13 juillet : le mot du président


Retracer trente années d’animations culturelles et historiques, cela fut fait lors de la présentation des nombreux stands des antennes et de la Société dans la grande salle de séminaire de l’auberge de la Fontaine-aux-Bretons. Le discours du président fut l’occasion d’expliciter le sens de l’action de la Société d’histoire en faveur d’un territoire tel que le Pays de Retz ainsi que son avenir en regard d’ambitions tournées vers l’intérêt public. Voici les principaux extraits de ce discours.


C’est au final d’un tiède après-midi, après la retransmission de l’étape du Tour de France, que nous nous sommes réunis, nous quatre, le 13 juillet 1981, dans le petit salon ensoleillé de Pierre Fréor, avec Émile, Michel et moi-même. Il y règne un certain silence tant nous jugeons qu’elle est toute symbolique l’instauration de ce quadriumvirat dévoué à l’histoire du pays de Retz. Symbole à plus d’un titre quand on observe deux anciens, tels qu’on les connaît avec ce pays de Retz chevillé au corps, s’allier à ces deux plus jeunes qui ouvrent en leur cœur tout un territoire d’historien à défricher, quand on observe, venant de ces quatre horizons de la diversité, le même élan conceptuel pour revendiquer un pays de Retz sui generis, pays de marge, de marches et de métissage. Après le regretté départ de notre premier président, Pierre Fréor, (je salue ici la présence de son fils), nous avons toujours voulu tenir le cap, nous trois qui restions au chevet de notre société, pour respecter notre charte commune et ne pas faire sombrer l’histoire dans le militantisme, le révisionnisme ou le marketing. Le symbole encore là de cette ferme volonté et de cette propre éthique de l’histoire, nous l’avons manifesté avant tout à travers le bulletin, notre carte de visite avait-on coutume de dire, bulletin parfois difficile et austère, mais toujours fiable, toujours éclairant, sans cesse ouvert au débat.

A l’occasion de cet anniversaire, nous nous retrouvons aujourd’hui tous les trois après un temps de dispersion engendré par les aléas de l’existence. C’est un grand plaisir Michel de te revoir en terre de Retz pour saluer en toi le premier initiateur de notre association, toi qui pris le temps de nous contacter individuellement au printemps 1981 à l’occasion de la préparation de l’ouvrage collectif sur les abbayes bretonnes auquel nous avons participé, nous conférant alors une légitimité pour inscrire notre histoire dans l’espace public. Merci à toi également Émile qui a pris la relève de Pierre pour porter haut nos étendards et atteindre le cap des mille adhérents, au seuil des années 1990. Ta personnalité et ton renom ont conforté nos débuts et assuré la crédibilité de nos travaux, et je suis heureux que, du haut de tes 92 printemps, tu puisses encore suivre la destinée de notre cheminement historique.

Mais notre vœu le plus cher était encore ailleurs : réussir à fédérer les antennes qui souhaitaient conduire leurs propres recherches locales, les aider à éclore sans esprit de calcul, donner du sens à leur projet sans l’idée de lever un tribut, les pousser à écrire une histoire vraie – et je pense à l’instant présent à l’épitaphe gravée sur la tombe de Marc Bloch, le créateur de l’école historique française des Annales, mort dans les camps : Dilexit veritatem (oui il chérissait la vérité ce grand historien !) –. Aujourd’hui, les responsables des antennes nous entourent, délibèrent avec nous sur le devenir de notre association, partagent nos convictions et je les en remercie du fond du cœur car il s’agit de notre récompense collective. Cette fédération, bien vivante, qui ne cesse de s’accroître avec en vue l’intégration de deux nouvelles venues, Saint-Lumine et Saint-Hilaire, représentera une trentaine de clochers en prenant en compte les regroupements intercommunaux, trente communautés sur les 50 ou 55 du pays de Retz historique. C’est le principal bilan de ces trente années et la réalité parle d’elle-même.

Je voudrais dire deux mots à cet égard sur l’esprit positif de débat qui règne au sein de notre conseil d’administration. Chacun tient sa place et délibère en toute honnêteté et transparence, conscient de la nécessité d’un tel partage des charges, des responsabilités comme des honneurs. Je les remercie tous de participer à cette collaboration associative, d’encourager leur antenne à s’impliquer généreusement dans la bonne marche de notre société

Nous avons voulu présenter ici, au sein de cette médiathèque d’un jour, la mesure de l’ensemble des productions de la Société et de ses antennes. Revues, bulletins des antennes, ouvrages de synthèse, actes de colloques, expositions, films, maquette… C’est un véritable patrimoine offert désormais à la postérité, mais plus encore à la population elle-même qui a choisi de vivre en pays de Retz, désirant en connaître les facteurs d’identité. Plus on écrit, plus les questionnements sont ouverts et nombreux. L’histoire du Pays de Retz est difficile à déchiffrer et si c’est le cas, c’est sans doute que le Pays de Retz d’aujourd’hui est aussi en position d’être questionné. « C’est le présent qui pose des questions sur le passé, et c’est le passé qui éclaire l’étrangeté du présent » (Marc Bloch). Cette immense production est faite pour cela. Échelonnée sur trente années de labeur, elle est entièrement bénévole, ce qui nous a permis avec un budget bien limité de faire face à l’essentiel, c’est-à-dire la recherche et l’écriture. La réalisation du centre de ressources ou d’une nouvelle maison de l’Histoire, appelé de nos vœux depuis quelques années, serait pour nous le meilleur outil pour recevoir le public dans des conditions décentes, pour conditionner nos archives dans des lieux plus conformes aux exigences de conservation et de consultation. A quoi sert notre collection unique des Echos de Paimboeuf si on ne peut la mettre à disposition de tous les publics dans de bonnes conditions, pouvez-vous me le dire ? Au-delà des liens qu’engendre notre site internet, ne peut-on pas prétendre à accueillir notre public dans un esprit de proximité et de rencontre, qu’il s’agisse des enfants, des associations, des touristes, des chercheurs, des décideurs dans un esprit de bonne gouvernance ?

Car nous ne souhaitons pas véhiculer une culture de l’érudition, mais plutôt une culture du rayonnement au sein d’un territoire qui le mérite. Ce rayonnement est déjà activé grâce au maillage territorial qu’effectue le réseau des antennes. Ce n’est pas suffisant. Nous devons offrir dans de bonnes conditions les moyens de connaissance historique, identitaire, de notre société si tant est, comme on le prétend, que le passé éclaire l’étrangeté du présent. Et finalement, ce n’est sans doute pas présomptueux d’évoquer le rôle que peuvent jouer les associations comme la nôtre dans le débat démocratique local quant aux enjeux de territoire. C’est le sens de ce partenariat que nous avons voulu construire avec l’Association des maires du Pays de Retz, dans le but de participer à la meilleure connaissance du pays, de répondre aux questionnements historiques que peuvent ouvrir les populations à propos du patrimoine local dans son acception la plus large, de collaborer à diverses analyses telles celle qui porte sur les atouts patrimoniaux et touristiques du pays de Retz. Nous remercions l’assemblée des maires de nous avoir ouvert cette voie collaborative à laquelle nous attachons beaucoup de prix. Merci enfin à l’ensemble des maires, des conseillers généraux et régionaux qui nous aident souvent d’une manière fidèle à faire face à nos charges et à nos obligations en regard de ce qui nous est demandé par la population. Et si nous sommes d’essence privée, il faut bien admettre que souvent nous avons un rôle public à tenir car au-delà de la satisfaction de ses membres, la Société doit de plus en plus répondre à des demandes en matière éducatives, pédagogiques mais aussi culturelles et sociales à l’égard de ceux qui recherchent chez nous avant tout compagnie et considération. Il faut observer pour s’en assurer la diversité de notre auditoire lors des conférences données dans le cadre des « trente ans » ! Et je pense qu’il en est de même chez nos partenaires associatifs – que je salue à cette occasion – tels que les Amis du Pays de Retz, le Cercle généalogique de Loire-Atlantique, les bibliothèques rurales…

[…] Nous traversons le paysage de Retz et le paysage de Retz nous traverse. Nous ne vivons pas en nous-même mais nous devenons une part de ce qui nous entoure. Nous entamons sur ces bases notre quatrième décennie.

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