’avis de Crucy, architecte voyer, fait transporter de Nantes à Port-Saint-Père, sur des voitures, trois toues avec des planches pour les ponter de façon à constituer un pont volant qui portera l’artillerie et l’infanterie au-delà de l’Acheneau. Tout est près pour l’attaque. Beysser se met en route avec sa troupe fortement aguerrie et n’a que faire des fortifications des Vendéens. Et le 19 avril, les Nantais, accompagnés d’un détachement du quatrième régiment et des canonniers de Paris (trois mille hommes) emportent Port-Saint-Père après un long combat de trois heures et la résistance héroïque de deux cents hommes de Pajot. La route est désormais ouverte vers Machecoul.

Prise de Machecoul par les Républicains

Charette qui venait de subir les revers de Challans et de Saint -Gervais ne pouvait soutenir un siège sans munitions. Aussi, dès que les Républicains paraissent dans la plaine, les défenseurs de la ville s’enfuient sans demander leur reste. Le 22 avril, les soldats de la République s’emparent de Machecoul à la baîonnette. Des canons et des munitions tombent entre leurs mains.

On raconte qu’au cours de cet épisode, un gars de la Garde Nationale passa du côté des Royalistes, c’était Guéraud-Boisjoly, qui dit-on, prenant un mouchoir blanc et l’agitant, cria « Je suis Guéraud de Vieillevigne ».

Beysser, le 22 avril, écrit aux administrateurs de la Loire- Inférieure qu’il est entré dans la ville sans perdre un homme. Les brigands étaient trois mille hommes et dans la poursuite quelques uns ont été tués, quelques autres faits prisonniers. Le lendemain, le comité central de Nantes félicitait le vainqueur de sa victoire et de son entrée dans Machecoul. Néanmoins le 23, Beysser réclame des munitions pour ses pièces de quatre et de douze et vingt mille cartouches. Gillibert Merlhiac, général de brigade du comité militaire de Nantes réquisitionne douze chevaux de trait pour conduire trois caissons de munitions du château de Nantes à l’armée de Beysser cantonnée à Machecoul et les fera escorter de quatre-vingts hommes du douzième bataillon de la République. A Nantes, on rassemble deux mille hommes à envoyer en renfort pour le camp de Machecoul avec fournitures de pierres à fusils et de pistolets, vingt mille cartouches et des munitions. De Machecoul, Sotin, commissaire civil du département, réclame des matériaux de forge et de charonnage pour le service de l’armée.

De son quartier général, maintenant consolidé, le 24 avril, Beysser écrit : « Nos affaires vont à merveille... Je fais entrer à force les grains, les farines, les bestiaux et j’en envoie une grande quantité à Nantes. Je l’aijuré, je ne rentrerai à Nantes que quand le bon ordre sera rétabli, je tiendrai parole ; les frères d’armes ont de la confiance, du courage et veulent comme moi que la tranquilité se rétablisse et que nous jouissions d’une liberté pleine et entière qui est l’objet de tous les voeux des Républicains ».

Lucas de La Championnière rapporte dans ses Mémoires que Souchu alla au-devant de l’armée républicaine à son arrivée à Machecoul, s’en félicitant. Dénoncé et trouvé caché, un sapeur lui coupa la tête de deux coups de sabre (Mémoires de Lucas de La Championnière, p.15-16).

Ayant appris cette défaite des Vendéens, ceux restés à Pornic, évacuent la ville le 26, avril. Charette, quant à lui, fera retraite sur Vieillevigne et Legé avec sa cavalerie et c’est dans cette dernière ville qu’il fixera sa nouvelle capitale. Il entre donc dans Legé déserté, et là, beaucoup vont se rallier à lui.

Installé à Machecoul, Beysser envoie des détachements vers Bourgneuf, Challans, St-Philbert. Il occupe toute la côte, et le 27 avril c’est Noirmoutier, qui, à son tour, tombe entre ses mains en liaison avec les vaisseaux de guerre de l’amiral Villaret Joyeuse. Le 28 avril, le comité militaire de Nantes doit envoyer 10 500 livres de biscuits et pains par le chasse-marée « La Liberté » au détachement de gardes nationaux cantonnés à Bourgneuf.

Défaites républicaines à Legé et Saint Colombin

Dès le 30 avril, les soldats de Beysser, commandés par l’adjudant général Boisguyon sont en vue de Legé. La bataille s’engage entre Républicains et troupes de Charette grossies de celles de Vrignaud. Les Républicains connaissent alors une pleine déroute. Des Nantais y trouvèrent la mort : Jacques Chartier, capitaine de grenadiers du deuxième bataillon départementaire de la Loire-Inférieure, Jean Picard, fils d’un notaire de Saint-Philbert, caporal dans la Compagnie des grenadiers du troisième bataillon, Jean Desran de la quatrième compagnie du bataillon commandant Martin, Laurent Le Troadec, garde national dit La Ferraille.

Mais les Républicains ne se tiennent pas pour battus et le 5 mai, ils reviennent et entreront dans Legé que Charette, battant en retraite avait quitté pour aller camper près de Vieillevigne. Là, le général vendéen apprend que les ennemis sont à Saint-Colombin et il veut les en déloger. Avec ses troupes grossies de nouvelles recrues, dans une vigoureuse et soudaine attaque, il les bat le 7 mai à Pont-James, faisant butin et prisonniers et rentre dans Legé vide de ses occupants qui se retirent sur Palluau. Parmi les prisonniers trois cents hommes du Régiment de Provence, depuis quatrième de ligne, sont gardés à Legé. Les cent cinquante soldats environ qui restent à la suite de cet échec républicain, seront détenus en arrestation à Nantes. Deux braves de ce régiment, Petit et Brille, au péril de leur vie ont courageusement rapporté leur drapeau des mains de l’ennemi à l’occasion d’une sortie du côté de Touvois.

Le même jour 7 mai, Beysser envoie à Nantes un deuxième convoi de prisonniers ramassés dans tous les environs du lac. On fit aussi l’envoi au chef-lieu de onze vases sacrés d’argent, d’un bras et d’une tête de saint du même métal. Ces objets furent déposés au Directoire pour être envoyés à l’Hôtel des Monnaies. Neuf femmes de Machecoul, parmi lesquelles la femme Tinguy, la veuve Rorthais, la femme Taconnet sont « arrêtées pour avoir fabriqué des cocardes blanches », et emprisonnées à la Visitation de Nantes qui servait de dépôt pour les femmes. Le général Canclaux visite Machecoul et Port-Saint-Père.

Les 14 et 15 mai, Charette ira, en compagnie de Savin et Joly attaquer Palluau que tient Boulard, mais ils seront tenus en échec et repoussés. L’armée républicaine y a eu quelques succès, tuant aux rebelles trente hommes et faisant autant de prisonniers. Charette y perd deux tambours. Aussi se retire-t-il à Legé où il va battre le rassemblement de son armée.

Mais que se passe-t-il au nord-ouest du lac ? D’Arbo, commandant du détachement de Port St-Père, sur ordre de Beysser, fait évacuer le bourg par tous ses ouvriers, sauf quatre qu’il laissera pour le service du pont de bateaux.

Ripault de La Cathelinière, très indépendant, avait su organiser la défense de son territoire en installant des lignes de défense avec des postes à Bourgneuf, Arthon, St-Hilaire, le Gué-au-Vay et des fortins à Chauvé et Vue. Son centre de défense était la forêt de Princé où il résidait le plus souvent au milieu des combattants et d’une foule de réfugiés. Ses lieutenants Mansarde et Sorin, quant à eux, logeaient à Blanche Courbe. Lucas de la Championnière est commandant en second avec d’anciens soldats surnommés La France et La Forêt. Les Paydretz seront à la disposition de Charette qui les appellera « ses moutons noirs ».

Attaques et escarmouches

Le 7 avril 1793, les troupes républicaines cantonnées à Paimbœuf attaquent le château de la Blanchardais à Vue où ils font un gros butin que Guérin, venu d’Arthon, leur fait en partie lâcher. Le 10 du même mois, on s’accroche à la Chaussée Le Ray.

De leur côté, pour s’approvisionner, les brigands font de fréquentes incursions sur les paroisses côtières de Pornic, Le Clion, La Plaine, Saint-Père en Retz. Ainsi, un jour, le 2 mai, cantonnés au Bois-Joly du côté de Chauvé, les insurgés atteignent la Boissonnière, le Biais, mais les citoyens de Saint-Père les attaquent et ils doivent se retirer dans le Bois-Joly. La garnison de Pornic est plusieurs fois attaquée. C’est toute la côte de Bourgneuf à Mindin qui vit dans la crainte et l’insécurité devant ce harcèlement constant des brigands durant ces longs mois d’avril et mai 1793. Affaires de Port Saint Père et du château d’Aux

La Cathelinière, le 12 mai, va attaquer Port-Saint-Père, point stratégique sur l’Acheneau, tenu par les Républicains et s’en empare. Mais des secours arrivent rapidement de Nantes conduits par Coutard, et de Machecoul avec Deurbroucq. Les détachements républicains se rejoignirent et les Vendéens se retirèrent sans être poursuivis. Jean-Baptiste Trébuchet, garde national du bataillon de La Liberté de Nantes, y fut blessé. La partie de la Garde Nationale restée à Port-Saint-Père, rentrera le 18 mai à Nantes sur ordre de Vergnes chef de l’Etat Major de l’armée des Côtes.

Les postes républicains établis au château d’Aux, à Indret, et la Loire sillonnée sans cesse de chasse-marée patrouillant de Nantes à Paimbœuf et interceptant les communications entre Bretagne et Vendée étaient autant d’inquiétude pour les insurgés qui, se sentant pris dans un étau, établirent de leur côté des camps à la Croix Rousse en Saint-Aignan, à la Motte en Bouguenais. Ce dernier devait être pris par la troupe le 15 avril.

Les Vendéens avaient bien, la veille, 14 avril, essayé d’enlever le château d’Aux. Leurs troupes avec Lucas de la Championnière, Lapierre, Pajot et Lejeau se trouvèrent sous ses murs, à la Hibaudière, mais ne purent en venir à bout, celui-ci étant bien gardé. Ils durent se retirer. Les sorties de la garnison provoquèrent entre Républicains et Vendéens de continuelles escarmouches. Le 17 mai, deux détachements d’insurgés pris à Buzay et à Machecoul, sont mis dans les prisons. Les Républicains harcèlent et poursuivent plus de huit cents brigands cachés dans la forêt de Princé. Le 4 juin, la paroisse de Rouans est encore en pleine effervescence. Aussi le comité central de Nantes défend à la municipalité de cette ville de délivrer des permis pour cette paroisse.

Le 6 juin, combat entre Républicains et Vendéens à Saint- Colombin où fut tué le caporal républicain Jean-Baptiste Sourgeron.

Seconde prise de Machecoul par les Vendéens

Le 10 juin, à la tête d’une armée d’environ vingt mille hommes, d’autres disent dix à douze mille hommes, Charette devait reprendre Machecoul. Cantonné à Legé, bien équipé, il y est rejoint par La Cathelinière. L’attaque fut menée rondement. La Cathelinière, Lucas de la Championnière et Pajot à leur tête, avec le concours de Charette et Joly, Paydrets et Maraîchins s’emparent de la ville. La victoire fut complète et la garnison forte de quinze mille hommes fut forcée d’évacuer la place en abandonnant ses canons.

Dans leur élan, le mardi Il juin, les Vendéens prennent Port- Saint-Père dont la garnison a fui et le lendemain ils entrent dans Bourgneuf évacué.

Furent tués dans cette affaire Jean Eon, charretier à la suite de l’armée de l’Ouest, Lhériteau, Joseph Luneau, pionnier de la Compagnie des ouvriers, Antoine La Berthe, infirmier d’ambulance.

Après cette prise de Machecoul, le général républicain Du Petit Bois ordonne à la garnison et aux troupes de Pornic de se replier sur Paimboeuf dans la crainte d’une attaque.

Attaque de Nantes

Le 26 juin 1793, Charette quitte son camp de Legé en vue de l’attaque projetée sur Nantes par la Grande Armée vendéenne à laquelle il a promis son concours. Il cantonne à Saint-Colombin où le rejoignent la division de SaintPhilbert et ses « moutons noirs » du Pays de Retz. Le 28, il stationne dans les bois de la Frudière en La Chevrolière, campe à Villeneuve et atteint Les Sorinières, le Chêne Creux et les Trois Moulins où il prend position et canonne la ville, en prélude à l’attaque. Mais Cathelineau blessé, c’est la retraite des Vendéens le 29. Le lendemain, dimanche, de ’Pont-Rousseau, où ses troupes sont intactes, Charette inquiète en baroud d’honneur la garnison de Pirmil par ses tirs d’artillerie, puis, à son tour, s’éloigne, déçu, et va se retirer à son quartier général de Legé.

Les Vendéens repoussés au château d’Aux

La Cathelinière avec Lucas de La Championnière, Goguet de la Salmonière, Louis Guérin, Clergeau, Sorin, Mansarde, leur cavalerie et leurs hommes vont attaquer le château d’Aux. Ils sont à l’abbaye de Buzay, au Bois Tillac sur les hauteurs du Pellerin. Les assaillants, sans doute mal organisés, frappent en désordre et devant le tir efficace des défenseurs, doivent se retirer. C’était le 10 août, et le château d’Aux ne sera jamais pris...

Tout est calme cependant, chacun restant sur la défensive. Et l’on peut voir à Vue, le 26 juillet, la fête de Sainte Anne célébrée ostensiblement par un grand nombre de pèlerins.

Le camp des Naudières à Ragon

Mais, à Nantes, les chefs militaires ont l’oeil. Dès le 26 août de cette année 1793, Canclaux, parti de Nantes avec cinq mille hommes, attaque le chef vendéen Lyrot qui occupe Les Sorinières, s’empare « après assez de résistance » du château de la Maillardière et le lendemain, les vainqueurs installent un camp dans la lande de Ragon, aux Naudières, pour défendre les abords de Nantes.

Le 4 septembre, Charette quitte son camp de Legé, et le jeudi 5, avec l’aide de De Goulaine et de Lyrot, attaque le camp républicain des Naudières et le poste des Sorinières. Mais l’attaque échoue et Charette se retire à Pont-James. La Cathelinière ne réussira pas mieux. Des troupes républicaines, venues de Ragon, incendient plusieurs villages et maisons nobles de la rive gauche de la Sèvre, entre autres le village des Reyniers et les maisons de la Salmonière et de la Roberdière en Vertou.

Arrivée des Mayençais

Elle allait troubler tout le dispositif militaire des armées rebelles du Pays de Retz. L’armée de Mayence forte de vingt mille hommes vient en effet d’arriver à Nantes : l’avant garde est commandée par Kléber, la première et la deuxième divisions par Vimeux et Beaupuy, la réserve par Haxo. Celle-ci devra concrétiser le plan établi par le général Canclaux, chef de l’armée des côtes de Brest, au conseil de guerre à Saumur le 2 septembre, pour étouffer la Vendée, le camp des Naudières devant couvrir Nantes.

Sans perdre de temps, dès le lundi 9 septembre, Canclaux scinde ses forces en deux colonnes. L’une de six mille hommes, commandée par Beysser, part le 9 septembre en direction de Paimbœuf et campe au château d’Aux. De là, il part pour Vue : au passage il incendie une douzaine de maisons à Saint-Jean de Boiseau ; le bourg du Pellerin avec l’église est la proie des flammes ainsi que les fermes de la Guilbaudière, la Cossonnière, le Bois Tillac ; Cheix et Rouans n’y échappent pas. Les paysans de la région avec La Cathelinière se réfugient dans la forêt de Princé.

L’autre colonne, partie le 10 du camp des Naudières sous le commandement de Kléber, s’empare de Port-Saint-Père malgré la défense héroïque des soldats de Charette ; la ville est incendiée.

Le 12 septembre, après des combats assez vifs, Machecoul, désertée, est occupée par la colonne de Beysser. Il trouve la ville évacuée et parfaitement libre et dont « les coquins avaient emmené leurs prisonniers ». Le lendemain, plusieurs cavaliers vendéens furent à Paulx pour apprendre si l’ennemi occupait Machecoul. Ils tuèrent dans le bourg cinq ou six grenadiers. Kléber, dans sa marche, contourne le lac de Grandlieu massacrant et brûlant sur son passage Saint-Mars et Saint-Lumine de Coutais. Le soir, il se trouve à Saint-Philbert où il bivouaque après avoir brûlé le château des Jamonières. Continuant sa marche, la colonne de Kléber, le 13, incendie La Limouzinière, Saint-Etienne et SaintJean de Corcoué où il campe et songe à s’emparer de Legé que Charette, le 14, évacue avec tout un monde de réfugiés et son armée pour se replier sur Montaigu et Tiffauges. Les Mayençais occupent alors Legé et incendient les maisons abandonnées par les Vendéens en fuite.

Réunis, le 15 septembre, Beysser et Kléber poursuivent Charette et le 16, les troupes de La Cathelinière sont aux prises avec la colonne de Beysser, puis les Mayençais de Kléber. Montaigu est pris, une partie des réfugiés fuit vers Clisson et le gros de la troupe atteint Tiffauges où campe Charette en attendant la Grande Armée.

Et le 19, c’est la bataille de Torfou où les Républicains emmènent Kléber blessé, laissant de nombreux morts sur le terrain, poursuivis qu’ils étaient par les Vendéens jusqu’aux portes de Clisson. Charette apprenant alors que l’armée des Sables est cantonnée non loin, décide de l’attaquer et l’écrase à Saint-Fulgent.

Puis, avec Joly et Savin, il quitte le 21 septembre Tiffauges, surprend Beysser avec six mille de ses soldats à Montaigu, les écrase et les met en fuite. Le 23, Charette se retire aux Herbiers et part pour Mortagne où il ne s’entend pas avec Marigny pour le partage du butin pris à Saint- Fulgent. Aussi, déçu se retire-t-il dans ses cantonnements à Legé.

Prise de Noirmoutier par les Vendéens

Pendant la virée de Galerne que firent les armées de Vendée, Charette qui n’y participait pas, ne resta cependant pas inactif. Le 28 septembre 1793, il quitte Legé et décide de prendre Noirmoutier. Le 29 avec sa troupe, il traverse Bouin où commande Pajot, puis il arrive à Beauvoir où il fait halte à l’entrée du Gois. Mais, expédition trop vite menée, il échoue et reprend le chemin de Legé. Le 9 octobre, ayant réuni trois mille hommes et aidé de guides sûrs venus de l’île, il passe de Gois avec ses Paydrets et s’empare de Barbâtre le 11. Dans la nuit du 12 au 13 octobre, il entre sans résistance dans Noirmoutier où la garnison commandée par Wieland capitule. Le chef vendéen, après y avoir établi une organisation civile, quitte l’île, y laissant une garnison de quinze cents hommes avec à leur tête Tinguy et Alexandre Pineau, commandant de la division de Legé.

De Touvois où il campe, Charette apprend la défaite de Cholet et le suicidaire passage de la Loire. Il y reçoit d’Elbée à qui il conseille de se réfugier à Noirmoutier, considéré comme lieu sûr. Ce dernier quittera Touvois par Bois de Céné et Bouin, dans les premiers jours de novembre, pour s’installer dans l’île et en assurer la garde.

Le 7 octobre, un décret de, la Convention Nationale ordonne que le Comité de Sûreté Générale sera chargé de faire arrêter les hommes suspects de la commune de Saint-Philbert de Grandlieu qui ont contribué à la guerre de Vendée et de les faire traduire au Tribunal Révolutionnaire.

La Cathelinière, par de nombreux coups de mains, ne cesse, entre temps, de harceler la garnison de Paimboeuf. Il s’empare de Bourgneuf le 6 octobre et met en déroute le 12, l’armée républicaine près de Vue.

Le 15 octobre, Jean Marbœuf est massacré par les brigands dans la commune des Moutiers.

Campagne républicaine

Après avoir constitué une armée de six mille hommes, Haxo attaque. Le 8 novembre, il envoie deux colonnes : l’une qu’il dirige à l’est du Lac de Grandlieu descend sur Saint-Philbert et Machecoul et fera « une battue dans la forêt de Touvois » ; la deuxième à l’ouest du lac commandée par l’adjudant général Jordy, doit nettoyer la forêt de Princé. Ces deux colonnes devront faire leur jonction, l’une avec celle montée des Sables avec Dutruy et se dirigeant sur Legé, et l’autre avec l’adjudant général Guillemé venant de Paimbœuf. C’est un quadrillage de toute la région.

Le 9 novembre, aussitôt averti de l’approche d’Haxo et bien informé, Charette quitte Touvois avec sa troupe renforcée des contingents de Joly et Savin pouvant compter près de trois mille hommes.

Les troupes républicaines avancent au nord comme au sud. Challans puis Legé sont occupés. La deuxième colonne, venue de Nantes avec l’habile stratège Jordy, s’empare de Port-Saint-Père le 26 novembre et le lendemain entre dans Bourgneuf avec ses quatre mille soldats.

La jonction des armées de la République a lieu à Machecoul où Guillemé, Jordy et Haxo se retrouvent le 27 novembre.

Charette replié dans la région de Challans, essaye de les attaquer en se portant sur Machecoul. Il se heurte à Haxo. Battu, il est repoussé sur la Garnache.

Charette insaisissable : Bouin

Les Républicains le poursuivent, se replient sur Beauvoir, après quelques accrochages à Bois de Céné et Saint-Gervais, il finit par gagner Bouin au milieu des marais où il est cerné par un cordon de troupes s’étalant de Bois-de-Céné à Bourgneuf. De Couëtus avec la division de Saint- Philbert, surveille du côté de Bourgneuf, Charette est à L’Epoids et Guérin aspecte l’autre passage au sud. La pression républicaine les étreint de son encerclement qu’ils ne peuvent arrêter. Haxo occupe Beauvoir le 5 décembre et le 6 les Républicains attaquent sur trois fronts. Malgré une vive résistance de l’adversaire, Jordy pénètre dans Bouin mais n’y trouve pas Charette. Celui-ci, en effet, après s’être replié sur le bourg, profitant du brouillard et d’une issue inconnue des Républicains, s’était échappé de 1’lle avec huit cents hommes.

Près de Bois de Céné les fuyards embusqués dans un taillis se ruent sur un convoi républicain dont ils s’emparent.

Par Saint-Etienne de Mer Morte où il prend quelque repos, Charette gagne la forêt de Touvois et s’empare d’un convoi sur la route de Machecoul à Legé. Ne pouvant reprendre cette dernière ville, il campe en forêt de Grande Lande. Là, apprenant qu’il était poursuivi par Haxo et harcelé de tous côtés, il doit prendre une décision. Que faire ? Il lui faut des troupes pour se défendre et survivre. Passant par Rocheservière, il rejoint Les Lucs où il retrouve Joly et Savin. On décide de démolir le camp retranché républicain des Quatre Chemins de l’Oie qui est emporté le 8 décembre. Faisant un crochet par Sainte-Cécile, après un rude combat, les Paydrets de Charette battent deux mille Républicains et s’emparent d’un important butin.

Le 9 décembre, Charette, Joly, Savin, de Couëtus arrivent aux Herbiers. Là, un conseil de guerre provoqué par joly, élit Charette « Général en chef de l’armée catholique et royale du Bas Poitou », ce qui sera controversé par le retour des chefs de la Grande Armée tels La Rochejacquelein et Stofflet.

Le 13, au Boupère où il couche, le chef vendéen est attaqué par le poste républicain de Pouzauges qu’il repousse. Le lendemain, il les chassera de cette ville où il s’installera pour trois jours, faisant du recrutement.

Esprit indépendant, Charette doit se séparer de Joly qui regagne ses cantonnements à la Mothe Achard. Il poussera même une pointe le 18, jusqu’à Cérizay. Le 20, il est à Maulévrier, où il envisage une attaque de Cholet. Il doit y renoncer car Turreau est à Machecoul pour préparer l’attaque de Noirmoutier.

Passant par Saint-Paul en Pareds, Charette rejoint Les Herbiers. Poursuivant par la Ferrière, Le Poiré et Machecoul, le chef vendéen se réfugie dans la forêt de Touvois, d’où, ayant licencié ses hommes harassés, il rayonne dans les environs (Les Lucs, Les Brouzils, Rocheservière, Vieillevigne).

Ayant rassemblé une nouvelle troupe de quelques milliers d’hommes dans les landes de Bouaine, le 25 décembre, il bouscule et emporte le poste de Pont James tenu par un bataillon républicain.

Le 30, il fonce sur Machecoul et y entre le 31 sans difficulté, les défenseurs s’enfuyant vers Sainte-Pazanne, Bourgneuf et Pornic.

Que va-t-il se passer ? Les Républicains s’apprêtent à envahir Noirmoutier et Charette, repoussé, ne pourra rien contre le général Carpentier.

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